BODE NASYONAL


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VODOUN ET DEMOCRATIE





VODOUN
ET DEMOCRATIE


Pourquoi et comment articuler le vodoun, système d'organisation traditionnel de l'univers haïtien, autour d'une théorie politique bien plus jeune, la démocratie?

Pourquoi devrait-on forcer les angles de ce qui se trouve être une expérience collective du sacré, pour la porter à satisfaire les besoins d'un raisonnement qui se voudrait purement politique?

Pourquoi réclamer d'un peuple non-agressif de type africain, qui, d'ailleurs, a déjà fait un choix politique, celui de vivre religieusement selon la tradition de ses ancêtres sans gêner personne, qu'il adhère à un système de gouvernement qui viendrait droit de l'occident, un système qui a toujours visé sa destruction, au moins son exclusion?

Les ancêtres des vodouisants, les africains, auraient-ils donc débuté leur vie collective à l'image des "loas", les premiers fondateurs des cités et des Etats, en dédaignant d'établir un pouvoir défini? Ils développèrent en ce plus vieil Etat constitué du monde une organisation politique sans pouvoir central, et où seule l'opinion publique constituait une force contraignante. De nos jours encore, il est facile de retrouver les vestiges d'un tel Etat chez les pygmées d'Afrique.

Et depuis, nous savons que sur le continent sous-sahérien, furent engendrées de façon purement endogène toutes les formes imaginables de gouvernement: des petites chefferies et aussi de très grandes, des royautés religieuses et laïques, des empires florissants, des républiques dépendantes et aussi indépendantes, des républiques qui fonctionnent en même temps que des royautés traditionnelles, ...etc.

Depuis 1804 avec Jean-Jacques Dessalines, plusieurs royautés virent le jour en Haïti et, surtout, bien des républiques autocratiques. Cependant, elles se réclamèrent toutes, et toujours, du type démocratique. En parcourant l'histoire, on se rend facilement compte du fait que des principes tyranniques furent effectivement toujours établis aux fondements de tous les gouvernements d'Haïti et de son élite, "la classe politique", la bourgeoisie et l'église , à l'encontre des intérêts de la masse des citoyens, plus spécialement des vodouisants.

Dans un Etat démocratique on ne saurait entendre des paroles telles que "Nou pa vlé vodoun nan nouvel ayiti" . De même qu'il ne saurait y avoir non plus de citoyen de seconde classe, la majorité, qui est enregistrée comme "Paysan" sur son acte de naissance. Pas plus, que de diviser la population en "petits chrétiens et en petits diables".

Depuis 200 ans, les dirigeants ont lutté contre le vodoun. Ils n'ont réussi qu'à creuser de plus en plus profondément le fossé idéologique qui sépare les Haïtiens. Ils ont créé une déchirure dans l'identité collective, l'âme de la patrie.

Dans une nation démocratique, tous les groupes sociaux devraient pouvoir participer pleinement à la vie nationale, et s'exprimer en toute liberté. La nation doit symboliser une certaine unité, qui se base sur l'origine, l'histoire, la langue, la tradition, la culture, les moeurs, les tendances religieuses, les sentiments, ... en un mot, sur un patrimoine collectif.

De même, s'il est vrai que la démocratie est un facteur de développement, et que le développement est réciproquement une condition à la démocratie, il ne saurait être question d'exclure le vodoun sous prétexte qu'il est un élément de sous-développement. Car, pour mettre sérieusement en chantier un véritable processus de développement et de démocratie, l'aspect traditionnel fondamental d'un peuple, qui constitue la trame essentiel de son patrimoine collectif, ne peut être exclu.

La mise au rancard de plus 80% de la population d'un pays quel qu'il soit, et pendant près de deux siècles, ne suffirait-elle pas, à elle seule, pour expliquer l'échec de son développement économique et humain.






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