Galerie n°10

« Une Histoire de Femmes »

Du 1er décembre 2007 au 31 janvier 2008 à La Possession (Réunion) et du 18 décembre 2007 au 25 janvier 2008 à Johannesburg (Gerard Sekoto Gallery, 17 Lower Park Drive-Parkview), Joël Pèlerin a exposé une vingtaine de ses clichés, qui constituent une nouvelle étape dans son travail sur le métissage. Cette double exposition, intitulée « Une Histoire de Femmes », a reçu un accueil enthousiaste de la part du public et de la presse. Photos des deux vernissages et la revue de presse plus bas sur cette page.

«Une façon de penser le monde»

(texte distrbué à la presse lors du vernissage du 1er décembre 2007)

On ne peut habiter à la Réunion sans réfléchir sur le singulier "vivre ensemble" qui caractérise cette île. Appelons ça métissage, ou plutôt créolité. Le mot "Créole" vient du latin "creare" qui signifie en français "créer-être créé". Il désigne, dans son étymologie même, la nouveauté.

photo photo photo photo

Paradoxe de l’histoire: c’est dans la douleur de l’esclavage, un des plus grands dénis de l’humanité, que la civilisation créole est née, un modèle aujourd’hui d’humanisme! Oui, "civilisation créole", le mot n’est pas trop fort car il s’agit bien d’une façon de penser le monde. Joël Pèlerin raconte: «J’ai fait une image forte d’un couple où l’homme blanc est à la merci d’une femme noire… C’est bien sûr humoristique et provocateur, un clin d’oeil à l’abolition de l’esclavage. Je rappelle que cette expo sera présentée le 1er décembre à la Possession et le 20 décembre à Johannesburg en Afrique du Sud. Cette image n’est pas anodine, d’ailleurs la femme a visiblement pris un plaisir particulier à la faire! Posons nous la question: pourquoi cette photo nous fait sourire?»

photo photo photo photo

La Réunion a réussi l’utopie de brasser les peuples, les cultures et les religions et aboutir à un résultat inattendu, totalement nouveau: une culture plurielle, c’est-à-dire une culture qui n’est pas un mélange mais une rencontre incessante. Ici, même les plus blancs ont un ancêtre noir. Joël Pèlerin dit: «Le métissage est permanent à la Réunion, et je l’ai illustré plus particulièrement par des photos mère-enfant où l’enfant est très blanc sur sa mère bien colorée issu d’un couple père métropolitain - mère réunionnaise, métissée indienne. Un autre bébé est avec sa maman réunionnaise, métissée chinoise, un autre encore avec une mère réunionnaise métissée comorienne…» Et c’est bien que tout cela se passe dans un pays où le mot ’fraternité’ est gravé sur le fronton des mairies!

photo photo photo photo

Les photos de Joël Pèlerin montrent cette réalité «Ce que je crois, à travers ce que je vois"», elles disent que la beauté féminine est aujourd’hui métisse, c’est à dire diverse, ouverte sur le monde et sur l’avenir. Toutes les nuances de couleur de peau existent à la Réunion, les Réunionnaises ont des traits européens, africains ou asiatiques et leur identité culturelle est toujours multiple. Le photographe explique: «Je laisse beaucoup de liberté à mes modèles, ce sont autant elles que moi qui choisissent les poses, je tiens à ce que ce soit leur personnalité qui s’exprime, un peu de leur àme qui transparaît au travers de leur corps… Forcément, il y a du "moi" c’est à dire du "Joël Pèlerin" aussi dans chacune de mes oeuvres, d’abord parce que c’est toujours moi qui choisi mes modèles, il faut qu’elle m’inspire, que tout au fond de moi je la trouve Femme, et que j’éprouve le désir de sublimer cette Féminité. Ensuite, la façon dont elle se comporte, ses attitudes, ses mouvements, ce qu’elle "donne", elle me le donne à moi d’abord, en retour à ce que je lui fait ressentir. Enfin les retouches de lumière et de cadrage sont faites selon ma propre sensibilité : le produit final est bien un produit de nos deux personnalités».

photo photo photo photo

Comme d’habitude, le photographe a fait choisir les photos exposées par un "jury" composé cette année de 24 femmes de tous les milieux et de tous les àges, toutes les photos sont nouvelles et le choix a été qualifié de "particulièrement difficile": «Il est cependant obligatoire ne serait-ce que pour des raisons financières je ne peux faire tirer les 80 photos présentées… Il y des photos de Nus Académiques avec des poses variées et des cadrages différents, certaines sont jugées plus "esthétiques" d’autres plus "sensuelles"». Il précise: « Je suis plus que jamais à la recherche de la FÉMINITÉ et du MÉTISSAGE, les différentes facettes qui me plaisent chez la femme, qui comme je l’avais déjà dit, est avant tout pour moi "Une promesse de bonheur". Bonheur pour son partenaire, pour son enfant, pour l’humanité…»

photo photo photo photo

Tous les modèles de Joël Pèlerin sont photographiés sur fond noir, comme la lumière éclaire les ténèbres’ L’éclatante beauté des femmes métisses est un signe du destin. Le destin du monde, ce n’est pas le mondialisme, qui est synonyme d’uniformisation, de culture dominante, non, le destin du monde est créole, c’est à dire multi-culturel, métis. Le photographe n’impose pas sa vision du monde, il la propose, c’est une offrande. Et c’est bien que cette vision du monde soit originaire de ce que l’on appelait autrefois un des "confettis de l’Empire": un autre paradoxe!

Le métissage est un résultat, la créolité le processus. Ce sont des données culturelles fortes car inscrites dans les faits, mais elles sont aussi fragiles, car elles ne sont pas encore inscrites dans les consciences. «L’avenir de la planète est au métissage, affirme Joël Pèlerin, il plaît aux jeunes, et c’est bon signe ! Pour mémoire, quelques chanteuses métissées et célèbres : Alicia Keys mère blanche et père noir, Amerie, mère coréenne père afro-américain, Ayo mère gitane père nigérien, Mariah Carey mère irlandaise père noir vénézuélien (ingénieur aéronautique), Samantha Mumba mère irlandaise père zambien, Vanessa Williams les deux parents métis et première afro-américaine couronnée Miss America en 1984».

photo photo photo photo

Lors du vernissage du 1er décembre à La Possession il y aura des danseuses choisies par Mme Yun Chane, qui a historiquement formé la première troupe de danse contemporaine de la Réunion, et a joué en Avignon, à Monaco, à la Martinique, à Singapour… Ci-après son portrait paru dans AFRICULTURES: «Yun Chane est née à Saint-Denis de la Réunion. C’est à Paris qu’elle se tourne vers la danse contemporaine après sa rencontre avec Dominique Petit. Elle côtoie entre autres Josef Nadj, Jean Gaudin, Claude Brumachon, Hervé Diasnas, Carlotta Ikeda, avant d’attaquer son propre processus de création. De retour à la Réunion dans les années 80, elle entreprend de promouvoir la danse contemporaine encore inexistante dans l’Océan Indien. Elle enseigne, anime ateliers et interventions en milieu scolaire, et en 1993 crée la Cie Yun Chane, première compagnie de danse professionnelle à La Réunion, qui remporte le premier concours chorégraphique de l’Océan Indien. Toujours en évolution, le travail de Yun Chane s’enrichit au contact de tous les langages chorégraphiques et musicaux dont elle s’est imprégnée à la Réunion et dans l’Océan Indien, en Chine et en Europe.»

photo photo photo photo photo

Elle s'intéresse aussi au MÉTISSAGE en particulier asiatique africain créole, dans sa création ’En chevauchant les nuages’ où elle fait un retour sur elle-même, femme écartelée entre la tradition orientale, toute de rigueur et l’appartenance insulaire. Entre une mémoire asiatique, africaine et la réalité créole contemporaine. Joël Pèlerin explique: «Il apparaît que Yun Chane et moi-même sommes sur les mêmes recherches, chacun de nous avec sa propre sensibilité, le vernissage du 1er décembre devrait donc être particulièrement riche en émotions».

Dans une société qui est aujourd’hui en mal de repères, la culture est génératrice de lien social.

photo photo photo photo

Vernissage à La Possession (Réunion)

photo photo photo photo
photo photo photo photo

Quelques clichés des trois danseuses, ainsi que leur présentation.


Florence BOYER, 29 ans, voyage entre La Réunion et Paris

Danseuse chorégraphe réunionnaise, elle a été sollicité pour le vernissage de Joël Pèlerin par Yun Chane avec qui elle avait déjà travaillé en 2000 à la Réunion.
« La rencontre avec Joël est un véritable coup de coeur! Tant pour son travail que pour la personne humaine; simple, généreux et talentueux! Je remercie encore Yun de m avoir fait confiance et permise de rencontrer cet autre artiste du métissage. »

Florence Boyer est aujourd’hui directrice artistique de sa Compagnie de danse créole contemporaine ARTMAYAGE basée à la Réunion, avec un interface métropolitain à Paris. Son travail et son écriture chorégraphique sont donc également axés sur le métissage que Florence souhaite valoriser dans et en dehors de l’hexagone. Sa première création « Ma métisse » a d’ailleurs été présenté au Ministère de l’Outre Mer le 20 décembre 2007 à Paris. Elle sera à nouveau en représentation le 10 mai 2008 au Cabaret Sauvage à Paris(festival Africaphonie) pour la commémoration nationale de l’abolition de l’esclavage.

« Ma métisse mon île, ma métisse ma langue, ma métisse ma danse! »

photo photo photo photo

Oriane GERMSER, 20 ans, vit au Tampon, ses deux parents sont chorégraphes

« C’est après avoir dansé deux ans en France, que je reviens sur mon île avec le désir de rencontrer le public réunionnais.ÊMa rencontre avec Joël Pelerin est un merveilleux hasard (orchestré par ÊYun Chane, que je remercie au passage), puisque ma danse et plus particulièrement mon solo, Bout de femme…, parle de féminité, du passage de la jeune fille à la Femme. Son travail à lui exploite également ce thème, et ses photos sont pour moi une source d’inspiration. Si nous avons en commun la même notion de la complexité et de la beauté féminine, il m’a emmenée vers d’autres horizons comme par exemple, son travail sur le métissage. C’est donc avec curiosité et plaisir que je vis cette expérience, ce mélange de l’art de la photographie et de la danse, en espérant que cela me portera dans ma créativité. »

photo photo photo photo

Sabrina TIPVEAU, 28 ans, habite St Louis

« La danse doit être au service de l’humanité »

« Je suis de retour à la Réunion après avoir dansé en métropole. Je lance un clin d’oeil à Yun Chane pour l’opportunité de me faire connaitre et à Dieu pour ce don. J’ai accepté de danser pour Joël Pélerin sans savoir que c’était du Nu mais je partage ses valeurs sur l’identité de la Femme, le métissage et le vivre ensemble. Sur scène, j’ai cette sensation bizarre d’être habitée par la danse. Pour moi la danse est un langage, c’est un reflet de l’âme, et elle doit être au service de l’humanité. »


Vernissage à Johannesburg (Afrique du Sud)

photo photo photo photo
photo photo photo photo
photo photo photo photo
photo photo photo

Revue de presse

photo photo photo photo photo photo photo photo photo photo photo photo photo photo

<< galerie n°9 | galerie n°11 >>

 

Copyright 2005-2007 all rights reserved