François
Delacre,
Ingénieur des Eaux & Forêts
Jean
Delacre
« Il
ne faut jamais perdre de vue qu’une forêt n’est pas seulement une collection
d’arbres économiquement exploitable, c’est avant tout un milieu biologique,
l’un des plus complexe de la nature, dont tous les éléments (arbres, arbustes,
herbes, sol, micro-organismes, faune) sont interdépendants. On ne peut détruire
l’un de ces éléments sans risquer de bouleverser l’équilibre biologique
de l’ensemble et de provoquer à plus ou moins brève échéance la disparition de la
forêt elle-même »
Le
bois des Fagnes fait partie d’une longue bande forestière de la Fagne
schisteuse (province de Namur - Belgique), qui s’étire depuis Agimont à l’est
jusqu’à Roly et Fagnolle à l’ouest. Il s’étend sur les communes de Romedenne,
Vodelée, Gimnée, Doische et Agimont.
Le territoire
étudié dans le cadre de cette étude (recensement des Rhopalocères) est plus
restreint et ne concerne qu’une propriété privée sur la commune de Doische.
La superficie du site étudié est de 70 hectares.
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Le
bois des Fagnes est situé dans la dépression famenienne et son relief est très
doux, légèrement incliné vers le sud ( pente de moins de 5°).
Son
altitude varie de 170 m au sud à 225 m au nord. Des prairies (grasses, maigres
ou marécageuses) se situent de part et d’autre de la langue de forêt.
Deux ruisseaux à débit temporaire confluent au sud du territoire tandis qu’un troisième, également intermittent, prend sa source dans le nord de celui-ci avant de le quitter. Tous trois font partie du bassin hydrographique du ruisseau de la Joncquière.
La température moyenne annuelle est de 8,6°C, et les
précipitations moyennes s’élèvent à 781 l/m2 l’an (VAN DIEPENBEEK, in
litt.). Celles-ci semblent bien réparties, mais
les argiles schisteuses sont pauvres en eau utile et ont une mauvaise
conductivité hydrodynamique. Elles s’assèchent très vite et peuvent même se
crevasser durant les étés secs (NOIRFALISE, 1984).
Il gèle en moyenne pendant 94 jours. Les dates
moyennes de la première et de la dernière neige sont le 17 novembre et le 10
avril (VAN DIEPENBEEK, in litt.).
La période de végétation s’étend sur un peu moins de six mois. Le climat est tempéré humide à hiver relativement doux et à été frais.
D’après
FORIR
(1989), le groupe Primaire est représenté par le Dévonien supérieur.
L’Étage
famennien (Fa) est représenté par l’Assise de Mariembourg : schistes
souvent violacés avec psammites (Falb) et surtout par l’Assise de
Senzeille : schistes souvent verdâtres, fréquemment noduleux (Fala).
L’Étage
frasnien occupe la pointe nord du territoire avec des schistes divers, assez
souvent noduleux (Frlm).
Les schistes famenniens ont donné beaucoup de sols lourds et peu épais (AVRIL, 1990).
Dans
les zones planes, notamment sur le Famennien, le schiste s’est altéré en argile
lourde, panachée, donnant des sols à drainage imparfait. Il se forme par temps
humide une nappe perchée qui percole lentement dans le niveau plus lourd
(substrat d’argile d’altération) qui apparaît à moins d’un mètre. Cette nappe
perchée et plus ou moins temporaire, à cause d’un drainage naturel défectueux,
explique l’utilisation presque exclusive de ces sols plats par la prairie ou la
forêt (AVRIL, 1990).
Les
différents types de sols rencontrés au Bois des Fagnes sont des sols limoneux
fortement gleyifiés (*) à développement de profil non défini et substrat schisteux
débutant à faible profondeur (fAxh), des sols fortement gleyifiés sur matériaux
limoneux (Ahp), des sols argileux fortement gleyifiés à développement de profil
non défini (Ehx), des sols argileux modérément gleyifiés à horizon B structural
(Edb), des sols limoneux à horizon B structural et charge schisteuse (Gbbf) ou
peu caillouteux (Gbb), et des sols limoneux peu caillouteux modéréments
gléyifiés à horizon B structural (Gdb) (AVRIL, 1984 et 1990).
Le
type de sol dominant est Edb, sol brun acide, dont voici la description
(AVRIL
1984) :
De 0 à 0,2 cm : feuilles
de chênes et herbes partiellement décomposées ; brun très foncé.
De 0,2 à 8/12 cm : argile limoneuse brun grisâtre très foncé ; structure
grumeleuse et subpolyédrique prononcée ; légèrement dure ; beaucoup
de petites traces de rouille ; limite inférieure distincte et ondulée.
De 8/12 à
34 cm : argile limoneuse brun
pâle ; structure subpolyédrique (**) et polyédrique prononcée dure ;
quelques graviers schisteux ; coatings d’argile peu distincts et
discontinus ; gleyification peu distincte ; quelques traces de
rouille et inclusions de Fe et Mn ;
limite inférieure distincte.
De 34 à 62 cm : argile lourde grise à gris
clair ; structure polyédrique (***) prononcée ; extrêmement
dure ; argile d’altération de schistes renfermant peu de graviers
schisteux ; gleyification distincte ; la teinte du fond est grisâtre
avec beaucoup de petites taches de rouille distinctes ; limite inférieure
abrupte.
De 62 cm et + : schistes
famenniens non altérés.
(*)
Gléyfication = phénomène de réduction du fer,
provoqué par l'absence d'oxygène, dans la zone de sol à nappe phréatique
permanente (en toute saisons). Lorsque l'excès d'eau dans le sol
(l'hydromorphie) est temporaire, il se traduit par une oxydation du fer et donc
la présence de taches de rouille. Le gley est la zone gris-bleu et le
pseudo-gley est la zone bariolée avec alternance de taches grises et de taches
de rouille; le pseudogley correspond à la zone de battement de la nappe (régime
hydrique alternatif).
(**)
Structure subpolyédrique = structure presque en polyèdre
(***)
Structure polyédrique = structure
des argiles en polyèdre (solide limité de toutes parts par des polygones plans)
Le
Bois des Fagnes se range dans la classe du Querco-Fagetea, dans l’ordre du Fagetalia silvaticae, dans l’alliance du Carpinion betuli (chênaies
mixtes à Charmes) et dans
l’association du Stellario-Carpinetum
(chênaie-charmaie à Stellaire) (NOIRFALISE, 1984).
Le
Stellario-Carpinetum est
caractérisé par le groupe du Charme et de la Stellaire holostée et par le
groupe de l’Anémone sylvie. C’est une association acidocline, sur sols bruns
lessivés et bruns acides. Le peuplement principal est formé par le Chêne
pédonculé et le Chêne rouvre. Le sous-bois ou les taillis comportent
principalement le Charme, le Coudrier, les chênes, l’Érable sycomore, le Hêtre
et des espèces silicicoles (Bouleau, Tremble, Sorbier des oiseleurs,
Bourdaine).
La
végétation herbacée est marquée par l’apparition de transgressives du Quercion (groupe de la Houlque et groupe Muguet) (NOIRFALISE ,
1984)
La sous-association du Bois des Fagnes est le stellario-Carpinetum-caricetum (chênaie-charmaie schisteuse), caractérisée par le groupe du Carex flacca. Les épineux y sont représentés par le Prunellier et les Aubépines (NOIRFALISE, 1984).
Le
Bois des Fagnes est un taillis sous futaie. Le Chêne pédonculé [Quercus
robur L.] est largement dominant. Il est accompagné du Chêne sessile [Quercus
petraea MATTUS], du
Bouleau verruqueux [Betula pendula ROTH], du Bouleau pubescent [Betula
pubescens EHRN.], du
Charme [Carpinus betulus L.], du Peuplier tremble [Populus tremula L.] et de
quelques Frênes [Fraximus excelsior
L.]. Quelques enclaves sont constituées d’une futaie claire de Chênes pédonculés et de Chênes
rouvres.
Le taillis pur n’occupe que quelques hectares et des plantations résiduelles d’épiceas couvrent actuellement trois hectares et demi et ne seront pas remplacées. La régénération artificielle est désormais axée vers les feuillus : Chênes, Alisiers, Merisiers, Érables, Frênes… Les résineux (Douglas, Pin sylvestre, Mélèzes) sont introduits en îlots dans certains secteurs très pauvres.
À
l’extrême sud de la propriété, dans une étroite bande de terrain hors
Famennien, une aulnaie naturelle [Alnus glutinosa (L.) GAERTN.] a été récemment éclaircie pour mettre en valeur les
meilleurs fûts.
Disséminés
dans toute la forêt, se trouvent quelques Pommiers sauvages [Malus
sylvestris MILL.], quelques Alisiers [Sorbus torminale (L.) CRANTZ], quelques
Sorbiers des oiseleurs [Sorbus aucuparia L.], et
quelques Viornes obier [Viburnum opulus L.].
Le Hêtre est absent à quelques rares pieds près d’ailleurs rabougris, tandis que le long de la route principale (Philippeville-Givet), quelques Érables, Frênes et Ormes semblent provenir de semis naturels provenant des arbres d’alignement.
Les
lisières de la forêt sont colonisées par le Prunellier [Prunus spinosa L.], l’Aubépine à un style [Crataegus monogyna JACQ.], l’Aubépine épineuse [Crataegus laevigata (POIR.)DC.] et différents Saules [Salix sp.].
Impact
des aménagements forestiers sur les Rhopalocères
de la Haie Gabaux
/ Trou des Gattes
(Bois
des Fagnes - Doische)
Jean Delacre
Vocations pionnières de la propriété
Jusqu’au milieu du XIXème siècle, l’ensemble de l’aire
étudiée était constitué de prairies marécageuses drainées par un réseau de
fossés creusés de mains d’homme (dont certains témoins apparaissent
encore çà et là dans l’actuelle forêt) ou de landes à bruyère à l’usage de
pâturage collectif pour les troupeaux du village.
Avec l’abandon progressif de ce pacage, sans nul doute en raison
de sa piètre qualité, ces prairies et ces landes furent lentement recolonisées
par la forêt qui y reprit ses droits. Aucun chêne n’y dépassant l’âge de
120/125 ans, cela nous documente approximativement sur l’époque de la
reconquête forestière.
Une carte de l’Institut
Géographique National datant de 1941 nous démontre l’existence à cette époque
d’une dernière prairie enclavée de 8 à 9 hectares, au nord de la propriété déjà
totalement recolonisée par les épineux vers 1955 d’après mes souvenirs
d’enfance, puis par la forêt mixte composée de Prunelliers , Aubépines, Chênes
et Bouleaux telle qu’elle se présente aujourd'hui. Depuis les années 1880, à
l’exception de cette prairie recolonisée tout récemment, la gestion n’a donc
plus été l’objet des éleveurs et agriculteurs mais celle des forestiers et des
chasseurs.

Extrait de carte IGN datant
de 1941
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Réunion de chasse à Doische
en 1934.
Entre 1923, année de l’achat de la propriété par mon grand-père
Gustave, et 1990, la gestion forestière était avant tout axée sur la
chasse. Les essences à croissance rapide (résineux et peupliers) y sont restées
de présence discrète. Les « nailles »* étaient tracées pour
l’organisation des battues et les coupes de taillis se faisaient plus pour
créer des gagnages pour le gibier que pour en retirer un profit. À partir de
1990, la gestion par mon fils François, ingénieur des Eaux & Forêts, sera
plus subtile, tant pour mettre en valeur les arbres les mieux représentés
(chênes), que pour redonner à la forêt toute sa diversité végétale. Un louable
déploiement d’efforts à l’égard d’arbres plus rares, présents sur le site mais
jusqu’ici dédaignés lors des coupes de taillis, tels qu’entre autres les
Alisiers et les Aulnes glutineux ou les Frênes, a permis d’optimiser la
biodiversité et de redonner ainsi à la forêt tout son attrait naturel.
La pratique de coupes de taillis a été poursuivie en rotations de
petites parcelles de 30 ares à 2 à 3 hectares l’an, tant pour perpétrer la
politique de création de gagnages pour le Chevreuil, que pour créer des parts
de bois de chauffage, éclaircir la futaie et favoriser le développement des
chênes de qualité. À partir de l’hiver 2001/2002, délaissant l’aspect
cynégétique, nous avons innové des aménagements susceptibles de favoriser la
survie d’une colonie d’Euphydryas aurinia (le Damier de la Succise),
papillon Nymphalinae en grande difficulté en Wallonie et dont les
espaces ouverts de cette forêt révèlent constituer un habitat électif . Ce
programme sera poursuivi dans les années à venir de façon à obtenir un
étagement dans la hauteur des rejets de taillis qu’il faudra ainsi recéper tous
les 4 à 5 ans. Il s’agit là d’un réel changement de cap dans les préoccupations
des gestionnaires de l’espace.
* « naille » en terme de chasse = layon = chemin
forestier
Impact de la gestion cynégétique sur les
populations de Rhopalocères
Si seules dix à douze populations d’Euphydryas aurinia semblent
subsister en Wallonie, pourquoi ce papillon (et bien d’autres) s’est-il
maintenu en abondance dans cette partie du bois des Fagnes ? La présence
de sa plante-hôte ne serait qu’un des éléments de réponse, car ce Damier a disparu de bien d’autres
localisations où pousse encore la Succise.
Quelles seraient les raisons qui ont alors favorisé le maintien d’E.aurinia
à la Haie Gabaux / Trou des Gattes jusqu’à nos jours ? Un
paramètre favorable est sans nul doute l’apport de lumière (et donc de chaleur)
maintenu grâce aux coupes de taillis en rotations annuelles, en une multitude
de petites clairières et trouées dispersées dans toute la propriété, ainsi qu’à
l’entretien des chemins et des layons structurant l’espace. L’effet de lisière
ainsi amélioré semble extrêmement bénéfique pour la petite faune, toujours
mieux représentée en orée.
Un autre facteur notable pour le maintien de la meilleure
diversité biologique possible est la carence absolue en substances
agrochimiques dont a bénéficié tout le site, sa flore et sa faunule.
La trilogie « plante nourricière, lumière et habitat
préservé » semble être la bonne recette non seulement pour garantir le
maintien, mais aussi pour valoriser l’épanouissement des populations de
Rhopalocères forestiers.
Nullement obnubilés par le strict rendement forestier, c’est en
favorisant la gestion cynégétique que nous avons, peut-être en toute naïveté,
fait du domaine de la Haie Gabaux un havre entomologique et un pays de cocagne
pour les papillons, puisque 61 espèces y furent recensées en quatre saisons sur
une surface somme toute assez restreinte.
Et trois à quatre espèces potentielles comme, Argynnis aglaja, Limenitis
populi, Plebeius argus, Cupido minimus, et Satyrium
w-album, … y sont encore
pressenties.
Chaque cas étant particulier, il faut malheureusement admettre que
l’impact « cynégétique » peut être parfois plus désastreux que
bénéfique sur les populations de Rhopalocères. Nous venons d’observer à
quelques kilomètres de chez nous, ce qu’une prairie « à
Succise », retournée et réensemencée par des topinembours (nourriture sur
pied pour maintenir – ou attirer ? - les sangliers en forêt) a pu amener comme
dégâts sur la population d’E.
aurinia connue comme la plus florissante de Wallonie, il y a dix ans à
peine !
Les gagnages « engraissés », les semis de plantes
fourragères « allochtones » en monoculture, les champs de
maïs « traités », ont un impact très négatif sur la faunule. Il
n’y a donc pas que du positif dans ces gestions dont la chasse est le lobby.
L’activité agricole a évidemment un impact encore plus néfaste sur
les Lépidoptères, à fortiori dans nos contrées où agricole est synonyme
d’intensif avec quotas ! Nous avons en bordure de propriété 6 hectares de
prairies louées en bail à ferme. L’herbe y est certes belle (enfin dans
l’esprit des agriculteurs…), mais quel désert agraire, quel univers
abiotique ! L’apport d’engrais, de lisier et d’herbicide sélectif,
ainsi que la fauche précoce et répétitive sont de vrais fléaux et sonnent
toujours le glas pour la flore, la faune et le futur.
La pratique acharnée de la fauche, en forêt comme d’ailleurs en
prairie, est désastreuse pour les Lépidoptères, comme pour les Reptiles, les
Batraciens et les autres occupants de ces lieux ouverts. L’exercice de la
chasse exige des chemins et des bermes bien dégagés avant tout pour une
question de visibilité et de sécurité. Ces layons sont donc gyrobroyés chaque année après la
floraison estivale, et suffisamment tard pour qu’il n’y ait qu’un regain limité
au moment des battues d’octobre / novembre. L’habitude des gestionnaires de
chasse est de passer la « tondeuse » en juillet ou en août. C’est
assurément très destructeur pour le cycle des papillons dont les chenilles ne
sont pas encore à cette époque, ni entrées en diapause, ni chrysalidées, ou
encore néonates, voire les œufs candidats à l’hibernation très exposés.
Pour ne pas qu’un massacre au tracteur ou autre machine agressante
ne détruise d’une part des milliers d’années de genèse, d’autre part les
efforts (très récents…) de quelques propriétaires et acteurs convaincus du bien
fondé des directives de Natura 2000, ici pour Euphydryas aurinia, ailleurs
pour d’autres espèces fragiles, il semble que l’essentiel de ce qui a été dit
(voire dicté…) reste à faire. Un cahier des charges aux règles pointilleuses et
à la surveillance accrue devrait faire l’objet d’une meilleure concertation
entre les propriétaires forestiers (état, communes, particuliers) et les
usagers (agriculteurs, forestiers, chasseurs), et ce, dans le cadre des
contrats de gestion Natura 2000.
Il
n’est pas outrancier d’imaginer plausible le moyen de concilier la préservation
de l’entomofaune, de l’herpétofaune et des autres locataires prioritaires de
l’humus des layons forestiers, avec le nécessaire besoin de sécurité exigé par
les chasseurs, qui, ne l’oublions pas apportent aux propriétaires forestiers
(tant privés que communaux ou domaniaux), un apport de devises non négligeable.
Les fauchaisons devraient être mises en œuvre en octobre à vingt centimètres du
sol pour respecter les plantes, les chenilles et la petite faune et faunule.
Gyrobroyer brutalement les chemins forestiers jusqu’à la racine des plantes, et
des herbages est désormais inconciliable avec la préservation de la
biodiversité et les exigences écoconscientes induites par la légitime politique
du développement durable. Si l’entomologiste accepte la nouvelle éthique du
moindre prélèvement, il reste pantois devant l’anéantissement du biotope
froidement perpétré sous ses yeux par des pratiques imbéciles mais souvent
légalisées. D’autant plus que le premier cité n’est qu’un bien petit et
respectable prédateur alors que le second se rend le plus souvent coupable d’un
triste et irréversible saccage.
Sensibilisé au devenir des sites d’intérêt biologique, et des Lépidoptères
en particulier, contrairement à bon nombre de propriétaires forestiers plutôt
réservés vis-à-vis de Natura
2000, j’ai œuvré pour que le Bois des Fagnes soit sélectionné.
Conseillé par le biologiste Philippe GOFFART (chercheur à l’Observatoire de la Faune, de la
Flore et des Habitats (OFFH ) au Centre de Recherche de la Nature, des Forêts
et Bois, à Gembloux), j’ai anticipé sur les travaux qui me semblaient
souhaitables dans le cadre des contrats de Gestion Natura 2000. Pour préserver
dans l’urgence un habitat acceptable pour Euphydryas aurinia et son
cortège, j’ai amorcé des travaux d’aménagement ciblés sur cette espèce.
Les
« layons à Succise » seront progressivement élargis à raison de 100 à
300 mètres l’an, en un maillage continu (élargissement sur 15 à 20 mètres,
aussi bien dans l’axe nord/sud que est/ouest) tout en laissant sur pied quelques plants et arbustes, comme
l’Aubépine, le Pommier sauvage, le Prunellier,et quelques chênes isolés, tout
en veillant à ce que la lumière
puisse partout inonder ces chemins et y apporter la chaleur nécessaire à
l’épanouissement des plantes florifères (et des chenilles). Un recépage devrait
être élaboré tous les 4 à 6 ans, pour empêcher la forêt de regagner du terrain,
tout en respectant certaines essences basses . Ce maillage devrait être
ouvert sur les plaines, et sur le parcours de la ligne de haute tension qui
traverse la propriété ; celle-ci aurait dù être recépée tous les quatre à
cinq ans, mais s’est malheureusement totalement refermée après 14/15 ans faute
de travaux de dégagements . Les responsables Natura 2000 devront sensibiliser
la société Electrabel, pour que les plans initiaux soient respectés. Dans les premières
années suivant la mise à blanc, c’était devenu une véritable autoroute à
papillons, une aire de vol d’autant plus utile, qu’elle favorisait la
dispersion des « divagants » qui pouvaient ainsi recoloniser d’autres sites, tout en gardant de petits
réservoirs génétiques prêts à pallier à des disparitions localisées.
Grâce
aux travaux que nous avons commencés l’hiver 2001/2002, nous avons déjà pu
revoir au printemps 2003 Iphiclides podalirius butinant les fleurs
d’Aubépines laissées en place. C’est de bon augure pour l’avenir, car il
n’avait plus été aperçu sur le site après 1980.
Au
printemps 2003 et plus encore en
2004, notre cher Damier de la Succise volait sur tous les
chemins aménagés et dans toutes les clairières à Succise : franc
encouragement pour persister dans cette voie !
La propriété de la Haie Gabaux - Trou des Gattes - Crestia, est
reprise dans l'inventaire des Sites de Grand Intérêt Biologique
(SGIB) sur le site internet de la DGRNE (Informations sur le Biodiversité en
Wallonie - Observatoire de la Faune, de la Flore et des Habitats) à l'URL
suivante:
http://mrw.wallonie.be/cgi/dgrne/sibw/sibw.sgib.form.pl?SGIBCODE=1372

En
juin 2004, la Fondation Wallonne pour la Préservation des Habitats, portait à notre
connaissance par une lettre de son président le Baron Edgar Kesteloot que le Prix Interbrew
pour l’Environnement 2004 nous était décerné pour les efforts que nous
avions déployés pour la survie d’Euphydryas aurinia dans notre propriété,
prix qui nous a été remis par
S.A.R.le Prince Laurent de Belgique le 21 septembre 2004.
du Trou des Gattes / Haie Gabaux à Doische.
(Fagnes – Province de Namur - Belgique)
Jean DELACRE (2001/2004)
La présente étude est le
fruit d’une centaine de sorties étalées sur quatre années (2001/2004) de
janvier à septembre. Les macro-photographies ont
été réalisées avec un boîtier Minolta Dynax 5, un objectif macro 100 mm à
ouverture 2.8 et un flash spécial macro à bras
télescopiques de marque Minolta (Macro twin flash 2400). Les photos ont été
scannées sur un Nikon Coolscan IV ED. Les films utilisés sont en majorité des
diapositives Fuji Sensia 100 et 200 ASA, et parfois Fuji Provia 400 ASA pour
les prises de vue hivernales.
Pour des raisons
personnelles, je me suis volontairement limité à une aire très restreinte (+/-
70 hectares). J’ai tenté de réaliser au mieux le recensement de la faune des
Rhopalocères évoluant sur ce territoire privé, tout en essayant de mener une
étude de l’impact de la gestion forestière et cynégétique sur les Lépidoptères.
Subséquemment à cette étude sur les Rhopalocères du Bois des Fagnes et de
concert avec mon épouse Monique, j’ai entamé un pré-inventaire photographique
de la flore présente sur le site (MONIQUE DELACRE det.). La
situation, la topographie, le climat, la géologie, la pédologie, la
phytosociologie et le régime forestier sont co-traités dans le chapitre «Le Bois des Fagnes » avec mon fils François, Ingénieur des Eaux & Forêts.
Toutes les cartes
de répartition Wallonnes des Rhopalocères présents sur le site étudié, et
placées en tête des photographies de chaque espèce, ont été adaptées et
modifiées au départ des travaux de Philippe GOFFART
& Benoit DE BAST (2000). Les
cartes originales sont consultables sur le site de la DGRNE à
l’adresse suivante : http://mrw.wallonie.be/cgi/dgrne/sibw/sibw.esp.list2.pl?VAR=Papillons_diurnes
Ces cartes, qui
seront mises à jour en fonction de l'état d'avancement des informations
récoltées par les observateurs de terrain du Groupe de Travail Lépidoptères
(GTL), dont je suis un modeste collaborateur
“amateur” sont compilées, encodées et archivées au Centre de Recherche de
la Nature, des Forêts et du Bois à Gembloux. Aucune carte de ce genre ne peut
évidemment être considérée comme définitive et des lacunes seront
malheureusement toujours présentes et difficilement comblées par manque d’informations
ou de prospection dans des zones de "moindre intérêt" ( du moins pour
les lépidoptéristes...). Leur but est de donner une approche (très relative) de
la présence de telle ou telle espèce dans une aire donnée, de mettre en
évidence les régions les plus riches en nombre d’espèces, mais certainement pas
de signaler une absence, ce qui serait très difficile, voire impossible à
prouver.
Si 114 espèces de
Rhopalocères et Hespéridés ont été répertoriés avec certitude en Wallonie (103
autochtones), seulement 92 l’auraient été après 1990 et la région de
Fagne/Famenne/Calestienne, l’une des plus riche de Wallonie, représenterait 72
espèces, dont 68 dans la seule maille UTM (Universal Transverse Mercator) de 10
x 10 km concernant ce site et enveloppant toutes les unités stationnelles.
(31UFR25)
L’aire étudiée ne
représente qu’un seul type d’habitat : celui forestier, incluant lisières,
clairières, prairies sylvatiques et allées, sur sol brun acide. Quelques
chemins empierrés de longue date peuvent cependant être considérés comme de
nature calcaire (une flore
spécialisée en témoigne...) et illustrent un second habitat subsidiaire à
prendre en considération pour expliquer la présence locale d’espèces
calcicoles.
Avoir réussi à
répertorier 61 espèces de Rhopalocères sur cet habitat réduit est somme toute
un bilan tant inespéré qu’enthousiasmant.
Je tente dans le chapitre aménagements d’expliquer ce résultat, par le type
d’une gestion forestière particulière dont la continuité fût maintenue depuis
des décennies.
Sept espèces d’Hesperiidae fréquentent le site, mais seules Erynnis tages, Ochlodes venatus, Pyrgus malvae, Thymelicus lineola et Thymelicus
sylvestris se rencontrent en
abondance.
Carcharodus alceae n’a été aperçu à ce jour qu’une seule fois en 2002 et
deux fois en 2003.
Carterocephalus palaemon est assez localisé sur une petite clairière au sein
de la forêt, mais est abondant sur ces quelques mètres carrés (première
observation, le 11 mai).
PAPILIONIDAE
Deux espèces de
« Porte-queues » sont présentes sur le site.
Papilio machaon ne se rencontre qu’en
exemplaires isolés et une femelle a été vue en oviposition sur le site à plusieurs
reprises en 2002 et 2003. Sa présence était plus ré gulière en
2004.(jusqu’à sept ou huit imagos sur une même prairie)
Quant à Iphiclides
podalirius, si j’ai le souvenir de
ses nombreuses apparitions dans les années 1950 à 1970, je ne l’avais plus
observé après 1980. La découverte en mai 2003,
d’un bel imago
butinant des fleurs de Crataegus
monogyna dans une de nos
dernières éclaircies entamées l’hiver
2001/2002 en forêt a démontré que nos efforts de gestion
pour la récupération des Lépidoptères n’ont pas été vains.
Neuf espèces ont été
répertoriées à ce jour.
Gonepteryx
rhamni est chaque année
l’espèce pionnière, avec par exemple une première apparition en 2003 le 23
février. Le « Citron » est l’espèce prééminente sur le site, avec souvent
plusieurs centaines d’individus volant de concert ou butinant dans les
clairières florifères. Il faut dire que la Bourdaine, sa plante-hôte est bien
représentée dans toute la forêt. Seuls parmi les Pieridae, Colias crocea et Colias alfacariensis ne sont généralement qu’occasionnels. Colias
crocea était moins rare
en 2003, et même abondant en septembre, mais n’oublions pas que ce fut une
année exceptionnelle pour les papillons en
Wallonie. Le temps ensoleillé de février à septembre
induisit des conditions favorables pour les pontes, avec des éclosions massives
d’espèces habituellement peu repérables, ainsi qu’une génération potentielle
effective pour les multivoltins. Ce fut le cas pour C.crocea et alfacariensis.
Colias
alfacariensis n’a été
repéré pour la première fois que le 8 septembre 2003 et confirmé à quatre
reprises le 21 septembre, mais ne sera probablement jamais que très
occasionnel. Par contre, il est assez abondant sur les pelouses calcaires du
secteur de Givet et de Foische (quelques kilomètres à vol de papillon) d’où il
a tendance à vagabonder, tout comme Lysandra coridon et Erebia medusa.
Aporia crataegi est toujours très présent, et de nombreuses pontes
furent observées sur Crataegus monogyna.
A. cardamines, L. sinapis,
P. brassicae, P. napi et P. rapae sont fréquents sur l’ensemble du site. A. cardamines ne s’observe en général qu’aux abords des plaines, mais
s’introduit en pleine forêt où le mâle, éminent patrouilleur, se livre à une
recherche incessante de la femelle.
NYMPHALIDAE Nymphalinae
Un minimum de vingt et une
espèces de Nymphalidae
Nymphalinae, à ce jour repérées, hantent
le site.
Deux parmi celles-ci méritent
qu’on s’y arrête.
Nymphalis antiopa (Le Morio), bien que très rare fut encore observé en
juillet 2002.
Je pense même que
ce fut l’unique notation de l’année pour toute la Wallonie. Estimé comme en
« grand danger d’extinction », sa dernière présence est notée des
environs de la Botte de Givet. Moins rare avant 1980, il se manifestait alors
chaque année à Doische avec précarité (exemplaires isolés). Il fut très
abondant dans la proche région de Revin (Ardennes françaises dans les années
1970.
L’avant-dernière
observation remonte à 5 ou 6 ans aux alentours du mois de juillet/août.
Fraîchement éclos, se séchant au soleil, posé sur un tronc de chêne à deux
mètres du sol, il m’a laissé tout loisir de l’examiner, mais j’étais alors
démuni de mon appareil photo. Une course effrénée vers la maison, avec retour
au plus vite s’est révélée vaine : plus de Morio ! C’est la seule
espèce répertoriée dans cet inventaire qui ne soit pas encore illustrée sur mon
site web. L’espoir persiste néanmoins d’y arriver un jour...
Nymphalis
polychloros s’est
manifesté à trois reprises le 30 mars 2003. Donné pour « vulnérable »
dans l’Atlas préliminaire des papillons de jour de Wallonie (publication de
décembre 2000) par le « Groupe de travail lépidoptères » (Philippe GOFFART & Benoit DE BAAST), la Grande
Tortue ne se rencontre plus qu’avec paucité en Wallonie. Le printemps 2004
s’est montré plus généreux, avec des observations plus nombreuses, allant
jusqu’à neuf observations dans la seule journée du 28 mars.
Aglais urticae était très discrète en 2001. Plus fréquente
en septembre 2002, la Petite Tortue est devenue quasiment pléthorique en
juillet 2003 ou j’ai assisté à un véritable pic démographique.
Apatura iris et Apatura ilia (principalement la forme clytie) attestent d’un bon dynamisme populationnel sur le site, et
vers le 20/25 juin de chaque année, il est toujours possible d’en observer
quelques dizaines d’exemplaires volant de concert dans certaines clairières,
et… sur la terrasse de la maison paternelle située en plein cœur de la forêt,
ce qui atteste bien d’une tendance rudérale de ces sympathiques papillons...
Chaque jour en juin/juillet,
plusieurs sujets vont jusqu’à s’introduire dans la maison pour voleter
contre les portes fenêtres vitrées et depuis ma plus tendre enfance ce charmant
spectacle m’a toujours ravi.
Des grandes
Argynnes, seul Argynnis paphia se rencontre partout en nombre. A. adippe est plus localisé dans les clairières
intérieures et ne s’est montré de manière plus soutenue qu’en 2003.
Brenthis ino,
Clossiana selene volent
dans tous les chemins quadrillant la forêt et ne sont pas bien difficile à
repérer.
Issoria
lathonia par contre n’a
été observé qu’à une seule reprise en 2002, dans une prairie jouxtant le bois,
butinant sur une fleur de Succise, deux fois en 2004.
Si Melitaea
diamina n’est pas rare, Mellicta
athalia n’aurait montré
qu’une timide présence en 2003, mais peut-être ai-je été peu attentif les
saisons précédentes et aussi peu apte à les différencier en vol et mon absence
en juin 2002 est sans doute la raison de cette carence....
Euphydryas
aurinia est à l’origine
d’une véritable histoire passionnelle.
Sa première
découverte sur notre site remonte à juin 2000. À cette époque, ce n’était pour
moi qu’un papillon parmi d’autres, avec sa seule beauté comme argument
photographique. Bien vite, encouragé par Philippe GOFFART et Michel TARRIER à le rechercher activement, c’en était
presque devenu une obsession. Repéré çà et là en forêt mais toujours
parcimonieusement en mai/juin 2001, il me restait à en localiser le ou les
dèmes à l’origine de ces spécimens épars. Il s’est avéré alors que deux
colonies distinctes étaient à considérer. Disséminée en pleine forêt, une
station étroite et vulnérable est opportunément liée au maintien de nombreux
pieds de Succise, la plante nourricière de la chenille localement monophage.
Les clairières favorables à E. aurinia sont reliées entre elles par de larges allées faisant
office de ponts à l’usage de la mixité de ces maigres effectifs. La révélation
de ce nécessaire va et vient entre ces réservoirs génétiques nous a incité, mon
fils et moi, à entamer des travaux d’aménagements et d’élargissement des layons
afin d’optimiser les chances de maintien de cette population résiduelle et en
perte d’espace.
Je n’ai découvert
la deuxième population, qui s’est avérée très dense, qu’en mai 2003 (première
observation le 4 mai). Cette colonie était pressentie dès l’automne 2002. Le
résultat de la recherche des nids d’hiver par la biologiste Violaine FICHEFET, qui s’était rendue sur les lieux suite à mes informations,
s’était révélé peu positif en indices : seulement quatre nids détectés,
mais il est vrai recherchés fort tardivement. Une éclosion massive en mai 2003
est venue confirmer mes intuitions, en nous révélant une très belle population.
Je crains cependant pour le devenir de
cette prairie
communale louée en « bail à ferme », qui
pour l’instant n’est heureusement pacagée que par des chevaux qui semblent
respecter les massifs de Succise... du moins tant qu’ils n’étaient que deux ou
trois. Depuis septembre 2003, à six sur une surface trop restreinte, affamés,
ils ont commencé du bout des dents à prélever les boutons floraux de la Succise
faute d’autre nourriture, ce qui n’était encore jamais arrivé jusqu’ici. Tous
les plants ont de plus été fortement piétinés. Le printemps 2004 nous dira si
les chenilles n’ont pas trop souffert de cette disette chevaline.(*) Des
densités de 0,1 à 0,2 UGB/ha (Unités de gros bétail à l'hectare) semblent
constituer le maximum tolérable, si l'on ne veut pas occasionner de dommages
aux populations en place (GOFFART, 2003, communication personnelle), et ici, cette
année, nous avions deux chevaux à l’hectare ! Les conséquences pourraient
se révéler dramatiques pour la survie du papillon. Toute prairie livrée à un agriculteur reste toujours très
vulnérable, et peut « mourir écologiquement » du jour au lendemain
par le moindre amendement agressif, ou un quelconque bouleversement
agro-pastoral, ce qui serait évidemment très dommageable puisque Euphydryas
aurinia est une espèce protégée par la Convention
de Berne et la directive « Habitats » de la CE. Classés
« Natura 2000 », ces prés humides devraient au plus vite faire
l’objet d’une protection intégrale pour sauver in
extremis l’une des dix ou douze dernières
populations wallonnes du Damier de la Succise. (Aux dernières nouvelles du
début 2004, la Division Nature et Forêts par l’entremise de son Ingénieur chef
de Cantonnement Jean-Pierre SCOHY, reprendra
la gestion de cette prairie, en accord avec la commune de Doische. Nos appels
au secours ont donc étés bien heureusement entendus). Les autres Nymphalidae
Nymphalinae sont
inventoriés dans le tableau qui suit.
(* ) d’après nos observations
de mai 2004, la population d’Euphydryas aurinia semble très dense. Le surpaturâge n’a donc pas eu
d’effet négatif sur le papillon
.
NYMPHALIDAE Satyrinae
Huit Satyrinae hantent assidûment le site et un neuvième
ne devrait correspondre qu’à un signalement occasionnel.
Si Aphantopus
hyperantus, et Maniola
jurtina volent par
centaines (voire par myriades pour le Myrtil), si Pyronia tithonus est toujours d’un effectif très dense, si
Lasiommata megera, Melanargia galathea,
Pararge aegeria, Coenonympha arcania et C. pamphilus sont ici des espèces habituelles, voire presque des vétilles, je
n’ai rencontré par contre qu’un seul exemplaire d’Erebia medusa le 25 mai 2003. L’habitat ne lui convient
pas et j’ai très certainement eu affaire à un sujet divagant, dispersal provenant des coteaux de Meuse qui à vol
d’oiseau ne se trouvent qu’à deux à trois kilomètres du site étudié.
Treize Lycaenidae ont à ce jour été retrouvés.
Cinq Theclas, avec C. rubi, N. quercus, .S. ilicis, S. pruni et T.
betulae.
Cinq Polyommatinae avec C. argiolus, C. semiargus, P. icarus, L. coridon et A. agestis.
Deux Lycaeninae, avec Lycaena phlaeas, et Lycaena (Heodes) tityrus.
En début mai 2004, le seul Riodininae présent
en Wallonie,était enfin recensé sur le territoire avec Haemearis lucina.
Satyrium pruni s’est montré très abondant en juin 2003 avec une
éclosion massive le 7 juin. Une cinquantaine d’imagos butinaient les fleurs des
massifs de ronces présents dans une de nos clairières forestières.
Les adultes de Satyrium
ilicis qui ne dédaignent pas plus que Satyrium pruni les ronciers en fleurs s’observent encore assez
facilement. S. ilicis éclot
lorsque S. pruni commence à
s’éteindre, et le chevauchement ne dépasse pas huit à dix jours (première
apparition le 29 juin 03).
Neozephirus
quercus descend moins
souvent butiner que les deux premiers frondicoles cités, ce qui fait que son
abondance passe souvent inaperçue.
Les deux seuls
Cuivrés repérés à ce jour n’ont pas la même fréquence.
Lycaena
phlaeas, (le Cuivré
commun), habituellement ubiquiste, est plutôt « rare » sur le
site, excepté en 2003 ou sa présence était plus repérable.
Le Cuivré
fuligineux (L. tityrus)
plus répandu fréquente les lisières de forêt où il est aisé de le découvrir en
juillet butinant sur l’Origan ou sur la Salicaire commune (des individus épars
se rencontrent dans toute la forêt).
Quant aux Polyommatinae, si P. icarus est présent partout (sauf en forêt
fermée), ce n’est jamais en grand nombre, sans doute victime de l’écocide à la
gyrobroyeuse (suite futile de « Massacre à la
tronçonneuse ... ») qui détruit systématiquement ses pontes en
voulant assurer de beaux
chemins policés, nets et propres (?), aux bas-côtés arasés. Les bermes de route et de
chemins communaux étant donc systématiquement gyro-saccagés deux fois l’an
minimum, seules les pontes un peu excentrées échappent ainsi à la faux moderne,
aveugle et dévastatrice (j’en connais une grosse population à un kilomètre à
vol d’oiseau de la propriété dans une grande mise à blanc de quelques hectares
à l’abri de la gyrobroyeuse, ce qui conforte mon hypothèse concernant sa paucité
dans le pourtour de la Haie Gabaux).
C. semiargus qui me semblait exceptionnel avant 2002 a
été aperçu plus fréquemment en 2003 en lisière ou dans les allées très larges aux bermes fleuries de trèfles,
volant tant au-dessus des prairies marécageuses (fréquente tendance
hygrophile), que des prairies plus sèches, mais jamais très loin de sa
plante-hôte.
Même phénomène pour Aricia
agestis photographié une seule fois
sur le site en 2002 puis repéré à maintes reprises en
2003.
L. coridon est recensé chaque année, mais n’est pas
dans son habitat idoine. Comme pour Erebia medusa, la proximité de son berceau que sont les
coteaux de Meuse explique sa sporadicité locale.
J’ai malgré tout
repéré quelques individus tant mâles que femelles très frais et semblant nés
sur le site, et ce, toujours le long des chemins empierrés, favorables à
quelques calcicoles.
Fin août 2003, je
prenais un cliché de Celastrina argiolus, portant à cinq le nombre de Polymmatinae recensés.
ESPECES POTENTIELLES
Plusieurs
Rhopalocères potentiels manquent encore à cet inventaire et je continuerai à
les rechercher activement.
L’absent le plus
flagrant était jusqu’en 2004 Clossiana euphrosyne que je n’avais pas encore pu différencier
« au vol » de Clossiana selene. Certainement observé à plusieurs reprises sans le savoir,
mon seul moyen de capture étant un objectif macro, et l’ayant même probablement
photographié le 11 mai 2003, mais sans avoir eu la possibilité d’observer le
revers (et donc sans certitude aucune) il avait échappé à ma sagacité. J’ai dû
m’autoriser quelques prélèvements traditionnels sans doute plus compatibles
avec la science entomologique qu’un simple objectif macro pour l’ajouter en mai
2004 à la liste des Rhopalocères de Doische/Trou des Gattes/Haie Gabaux.
Capturer/relâcher comme le font tous les observateurs aguerris est parfois bien
nécessaire!
« Vieux
fantôme », Limenitis populi serait présent sur le site (fréquentes notations avant 1980). Je
n’ai pas réussi à le repérer récemment. Souvent victime de sa propension à
« butiner » le bitume chauffé par le soleil en fin de journée, il a
toujours payé un lourd tribut à la circulation automobile. Comme son repaire
électif est la cime des arbres, il n’est pas d’approche aisée et passera sans
doute inaperçu tant que je n’aurai pas recours à un véritable outil
d’exploration de la canopée fagnarde ! Sa période de vol assez courte complique encore la
difficulté de sa découverte.
Son cousin, Limenitis
camilla est lui par
contre assez bien représenté, volant en nombre certaines années. Et bizarrement
2003, année exceptionnelle pour bien des Rhopalocères, ne lui a pas été
spécialement favorable, du moins à Doische.(en 2004, il volait en abondance, du
moins les rares jours ensoleillés !)
Autres présences
pressenties (ou espérées) : Argynnis aglaja, Clossiana dia***, Plebeius argus,
voire Cupido
minimus, ou encore Lycaena
hippothoe… (on peut
toujours rêver!)
On ne peut jamais
vraiment « prouver » l’absence d’une chose... La rencontre avec un insecte reste toujours sujette aux aléas climatiques,
ainsi qu’à l’état de disponibilité de l’observateur, même sur un espace
restreint. Seule la fréquence des visites sur plusieurs saisons risque de
réduire cet aspect aléatoire.
LES RHOPALOCÈRES « INTRUS » DE DOISCHE, OU LE
DILEMME D’UN CORTÈGE CONTRASTÉ.
Dans mes relevés d’inventaire
des Lépidoptères rhopalocères et hespéridés du Bois des Fagnes / Trou des
Gattes / Haie Gabaux, habitat caractéristique de Fagne acide, j’ai souvent été
étonné de recenser quelques présences d’espèces estimées comme calcicoles dont
certaines propres aux pelouses rases.
Je me réfère ici à
l’observation d’Iphiclides podalirius,
de Colias alfacariensis, Polyommatus
(Lysandra) coridon, Aricia
agestis, Erebia medusa, toutes
espèces apparemment inopportunes sur le site étudié. Il existe des papillons à
double identité écologique, produisant même des morphes distinctes et induites
par la nature écologique ou géologique de chaque habitat respectif. Mais ce
n’est pas apparemment le cas des « intrus » rencontrés et syntopiques
avec les habitants inhérents au site.
Certes, j’ai souvent vu errer
ces figurants non attendus sur les rares chemins empierrés de longue date en
roches calcaires, ou la flore est d’ailleurs franchement devenue calcicole,
mais est-ce suffisant pour les y croire implantés ? J’ai pu contacter P.
coridon ou A. agestis fraîchement éclos, mais leur présence en nombre sur
les tiennes* calcaires de Foisches, à quelques petits kilomètres à vol de
papillon, explique peut-être la fraîcheur de ces éventuels vagabonds.
Le cas d’Erebia medusa est le plus énigmatique. Photographié à une seule
reprise, en pleine forêt un jour de pluie, il était évident que cet exemplaire
réfugié dans une clairière pour se mettre à l’abri des intempéries, n’était
qu’un « intrus » volant au gré des vents.
Les tiennes de Foisches étaient une fois de plus le berceau
d’origine de cette espèce calcicole dont les stations belges sont d’ailleurs
assez peu nombreuses.
Si je prends au pied de la
lettre la carte géologique 58/1-2 publiée par la Direction Générale des
Ressources naturelles et de l’Environnement, la partie sud de la propriété au
lieu dit « Au Crestia » se trouve sur une frange d’une centaine de
mètres sur sol « Frasnien » et non plus « Famennien » -
Formation des Valissettes : schistes verts localement à nodules de
calcaire - , d’où l’on passe progressivement en quelques centaines de mètres à
la formation calcaire d’argiles noire et de schistes (Neuvillien) à celle de
calcaires grossiers gris clairs du Massif de Philippeville, pour se terminer
sur l’autre rive de la Meuse aux affleurements fossiles de récifs coralliens du
Givetien (360.000.000 d’années). Le berceau calcaire n’est donc pas très
éloigné.
La seule barrière à la
dispersion des populations de lépidoptères calcicoles de Foisches, est
l’imposant « désert agraire » que représente la zone réservée, ou
mieux accaparée, par l’agriculture
intensive, qui à réduit les « Hauts de Doische » - naguère si riches
- en un milieu abiotique, dépourvu du moindre petit réservoir génétique. Il faut
passer la frontière française toute proche, et circuler sur les chemins et les
tiennes du village de Foisches - 3
km à vol de papillon - pour retrouver ce que les « Hauts de Doische »
étaient encore dans les années 1930 d’après la littérature.
Seuls un grand volateur tel
qu’Iphiclides podalirius ou un
erratique aussi instable que Colias alfacariensis sont susceptibles d’atteindre par leurs propres
moyens et de façon récurrente le site du Trou des gattes / Haie Gabaux. P.
coridon est aussi connu pour ses
capacités à prendre occasionnellement la tangente. Mais Aricia agestis est un insecte sédentaire, aux mœurs très confinées,
que seul le dieu Eole serait susceptible de « projeter » là où il se
cantonnera instinctivement aux quelques substrats calcaires de fortune.
Sinon, quel phénomène régit
ces « intrus » ? Et verrais-je un jour Hesperia comma, Thymelicus acteon, Spialia sertorius, Cupido minimus, Clossiana dia***, Argynnis aglaja, voire
Polyommatus thersites - tous relevés à Foisches ou à Rancennes sur l’autre rive mosanne
- poussés par le même vent bienfaiteur d’un inespéré repeuplement ?
« Autant en
importe le vent », comme
dirait plaisamment mon ami Michel Tarrier qui estime « qu'on peut davantage compter sur le vent que sur les
pouvoirs publics dans l'objectif de repeupler aléatoirement un habitat » s’il
n’y avait ce grand, immense et triste « mais ! » .
Car, il y a un « mais », cette année encore, ces beaux chemins de
campagne, où ne passent que quelques rares vaches et tracteurs, ont de nouveau
été gyrobroyés, arasés, « nettoyés » par les services communaux,
détruisant en un instant, ce que la nature par le vent tente de reconstruire.
Adieu Coridon, Agestis, Icarus,
Phlaeas et autres habitants de ces
bermes fleuries.
Messieurs les édiles communaux,
Monsieur l’Echevin de l’environnement, si vous me lisez – vous avez eu la
gentillesse de me reprendre en lien sur le site officiel de Doische - expliquez moi pourquoi, vous préférez
des bords de chemins ras, nets et semblant « propres », mais
« morts », complètement abiotique, à ces bermes fleuries, pleines de
vie ? Sont-ce ces herbes « folles » qui vous hérissent ? La
notion de « Fauchage tardif » est pourtant ancienne, pourquoi
n’est-elle JAMAIS appliquée ? Pourquoi faut-il macadamiser le Ravel**, pourquoi
en gyrosaccager les abords trois à
quatre fois l’an ? Bétonnez tout, et qu’on en finisse une fois pour
toutes !
Les Bleus nacrés ,
les Argus bruns , les Orvets, les Lézards, les Couleuvres, et les fleurs
sauvages vous demandent un tant soit peu de respect de l’aire de leurs amours,
jeux, vie et mort.
Pitié pour eux, pitié pour
nous, et que ce petit aparté déclenche une réflexion salutaire.
La Terre en a besoin, nous en
avons besoin. Merci.
NOTATIONS DE PRÉSENCES ANCIENNES RELEVÉES DANS LA
LITTÉRATURE.
Melitaea
cinxia a été signalé de
Doische (sans précisions) en 1934 de même qu’à Romedenne, comme abondant. (cf. DERENNE, F.,
1935, Remarques sur la faune belge. Lambillionea, 35 ème année (1) :18.
En 1970 (cf. FONTAINE, M. & HECQ, J. 1971, Principales captures de
Lépidoptères et observations de l’année 1970. Lambillionea, LXXI (3-4) :33),
M. cinxia n’a pas été noté dans les stations connues
de l’Entre-Sambre-et-Meuse !! Pourtant, plus d’une trentaine de stations
étaient connues dans le district calcaire-mosan (prov. Namur et partiellement
Luxembourg). Une disparition continuelle des populations s’y est produite
pendant les années 1960.
VERSTRAETEN, Ch., GASPAR, Ch, LAGRANGE, B.
& ANCELOT, Ph., 1986, Évolution des populations de
Lépidoptères diurnes en Belgique de 1960 à 1983. Bull. Annls Soc. r. belge
Ent.. 122 (1986) :
55-79, confirment de façon dramatique ce que FONTAINE
& HECQ (1971) ont constatés.
M. cinxia ne s’observe plus que très épisodiquement
depuis 1975 au sud du sillon Sambre et Meuse. Il a cependant encore été
photographié en 2003 par Stéphane Claerebout à la Montagne aux Buis à Nîsmes.
Dans leur
document de travail sur la répartition des rhopalocères de la province de
Luxembourg, P. & M. TAYMANS, 1999 in Bull. Cercle Lépidoptéristes
Belgique, XXVIII (1),
écrivent que M. cinxia
aurait disparu de la Famenne et des Ardennes, phénomène de raréfaction qui
aurait débuté pendant les années 1950.
Encore
franchement commune en Lorraine belge pendant les années 1980, M. cinxia semble s’y maintenir çà et là, ce que
j’ai pu observer personnellement en juin 2004.
GOFFART, Ph., & DE
BAST, B., 2000, dans leur
atlas préliminaire des papillons de jour en Wallonie. Publication du Groupe de
Travail Lépidoptères, Thomas & Chabot, Marche, ne connaissent plus que 11
populations de M. cinxia,
toutes situées en Lorraine belge mais sans donner de précisions.
Lyceana
(Paleochrysophanus) hippothoe (LINNÉ, 1757) a été signalé de Doische (sans
précisions) en 1984 (cf.
ALEXIS, R., 1985, Première contribution au
recensement des Lépidoptères Rhopalocères de la région de Mariembourg et
environs. Observations et captures de l’année 1984. Lambillionea LXXXIV (9-10) : 95.
Maculinea
rebeli [HIRSCHKE] aurait été capturé à Doische (sans précisions) par J. DRUET dans les années 1930 (cf. VIGNOUL, H.,
1934, Où devons nous chasser ? Lambillionea, 34 ème année, n°3 : 67).
À cette époque,
la séparation M. rebeli
de M. alcon n’avait
pas encore été faite et BERGER, L., 1946, Maculinea rebeli HIRSCHKE, bonna
species, Lambillionea
XLVI (6-10) : 95-110, pl. 1, 9 figs), regrette de ne pas avoir pu examiner
les captures de DRUET faites dans l’Entre-Sambre-et-Meuse afin
de statuer sur leurs populations . Il s’est avéré par la suite que M.
alcon est confirmé dans
la Campine anversoise et limbourgeoise où l’espèce fréquent les landes à
bruyères humides hébergeant sa plante hôte, Gentiana pneumonanthe.
Aucune donnée sur
M. alcon dans
l’Entre-Sambre-et-Meuse ne nous est connue à l’heure actuelle, alors que Gentiana
pneumonanthe y a été
trouvée. Par contre, M. rebeli était connu de la Région mais probablement disparu sauf dans le
secteur français de Givet – Chooz – Fromelennes, où il s’est raréfié
considérablement depuis les années 1990.
Jean DELACRE (2001/2004)
|
En danger
critique (Critically
endangered) |
Phénologie
locale |
Identité éco-éthologique |
Nymphalidae
|
|
|
|
Euphydryas aurinia Le Damier de la Succise est
abondant en prairie, plus rare et localisé en forêt. |
Univoltin (V-VI) |
Sylvicole et praticole Clairières, prairies humides ou sèches à Succisa pratense. |
|
Nymphalis antiopa Le Morio est très rare,
voire en grand danger d’extinction. |
Une seule génération qui
estive et hiberne (double diapause), pouvant se
rencontrer en avril, juillet/août, et parfois en automne |
Sylvicole. |
|
Limenitis populi Le Grand Sylvain est très
rare. À retrouver
(aucune observation postérieure à 1980). |
Univoltin (VI – VII) |
Sylvicole et frondicole. |
|
En danger (Endangered) |
Phénologie locale |
Identité éco-éthologique |
Papilionidae
|
|
|
|
Iphiclides podalirius La présence du Flambé est accidentelle. |
Univoltin (V-VI), rarement
seconde génération (VIII) |
Versants xériques à Prunus
spinosa. Se reproduit en adrets. Volateur. |
|
Pieridae |
|
|
|
Colias alfacariensis Sa présence est accidentelle. |
Bi à trivoltin (IV à X) |
Calcicole, pelouses sèches. |
|
Nymphalidae |
|
|
|
Mellicta
athalia Le Damier Athalie est
dispersé en petites populations éparses, parfois denses. |
Univoltin (V-VI) |
Bois clairs à Melampyrum
pratense, lisières, clairières,
pelouses sèches. |
|
Clossiana
euphrosyne Localement
bien présent |
Univoltin (III-VII) |
Lisières et clairières
ensoleillées, chemins forestiers. |
|
Clossiana
dia Repéré
à une seule reprise en août 2004. Accidentel
ou exemplaire d’une population en grand déclin ? |
Bi à trivoltin (IV-IX) |
Pelouses calcaires,
lisières forestières chaudes et pas trop sèches, endroits broussailleux non
loin des zones boisées. |
|
Vunérable (Vulnerable) |
Phénologie locale |
Identité éco-éthologique |
Hesperiidae
|
|
|
|
Carcharodus alceae La Grisette est très peu
abondante. Quelques rares observations sur des talus secs. |
Plurivoltin (IV à X) |
Pelouses sèches, friches. |
|
Carterocephalus palaemon L’Echiquier
est abondant sur quelques modestes surfaces de clairières ensoleillées. |
Univoltin ((V à VI) |
Lisières, clairières
humides, plutôt hygrophile. |
Lycaenidae
|
|
|
|
Hamearis
lucina Localement
peu présente, et plutôt accidentelle bien que sa plante-hôte y soit commune. |
Univoltin (III-VII) Rarement deux générations
les années de fort ensoleillement. |
Lisières, clairières,
layons forestiers. |
|
Aricia
agestis Le Collier-de-corail est
plutôt rare sur quelques bermes de chemins empierrés, mais se rencontre chaque année. |
Bi à trivoltin (IV-X) |
Prairies maigres, pelouses
sèches, lisières et bois clairs. |
|
Cyaniris semiargus Le Demi-Argus vole en forêt sur des
chemins largement ouverts, aux
bermes recouvertes de trèfles. Toujours peu répandu. |
Bivoltin (IV à VI et VII à X) |
Praticole, champs de trèfles, prairies fleuries. |
|
Lycaena tityrus Le Cuivré fuligineux est répandu sur
toute l’aire, en lisière comme en forêt. Jamais abondant, mais
toujours bien présent. |
Plurivoltin (V à X) |
Mésophile, évite les
biotopes trop secs. |
|
Lysandra coridon L’Argus bleu-nacré est
limité aux chemins empierrés, plutôt accidentel en provenance des coteaux de
Meuse. |
Univoltin (VII à IX) |
Calcicole, prairies
maigres. |
|
Satyrium ilicis La Thecla de l’yeuse est abondante sur
certains ronciers en lisières, ou dans les chemins très dégagés. |
Univoltin : (VI à
VIII) |
Haies, lisières et bois
clairs. L’imago aime butiner les
fleurs de ronce. |
|
Satyrium pruni La Thécla du prunier est assez commune.
Eclosions parfois massives en juin. |
Univoltin (V à VII) |
Aime les lisières, les
clairières et les bois clairs. |
|
Nymphalidae
Nymphalinae |
|
|
|
Apatura
ilia Le Petit Mars changeant est abondant en
forêt, principalement sous la forme clytie. |
Univoltin (VI – VII) |
Sylvicole et frondicole. |
|
Argynnis adippe Le Moyen Nacré est très localisé en
clairières et peu abondant. |
Univoltin (VI à VIII) |
Prairies bocagères, landes,
clairières ensoleillées. |
|
Clossiana selene Le Petit Collier argenté est très
abondant dans les chemins forestiers et les clairières bien ouvertes. |
Bivoltin (V à VII et VII à
VIII) |
Préférences pour les
biotopes sur sol acide, mais assez éclectique. |
|
Melitaea diamina Localement : la
Mélitée noirâtre est assez abondante dans certaines clairières. |
Univoltin (V à VIII) |
Clairières, tourbières,
bois clairs plutôt humides. |
|
Nymphalis polychloros La Grande Tortue est bien présente, mais
plutôt rare. (en nombre cependant au printemps 2004) |
Univoltin, mais estive et
hiberne.(III – VI à VIII – parfois IX à X) |
Bois clairs et lisières. |
|
Nymphalidae Satyrinae |
|
|
|
Coenonympha arcania Le Céphale est abondant sur quelques
chemins secs. |
Univoltin (V à VII) et
parfois deuxième génération partielle de (VIII à X) |
Bois clairs, lisières,
prairies bocagères. |
|
Erebia medusa Le Moiré franconien est accidentel (en
provenance des coteaux de Meuse) |
Univoltin (V à VII) |
Pelouses sèches. |
|
Menacé (Threatened) |
Phénologie locale |
Identité éco-éthologique |
Nymphalidae
|
|
|
|
Issoria lathonia Le Petit Nacré est rare, accidentel et
vagabond. |
Deux générations possible. (III à X) |
Praticole, friches,
prairies fleuries. |
|
Faible
risques (Lower risk) |
Phénologie locale |
Identité éco-éthologique |
Hesperiidae
|
|
|
|
Erynnis tages Le Point-de-Hongrie est très répandu
dans les clairières dégagées, et sur les bermes des larges layons. |
Bivoltin (IV à VIII) |
Prairies maigres,
clairières florifères, bermes de routes. |
|
Pyrgus malvae L’Hespérie de la mauve est
présente partout et assez abondante certaines années. |
Univoltin à confirmer (IV à
VI) |
Clairières, layons
forestiers, prairies rases. |
Pieridae
|
|
|
|
Aporia crataegi Le Gazé est très abondant dans les
chemins aérés, les friches et les clairières |
Univoltin : (V à VII) |
Bois clairs, haies,
lisières, prairies bocagères. |
|
Leptidea sinapis (*) La Piéride de la moutarde
est très abondante toute l’année de mars à septembre. |
Bivoltin : (IV à VIII) |
Clairières, lisières,
prairies embroussaillées. |
Lycaenidae
|
|
|
|
Callophrys rubi La Thécla de la ronce est peu répandue. |
Univoltin (IV à VI) |
Lisières et clairières,
landes, prairies recolonisées par la broussaille. |
|
Thecla betulae La Thecla de bouleau est probablement
plus abondante qu’il n’y paraît. |
Univoltin (VII à X) |
Bois clairs, lisières,
haies. |
Nymphalidae Nymphalinae
|
|
|
|
Apatura iris Le Grand Mars changeant est
abondant sur quelques aires de vol. |
Univoltin (VI à VII) |
Clairières en forêt
avec présence de saules
marsaults. Sylvicole et frondicole. |
|
Argynnis paphia Localement : le Tabac
d’Espagne est très abondant chaque année. |
Univoltin : (VI à IX) |
Clairières florifères,
lisières forestières, bois clairs. |
|
Brenthis ino Le Nacré de la sanguisorbe est très
abondant dans certaines friches, et dans les layons humides mais ensoleillés. |
Univoltin : (V à VII) |
Clairières humides,
friches. Plutôt hygrophile. |
|
Limenitis camilla Le Petit Sylvain est très abondant
certaines années. 2003 fut une année moyenne. |
Univoltin : (VI à
VIII) |
Clairières forestières,
lisières, layons ensoleillés. Sylvicole et frondicole. |
|
Nymphalidae Satyrinae |
|
|
|
Melanargia galathea Le Demi-deuil est très abondant. |
Univoltin : V à VIII) |
Ubiquiste. |
|
À la limite
d’être menacé (Near
threatened) |
Phénologie locale |
Identité éco-éthologique |
Papilionidae
|
|
|
|
Papilio machaon Le Machaon se reproduit sur le site. Il
n’est jamais abondant, mais régulier. Observation d’une ponte sur la reine
des prés, ce qui semble peu habituel. |
Bivoltin (IV à IX) |
Milieux ouverts. Volateur. |
|
Non menacé (Safe) |
Phénologie locale |
Identité éco-éthologique |
Hesperiidae
|
|
|
|
Ochlodes venatus La Sylvaine est très répandue. |
Univoltin : (VI à IX) |
Clairières humides,
lisières bocagères, chemins forestiers. |
|
Thymelicus lineolus L’Hespérie du dactyle est
très abondante. |
Univoltin : (VI à
VIII) |
Clairières, prairies embroussaillées,
milieux ouverts. |
|
Thymelicus sylvestris L’Hespérie de la houque est
très abondante. |
Univoltin : (VI à
VIII) |
Clairières forestières,
prairies sylvatiques, milieux ouverts. |
Pieridae
|
|
|
|
Anthocharis cardamines L’Aurore est très répandue
au printemps, le mâle patrouillant sur les lisières en se posant peu. |
Univoltin (IV à VI) |
Clairières, lisières
forestières, prairies maigres. |
|
Gonepteryx rhamni Le Citron est le plus
abondant de tous les papillons de Doische avec M. jurtina. La bourdaine omniprésente
explique ce festival papillonnant de jaune. |
Univoltin (VI à X et II à
V) Sort d’hibernation très tôt
dés les premiers rayons de soleil (février) |
Clairières florifères,
lisières, allées dégagées. |
|
Pieris brassicae La Piéride du choux vole
partout, mais en petit nombre. |
(IV à X) en deux à quatre
générations |
Présente des jardins à la
clairière en forêt. |
|
Pieris napi La Piéride du navet est
très abondante. |
(III à X) en deux
générations |
Ubiquiste, milieux ouverts,
ripisylves, et bois clairs. |
|
Pieris rapae La Piéride de la rave est très
abondante. |
(III à X) en 3 à 4
générations |
Milieux ouverts variés. |
Lycaenidae
|
|
|
|
Celastrina argiolus L’Argus à bandes noires
semble peu abondant. |
Bivoltin à trivoltin les
années fastes (III à VI & VI à VIII) (parfois IX à X) |
Lisières, haies,
clairières. Ne quitte pas le strate arbustive |
|
Lycaena phlaeas Le Cuivré commun était plutôt rare en
2001 et 2002. Plus présent en 2003, et même abondant en septembre. |
Plurivoltin : (IV à X) |
Lieux ouverts, friches
fleuries et ensoleillées. |
|
Neozephyrus quercus La Thécla du chêne est abondante mais
difficilement observable sans jumelles, et sans lever les yeux. |
Univoltin : (VII à
VIII) |
Lisières de chênaies,
chemins forestiers avec chênes. |
|
Polyommatus icarus L’Argus bleu est répandu, mais
paie un lourd tribut à la gyrobroyeuse. |
Plurivoltin (IV à X) |
Landes, clairières
forestières, prairies florifères, bords de chemins herbeux. |
|
Nymphalidae
Nymphalinae |
|
|
|
Aglais urticae La Petite Tortue était rare
en 2001, en profusion en 2003. Fluctuations très importantes des effectifs. |
Souvent bivoltin (III à X)
(hiverne parfois) |
Ubiquiste, milieux ouverts. |
|
Araschnia levana La Carte géographique est
abondante sur les pourtours de la forêt, plus rare en forêt profonde. |
Bivoltin (IV à IX) |
Lisières buissonneuses,
humides et ensoleillées et bois clairs. |
|
Inachis io Le Paon-du-jour est très
commun. Aime butiner sur l’Eupatoire à feuilles de chanvre |
Bivoltin (III à X) (hiverne
souvent) |
Lieux ouverts, et fleuris,
y compris en forêt. |
|
Polygonia-c-album Le Robert-le-diable est
assez commun. |
Bivoltin (III à VIII)
(hiverne souvent) |
Bois clairs, lisières
forestières, haies, prairies maigres de bordures forestières. |
|
Nymphalidae Satyrinae |
|
|
|
Aphantopus hyperantus Localement : le
Tristan est très abondant dans les chemins forestiers, et sur les prairies
maigres de bordure. |
Univoltin : (VI à
VIII) |
Plutôt hygrophile, aimant
les bois clairs, les landes et prairies humides. |
|
Coenonympha pamphilus Le Procris (Fadet commun)
est parmi les premiers à être observé dés la fin mars. Abondant. |
Plurivoltin (IV à X) |
Friches, prairies de
pourtour de forêt, lisières. |
|
Lasiommata megera La Mégère se cantonne sur
les chemins empierrés secs. Se rencontre plus rarement en forêt. |
Plurivoltin : (IV à X) |
Chemins secs et rocailleux. |
|
Maniola jurtina Le Myrtil est le plus abondant de nos
papillons (avec G.rhamni). Semble partiellement
estiver, pour réapparaître en août. |
Univoltin : (VI à X) |
Ubiquiste. Entre en quiescence lors
des grandes chaleurs. |
|
Pararge aegeria Le Tircis est abondant dans
les layons ombragés. |
(IV à X) en deux à trois
générations |
Bois, lisières et parcs. Comportement territorial
très marqué. Sciaphile. |
|
Pyronia tithonus L’Amaryllis vole partout en
forêt et en lisières, très abondant.. |
Univoltin : VII à IX) |
Clairières, lisières,
prairies embroussaillées. |
|
Visiteurs /
Migrateurs (Vagrant /
Migrant) |
Phénologie locale |
Identité éco-éthologique
|
Pieridae
|
|
|
|
Colias crocea Le Souci est peu abondant
sauf en 2003, ou sa présence était journalière de fin juillet à août, et très
abondant en septembre. |
Bi à trivoltin (IV à X) |
Milieux ouverts et aérés. |
|
Nymphalidae |
|
|
|
Vanessa atalanta Le Vulcain est très abondant. (Abondance variable d’une
année à l’autre). |
Migrateur se reproduisant
localement en été (III à XI) (hiverne parfois) |
Milieux ouverts, lisières
et bois clairs. |
|
Cynthia cardui La Belle-Dame est très
abondante. (Abondance variable d’une année à l’autre). |
Migrateur se reproduisant
en été (III à XI) |
Ubiquiste en milieux
ouverts. |
(*) Leptidea reali n’a pas encore été découvert dans la région, quoi qu’il soit présent dans le Virtonnais.
BIOINDICATION, BIOSURVEILLANCE ?
Agents
essentiels des cycles biologiques, réagissant ipso-facto au moindre effet nocif
(notamment au niveau des plantes-hôtes dont ils sont tributaires), par un recul
ou une extinction, les papillons sont les véritables révélateurs pour le
diagnostic d’une telle situation. Solidaires de chaque écosystème, ils s’en
avèrent être les meilleurs marqueurs synécologiques. Leur influence sur les
écosystèmes se manifeste autant par leur présence que par leur absence. En ce
sens, les espèces les plus signifiantes ne sont pas à considérer
individuellement, mais collectivement, un peu sur le mode d’une guilde. (sensu
Tarrier, 2004, comm.pers.).
À Doische, il y a 80 ans volaient de concert dans les mêmes
prairies humides Melitaea cinxia, Euphydryas
aurinia et Lycaena hippothoe. En 2004, seul Euphydryas aurinia à réussi à survivre tant bien que mal et très
ponctuellement. Nous ne leurrons donc pas, ce type de biotope est bien malade,
sa dégradation progressive étant arrivé à un stade paroxystique et quasi
irréversible.
La plupart de ces « papillons marqueurs » sont
monophages ou oligophages, et étroitement inféodés à des plantes-hôtes
sensibles et vulnérables. Il s’agit donc d’une panoplie d’éminents indicateurs
biologiques qui réagissent aux modifications nocives par un recul, puis par la
disparition. Les « insectes-outils » sont censément moins maniables
mais sans nul doute plus précis que les vertébrés ou les plantes, tant pour la
gestion et la sélection des sites à protéger, que pour l’évaluation de
l’incidence biologique en baisse des surfaces menacées, en un mot pour la
conservation du patrimoine naturel au service des populations rurales
fragilisées par de nouvelles donnes économiques. Les espèces parfaitement
sténoèces, hautement vulnérables, ne supportant pas un équilibre rompu par la
moindre intervention, pression ou nuisance, ces dernières sont des
bioindicatrices emblématiques de la valeur d’un milieu, aussi nommées
« espèces-ombrelles » ou « espèces clé-de-voûte » et veillent à la naturalité de
l’habitat.
L’utilisation de données entomologiques pour une gestion à long terme exige une validation continue des dites données. Les espèces d’insectes, dans leur grande majorité, ne sont identifiables que sous la loupe binoculaire, tandis que leur récolte sur le terrain nécessite des méthodes de prospection et d’échantillonnage adaptées. Chaque donnée unitaire implique donc : suivi de visites, capture, identification, archivage des données, et suivi dans le temps.
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(Domaine franco-rhénan)
Acidophile : Qui croît ou vit sur un sol acide.
Adventice (végétation) : Qui croît dans un milieu cultivé ou géré sans avoir
été semé (synonyme : plante de fourvoiement).
Alaire : Relatif à l’aile.
Allochtone : Espèce exotique introduite dans un milieu
(antonyme : autochtone).
Adret : versant d’une vallée exposé au soleil
(antonyme : ubac).
Amendement : Toute pratique ou substance destinée à améliorer les
propriétés physiques d’une terre à des fins agricoles.
Anémophile : Ayant une préférence pour les lieux aérés ou ventés.
Anthropique : Dû à l’homme.
Anthropozoïque : Se dit des influences biotiques dépendantes de
l’homme.
Aposématique : Avertissante, prémonitrice, répulsive, en parlant de
la livrée bariolée des espèces toxiques ou venimeuses (exemples : guêpes,
serpents-corail, zygènes…).
Aptère : Dépourvu d’ailes.
Aquicole : Qui vit dans l’eau (et dulçaquicole : qui vit dans l’eau douce).
Biocénose : Ensemble des végétaux, des animaux et des
microorganismes vivant en étroites interrelations dans un biotope ou une niche
écologique (partie du biotope).
Biomasse : Quantité globale de matière organique dans un temps donné.
Biome : Milieu.
Biotope : Composition « non vivante » et
physico-chimique de l’écosystème, hébergeant une flore et une faune
déterminées.
Bivoltin (ou digoneutique) (entomologie) : Qui produit deux générations annuelles successives.
Bouquet : Groupe d’arbres d’âges ou de dimensions similaires.
Brométum : Prairie sèche constituée de bromes (graminées du
genre Bromus).
Caducifolié : A feuillage caduc.
Calcicole : Qui croît ou évolue sur des substrats calcaires.
Calcifuge : Qui ne se plait pas en terrain calcaire.
Cariçaie : Prairie humide essentiellement formée de laîches
(cypéracées du genre Carex).
Cépée : Ensemble de rejets issus d’une même souche.
Chablis : Arbres renversés ou abîmés par des facteurs naturels.
Climax : Stade final et équilibré de l’évolution naturelle de
la végétation dans son milieu.
Cline : Ensemble de variations légères qu’accuse
graduellement une espèce sur son aire de distribution. Certaines espèces
évoluent selon un cline, d’autres pas.
Communauté : Ensemble d’individus appartenant à plusieurs espèces,
vivant à un endroit donné, à un moment donné.
Couvert (forestier) : Ecran formé par l’ensemble des frondaisons d’un peuplement.
Cryptique : Ornementation destinée à soustraire
l’insecte au regard de ses prédateurs.
Défens (ou défends) : Régime forestier de protection avec interdiction
d’exercer les droits d’usage.
Dème : Unité populationnelle ou population.
Diagnose : Description scientifique d’une espèce ou autre taxon.
Diapause : Période de repos obligatoire régulée par des facteurs
internes, correspondant à une suspension du métabolisme au cours d’une
quelconque phase du cycle biologique. Ne pas confondre avec la quiescence, état
torpide induit par des facteurs externes comme la chaleur.
Dimorphisme : Différence d’aspects entre les individus mâles et
femelles (= dimorphisme sexuel), ou entre des sujets de générations successives
(= dimorphisme saisonnier).
Dispersal : Vocable anglais et utilisé en faunistique
pour qualifier un élément provenant d'une dispersion accidentelle. S'il
rencontre des conditions favorables (plante-hôte ou de subsitution, éco-climat,
etc.), l'élément divaguant peut alors établir une souche et l'espèce coloniser
ainsi un nouveau territoire.
Drageon : Pousse aérienne née d’une racine, créant elle-même
des racines.
Ecobuage : Incinération de la strate herbacée préalablement
arrachée puis épandage des cendres.
Écosystème : Unité fonctionnelle de base en écologie comprenant le
biotope et la biocénose associée.
Ecologie (scientifique) : Science étudiant les relations entre un être vivant et son milieu. Le
chercheur correspondant est un écologue, et non un écologiste !
Ecotone : Zone de transition marquant le passage entre deux
écosystèmes de nature différente (synonyme non utilisable en écologie : interface).
Edaphique : Qui se rapporte au sol.
Edaphologie : Science du sol impliquant des notions morphologiques,
lithologiques et pédologiques.
Edaphon : Ensemble de la flore microbienne et de la faunule
vivant dans l’eau interstitielle des sols.
Emondage : Enlèvement des branchettes gourmandes qui surgissent
d’un tronc suite à une mise en lumière.
Endémique : Espèce originaire et exclusive du pays dans lequel
elle vit.
Enrésinement : Opération consistant à planter une espèce résineuse.
Epigénique : Vivant à la surface du sol.
Equienne : Du même âge (pour un peuplement forestier).
Erémicole ou sub-saharien : habitant l’érémial, soit le pourtour de la steppe
désertique.
Ethologie : Science du comportement des espèces dans leur milieu
naturel.
Euryèce : Qui présente des exigences écologiques peu prononcées
et donc apte à se développer dans les biotopes les plus variés (synonyme :
ubiquiste ; antonyme : sténoèce).
Eutrophisé : Concernant le milieu aquatique, artificiellement
surfertilisé par les pollutions agricoles et/ou urbaines.
Floricole : Qui visite les fleurs pour en soutirer la source
nectarifère.
Fontinal : Vivant à proximité immédiate d’une source.
Fourré : Stade précoce et pratiquement impénétrable de
développement du semis naturel
Frondicole : Sylvicole adepte de la frondaison (qui hante
assidûment la frondaison)
Fruticée : Formation végétale composée d’arbustes et de
buissons, souvent épineux.
Habitus : Aspect extérieur permettant la diagnose d’une espèce.
Héliophile : Qui affectionne le soleil et la lumière
(antonyme : sciaphile).
Hôte (plante-hôte) (entomologie) : Plante nourricière dont est tributaire une espèce pour
les recours trophiques de sa larve.
Hibernarium : Refuge individuel ou collectif servant à
l’hibernation de la chenille et constitué d’une réseau soyeux.
Homotypie : Ressemblance d’un animal avec un
objet inanimé pour en assurer un camouflage efficace (homochromie avec les couleurs, homomorphie avec les formes…).
Hydrophytes : Végétaux aquatiques nageants (potamaie formée de potamots, myriophylles,
utriculaires…) et flottants (nupharaie pour les
nénuphars, nymphéas, renouée amphibie…).
Hygrophile : Tributaire de l’humidité.
Imago : Insecte à l’état sexué (synonyme : adulte).
Lisier : Engrais naturel et liquide constitué d’excréments et d’urines des
animaux domestiques (bovins, porcins, ovins), avec fort peu de litière.
Livrée :
Aspect extérieur, robe d’un animal.
Mégaphorbiée : Association végétale
composée d’arbustes, de plantes à grandes feuilles et à port élevé.
Mésofaune : Animaux de taille moyenne
peuplant le sol : hexapodes (insectes et entognathes), acariens,
annélides, mollusques…
Mésophile : Qui affectionne un milieu moyen et intermédiaire
(entre hygrophile et xérophile, avec les combinaisons possibles :
mésoxérophile, etc.).
Monophage : Qui se nourrit exclusivement aux dépends d’une seule
espèce végétale (antonymes : oligophage et polyphage).
Montigène : habitant
des systèmes collinéens ou montagnards.
Multivoltin (entomologie) : Qui possède plusieurs générations
annuelles.
Myrmécophile : Dont la larve vit en symbiose associative avec des
fourmis.
Nitrophile : Qui affectionne les sols riches en substances azotées
(tels les orties des lieux surfumés).
Nymphe : Troisième état du cycle d’un insecte
(synonyme : chrysalide).
Oligophage : Se nourrissant d’un nombre très restreint de
plantes-hôtes.
Ombrogène : Généré par les pluies.
Opportuniste : tous les êtres vivants le sont puisque tirer
le meilleur profit des ressources est la clé de la survie, mais pour certaines
espèces, la méthode devient paroxystique. Il s’agit alors d’espèces
opportunistes, ou providentialistes, en permanence à l’affût des meilleures
conditions possibles pouvant générer une fécondité exceptionnelle. Elles sont
aisément identifiables par leur surpopulation lors des années favorables
(synonymes de pluvieuses quand il s’agit d’écosystèmes arides ou steppiques),
puis leur « disparition » durant les années peu propices. Ce type
démographique selon un taux d’accroissement intrinsèque est indiqué par la
lettre « r » (stratèges-r). A l’opposé, le type démographique selon
une capacité maximale dans l’espace donné, est représenté par la lettre
« K » (stratèges-K) qui indique le point d’équilibre entre le
potentiel reproductif et la valence environnementale, Ce sont les espèces
d’équilibre.
Orophile :
habitant de l’étage altimontain.
Oviposition : Acte de ponte. notamment pour la femelle du papillon
(l’organe utilisé est l’ovipositeur).
Pacage : Droit d’usage consistant à laisser paître au bois le
bétail (synonyme possible : pâturage).
Patrouilleur : dont le mâle effectue d’incessantes
patrouilles à la recherche de la femelle. Certains patrouilleurs ne sont pas
nécessairement des territorialistes.
Perchis : Etat d’une futaie composée de perches (stade
intermédiaire entre gaulis et futaie).
Pessière : Plantation ou forêt d’épicéas.
Phénologie (en entomologie) : Chronologie du cycle biologique et rythme saisonnier
des générations.
Photophobie : Crainte de la lumière.
Photosynthèse : Activité physiologique d’une plante verte
transformant les éléments minéraux en éléments organiques par l’action de
l’énergie lumineuse.
Phototropisme : Réaction de déplacement orienté (tropisme) déterminée
par l’action lumineuse.
Phytophage : Insecte qui se nourrit de végétaux
Phytosociologie : Etude des groupements végétaux, basée sur des critères
de composition spécifique.
Pionnier : Qualificatif des premiers états d’une succession.
Plastique : Animal ou végétal capable de s’adapter à une vaste
gamme de situations, tolérant tous types environnementaux, donc sans exigences
prononcées (= élasticité écologique).
Plurivoltin : Qui vole en plusieurs générations annuelles.
Polyphage : Qui se nourrit d’un large spectre d’espèces végétales
(antonyme : monophage).
Praticole : Qui fréquente les prés et les prairies.
Protandrie : Désigne chez certains invertébrés comme les
lépidoptères, le phénomène d’ émergence plus tardive des femelles en vue d’une
fécondation optimum de ces dernières par les mâles déjà éclos en totalité.
Ripicole : Qui hante les rives des cours d’eau ou des ruisseaux.
Ripisylve : Forêt de rives.
Rupicole : Espèce animale ou végétale qui hante les milieux
lapilleux (caillouteux) ou rocheux (synonymes : saxicole ou saxatile)
Rudéral : Littéralement « qui croît dans les
décombres ». Se dit d’une espèce à ample permissivité anthropique et
acceptant les lieux dégradés, comme la proximité des habitations humaines.
Saprophyte : Organisme se nourrissant de matières organiques en
décomposition.
Saproxylique : Organisme se nourrissant de bois en décomposition.
Ségétal : Qui croît parmi les céréales et par extension parmi
les cultures (exemples : le coquelicot, le bleuet).
Sciaphile : Qui recherche l’ombre (antonyme : héliophile).
Silicicole : Qui affectionne les sols riches en silice.
Sténoèce : Caractérisé par des exigences écologiques étroites et
assez strictes (faible valence écologique) et donc contraint à une localisation
en des conditions bien particulières (antonyme : euryèce).
Sylvicole : Qui vit dans les formations boisées.
Symbiose : Association durable indispensable et à bénéfices
réciproques.
Sympatrique : Qui partage une même région.
Synécologie : la synécologie étudie les communautés d'êtres vivants
et le milieu qui les entoure, c'est-à-dire les rapports qui s'établissent entre
les diverses espèces végétales et animales et le milieu extérieur. En
synécologie, une unité importante est la biocénose. Elle correspond à une
communauté d'êtres vivants qui habitent une portion du paysage et sont adaptés
aux conditions de ce milieu.
Syntopie : partage d’un même biotope.
Taxon : Unité taxinomique (espèce, sous-espèce, etc.).
Territorialiste (et adepte du
hilltopping, perching, ravining)
: qui défend son territoire (pour
un mâle...) en investissant un repère électif de surveillance sur la partie la
plus élevée d’un relief (= adepte du hilltopping) ou d’un objet au sol (pierre,
branche, tige) (= espèce percheuse), ou encore en patrouillant inlassablement
une portion définie de ravin (= adepte du ravining)
Thermophile : Qui recherche la chaleur.
Transect : Coupe virtuelle selon un axe spatial déterminé,
destinée à représenter schématiquement des informations d’ordre écologique
(type de milieu, structure de végétation, espèces présentes…).
Trophique : Relatif à la nutrition.
Ubac : Versant d’une vallée exposée à l’ombre
(antonyme : adret).
Ubiquiste : Indifférent aux conditions du milieu et donc répandu
partout (synonymes possibles : opportuniste ou éclectique).
Univoltin (ou monovoltin, ou monogoneutique) (entomologie) : Qui n’a qu’une génération par an.
Valence écologique : Amplitude de la permissivité d’adaptation aux milieux.
Vernal : Printanier.
Vicariant : Se dit d’une espèce morphologiquement proche et
correspondant à une autre d’une contrée différente. Il s’agit pour la plupart
d’espèces géminées et taxinomiquement discutables.
Volateur : Animal ailé (oiseau, papillon) présentant une
remarquable aptitude au vol.
Xérique : Se dit d’un milieu sec et plus ou moins aride.
Xérophile : Organisme adapté à la vie dans les lieux secs ou
arides.
Xérophyte : Se dit d’une plante adaptée à l’aridité.
Xérothermique : Sec et chaud.
Xérothermophile : Qui affectionne ou recherche les lieux secs et
chauds.
Xylophage : Organisme se nourrissant de bois.
Désignation de l’appartenance
faunistique de l’espèce
(en
partie selon DE LATTIN, 1967) :
Cosmopolite : omniprésent (le plus souvent migrateur) ;
Holarctique : à répartition eurasiatique et néarctique
(nord-américaine) ;
Eurasiatique : à répartition paléarctique quasiment globale
(européenne et asiatique) ;
Eurosibérien : à répartition comprenant le Sud de la
Sibérie ;
Holoméditerranéen : présent sur le pourtour de la
Méditerranée ;
Pontico-méditerranéen : habitant de la Méditerranée jusqu’au Nord de
l’Asie mineure (Alpes pontiques) ;
Atlantico-méditerranéen : habitant le Sud-Ouest de l’Europe (incluant
éventuellement l’Afrique du Nord) ;
Ibéro-maghrébin : à répartition ibérique et
nord-africaine ;
Endémique
nord-africain : restreint à
l’Afrique du Nord ;
Endémique
marocain : indigène du
Maroc ;
Afro-érémien : confiné aux secteurs présahariens du Nord de
l’Afrique ;
Saharo-arabique : réparti sur les secteurs désertiques d’Afrique
et d’Arabie ;
Subtropical : provenant des régions chaudes situées entre
l’Equateur et les zones désertiques (souvent migrateur) ;
Tropical : à répartition équatoriale (souvent
migrateur) ;
« Tu crois pouvoir
écraser cette chenille ?
Bien, c’est fait : ce n’était pas difficile.
Bien, maintenant, refais la chenille… »
LANZA DEL VASTO
« Chaque
espèce est une merveille: une manifestation de la prodigieuse inventivité et créativité
de la vie qui s'est développée pendant des centaines de millions d'années et
dont nous sommes issus. Les spectacles de l'épanouissement de la végétation au
printemps, le retour des oiseaux migrateurs, sont des éléments qui manquent de
plus en plus cruellement à l'humanité contemporaine largement confinée dans le
béton urbain. Pouvoir jouir de la beauté de la nature est essentiel à notre
équilibre psychique ».
HUBERT REEVES
Dernière mise à jour : 10 décembre 2004
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