Les pirates John BOWEN et Thomas WHITE sont eux aussi morts à la Réunion, le premier le 13 mars 1705 (malaria), le second en 1719. Originaires de pays protestants et n'ayant pas abjuré, le clergé local de l’époque leur a refusé une sépulture en terre consacrée et le lieu où ils ont été ensevellis s’est perdu, contrairement à la tombe d’Olivier LEVASSEUR, dit la Buse, qui se trouve au cimetière marin de St-Paul.
Sa tombe est toujours fleurie. Alors qu’on le menait au gibet, le pirate a lancé dans la foule un bout de papier en criant «À celui qui découvrira mes trésors.» La Buse a en effet pillé plusieurs navires des Compagnies des Indes hollandaise, portugaise et française. C’est un fait historique établi par de nombreux documents d’archives. C’est pour ce crime qu’il a été pendu haut et court en 1730, après avoir fait amende honorable (ce qui explique qu’il ait obtenu une sépulture chrétienne). Mais, jusqu’à présent, personne n’est parvenu à décoder son message dans son intégralité et les passages déchiffrés n’ont, apparemment, ni queue ni tête. Ceux qui fleurissent la tombe de la Buse espèrent peut-être que le pirate va les inspirer!
Nous nous intéressons à la Buse moins pour son trésor que parce qu’il est le plus illustre représentant d’une composante de la population réunionnaise dont on ne parle quasiment jamais: les forbans. On parle toujours des colons venus de métropole, des esclaves africains et malgaches, des engagés indiens et chinois mais on ne parle jamais des forbans français mais aussi irlandais, anglais, hollandais et flamands, qui se sont installés ici, par dizaines. La colonie étant pauvre, ils obtenaient assez facilement, en échange d’un peu d’or, le droit de s’installer et de devenir de paisibles citoyens de la colonie.
La plus ancienne trace d’installation de forbans dans l’île remonte à 1667. Cette année là, un bateau forban vient se briser sur les récifs à Ste-Marie. Mais il n'y a aucune victime, ils sont tous sains et saufs: les forbans, qui avaient prié la vierge Marie de les sauver, y voient un miracle et, avec les débris de leur bateau, ils élèvent un sanctuaire à Marie. Les pirates se fondent dans la population locale mais viennent régulièrement chaque année prier la Vierge dans leur petit sanctuaire, qui peu à peu devient un lieu de pèlerinage très fréquenté. D’après Catherine Lavaux («Du Battant des Lames au Sommet des Montagnes»), le sanctuaire aurait été détruit par un cyclone en 1728.
Photo de droite: cliquez
pour agrandir.
La liste ci-dessous n'est pas exhaustive et ne reprend que les forbans qui ont fait souche. Elle est établie d’après plusieurs documents, dont notamment les recensements d’Antoine Desforges-Boucher de 1704, 1709 et 1711, corrigés par le Père Barassin à l’aide des registres paroissiaux (les forbans ne tardaient à prendre épouse et avoir des enfants).
Tous ces habitants «descendus d’un navire forban» représentaient une part importante de la population: un quart des chefs de familles libres! Ils ne se sont pas contentés d’apporter leur contribution à l’économie de l’île en espèces sonnantes et trébuchantes; ils ont également enrichi la culture créole de nombreux mots de marine (démarrer, languet, lanspect, etc.), nous ont transmis la recette du boucanné et sont à l’origine de la première société secrète de l’île.
* Sur les 66 flibustiers débarqués, une partie s’est "rangée des bateaux" mais d’autres voulaient repartir en flibuste et ont commencé la construction d’une frégatte. Elle était bien avancée quand, le 22 juillet 1696, l’escadre de Serquigny (quatre navires, dont trois de 50 canons) est arrivée à Bourbon et l’a incendiée.
** escale mentionné dans le second journal de Boucher (3 août 1703 -17 avril 1705).