BODE NASYONAL


*
VODOUN ET DEMOCRATIE





LE
VODOUN


Le secteur vodoun représente plus de 80% du peuple haïtien. Avec son mode de vie à l'africaine, ses attitudes mentales et son comportement collectif qui correspondent à sa vision du monde, on l'inscrit habituellement dans le cadre de ce que l'on a coutume d'appeler ici "la culture traditionnelle".

Laissés pour compte, les membres de ce groupe social croient en la tradition que leur a léguée leurs ancêtres et ils organisent leur vie suivant un modèle qui se trouve être dans le prolongement de ce qu'avaient coutume de faire les générations qui les ont précédés dans le temps.

En conséquent, en dépit de l'importance qu'il représente, ce groupe a toujours été négligé, passant même totalement inaperçue aux instances gouvernementales, aux organismes internationaux et aux organismes non-gouvernementaux (O.N.G.).

Ainsi, incompris, il ne leur a jamais été offert les possibilités de s'instruire formellement, de faire connaissance avec la médecine moderne, d'avoir accès à une certaine justice sociale, en bref, de se développer de la façon que le conçoivent les peuples de l'occident.

Pourtant, cette population, trop souvent perçue comme étant totalement dépourvue d'infrastructure sociales cohérentes, s'articule harmonieusement autour du "houmfor", le temple vodoun, qui se trouve être pour elle non seulement un centre religieux, mais encore et surtout un centre culturel et social de première importance.

En général, c'est là que s'organise en Haïti la vie en société. Les enfants dont les parents travaillent y passent souvent leur journée. Les orphelins y sont couramment recueillis de façon permanente. Les vieillards y trouvent un gîte accueillant pour finir leurs jours sur terre.

Les travaux des champs sont coordonnés en ces lieux sous forme de "koumbit", ou sous d'autres dénominations analogues, qui indiquent toujours une fonction similaire, et qui expriment invariablement un haut degré de socialisation et une collectivisation du travail rural. Les petits métiers et les artisans y trouvent un exutoire approprié pour le développement de leurs travaux artistiques et pour les produits de l'artisanat, ainsi que des débouchés pour écouler ces produits.

La médecine traditionnelle y est généralement pratiquée par le houngan ou la mambo qui sont les gardiens de cette tradition ancestrale. Naturopathes, ils sont ceux qui traitent les maladies de la grande majorité de la population qui n'a ni les moyens, ni les possibilités de se rendre dans les centres hospitaliers qui n'existent qu'au centre d'une douzaine des villes principales.

Il ne nous semble pas superflu de mentionner qu'en zones rurales totalement dépourvues de distraction, les houmfors offrent les possibilités récréatives à ses adeptes et à tous les visiteurs. De façon saisonnière, ils organisent les bandes de rara et de carnaval qui sont des réjouissances publiques de grande amplitude.

Environ 50 000 à 60 000 houmfors, dont les noms et l'importance varient selon les régions, sont répartis à travers la République et desservent plus de 5 millions d'individus. Leur dissémination se trouve être directement en rapport avec celle de la population. Il nous semble logique que tout projet sérieux de développement, spécialement en ce qui a trait au renforcement de la démocratie, devrait nécessairement tenir compte de leur présence. Le vodoun est plus qu'une religion spectaculaire , comme voudraient le croire certains, c'est le système religieux, social, médical, judiciaire et culturel de référence qui organise l'univers haïtien, particulièrement l'univers paysan.

Tous les Haïtiens sans distinction aucune sont finalement appelés à jouer leur partition dans le concert du développement économique, social et politique de la nation.

Nul groupe ne devrait plus jamais avoir la prétention de vouloir seul s'occuper du développement du pays.

Aujourd'hui, la seule question valable qui devrait être posée en Haïti serait de savoir comment faire participer TOUS les Haïtiens, et ceci de façon adéquate et durable au processus du développement et de la démocratie.

Tout effort de croissance doit nécessairement tenir compte des valeurs traditionnelles essentielles au développement national.

Le vodoun constitue le lien principal qui assure la cohésion et la sécurité de la vie sociale de la nation, et que pour l'Haïtien, il a toujours été la source et en même temps le facteur fondamental d'adaptation au différentes formes d'agressions locales et étrangères. Sa composante religieuse sert de tronc à l'arbre socioculturel, le patrimoine collectif des Haïtiens.

Aucune science n'est capable d'offrir une définition objective du mot religion, parce qu'incapable de faire ressortir l'émotion mystique propre à chaque religion, émotion qui est structurellement essentielle à l'élaboration d'une telle définition qui se voudrait scientifique et objective. En vertu de ces considérations, nous sommes portée à n'accepter comme seule et unique définition valable du mot religion, qu'elle est avant tout "l'expérience collective du sacré". Sur la base d'une telle définition et de telles justifications, nous pouvons affirmer que le vodoun est une religion au même titre que le christianisme, l'islamisme, le judaïsme, le brahmanisme, l'hindouïsme ou le shintoïsme, qui ne sont en fait que des formes différentes d'expérience collectives du sacré. Le vodoun représente plus de 80% de la population haïtienne et il a intérêt à être mieux connu, "tel qu'il est perçu par le vodouisant."






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