En perdant nos racines, nous avons perdu notre âme !
Les modes sociaux des chasseurs-cueilleurs se heurtent violemment depuis l'invention de l'agriculture, il y a 10 000 ans, aux sociétés pastorales ou agricoles, puis coloniales et industrielles. Montrés du doigt comme des parasites, ils disparurent la plupart du temps ou furent refoulés sur des terres ingrates quand nous ne les avons tout simplement pas exterminés.
De quel droit avons-nous refoulé, éliminés, déculturalisés ces peuples de "chasseurs-cueilleurs", les seuls qui avaient réussi depuis des millénaires à rester en équilibre avec leur milieu de vie, avec la Nature sans laquelle nous ne sommes plus RIEN ?
N'oublions pas que "l'HUMANITÉ", ce n’est pas nos nations agricoles et industrielles , celles disposant d’un Etat (police, armée, impôts, administration des citoyens ou sujets…) et qui seraient aussi représentées à l’ONU, mais bien les chasseurs-cueilleurs qui eux, n'ont pas eu, l'outrecuidance de se décréter au dessus des autres animaux, de s'autoproclamer les "élus" de Dieu, les immortels promis à une seconde vie qui "auraient" tous les droits d'appropriation des ressources de la Nature, tous les droits de la détruire, de la modifier, de la transformer, de la "civiliser", de se l'accaparer, tous les droits de s'en servir jusqu'à épuisement des ressources que nous avons décrétées "nôtres".
Ah, que les textes dits "Sacrés" nous ont conduits dans une impasse. "Croissez, multipliez-vous, et emplissez la Terre ... asservissez les bêtes ... " Ah, oui ? Déjà 7 milliards de sapiens (?), bientôt dix et bientôt plus d'énergie fossile sur laquelle nous avons bâti nos illusoires visions d'un bonheur futile !
Quelle dérive ! et pauvres de nous !
"C'est maintenant [...] qu'exposant les tares d'un humanisme décidément incapable de fonder chez l'homme l'exercice de la vertu, la pensée de Rousseau peut nous aider à rejeter l'illusion dont nous sommes, hélas ! en mesure d'observer en nous-mêmes les funestes effets. Car n'est-ce pas le mythe de la dignité exclusive de la nature humaine qui a fait essuyer à la nature elle-même une première mutilation, dont devaient inévitablement s'ensuivre d'autres mutilations? On a commencé par couper l'homme de la nature, et par le constituer en règne souverain; on a cru ainsi effacer son caractère le plus irrécusable, à savoir qu'il est d'abord un être vivant. Et, en restant aveugle à cette propriété commune, on a donné champ libre à tous les abus. Jamais mieux qu'au terme des quatre siècles de son histoire l'homme occidental [1] ne put-il comprendre qu'en s'arrogeant le droit de séparer radicalement l'humanité de l'animalité, en accordant à l'une tout ce qu'il retirait à l'autre, il ouvrait un cycle maudit, et que la même frontière, constamment reculée, servirait à écarter des hommes d'autres hommes, et à revendiquer au profit de minorités toujours plus restreintes le privilège d'un humanisme corrompu aussitôt né pour avoir emprunté à l'amour propre son principe et sa notion."
(Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale, Deux, Paris, Plon, 1973, p. 53.)