Périple marocain
en compagnie du Voleur de
couleurs
15 mai 2002. Il
est 5 heures ce matin, le village dort encore, le temps est sec... nous
quittons la maison. Il fait encore
sombre, laube ne va pas tarder à pointer. Le peu de voitures sur les routes nous permet de grignoter
du chemin, car la route sera
longue. Durant la journée, il y
aura quelques haltes, lune pour avaler un petit pain, lautre pour boire un
café noir. Le soir nous atteignons le Pays Basque dans les Pyrénées Atlantiques.
Il a fait chaud, et il fait encore très chaud ce soir. Nous dénichons, en
quittant lautoroute, un adorable village pour la nuit : Itxassou.
Sur une minuscule place, à
lombre dun chêne, se blottit un gîte de France, ce sera parfait. Avant le repas du soir, nous visiterons
léglise dont lintérieur a gardé toute sa fraîcheur. Cette église très sombre est ceinturée par deux étages de
balcons de bois, dont lun sélargit en loge pour la jurade du pays. Dans le choeur, on y découvre un
retable espagnol, une vierge à lenfant, très jolie statue de bois, de superbes
fonts baptismaux en pierre, danciens confessionnaux et deux tableaux offerts
par lEmpereur dAutriche Maximilien.
Un vrai musée miniature.
Un cimetière entoure léglise. Parmi
les pierres tombales, certaines ont une forme particulière. Elles doivent être très anciennes. Quelques dames du village, jeunes ou
moins jeunes, fleurissent les sépultures. Ce nest pas un lieu tristounet, mais
un petit sanctuaire propice à la méditation.
16 mai. LEspagne
après le passage des
Pyrénées. Le temps reste sec. Nous atteignons la Sierra de Guadarrama, où nous décidons de flâner dans cet
endroit vert un peu au nord de Madrid. Rascafria. Une jolie petite ville dans la Sierra, aux
rues bordées de réverbères, de bancs, dune promenade le long de la rivière qui
conduit au Monastère del Paular. Nous gagnons Miraflores de la Sierra, sur lautre flan. La montagne est couverte
de chênes méditerranéens, de conifères, de genêts. Il y a de nombreuses
parcelles où paissent des taureaux sauvages. À Manzanares del Réal halte pour la nuit. Un énorme château fort
se dresse au centre du bourg. Les gens sont assez bruyants, même très tard dans
la nuit. Cest lEspagne !
17 mai. Le
lendemain, nous devons atteindre Malaga sur la côte méditerranéenne.
Lautoroute andalouse est très sinueuse et défile dans un décor grandiose. La
profondeur du paysage, le profil des chaînes de montagne à lhorizon, la légère
brume de chaleur qui nimbe les lointains
Cest beau et sauvage à la fois. La route traverse des endroits encore
déserts. Arrivée vers 17 h chez
Zully et Mélanie. Accueil chaleureux. On dîne toujours très tard en Espagne
même lorsquon doit se lever tôt. Ce soir, le repas sera mexicain. Olé !
18 mai. Le bateau accoste à Tanger, après deux heures de navigation sur une
mer calme où nous avons croisé de petites barques de pêche. Le soleil est
radieux et le vent chaud. Cest lAfrique. Cette année, nous prendrons lautoroute,
avant Larache pour rejoindre Ifrane, dans le Moyen Atlas. De temps à autre on
sarrête pour un café « solo », qui nous tiendra éveillés, car la
journée commence à être longue. Ifrane, enfin. Cette ville au climat très agréable sera notre étape
avant un périple plus au sud. Ifrane
est verte. Ifrane respire la
tranquillité, nos soirées seront bercées seulement par le coassement des
grenouilles. Les nuits y sont calmes, très calmes, contrairement à lEspagne.
On y respire lair vif de la montagne. Il ne faut pas oublier laltitude qui se
situe autour de 1650 m. Ifrane, cest un peu la
Suisse.
19 mai. Jean
et Michel partent tôt le matin explorer les environs, pendant que je prolonge
encore un peu mon sommeil. Ce nest pas souvent le cas, mais la route a été
longue et je veux récupérer ! Ils reviennent vers 10 heures mannoncer
quils ont fait un crash, en plein centre dIfrane. Une jeune fille qui
apprenait à conduire avec son père
a refusé la priorité de droite
Les palabres seront assez longues pour leur
faire comprendre quils étaient en tort et ce, malgré la présence dun policier
qui nétait pas en reste questions discussions... tous parlaient, parlaient,
sans sécouter lun lautre. Le pneu était déchiré en trois endroits, la
chambre à air crevée, et ne parlons pas de la carrosserie
. Nous déplierons la
tôle tant bien que mal
. et nous finirons enfin par repartir. Nous allons
continuer comme cela, sans roue de rechange, au risque de crever une nouvelle
fois, perdus dans les immensités désertiques
loin de tout! Nos deux compères
décident quil en sera ainsi. À Dieu va ! Après un jus de citron frais pour
nous désaltérer, car la chaleur est déjà forte, nous repartons vers le Tizi-n-Tretten
où nous nous attarderons
longtemps. Car ça « vole » aujourdhui, le soleil darde ses rayons
sur la prairie parsemée de quelques arbustes. Après un casse-croûte sur le pouce en quatrième vitesse
comme toujours avec Michel, nous prenons la direction de Boulemane, où volent des lycènes. En bord de route,
sur les flancs des montagnes, nous prélevons un plan de géranium sauvage, plante-mère dun de ces lépidoptères
paraît-il. Peut-être
sacclimatera-t-il dans nos contrées nordiques ? On peut toujours rêver.
Ensuite, nous déciderons de prospecter un endroit très sec, qui sétend à perte
de vue, recouvert dalfas ces immenses graminées vertes avec lesquelles on
fabriquait autrefois de la corde. Maintenant tout cela est malheureusement
remplacé par du synthétique. Au loin, des berbères ont dressé leurs tentes pour
surveiller les troupeaux. Ils
possèdent aussi quelques chameaux qui divaguent sur le plateau. Le soleil est
en train de baisser imperceptiblement mais il fait encore très chaud. Jean a
arboré son panama toute la journée. Michel veut rejoindre le Tizi-n-Tretten pour permettre à Jean de prendre des
photos de papillons au soleil couchant, mais nous natteindrons le tizi quà la
tombée du soir. Cela ne décourage pas nos deux entomologistes qui sévadent de
nouveau vers quelques papillons presque endormis et qui se laisseront
photographier sans problème.
Durant leurs prospections, ils ont tendance à perdre la notion du temps, et parfois, les attendre me
paraît bien long. Mais consolation, les photos se révéleront superbes. Retour à Ifrane dans la nuit
noire. Cest souvent très tard que
nous retrouvons notre gîte. Nous
sommes affamés et fatigués, mais tout est très vite oublié, après une agréable douche deau enfin
chaude.
20 mai. Le lendemain, après une bonne nuit à
Ifrane, où lair pur de la station ravigote, nous prenons la route de Midelt. Après le col du Zad , nous roulons vers Itzer et installons notre petit camp de base pour le restant du jour
dans une cédraie mixte. Dans ce lieu idyllique, la régénération naturelle est
bien visible pour une fois. Quel endroit vert et arboré ! Des cèdres
vétérans y vivent encore et semblent
prospérer. Dans un profond
vallon que nous atteignons en marchant prudemment sur un flan assez
escarpé, source du sol un filet deau qui humidifie en permanence ce splendide
ravin. Ne cherchons pas plus avant la raison de cette profusion de fleurs et de
plantes, un peu similaire à la flore très variée des alpages pyrénéens. Cest
surprenant et inattendu ! Un réel champ dinvestigation en perspective rien que
pour ce site. Nous y resterons un bout de temps afin de prendre des photos de
pivoines sauvages, lépidoptères et autres
insectes. Sur le sentier du
retour, nous croisons deux bergers et leurs troupeaux. Seraient-ils en train denvahir cette
aire en défens et en pleine régénération ? Cest un peu désespérant, car ils nen ont pas le
droit. Rien ne peut donc rester
vert dans ce pays ?
Tard dans laprès-midi, nous reprenons la route. La lumière, comme souvent le soir,
enveloppe le paysage dun voile dor. Nous quittons la route, ou plutôt
cette route devient « piste », on ne sait pas trop. Nous suivons Michel dans le nuage de
poussière soulevé par sa voiture, et devons prendre du recul pour ne pas
complètement « boucher » notre filtre à air. Bientôt pointe lhôtel de Jaffar. Très
kitsch. On se croirait dans un décor de carton-pâte créé pour abriter les
amours de stars hollywoodiennes.
Le bâtiment est vert et rose. De petites tourelles se dressent vers le
ciel. Autour dun patio sont distribuées des entrées qui donnent accès aux
chambres souvent précédées de salons remplis de divans et de sofas dans le
style oriental. Le repas du soir
est servi dans une salle à manger à lallure qui se veut
« Renaissance » avec des chaises à hauts dossiers, « non
fixés » que Jean ne tarde pas à faire voler à terre, en sy appuyant trop
peu délicatement. Tout semble un rien irréel. Est-ce la fatigue des longues
journées passées au-dehors sous le soleil ardent ou une réelle fiction. Je ne
sais, dautant plus, quici on peut y déguster un vin provenant des cépages de Meknès,
ce qui est assez
inhabituel dans ce pays de culture musulmane. Ce nest pas un grand cru, mais
nous apprécions. Il accompagnait un tagine. Au fait, au Maroc, les mets bien
que souvent excellents, manquent de diversité. Salades en entrée, tagine ou couscous
aux légumes, brochettes ou poulet, suivi des éternelles oranges à la cannelle.
Recette doranges que je fignolerai et améliorerai quelque peu, dès mon retour
en Europe. Nous irons prendre le thé dans un petit jardin où souffle une brise
fraîche. Il y fait très sombre,
pas de réverbère, seuls quelques points de lumière trouent le soir. Ce sont les petites fenêtres de lhôtel
qui scintillent dans la nuit. Nous
nous sentons bien et nous profitons de ces moments privilégiés pour échanger
nos sempiternelles idées. Car la
journée, cest très sérieux. Nous
travaillons et glanons des observations pour le « grand projet ».
21 mai. Avant
le petit-déjeuner, Saïd qui va toujours voir si tout est en ordre auprès des
voitures, remarque que notre pneu est crevé. Nous avions eu la même surprise en
lan 2000, ici à Midelt,
mais, à cette époque, à lauberge de Timnay. Étrange coïncidence !
Nous embarquons les deux pneus que nous déposerons dans un garage des environs.
Périlleux que de voyager encore sans roue de secours ! Mais Saïd croit en sa
bonne étoile. Après avoir avalé le déjeuner servi sur la terrasse couverte,
ventée par une brise légère, nous grimpons dans nos jeeps. La journée sera bien remplie. Nous débuterons dans les environs
immédiats sur le Plateau de lArid au pied du Djebel Ayachi, par une étendue couverte dune infinie
variété de plantes fleuries. Arrêt photos obligé. Cest le domaine de la
mélitée du désert.
Nous y apercevrons aussi moules lézards. Plus loin, en train de traverser la
route deux tortues, mère et bébé ont bien failli se faire écraser, mais Saïd
veille. Comme cest mignon !!! Les randonneurs français de lauberge seront
dépassés, sacs à dos en bandoulière et godasses aux pieds. Ils vont à la
découverte du pays et de leurs habitants. Lun dentre eux est professeur de
berbère à luniversité dIfrane. Ces gens se sont révélé très sympa. Nous
roulons maintenant à travers une région montagneuse assez rude, couverte de
plantes aromatiques. Lors des arrêts, Saïd cueille du thym quil fera sécher et
qui servira à aromatiser le thé, ou à faire des tisanes durant ses soirées
dhiver. Michel et Jean ont repéré des zohra, des belia et des didyma. Nous
sommes en fait déjà dans le Djebel Ayachi, et roulons vers le Cirque de
Jaffar. La piste en
corniche grimpe, raide, étroite, bordée de cèdres. Sur une aire élargie, nous
cassons la croûte et décidons de nous séparer. Jean et Michel continueront
leurs investigations dans les environs en attendant la tombée de la nuit pour
surprendre le vol des cerambyxs autour de quelques vieux chênes. Quant à moi,
je redescendrai avec Saïd, pour récupérer nos deux pneus avant la tombée de la
nuit. Nous étions au col et commençons la descente de lautre versant. Le
paysage est au début, assez
semblable à ce que nous venions de quitter, arboré, avec de très vieux cèdres
et de vieux chênes. Mais dans le fond de la vallée lorsque nous arrivons dans
loued qui coupe littéralement la montagne en deux, changement total de décor.
Loued à sec en ce moment nous permet demprunter son lit, constitué de gros
galets et de pierres énormes. De-ci, de-là, des filets deau ruissellent encore
et lon peut sy rafraîchir à loisir. De chaque côté, les parois rocheuses
sélèvent de plus en plus en de véritables murailles couleur ocre et cuivre.
Tout en haut dans le ciel bleu se découpent les crêtes. Cest fantastique et
incroyablement beau.
Cest simple, de piste, il ny en a pas. Nous empruntons le lit même de loued.
Mais Saïd est un pro dans ce genre de conduite. Il laisse la voiture rouler
très lentement et a loeil pour prendre le bon creux, le bon passage. Tout
semble si facile, en réalité cest un as du volant tout terrain. La chaleur
est presque insupportable, mais les endroits ombragés nous apportent un peu de
fraîcheur. Nous croisons un berger berbère. Saïd lui offre quelques cigarettes,
et ils séchangent quelques mots. Normal entre gens du cru, tous deux berbères
de surcroît. Nous reprendrons bien vite la piste. Par-ci, par-là, des pierres
empilées en signe de repère nous signalent le passage. Faible indice, mais qui
indique le chemin a loeil exercé. À la sortie de ce couloir rocheux, nous
nous retrouvons dans un endroit où
paissent des moutons. Un jeune garçon nous indique le chemin le plus court pour
retrouver Midelt. Lair est à ce moment vraiment très chaud. On se désaltère un
brin. À ce moment précis, coup de
fil ! Ouf ! ce nest quun ami de Saïd qui lui signale sa présence à
Midelt et lui donne rendez vous le soir à lauberge. Nous avons cru que Jean et
Michel nous signalaient un problème sur la piste. Rassurés nous roulons maintenant à vive allure vers le
village. Sur cette route, il y a
une petite épicerie, nous nous y arrêtons pour acheter un coca que Saïd
moffre gentiment. Il a lair content dêtre enfin arrivé. Après mavoir
déposée à lauberge de Jaffar, il repart de suite reprendre les deux pneus
réparés. Un petit repos et une bonne douche, et je minstalle le plus
confortablement possible sur la terrasse avec un livre et un thé à la menthe.
Quelle douceur ! le vent se lève et la pluie se met à tomber, doucement
dabord, de plus en plus drue ensuite. Après une heure environ, le soleil
finira par écarter les nuages et apparaîtra à nouveau dans une lucarne du ciel.
Lair en quelques minutes redevient tiède comme un souffle venu du désert. Nos
deux entomologistes ne sont toujours pas rentrés, mais je ne minquiète guère
car je sais quils nont pas la notion du temps. Le soir est tombé, les étoiles
brillent dans le ciel, la faim commence à me tenailler. Jentends le bruit
dune jeep qui rentre très fatiguée elle aussi. Les deux pneus sont réparés.
Quelle journée délicieuse. Randonnée, découverte, éblouissement, chaleur,
pluie, fatigue, soif, enfin cette heure si douce du soir qui tombe en même
temps que le repas. Notre journée se terminera dans le petit jardin autour dun
verre de thé à la menthe. La petite laine sera nécessaire. Nous discuterons
encore un peu. De quoi ? Des femmes en général et en particulier, ce soir. Ces
trois hommes ont sur le sujet des idées très différentes. Jécoute et me laisse
bercer par la douceur du soir et le calme de la montagne bien en dehors de
leurs débats.
22 mai. Déjeuner sur la terrasse couverte. Lair y
est frais, nous sommes en montagne, ne loublions pas. Derniers conseils de
Michel, car nous prendrons seuls la direction de Marrakech. Les randonneurs eux
aussi prennent leur petit-déjeuner. Nous changeons de destination pour trouver
et photographier des gazelles en compagnie de lIngénieur des Eaux et Forêts
Ouchtal. Nous prendrons la direction dAzrou, ensuite nous bifurquerons vers louest, Kenifra,
Kashbah Tadla, Beni-Mellal, El-Kelaa-des-Sraghna. Le long de ce tronçon de route se trouvent
des jujubiers plantes
appréciées du julodis gros
coléoptère poilu et sympathique, avec ses deux gros yeux ronds de chaque côte
de la tête. Quant au jujubier, cest un arbrisseau ras, à petites feuilles
alternes, arrondies, chacune étant munie dune épine en épi et, à larrière,
dune épine en ergot. Cest assez piquant. Arrêt obligé pour la prise de vue.
Nous en profiterons pour casser la croûte ou plutôt ouvrir une de nos boîtes de
thon aux légumes et croquer un fruit. Nous poursuivrons la route sous un soleil
de plus en plus écrasant de chaleur. Très tard seulement dans la soirée, nous
atteindrons notre point de chute, à côté de Marrakech.
Quelques mots au sujet de Marrakech, que malheureusement nous ne ferons que traverser étant venu dans
un but plus scientifique que touristique. Le temps nous manque. Il faut ajouter
que conduire dans Marrakech nest pas chose aisée tant la circulation et la
foule y sont denses. Sil y avait autant de voitures que de vélos, ce serait
lenfer. Le soir le centre ville nest accessible qua pied. Touristes
réservés.
Un petit coup dil sur lhistorique de la ville : cest en 1070, que le
saharien almoravide Abou
Bekr à la tête dune
puissante armée pénètre au cur de la plaine du Haouz, au pied du Haut Atlas,
où coule une rivière. Il établit son campement à proximité dune butte
susceptible de fournir des pierres pour lédification de sa future ville. Le
premier palais et la première mosquée furent bâtis par ce chef saharien. Un
manuscrit du XI ème siècle conservé à Fès, mentionne Marrakouch, le
pays des fils de Kouch, des guerriers noirs africains venus dAoudaghost, une
grande ville caravanière de Maurétanie, entourée de palmiers. Marrakech passa
aux mains de Youssef Ben Tachfine qui entreprit de faire de loasis la capitale
almoravide. Les constructions en pisé se substituèrent aux tentes sahariennes.
Marrakech senrichit de lor et de livoire des caravaniers et devint le centre
dun empire sétendant du Tafilalet à lEbre, de lOcéan Atlantique à Alger.
Youssef mourut très vieux à Marrakech. Son fils Ali, andalou par sa mère,
esclave chrétienne dEspagne, devint lun des plus grands souverains du Maroc.
Ensuite il y eu la dynastie Almohade. Ses souverains, les sultans firent de la ville un centre de
philosophie arabe, et la dotèrent dagréables jardins. Ils en firent une cité
impériale. Destituées par les Méridinnes, elle connut un déclin et perdit, pour la première fois,
son rang de capitale impériale. Cest dans une ville dépeuplée par la famine
que les Saadiens pénétrèrent en 1522. Dans la seconde moitié du XVI ème
siècle, Moulay Abdallah, grand constructeur de la dynastie Saadienne, redonna à Marrakech son allure de
capitale. A la fin du XVI siècle, Marrakech comptait près de soixante mille
habitants et abritait la plus grande communauté juive du Maroc. Les Européens,
diplomates et commerçants, affluaient dans la capitale. Marrakech avait atteint
son apogée. Début du XVII ème siècle, Marrakech fut en proie à
linsécurité, aux famines, aux révolutions de palais et aux guerres et perdit à
nouveau son titre de capitale. À la mort du souverain, cest Moulay Ismaïl qui
prit le pouvoir et choisit Meknès comme capitale. À la moitié du XVIII ème
siècle, Marrakech redevint la première ville de la dynastie Alaouite. Le sultan Mohammed III restaura les
mosquées, les édifices détruits auparavant, fit rebâtir un nouveau palais et de
nouveaux jardins. La fin du XIX ème siècle est marquée par des
troubles dans le Sahara central et occidental, en réponse à la pénétration des
Français dans le sud. Il y eu un arrêt de lavancée des sahariens vers le nord
par les armées du colonel Mangin. Au XX ème siècle, en 1912,
instauration du Protectorat français.
A linitiative du
général Lyautey, Marrakech perdit définitivement son rang de capitale du Maroc.
Elle est aujourdhui un centre touristique de première importance. Sa célèbre
place Jemaâ-el-Fna est
classée patrimoine historique de lUnesco.
23 mai. Aujourdhui, nous avons rendez-vous avec
lingénieur des Eaux et Forêts Ouchtal. Sept heures, il nous attend au point
fixé, sur la route de Safi. Très attentionné à notre égard, il sempresse de
nous offrir un café, un thé ou un déjeuner complet. Venant à peine de prendre
notre petit-déjeuner, nous déclinons gentiment son offre, impatients de
découvrir les gazelles. Ce ne sera que partie remise, et nous verrons que les « repas »
ont toute leur importance dans « l hospitalité
marocaine ». Le domaine est assez vaste, mis en réserve et présente toutes
les caractéristiques dun paysage de savane herbeuse ponctuée darbres. Nous
avons ce matin un temps plutôt gris et venteux, mais, au cours de la journée,
le soleil sera de retour. Un technicien des Eaux et Forêts est mis à notre
disposition pour nous accompagner et essayer de découvrir les gazelles
éparpillées dans ce vaste domaine. Mais lingénieur se prend au plaisir de nous
accompagner. Nous croiserons à plusieurs reprises des troupeaux de gazelles. La
gazelle dorcas est très
fine, très agile et rapide comme léclair., Elle se réfugie encore dans les
dunes et les regs du sud du pays. De couleur assez claire, elle présente sur
les flans des bandes plus sombres, a le ventre blanc et une petite queue noire.
La tête est très belle avec ses dégradés de beige, brun, blanc et ses deux
cornes légèrement torsadées. La visualiser longtemps nest pas chose aisée. Ici
comme partout, elle reste assez farouche et inapprochable. Il faut effectuer
mille ruses pour pouvoir la surprendre et la fixer sur notre pellicule. Nous
aurons dici la fin du jour réussi à faire quelques bonnes approches et
quelques bonnes photos de cette petite gazelle. Sur le temps de midi, arrêt
obligé. Un délicieux et copieux repas nous est servi chez notre hôte, potage
dorange et carotte, couscous, tagine dagneau, petits légumes en quantité,
fruits. Nous apprendrons ensuite ce quest la sieste après le repas. Sur des
tapis à même le sol, nous sommes invités à nous reposer tout en discourant de
tout et de rien et en sirotant un thé à la menthe. Et cela, durant deux
heures !. Cest une première rencontre avec les coutumes arabes. Je trouve
personnellement cela assez fatigant, dêtre assis à terre, alors que la pièce
est remplie de fauteuils confortables. À quatre heure précise, notre technicien
renfile ses bottines et son ceinturon et nous invite à le suivre de nouveau,
toujours le fusil en bandoulière. Le soleil est encore haut dans le ciel et
chauffe encore fort. Nous reprendrons nos observations et pourrons en observer
de grands troupeaux toujours très très loin. Monsieur Ouchtal prendra quelques
photos lui aussi. Le soleil commence à décliner et nous prenons congé de nos hôtes
après avoir remercié tout ce petit monde pour leur grande hospitalité. Nous
rentrons, la journée a été longue et fatigante. Le retour dans le soleil rasant
est superbe. Les couleurs ocre et cuivre des terres prennent avec la lumière du
soleil à cette heure une tonalité unique dans cette contrée du nord de
lAfrique. Nous sommes un peu orphelins, ce soir, nos amis ne nous rejoindront
que plus tard car ils prospectent une autre région.
24 mai. Nous
restons encore dans les environs de Marrakech ce 24 mai pour essayer de
découvrir des gazelles dans dautres territoires mis en réserves intégrales. Il
est tôt, et le soleil chauffe déjà. Nous avons rendez-vous dans un petit
domaine où vivent non seulement des gazelles dorcas mais aussi dautres
gazelles plus grandes, plus hautes sur pattes, plus calmes, bien que très
prudentes et farouches. Elles ont une démarche très élégante, ondulante et
gracieuse, dans leur robe sable blond. Elles donnent limpression de se faire
admirer. Cest la gazelle damas. Nous parcourrons ces lieux une grande partie de la matinée. Cest
plutôt une savane herbeuse parsemée de buissons et deucalyptus. Nous
apercevrons les gazelles entre des groupes de végétation basse. Lapproche est
assez difficile. Mais on peut les surprendre. Après quelques heures
dobservation, nous prenons la direction dune autre réserve assez proche
dénommée Jbilet. Elle est beaucoup plus escarpée, constituée de deux grandes
collines où les gazelles séparpillent çà et là. Lapproche nest pas facile,
mais nous réussissons à prendre quelques clichés pour notre documentation qui a
pour but de rassembler lensemble de la faune quon peut trouver dans ce pays.
Il ny a ici que la dorcas. Le midi est réservé comme par tradition, pour un
délicieux repas pris sous un arbre dans le jardin et préparé par lépouse du
technicien des Eaux et Forêts. Ces gens sont charmants et très accueillants. Il
est 15 heures, et si nous voulons atteindre létape suivante avant la nuit, il
est temps de prendre congé de nos hôtes et de rouler vers le sud-ouest, dans la
direction du Souss Massa. La route sera longue, il fera très
chaud. Nous allons parcourir 350 km avant datteindre Aït Baha, petite localité au sud-est dAgadir. La
route dabord sétire dans un paysage plat et monotone, serpente ensuite à
travers dimmenses étendues parsemées darbres, la forêt darganiers. Le soleil roule sur les villages
berbères de lAtlas. La lumière décline, presque immatérielle dans ses couleurs
fauve et rouille. On se surprend à rêver. Un temps béni, propice à la joie, au
bonheur, à la méditation, je ne sais au juste, ce que trop de beauté remue dans
nos âmes. Chacun se donne au silence sur la route caracolant entre roches et
sable et ces étendues où séparpillent à perte de vue des arbres, jusquà ce que
surgisse ce drôle de spectacle, insolite, des chèvres dans un arganier. Combien
sont-elles à grimper sur ce patriarche ? Je ne sais au juste. Elles avalent
avec frénésie les fruits jaunes, ovales, surveillées par un berger assis non
loin. Elles regorgent de vie ces biquettes, elles puisent leur énergie dans la
pulpe de noix dont on fait la fameuse huile dargan. Dans ces régions vivent des populations se contentant de
lessentiel : pain, eau, fruits, miel et légumes. Le commerce est maigre, cest
plus souvent du troc. Les arganiers font partie du paysage. Sur certaines parcelles ce serait bien
délaguer, en prévision dune vraie récolte. Cela apporterait de lhuile au moulin. Jai appris que lhuile se vendait 2
dirhams à Essaouira vers 1970. Aujourdhui, encore rare dans les épiceries
fines, commençant à faire une entrée discrète mais certaine sur les tables des plus grands de la
gastronomie, dans les restos huppés, elle se vend à des prix astronomiques sur
les marchés touristiques. Ces arbres nexistent en grand nombre que dans le
sud-ouest marocain, à Essaouira, Agadir, Taroudannt, Ifni sur des étendues évaluées à 3 millions
dhectares. LUnesco a classé ce patrimoine naturel en 1997. Voici
larbre : larganier est vieux de 80 millions dannées. Ses racines plongent jusquà
une profondeur de 30 mètres. En période de sécheresse, il perd ses feuilles,
semble mort, revit sous la pluie. Les fruits sont séchés au soleil, extraits
par concassage, arrosés deau, pressés sur la pierre jusquà ce que lhuile et
le tourteau se séparent. Ce travail est souvent réservé aux femmes, ce qui leur
permet davoir un travail bien à elle.
Mais a ce rythme comment améliorer l ordinaire ? Cette huile à un délicieux goût de
noisette. Lhuile dargan lisse la peau, diminue le taux de cholestérol, réduit
lhypertension, se retrouve dans les produits cosmétiques, une des huiles
essentielles. Enfin, on na pas fini den parler. Cest en traversant ces
étendues colonisées par larganier que lon arrive dans les environs dAgadir. Nous lévitons pour rejoindre Aït
melloul, Biougra et enfin
Aït-Baha, petit bourg
dans les contreforts de la montagne sur la route de Tafraout. Heureux de poser nos bagages dans un
havre assez contemporain aux portes du désert. Nous y serons presque seuls à
cette époque de lannée. La lumière au soleil couchant est sublime, notre
chambre donne sur les arganiers grimpants à flanc de montagne. Ce soir, après
le repas, je ne devrai pas compter les moutons ou les chèvres jusquà dix pour
mendormir profondément, la tête remplie dimages couleur ocre.
25 mai.
Après le déjeuner, nous
avons rendez-vous avec le technicien chargé du Parc national à Sidi-Bibi. Cest
un jour de fête marocaine, retenu par une réunion de famille, il nous fait
accompagner par un cavalier qui nous guidera dans ces étendues et nous aidera
à apercevoir les gazelles mais aussi les addax et les oryx. Ce sont des animaux très clairs presque
blancs adaptés aux déserts. Laddax a les cornes en spirales, et la tête ombrée de sable et de beige,
larrière-train fait penser à celui dune vache. Lun deux sest laissé
surprendre en train dallaiter son petit. Loryx, lui a plutôt lapparence dun cheval, ses
cornes sont arquées vers larrière et ne rassurent pas celui qui lapprocherait
de trop près. Après cette exploration, nous quittons cet endroit et avons
lopportunité de croiser deux autruches en balade. Dans le terrain qui nous sépare de ces deux
places en defens, nous nous trouvons en présence dossements en quantité assez
importante. Ce serait un troupeau de chameaux morts de soif ou de maladie. Le
territoire de Tifnit
est situé en bordure de mer. Dans certains endroits le sable recouvre déjà la
végétation et forme des dunes. Le désert avance. Nous parcourons en jeep ces
petits chemins où conduire devient un art, car il ne sagit pas de sensabler.
Cela amuse Jean, on dirait! Ici on aperçoit aussi des oryx et des addax. Sous
un eucalyptus, nous partageons notre repas avec le cavalier, qui semble
heureux de nous avoir servi de guide. Le vent rafraîchit latmosphère, la mer
nest pas loin. En repassant à Biougra nous avons acheté quelques pellicules
avant de rejoindre notre halte pour se rafraîchir et prendre quelque
nourriture. Ce soir nous irons rejoindre notre lit sans trop tarder.
26 mai. Il
fait très calme. Le petit-déjeuner est servi sur la terrasse dominant la
montagne couverte darganiers. Lhuile dargan au délicieux goût de noisette,
lhuile dolive, la confiture accompagne le pain du déjeuner. Ce jour nous
rejoignons lembouchure du Massa. Nous relions Tifnit, en bord de mer, et prenons la piste de sable
qui nous y conduira. Des hommes pêchent au bord de la mer. Ils ont de petites
maisons creusées dans la roche en contrebas. Il y a énormément de coquillages.
Hop, quelque chose vient de traverser la piste. Cest un chacal. Jean a juste eu le temps de
limmortaliser sur la pellicule. Un instantané ! Après une heure au moins de
pistes, lembouchure est là, une
petite route y mène. Une ville
serait enfouie sous les sables dans ce paysage du bout du monde. Sa renommée est ancienne. Selon la légende, cest sur cette plage
quau VII ème siècle de notre ère, Oqba Ben Nafi, conquérant arabe du Maghreb, aurait
poussé son cheval jusque dans les flots montrant ainsi quil avait poursuivi sa
conquête au nom du prophète jusquau bout de la terre. Ce lieu est devenu mythique pour les
ornithologues par la présence de la dernière colonie mondiale de libis
chauve. Nous laissons la voiture et poursuivons à
pied sur cette petite route en corniche afin de surprendre les sangliers qui se nourrissent dans la vase, de
lautre côté du bras de mer. Ils sont au moins cinq ou six. Jean descend le
long de leau dans une sorte de roselière et de plantes piquantes. Un embrun
venant de la proximité de la mer se dépose sur nous et forme un voile collant.
Lair est chaud et moite, il y a une couverture de nuages. Nous continuons vers
lembouchure en découvrant des cormorans, perchés sur une branche morte au milieu de leau, des flamants
roses, dont certains
dorment sur une patte et dautres échassiers. À la hauteur dun petit mirador doù lon
découvre la mer, des bancs de poissons. Ce cheminement nous a pris toute la matinée, lair et
lourd, nous faisons demi-tour pour reprendre la jeep. Nous roulons maintenant
vers Massa, petit
village. Pour lhistoire, je lis dans le Gallimard : Massa, actif dès le XI ème
siècle est dabord fréquenté par les Génois. Les Portugais y établissent un
comptoir au XV ème siècle et le prince El-Jazouli y fonde une puissante communauté
religieuse. Deux siècles plus tard, Massa est supplanté par Agadir. Maintenant,
nous traversons le village, écrasé de soleil. Après lavoir découvert, nous décidons de rejoindre notre
lieu dencrage dans la région. Nous voulions couper court à travers la montagne
pour rejoindre Aït-Baha, et avons dû prendre des pistes, car il y a peu de
routes en dehors des grands axes. À vol doiseau cela semblait si proche. Nous
avons mis le reste de laprès-midi. Nous avons vu du pays et sommes arrivés au moment où la lumière décline et rend
toute la montagne nimbée dun voile dor, cest un peu irréel. Nos amis
arrivaient peu après, nous signalant avoir croisé un caméléon sur la route.
Jean aussitôt est parti à leur rencontre pour immortaliser cet animal non pas
rare mais difficile à dénicher. Il
rêvait de le rencontrer depuis longtemps.
Le petit animal a été pris en photo sur toutes ses coutures à la tombée
du jour et ensuite relâché dans la nature. Le soir, attablés autour dun tagine, nous relatons
nos journées. La nuit nous surprend toujours plus tôt que prévu dans ces pays
dAfrique et lorsque la nuit est claire nous sommes sous une fantastique voûte
détoiles. Cest beau.
27 mai. Aujourdhui, nous repartons ensemble. Le
petit-déjeuner avalé, nous suivons notre guide, Michel, accompagné de Saïd, son
pilote. Nous prenons la route du Djebel Lekst, en mettant le cap vers Khemis-des-Ida-ou-Gnidif Cest une route superbe dans la montagne.
De la route nous apercevons une butte sur laquelle sélève un petit village
quasi à labandon, la butte est isolée au milieu du plateau. Cest
incroyablement beau. Ce village est entouré dune muraille, les maisons sont
blotties les unes aux autres et ont ces couleurs de vieilles pierres ocre On
aurait envie dy rester pour le restaurer. On y réfléchit ! Ou plutôt, on rêve.
Plus loin, un arrêt papillons et il y a encore un village perché sur sa butte.
À Khemis, nous poursuivons vers le Tizi n Tagounit où nous casserons la croûte. Là, nous
resterons un bout de temps. Michel et Jean escaladent les alentours pour
apercevoir les papillons du baguenaudier. Le Iolas (iolana) debilitata, lazuré
du baguenaudier. Dans le périmètre immédiat de petites maisons dissimulées dans
la verdure. Quelques paysans font les foins ou rassemblent en bottes les
céréales fraîchement fauchées. Lendroit exploré, on sillonne ensuite la vallée
du Djebel Lekst, cest
une vallée essentiellement agricole, on y cultive des céréales, des amandiers,
autrefois de la vigne. Je dis autrefois, car elle semble redevenue sauvage et
pousse au pied dun muret de pierres, dans un champ abandonné, au bord du
chemin. Les gens de ce coin buvaient du vin dans des temps plus reculés. La piste assez
longue courre dans la montagne, traverse un hameau, un village. Ici pas
délevage, rien que des cultures en terrasse, dailleurs il y a plus de verdure
que partout ailleurs. La moindre parcelle de terre plate est exploitée. La
Vallée des Ameln, à 4 km
au nord de Tafraoute, est
dominée par le Djebel Lekst. Ici, les gens ont de petites maisons, parfois de
plus importantes, quils entretiennent bien et y viennent lété. Ce sont en
quelque sort les résidences secondaires des gens de Tafraoute exilés à Casa ou
ailleurs. La route est sinueuse et les arrêts sont fréquents, pour observer,
photographier. Tout laprès-midi se passe sans que lon sen aperçoive, mais la
chaleur du soleil baisse un peu. On repart. Après être sorti de la route
sinueuse, on reprend une nationale et avant Tafraoute, Michel nous invite à
jeter un coup doeil sur une palmeraie. La grosse direction : Izerbi. On n y fera quune brève incursion, la
fatigue des conducteurs se fait sentir et la nuit nest pas loin. Et sur les
routes ici pas déclairage nocturne. Dans la palmeraie, tout est sombre, pas de
lumière, rien que des palmiers qui forment une voûte. Les femmes sont habillées
de noir. On ne verra pas grand-chose puisquon décide de faire demi-tour le
trajet du retour étant encore très long. Cest dommage, jaurais aimé
prolonger notre incursion dans cette étrange vallée, mais ce nest pas moi qui
conduit et jai pitié des conducteurs car les routes le soir ne sont vraiment
pas reposantes et, il faudrait pour tout voir, habitat, paysage, insectes,
flore etc., prolonger notre périple de plusieurs semaines, de plusieurs
mois. Entre-temps, léquipe
a décidé de prendre le repas du soir à Tafraoute. Auparavant, nous nous arrêtons pour boire ce que lon ne
trouve pas beaucoup dans ce pays, une bière fraîche, sauf Saïd qui respecte les
règles strictes de sa religion. Ensuite, au centre dune place calme, nous
avisons une petite auberge où lon se régalera dune salade en hors-doeuvre,
dun tagine aux pruneaux, délicieux, et doranges à la cannelle. Après être passé pour un plein de diesel, cest la route du
retour vers Aït-Baha. Le retour
dans la nuit noire est très étrange, pas déclairage routier comme chez nous en
Europe. Les voitures nont pas toujours les phares allumés, alors la prudence
simpose, de temps à autre une lucarne brille dans la nuit, là il y a une
maison, un hameau, un village. On
a bien mangé et donc, une petite envie de dormir. Nous arrivons épuisés, mais heureux dêtre de retour.
28 mai. Le
Tizi-n-Tarakatine. Cest
le rendez-vous du jour. Nous reprenons la route de Khemis-des-da-ou-Gnidif,
repassons devant les petits villages posés sur les buttes. Nous y voici. Un
énorme piton de roches rouges, un oued asséché, de part et dautre des
amandiers en terrasse, au loin, des cultures de céréales. Jescalade ce piton
pendant que les entomologistes vaguent à leurs observations. Il fait très
chaud, parfois une cavité de roche offre un peu de fraîcheur. De là haut, on
aperçoit tout le paysage environnant. En bas, loued asséché que lon suivra un
long moment et où volent les lépidoptères. Cest le domaine de la piéride du
câprier et des flambés maghrébins. Deux eucalyptus abriteront notre pique-nique
des ardeurs du soleil. Pendant la digestion, un scinque est venu se réfugier sous quelques feuilles
près de la jeep. Il sera pris en photo, lui aussi. Le retour vers Aït-Baha,
sera encore ponctué darrêts photos. Vers lheure du goûter, on se désaltérera
dun coca, à Aït-Abdallah. De ce petit café, nous apercevrons encore un de ces
vieux villages perchés, déserté par une population qui na plus envie dy
séjourner tant les maisons sécroulent de vieillesse. Personne ne les retape.
Ils préfèrent les nouveaux habitats dun moderne affreux en contrebas. Cest
ainsi. Peut-être quun jour un mécène y trouvera du charme et une folle envie
dy attirer des amis pour recréer un petit centre dartistes ou dartisans. La
journée sétire, on repart. Un peu plus loin, on attendra longtemps dans un
tournant lapparition dagames, que lon avait vu passer la route comme léclair. Ils ont
disparu. Notre attente fut vaine. Le soleil décline, les couleurs changent, l
atmosphère devient dorée, le soir arrive. Nous repartons. Jean et Saïd, après
nous avoir déposés à lauberge, repartent pour enfin retrouver ces petits
reptiles et en prendre quelques clichés. Ces journées sont très enrichissantes.
Parfois rien de bien particulier, parfois des choses inattendues.
Limportant, cest la patience,
lobservation. Ce soir-là, un vent frais et un peu froid sest levé, venant de
la chaleur, nous désertons la terrasse pour un repas dans la grande salle à
manger de lauberge, au dernier étage, où personne ne vient dhabitude. Et
pourquoi pas ? Les repas sont souvent les mêmes, mais quimporte, l
appétit est là quand on a trotté toute une journée depuis tôt le matin. On
parle des traditions de ce pays à laubergiste qui jamais ne sert de vin, ni
dalcool, même pas aux étrangers. On se demande pourquoi tant de restrictions,
jamais une gourmandise proposée. À ces mots, il nous fait servir, sur
linsistance de Michel, un plateau garni de dattes, de figues, damandes et de
délicieux petits sablés. Ce fut le dernier soir dans ce coin de lAnti-Atlas.
29 mai. Le matin de ce jour, Michel est un peu
sombre. Léloignement de ses bases arrière lui pèserait-il ? Je ne crois pas,
mais cest un rude métier que celui de toujours courir derrière les
lépidoptères en étant
perpétuellement nomade. Il y a aussi, cette solitude, qui même si elle est
choisie, est un art de vivre qui relève du défi. Ne nous laissons pas dominer
par trop de nostalgie, la réalité a beau couper les ailes à nos espérances,
elles repoussent. Demain, ne sera pas pareil. Le soleil brillera à nouveau.
Cest vrai, ce matin est un peu gris. Les journées sont un peu brouillardeuses
dans le Souss, au petit matin. Mais le soleil dissipe bien vite la brume et
illumine ces collines couvertes darganiers. Quant à nous, nous voyagerons en
suivant la route de la côte. On se dit adieu. Sur la carte, Agadir, Tamri, toute cette région est le domaine de
larganier dont je vous ai déjà parlé plus haut. Ils sétendent à perte de vue.
Essaouira, la blanche.
Malheureusement trop peu de temps pour visiter lîle de Mogador, où lon a
exploité depuis très longtemps ce coquillage, le murex, mollusque sécréteur de pourpre. Cette
île était déjà célèbre dans le monde romain grâce à ses ateliers de fabrication
de la pourpre. Ensuite Safi, Oualidia,
El-Jadida, Casablanca. Là, nous rejoindrons quelque instant la
mer pour quelques moments de détente. Ce nest pas très hospitalier, le sable
est pollué, et non loin de là, un navire échoué nous sert de toile de fond pour
la photo. Nous reprenons la route sans trop tarder, nous devons rejoindre Rabat.
30 mai. Notre rendez-vous avec Monsieur Mohamed
Benzyane, Ingénieur Principal à lInventaire et à lAménagement des forêts, qui
a eu lamabilité dorganiser et de coordonner nos séjours/intrusions dans les
territoires en réserves intégrales en nous faisant délivrer toutes les
autorisations nécessaires par les plus hautes instances des Eaux et Forêts
Marocaines, tombe à leau. Il est en ce moment en France. Nous aurions dû le
rencontrer ce matin. Ce sera partie remise. Une halte avant le retour vers
lEurope était nécessaire, la route eut été trop longue. En plus le trajet en
bateau ne se fait pas si rapidement que cela. Les formalités à la douane même
si cela relève de la routine prennent du temps. Et la traversée prend deux
heures et demie. Nous rejoindrons Malaga, assez tard le soir en grande partie à cause de travaux sur
le tronçon routier. Il est tard lorsque nous partageons nos impressions de
voyage et notre repas avec Zully et Mélanie. Le lendemain ces dames travaillent
tôt le matin et nous reprendrons la route aussi très tôt pour que la prochaine
étape soit en France, dans les Pyrénées Atlantiques. Cest un pari mais nous y
tenons. Les routes à cette époque de lannée ne sont pas trop fréquentées.
Cest très agréable de voyager dans ces conditions. Aussi pour seconder mon
cher Jean, je prendrai le volant plus dune fois.
31 mai.
L e ciel est gris. Une fine
pluie sest mise à tomber. Nous
prenons le temps, cest le dernier jour.
Laubergiste nous propose des croissants, nous acceptons. Délicieux petits croissants
français ! Il nous
propose aussi de rester pour la fête des cerises, grand jour pour Itxassou. Ce nest pas
lenvie qui nous manque, mais on
ne peut indéfiniment prolonger le périple. Cest à regret que nous quittons ce coin de montagne. Nous rejoignons lautoroute pour retrouver nos pénates.
La route défile le long de ces paysages déjà traversés, heureux et
tristes à la fois. LAfrique est
loin. Quelques fleurs séchées, des
morceaux de nature, nos précieuses pellicules, et dans la tête un arc-en-ciel de couleurs ocre, cuivré, safran, brique.
Choukrane. Merci à Michel, davoir mis son temps précieux à nous faire découvrir ces infimes parcelles de
terres, telles des pierres précieuses serties dans limmensité sauvage et non
encore griffées par lhomme et sa civilisation. Et je lui fait ce message : « Lorsqu on
croit en quelque chose, qu on espère, et qu on aime, lorsqu on a les yeux
accrochés aux étoiles, on reste jeune et lon peut aller jusquau bout de ses
rêves ». Un de mes vux les
plus cher est de voir un jour se concrétiser son grand projet dIfrane. Merci aussi à tous ceux qui ont permis ce voyage enrichissant. Ainsi quà Saïd pour son incroyable
endurance aux raids de montagne, sa frimousse souriante, et sa grande
gentillesse. Encore merci à
tous.
Monique Delacre
morillon@skynet.be