Le
papillon est le reflet de ce qu’il y a
dessous…
Dans
les années 50, les papillons peuplaient et
agrémentaient nos campagnes, nos montagnes et nos
jardins. Dès les années 60, le remembrement sonna
le glas d’une certaine naturalité des champs,
par l’arasement systématique et irréfléchi de
millions de kilomètres de haies et de bocages,
mégalomanie technocratique qui prétendait accroître
les surfaces cultivées et faciliter le passage de
la machinerie lourde. Les conséquences de ce
saccage furent celui d’un écocide dont on se
repent encore.
C’est
par milliards de milliards que chaque année les
biocides de l’agriculture productiviste
anéantissent les papillons, que la circulation
automobile les massacre, que nos éclairages
publiques excessifs les piègent, qu’on les
éradique en faisant table rase des écosystèmes,
notamment forestiers, et qu’en pays de terres
sèches le surpâturage les décime en scalpant le sol
de la moindre plantule.
L’importance
des plus petits est bien mal perçue. Ils sont
cependant partie intégrante de la biodiversité.
Mais personne ne se préoccupe de ces joyaux ailés
qui, au temps de notre enfance, enchantaient
campagnes et montagnes dès le regain du printemps,
tournoyaient nombreux les soirs d’été autour
de la lampe du jardin. Dans nos paysages dénaturés,
le charme est rompu, l’harmonie séculaire qui
mariait l’homme à la Nature est révolue, il
n’y a plus de place pour la beauté, les
papillons se meurent et nos rêves s’en sont
allés, à tire d’aile… Le plus
affligeant n'est pas de constater l'érosion de cet
inestimable capital naturel que nous avions reçu en
legs, d’être « écoconscients » du
monde que nous avons volé à nos enfants, mais d'en
diagnostiquer le caractère imparable du processus.
On ne reconstruit pas la Nature.
Souvenirs
à l’eau de rose ? L’être humain
survivra t’il dans un monde de béton ?
Probablement, mais aux prises à une vie invivable,
il n’y sera jamais heureux.
C’est
pourquoi il faut veiller à la protection des
papillons de notre enfance. Agents essentiels des
cycles biologiques, réagissant ipso facto au
moindre effet nocif (notamment au niveau des
plantes-hôtes dont ils sont tributaires), par un
recul ou une extinction, les papillons sont les
véritables révélateurs pour le diagnostic des
paysages. Solidaires de chaque éco- ou agrosystème,
ils s’en avèrent être les meilleurs marqueurs
synécologiques. On tente désormais de les utiliser
pour la bioindication et pour la biosurveillance,
car leur influence se manifeste autant par leur
présence que par leur absence.
Plus
d’informations sur ces
« insectes-outils » au service de la
conservation du patrimoine naturel sur le site
de la MEEM :
CLIQUER ICI
M.TARRIER
&
J.DELACRE
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