Être Biocentriste ou ne plus être, telle est la question …

Confortés par les textes sacrés que l’homme a écrits il y a quelques millénaires, et par les théories de grands philosophes tel Pierre Teilhard de Chardin, nous nous sommes autoproclamés au dessus des autres espèces, en nous donnant le droit de les asservir, de les utiliser à notre guise, de les exterminer à outrance et de les mépriser car étant « nos inférieurs ».
Ces textes ont été proclamés « sacrés » afin que personne n’aie l’outrecuidance de les remettre en question. C’est ÉCRIT, c’est LA Vérité, c’est un Dogme, c’est ainsi, pas de doute ni d’impudence !
La théorie du Point Omega de Pierre Teilhard de Chardin nous donne à penser que l’homme, « cet Être au sommet de la création » est appelé à fusionner avec Dieu, et nous pousse à croire que nous sommes Dieu en puissance, ce qui ne nous rend pas des plus humbles et exacerbe notre ego.
Mais trop, c’est trop. L’anthropocentrisme a atteint ses limites. Remettre les points sur les « i » est d’une pressante nécessité.
Il y a quelques décennies encore, nous pensions la Terre immense, nous pouvions en user et en abuser à volonté, nous pouvions la saigner aux quatre veines. Et voilà qu‘aujourd’hui nous nous rendons compte que notre « Maison du Quaternaire » est étroite, que les réserves se tarissent, que l’amoncellement de nos déchets toxiques et de nos multiples rejets sur terre, dans les mers et l’atmosphère a déclenché des mécanismes difficilement réversibles. L’emballement climatique en est la conséquence majeure, celle qui va nous mener vers une catastrophe planétaire d’une ampleur que nous ne voulons pas encore imaginer, ni admettre.
Hormis
Homo sapiens (à l’exception de nos lointains ancêtres et des peuples dits « premiers » qui surent rester à leur place), tous les êtres vivants étaient en équilibre et vivaient en phase avec leur écosystème. J’ai bien dit « étaient » car notre suffisance, notre inconscience, notre égoïsme, notre besoin de puissance, de pouvoir et d’argent nous ont fait oublier les notions basiques d’équilibre et d’interdépendance.
A vouloir tout pour nous, à force de proclamer « nuisibles » tout ce qui pourrait nous concurrencer, et subséquemment d’éliminer ceux que nous estimions indésirables, nous avons déréglé la machine pourtant si bien huilée, et en moins de deux cent ans, à l’orée de l’an 2050, nous aurons réussi à détruire ce que plusieurs milliards d’années avaient pourtant réussi à créer dans la parfaite et harmonieuse synthèse.

Être BIOCENTRISTE, c’est rendre sa valeur au Vivant, à tout le Vivant.
Chaque Être de cette planète, depuis la plus petite bactérie unicellulaire jusqu’à l’homme, doit être considéré comme l’humble élément d’un rouage où chacun a sa place sans prédominance de l’un sur l’autre, ou tous ont droit au respect. Alors seulement nous pourrons croire en une fin moins dramatique que celle annoncée par les scientifiques du monde entier.

Il reste pourtant un espoir de voir s’inverser le scénario catastrophe prédit par les moins optimistes, dont il est vrai je fais parfois partie, face à l’irrémédiable gâchis provoqué par anthropie.
La prise de conscience de l’ampleur du déclin de la Vie
* nous pousse, par le biais de nos Associations de Protection de la Nature aidés par certaines de nos rares autorités qui rament courageusement à contre courant, à préparer et à réaliser des actions de terrain qui sont et seront les vitrines d’un ultime sursaut que nous nommerons « savoir-faire environnemental ». **

Prenons en exemple les Projets LIFE initiés par l’Europe et réalisés dans les différents pays Européens, dont la Belgique est plutôt en pointe dans ces réalisations innovantes.
Dans le LIFE+ Papillons qui démarre en janvier 2009, mettre au premier plan trois frêles papillons en voie d’extinction dans notre pays super industrialisé (
Euphydryas aurinia, Lycaena helle, et Lycaena dispar), en leur consacrant les budgets importants de plusieurs millions d’euros pour restaurer leurs habitats, est une avancée colossale. Évidemment, certains esprits chagrins, mal éclairés puisque aveuglés par un irréductible anthropocentrisme, voient déjà un tel programme comme un immense gaspillage
Ce respect de l’infiniment petit démontre que, dans son inconscience collective, l’homme est encore capable d’ultimes sursauts salvateurs.
Bien sûr, des gestes de bon sens comme ceux-là sont trop peu nombreux, rarement réalisés à temps, et les décisions capitales souvent adoptées bien trop tard, retardées par d’interminables tergiversations, mais c’est la preuve qu’il ne faut pas désespérer.
Si nous sommes capables du pire, nous pouvons aussi l’être du meilleur.

Remettre le Vivant au centre de nos préoccupations est une nécessité capitale pour l’avenir de nos enfants.


Jean Delacre.



* par ce qui n’est encore malheureusement qu’une infime minorité de personnes, mais qui de jour en jour font de plus en plus d’adeptes.
** en opposition au peu de résultat que génèrent ces symposiums grandiloquents et ces multiples conférences locales, nationales ou mondiales sur l’Environnement sans réelles retombées pratiques.