Biocentrisme et chasse sont-ils compatibles?
La sensiblerie est une notion purement humaine. Dans la Nature, la vie, la mort, la prédation sont choses journalières, courantes et normales. On ne demande pas à un Tigre de manger de la salade ni a un escargot de manger du Tigre.
La chasse, (si elle n'est pas "dévoyée" par l'homme pour en faire un seul instrument de plaisir égoïste) doit garder toute sa place même de nos jours alors que nous ne sommes manifestement plus des "chasseurs-cueilleurs". Ne fût-ce que pour réguler la faune des ongulés. L'homme par sa propension à éliminer égoïstement tous ses "concurrents" en éliminant les prédateurs de tous poils et plumes à complètement déstabilisé l'équilibre naturel. C'est un fait avéré, et faire marche-arrière est impossible et utopique. Quelle mère de famille acceptera que nous relâchions des Ours, des Tigres, des Lions dans nos forêts de banlieues ? La chasse est donc « redevenue » une nécessité. Peut-on par exemple laisser les Sangliers (animaux sympathiques que je respecte au plus haut point pour leur intelligence) éliminer toute notre herpéto-faune déjà en grande souffrance, éradiquer en forêt nos orchidées dont ils adorent les bulbes? Je ne crois pas. Par notre propre bêtise, en éliminant les prédateurs naturels du Sanglier qui nous concurrençaient « scandaleusement », nous avons créé un déséquilibre qui a entraîné une dommageable surpopulation de suidés dans nos forêts. Laisser ce travail de régulation dans les mains de fonctionnaires qui s'en chargeront ? On a vu en Suisse le gros flop d'une telle entreprise. Pourquoi dénier à certains le droit au plaisir de la chasse (j'ai dit au plaisir de la chasse, pas au plaisir de tuer).
La chasse est inscrite dans nos gênes, et pour autant que l'on respecte l'animal, la pratiquer avec modération n'est pas incompatible avec le Biocentrisme.
A partir du moment ou nous nous remettons à notre place, comme l'égal de tous les êtres vivants, ni plus ni moins, pourquoi devrions nous nous interdire de participer à un équilibre naturel inscrit dans notre patrimoine génétique ?
Beaucoup ne peuvent entendre prononcer le mot « chasse » sans se couvrir de boutons parce que les chasseurs se sont déconsidérés par des pratiques abusives comme les élevages de « poulets de tir » ou autres abominations du genre. La tauromachie, les combats de coqs ou de chiens, inventés par ces « êtres supérieurs que nous serions » relèvent du sadisme humain. La chasse, la « vraie chasse » est naturelle. Mais; il est vrai que toutes les activités humaines quelles qu’elles soient sont entachées et dénaturées par notre certitude d'être au dessus des autres animaux ! Tout nous appartiendrait, et tout nous serait dû ! Non, il faut non pas interdire la chasse ou tenter de la faire interdire, mais la réformer de fond en comble en changeant les mentalités, et en réintroduisant une éthique de chasse respectueuse des autres espèces, même si le chasseur est amené à leur retirer la vie, comme d’ailleurs d’autres espèces sont programmées pour nous l’enlever à nous, humains. (Certains virus ou bactéries n’existent que pour nous tuer et nous réguler, non?). La régulation doit être acceptée dans les deux sens. L’homme régule l’animal, l’animal régule l’homme.
Commençons par:
Supprimer le droit d'élevage et de lâcher. (quelle horreur !) ;
Supprimer le nourrissage faussement appelé dissuasif ;
Amener les chasseurs à penser "régulation naturelle" et plus "appropriation égoïste" ;
Introduire dans leur esprit une notion éthique du respect de l'animal sans pour autant se bloquer sur la notion de vie et de mort qui est elle tout à fait naturelle ;
Ne plus systématiquement rejeter le fait que l'Homme est un super-prédateur et que par "humanisme" il n'aurait plus le droit de l'être ;
Mais, il est impératif de cesser de détruire systématiquement ce qui nous gêne ou nous concurrence, c’est à dire, les autres prédateurs qui sont nécessaire à l’équilibre du vivant. La Terre appartient à tous ses habitants, du plus petit au plus grand, de la simple bactérie à l’éléphant, et même du végétal au mammifère de l’herbivore au carnivore.
Retrouver notre place de grands singes omnivores parmi les autres espèces est une nécessité vitale pour l’humanité.
Il faut que le Vivant soit remis au centre de nos préoccupations sans avoir peur des termes « mort, souffrance, maladies, vieillissement » ... tous phénomènes naturels qu'il faut accepter comme tels sans cette sensiblerie dénaturante (le syndrome de Bambi) qui n'est apparue que parce que nous avons été déconnecté de la Nature trop longtemps. Notre perte de naturalité pousse même certains à mal accepter leur statut de simple mammifère. Se mettre sur un piédestal entraîne toutes ces dérives dommageables pour notre environnement.
Jean Delacre