| Les tribulations des Capelson en Suède -
Septembre 2004
La
chasse est ouverte
Ce matin
là, je me levais bien plus tôt que d'habitude. Le papa d'Olivia,
m'attendait à cinq heures trente du matin pour me faire voir
à quoi ressemble une chasse à l'Elan. La chasse à
l'Elan est en effet la grande affaire du nord de la Suède entre
septembre et décembre. Si vous êtes un homme. Bien sur. Les
rues se remplissent pendant la période de la chasse d'hommes en
treillis, pas toujours aussi bien rasés que d'habitude.
Nous
partîmes en voiture en direction de la forêt, en suivant un
nombre incalculables de chemin forestiers. Quelques minutes suffirent
à me désorienter totalement dans la nuit et la forêt
encore sombre. La voiture s'immobilisa devant une petite cabane perdue
dans la forêt. A l'intérieur se tenaient treize
hommes solidement armés. Certains avaient passé la nuit
là entre hommes, d'autres résidant à
proximité avaient préféré la douceur du
foyer familial. L'intérieur du cabanon avec ses lits
superposés, ses grandes tables, et ses petites fenêtres,
plongé dans une semi-obscurité n'offrait à
l'évidence qu'un confort rudimentaire. Au moins ne sentait-il pas
mauvais.
Mon guide me
présenta très rapidement à l'équipe. Les
hommes de quarante à quatre vint trois ans, s'interrompirent
quelques secondes pour jauger la bête. Puis reprirent presque
immédiatement leurs conversations. Quelqu'un m'offrit un
café.
La chasse en
élan se pratique la plupart du temps en équipe.
Peut-être parce qu'en Suède tout se fait en équipe.
Plus sûrement parce que c'est plus efficace ainsi. L'état
suédois attribue en effet un nombre d'élans par hectares
de forêts. Les treize chasseurs présents dans le cabanon
présentaient ainsi comme point commun de posséder quelques
hectares de forêts adjacentes les unes aux autres. Réunis
en équipe, ils avaient de ce fait le droit d'abattre dix-huit
élans et quelques ours entre septembre et Décembre.
A
l'évidence j'étais tombé sur une équipe
redoutablement efficace. Alors que nous n'étions que le neuf
septembre, les treize hommes s'étaient déjà
partagé la viande de douze élans et de deux ours. Ceux
à l'origine de cette redoutable efficacité n'avaient
pourtant jamais tenu le moindre fusil.
Vers les six
heures trente tout le monde quitta la cabane. Chacun en direction d'un
poste d'observation précisément identifié sur le
territoire de chasse. Le choix du poste se fit comme toujours en
Suède selon une règle acceptée par tous. Chacun
tira ainsi au hasard son emplacement pour la matinée dans un jeu
de carte.
Trois
chasseurs ne tirèrent pas de cartes. Trois propriétaires
de chiens de chasse spécialement entraînés . C'est
en effet sur eux que repose toute l'efficacité de cette
équipe . Les trois chiens se déplacent sous la conduite de
leurs maître sur le territoire de chasse pour renifler une trace
d'élan. L'élan reniflé, les chiens aboient
alertant ainsi les hommes sur les petites tourelles d'observation les
plus proches.
C'est ainsi que je passais une grosse matinée sur une
tourelle de bois au beau milieu de la forêt suédoise. Je
regardais en silence mon compagnon organiser les mouvements de ses
troupes par l'intermédiaire de sa radio et de son
téléphone portable. Entre chaque communication il
m'expliquait les avancées de la chasse. Un chien trop
fatigué fût remplacé, à plusieurs
reprises on entendit dans le lointain des chiens aboyer.
Pendant ce
temps, je vis une palette très variée de nuages,
d'innombrables oiseaux, quelques moustiques fatigués, mais pas le
moindre élan. Et c'est peut-être mieux comme cela. Je
préfère voir mon premier élan bien vivant et pour
longtemps.
L'école
en Suède
| Madame le professeur Nina
Ce
matin quelques élèves du collège de Junsele vont
découvrir la petite tête blonde de Nina. Elle remplace en
effet et pour un mois, un professeur de français et de
suédois absent. Ainsi un premier petit pas dans la direction de
son nouveau métier est effectué. En vérité
il s'agit plus exactement du deuxième petit pas puisque la grande
Nina a débuté voilà une semaine ses
études de professorat.
Une
vision commune de l'enseignement
En
Suède comme à peu près partout en Europe, la
formation des professeurs et assurée par l'état, et les
enseignements identiques dans tout le pays.
Ses
études mettent l'accent pendant un an et demi sur la
pédagogie avec une alternance entre pratique et théorie.
Deux ans d'études plus spécifiques à la classe
d'âge et aux options retenus pas Nina (mathématiques et
sciences de la vie pour les petits) complèteront ensuite
cette formation.
Etant
donné notre isolement, Nina étudie à distance via
Internet. Contrairement à ce qu'on pourrait penser ce cours
à distance n'a rien de solitaire. Nina étudie en effet
à l'intérieur d'une équipe de quatre personnes.
L'enseignement favorise des interactions entre eux, comme la relecture,
des "feed - backs", ou tout simplement la création en commun.
Elle se rend une semaine chaque mois à Härnösand un
petite ville en bord de mer à trois heures d'ici, pour suivre des
cours et des ateliers. C'est ainsi qu'elle est revenue en début
de mois avec un superbe bouc en papier mâché. Allez savoir
pourquoi.
Une
école gérée par les professeurs
En
revanche contrairement à la France, l'école
suédoise est largement décentralisée dans son
fonctionnement "opérationnel. Chaque école recrute
elle-même son équipe de professeurs. Les professeurs
passent ainsi un contrat classique à durée
indéterminée, et négocient leur salaire en fonction
de leurs compétences et de leurs expériences.
|
La Suède détient ainsi un modèle assez
unique
La
vision des finalités de l'enseignement est identique dans tout le
pays, mais les moyens sont sous la responsabilités des
directeurs d'école. L'Etat va jusqu'à passer des contrats
avec des écoles dites "libres". Il en va ainsi d'une école
près d'ici.
Une
école "libre"
l y a
trente ans une petite communauté de gentils hipies c'est
installée dans la forêt. Les années ont passé
et une cinquantaine de familles continuent à partager avec
beaucoup de pragmatisme et un peu de fantaisie un style de vie
communautaire. Ils partagent ainsi en partie leurs ressources, comme la
forêt, leurs champs, leurs compétences mais aussi leur
école. Avec le bois de leur forêt, ils ont ainsi construit
une drôle d'école en forme de champignon, et une salle de
gymnastique en forme de bateau renversé sur le toît.
Chaque
matin les enfants se réchauffent ainsi au coin du feu, en
contemplant le lac qui s'étend sous leurs fenêtres. Leur
école 'libre' financée par l'état comme toute les
écoles en Suède, est tenue de dispenser des enseignements
identiques à tout le pays, mais la créativité des
membres de cette communauté est mise à profit.
Ainsi,
les enfants, enregistrent chaque année un cd rom dans un studio
d'enregistrement professionnel, suivent des cours de ferronnerie,
où assistent aux événements qui rythment
l'année, comme la naissance du dernier petit poulain.
Pour
conclure sur l'école suédoise je laisse la parole aux
auteurs d'une étude sur les conceptions éducatives en
Europe parue dans le numéro d'octobre 2003 de la revue
Sciences-Humaines.
"…….Les
pays nordiques dont le système scolaire met fortement l'accent
sur la fonction d'intégration de l'école (structure
d'enseignement unique jusqu'à la fin de l'enseignement
obligatoire, absence de redoublement, mais aussi suivi
individualisé des élèves en difficultés
d'apprentissage) obtiennent une moyenne générale plus
qu'honorable, comptent un pourcentage d'élèves faibles
particulièrement bas.
|
Par ailleurs dans ces pays appartenir à l'un ou
l'autre établissement détermine peu la performance des
élèves.
De
plus, les effets favorables aux élèves faibles
n'engendrent pas ce que certains craignent parfois : un effet Robin des
Bois dans lequel, comme Robin des Bois prenait aux riches pour donner
aux pauvres, l'école serait amenée à freiner les
meilleur pour donner aux plus faibles un maximum de chances de
réussite. Au contraire, le pourcentage de bons lecteurs est
généralement supérieur à la moyenne
internationale. Cette organisation de l'enseignement semblerait donc
propice à promouvoir les compétences des
élèves faibles, mais aussi celles des élèves
forts.
Inversement,
les pays qui privilégient la fonction de spécialisation
de l'école avec une séparation entre le primaire et le
secondaire inférieur, et l'utilisation de redoublement et de
l'orientation vers différentes filières -
présentent des écarts de résultats nettement plus
marqués entre les élèves et les
établissements. De surcroît, les résultats de leurs
élites n sont pas particulièrement performants
comparativement aux autres pays. Au vu de ces résultats,
l'exemple des pays nordiques semblerait donc indiquer la voie à
suivre. Mais peut-on tirer parti des comparaisons en matière
d'éducation pour imposer une réforme du système
scolaire à une communauté éducative qui
n'adhère pas aux fondements culturels et idéologiques qui
la sous-tendent ?….."
Extrait
d'un article paru dans la revue Sciences Humaines sous le titre
"L'Ecole en Europe, des conceptions divergentes". De Marcel Crahay
professeur aux universités de Liège et de Genève,
et Arlette Delhaxhe directrice scientifique de l'unité
européenne Euridyce.
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Quand
la bise fut venue les Capelson ne se trouvèrent pas
dépourvus
Il a
gelé cette nuit. L'herbe blanche et gelée craquait un peu
sous les pieds ce matin. Vous m'en direz tant. Eh bien quand on cultive
son potager ce genre d'information revêt la plus haute importance.
Après les brocolis au mois d'Août, un peu de salade chaque
jour, aujourd'hui fût ainsi la journée des carottes.
Après un rapide arrachage et un plus long brossage, les carottes
ont pris la direction du sellier. Humide et frais comme il faut.
Elles prendront bientôt le chemin de nos estomacs et contenteront
ainsi notre appétit comme notre esprit. Quoi de plus nourrissant
en effet pour son corps comme pour sa tête, qu'un bon
légume cultivé de ses mains.
Le 16/09/04
 
Sacha
le bouc et Kajsa la chèvre
Mieux valait
ne pas rencontrer un Capelson ce samedi à la nuit tombée.
Ils sentaient forts et pas bon. Ils sentait la chèvre. C'est que
les Capelson ont encore sévis dans la région. Après
s'être emparé d'un bouc, d'un veau et de quelques poules,
les voilà maintenant qui traversèrent la forêt avec
une chèvre dans le coffre. Que diable souhaitent-ils donc faire
de cette malheureuse bête. Vont-ils se lancer dans la
production de chèvre fermier, organiser d'étrange rituels
caprins, s'essayer à une nouvelle gastronomie Jurassienne (Je
tiens d'un ami une recette de chevreau salé à la mode
Jurassienne excellente selon ses dires) Point du tout.

Par
compassion pour leur bouc Sacha, ils trouvèrent injuste de
laisser l'animal seul cet hiver à ruminer de mauvaises
pensées. Alors Nina a activé son réseau,
passé quelques coups de téléphone, et puis un soir
quelqu'un a appelé. L'homme a donné une adresse. Une ferme
dans la forêt à cinquante kilomètre environ d'Eden.
Au bout d'une chemin à droite après un pont. Et c'est
ainsi qu'après une heure de route à travers la
forêt, sur de petites routes sinueuses où ils ne
croisèrent que deux voitures, ils arrivèrent enfin au lieu
dit. Rustique la ferme. Très rustique. L'endroit sentait fort.
Très fort. Nous fîmes le tour du troupeau. Rapidement pour
ne pas heurter trop longtemps nos nez délicats. Nina et
Téa s'amourachèrent chacune d'une chèvre. Une
prénommée Kajsa,
et l'autre Nora (c'est pas mignon ça ? justement le
prénom de deux amies) .
 
Finalement le
choix se porta sur la plus jeune, au pelage curieusement brun, et d'une
odeur….envahissante. C'est ainsi qu'ils retournèrent vers leur
logis traversant à nouveau la forêt d'automne, en compagnie
d'une voisine malodorante. Ils croisèrent en chemin une voiture,
un élan, et une poule de Bruyère (la femme du Coq de
Bruyère).

L'apprentissage
de la démocratie
Jeudi soir
dix-neuf heures. Des parents étaient rassemblés dans
l'école bleue, celle des 6 à 8 ans, pour écouter
cinq professeurs. Ces derniers avaient convié les adultes autour
de gâteaux et d'un café pour expliquer les objectifs
pédagogiques de la rentrée. Je n'ai évidemment pas
tout compris compte tenu de mon niveau de suédois encore
balbutiant, mais j'ai noté deux méthodes innovantes pour
un petit français.
La
première innovation concerne l'apprentissage de la vie
démocratique.
Pour la
première fois cette année un "grand conseil"
(stormöte) tout à fait surprenant se réunit chaque
mois dans les locaux. Aucun adulte ne joue un rôle de premier plan
dans ce grand conseil, qui est constitué de l'ensemble des
enfants de 6 à 8 ans. Sa vocation est de décider sur des
questions qui concernent la vie au quotidien de l'école. Ainsi
chaque enfant peut émettre des idées, ou remonter des
problèmes sur lequel il aimerait voir le conseil statuer. Pour
cela il remplit un petit imprimé, inscrit son nom et le glisse
dans un boîte prévue à cet effet.
Chaque
réunion commence par la désignation d'un président
de conseil et d'un secrétaire général. Ces deux
responsabilités sont réservées aux plus grands des
enfants, ceux de neuf ans. Le président organise les
débats et le vote, le secrétaire général
note pour rédiger ensuite un compte rendu. Président et
secrétaire général s'engagent à respecter
bien entendu la plus stricte confidentialité sur
l'identité des enfants à l'origine d'une idée,
d'une question, ou d'un problème.
Ainsi, il a
été constaté lors du dernier conseil le plus grand
désordre dans le rangement des jouets utilisés pendant les
récréations ou le temps libre. Situation bien sur
intolérable. Je me demande tout de même si ce n'est pas un
professeur fatigué de ranger les jouets qui a glissé un
papier sous une fausse identité. Passons. Le conseil s'est saisi
de cette affaire de la plus haute importance, a écouté les
idées soumises par ses membres, et à voté de
façon démocratique sur plusieurs propositions. Il fut
ainsi décidé que chaque semaine, deux "grands"
veilleraient (sans s'impliquer!) à ce que le rangement s'effectue
en bon ordre.

La
deuxième innovation concerne l'emploi du jeu et de l'imagination
dans l'apprentissage des mathématiques.
Tout le monde
se souvient bien entendu de ses tables de multiplications
récitées avec rigueur et répétition. Cela a
du bon bien sur. Mais le jeu et l'imagination semble réussir
à motiver les enfants dans l'apprentissage des additions.
Chaque
vendredi les enfants effectuent une sortie à pieds. Pour profiter
de la nature et se faire un peu les muscles bien sur, mais aussi
...pour apprendre à compter. Un enfant porte en effet sur lui un
podomètre (si je ne me trompe pas un podomètre sert
à mesurer une distance parcourue à pieds) De retour en
classe, les enfants transforment les mètres parcourus en
kilomètres, additionnent le nombre de kilomètres parcourus
par chaque enfant, et obtiennent au final une distance en
kilomètres. Vous avez bien sur suivi ce calcul. Très bien,
et après ? Ces kilomètres sont ensuite
représentés sous la forme d'une route qui prend comme
point de départ leur école, sur une carte
géographique. Chaque sortie au contact d'une nature bien
réelle leur permet ainsi d'avancer dans un voyage imaginaire qui
leur fait découvrir à chaque étape une nouvelle
région de la Suède. Et comme l'apprentissage de la
démocratie se glisse décidément partout ici, le
groupe vote sur le choix de sa prochaine destination.
Le 23/09/2004
Entre
la chaleur de l'été et le froid de l'hiver : une humeur
d'automne
Cette
étrange humeur d'automne commença quelques heures avant le
lever du soleil. Des hurlements sinistres en provenance de la
forêt me réveillèrent cette nuit là à
quatre heure du matin. J'entrouvris doucement la porte pour tenter de
distinguer l'origine de ces cris stridents, mélange de pleurs et
de grognements, mais je ne pu rien distinguer. Le courage me manqua il
faut bien l'avouer pour m'enfoncer dans la nuit noire. Je n'ai pu
fermé l'œil de la nuit inquiet pour nos petits animaux qui
couchaient dans les prés
Je
m'étais déjà préparé pendant ces
longues heures d'insomnies inquiètes, à annoncer à
ma fille le décès du bouc, mais ce fût heureusement
en pure perte, il était bien là, le jour
levé. Seul en compagnie de Téa cette semaine, sa
maman étant partie étudiée à
Härnösand, je conduisit ma fille à l'école
dès le petit-déjeuner avalé.
Après
une nuit hurlante et agitée, la journée démarrait
sous un soleil encourageant. De retour vers Eden, je contemplais ses
rayons chasser d'une caresse foudroyante la fine brume de brouillard qui
enveloppait encore les feuillages rougeoyants d'automne.
Je ralentis
un peu à l'approche d'un chantier sur le pont qui enjambe la
petite rivière d'Eden, mais pas assez l'évidence pour un
ouvrier qui se tenait à proximité de la route.
Il me dit sur
un ton de reproche :
- Du Kör
lite fort (du cheur liteu fout)
Je fixais
quelques secondes sa combinaison orange l'air
hébété et des yeux ronds, en me
répétant mentalement "Du cheur liteu fout" quand soudain
une étincelle jaillit. "Tu conduis un peu vite". Trop heureux
d'avoir compris ce qu'il me reprochait, je lui répétais ce
qu'il venait de me dire avec un grand sourire "Yaug cheur liteu fout ?"
(Jag kör lite fort, je conduis un peu vite ?). Il
acquiesça d'un hochement de tête un peu surpris par
ma mine joviale.
Je continuais
ma route, ne sachant pas très bien si je devais me réjouir
de ce début de journée. Je venais de me faire gentiment
engueuler pour la première fois par un suédois, mais dans
le même temps j'avais compris une phrase entière sans la
faire répéter deux fois.
Cette
indécision d'humeur me poursuivit toute la journée.
Cela
commença par l'ordinateur. Chaque matin après m'être
occupé des bêtes, je découvre rapidement les gros
titres du matin sur le site Internet liberation.fr. Ce matin là
malheureusement l'ordinateur ne put établir la connexion. C'est
ainsi que je me retrouvais à réparer le câble
téléphonique qui va de notre nouveau bureau à la
prise téléphonique de l'entrée en traversant
le salon, étrangement sectionné pendant la nuit. Non
moins étrange, les deux chats filèrent aussitôt
quand il me virent assis par terre à nouer patiemment les quatre
minuscules petits fils du câble téléphonique. La
réparation fonctionna. Ce succès inattendu acquis dans le
calme et la bonne humeur me remplit de fierté.
Pour la
deuxième fois de la journée je ne savais pas si cette
nouvelle mésaventure en était vraiment une.
Après
tout il n'était que dix heures, cela me laissait encore beaucoup
de temps pour travailler mon suédois. Ce que je fis deux heures
durant en écoutant et rabâchant trois leçons du
"suédois sans peine"…. tome 2 de la méthode Assimil.
Je m'octroyai
une pause à midi pétante en me réchauffant quelques
pâtes, avant d'aller profiter dehors du splendide soleil.
Je fût
fort mécontent quand je vis notre nouvelle chèvre "Kajsa".
Décidément aussi totalement indisciplinée que
notre amie homonyme (Voir
le sujet sur Kajsa l'autonomiste) , elle avait encore une fois fait
le mur, ou plutôt fait la clôture. En cherchant
à rattraper la chèvre toujours aussi malodorante, le veau
et le bouc firent eux aussi la belle. Priant pour qu'aucun voisin ne me
voit, je couru à leur trousse. Je réussis sans trop de mal
à récupérer le bouc, mais fût incapable
d'approcher à moins de cinq mètres du veau devenu du haut
de ses trois mois trop vif pour moi.
Là
encore la déception céda la place à l'imagination.
Puisque le veau ne semblait pas vouloir quitter un beau carré
d'herbe fraîche un peu plus bas près du potager, je
décidais de l'encercler. C'est ainsi que je démontai la
clôture électrique pour la placer discrètement tout
autour du veau fait ainsi prisonnier. Après tout il n'avait pas
tort ce veau, l'herbe était bien plus fraîche ici. Au final
je n'étais pas mécontent de ce nouvel emplacement qui me
permettrais d'économiser un peu de foin sur mes
précieuses réserves d'hiver (voir
à ce sujet comment la famille Coquin& le Mens se
dépensa cet été pour ce fourrage)
Pour la
troisième fois de la journée je ne savais pas si cette
nouvelle mésaventure en était vraiment une.
Très
fatigué par cette pause mouvementée, je regagnais mon
bureau pour prolonger mon apprentissage du suédois sans peine. Il
était maintenant deux heure de l'après-midi.
S'agissait-il des pâtes ou du veau, mais je sentis soudainement
une très grosse fatigue monter. Je tins bon en me passant en
boucle les dialogues passionnants de la méthode Assimil du
"Suédois ans peine" tome 2. Une heure plus tard, je quittais mon
poste pour aller chercher Téa à l'école.
De retour
vers Eden, nous croisâmes sur la route la voisine et amie de
Téa prénommée Héda par les uns, ou Edvig par
les autres. Sans qu'on sache très bien pourquoi. Dans un
élan de "je veux jouer les papas gâteaux" je proposai
à la grande petite fille et à Téa de les
accompagner dans la forêt avec…le bouc Sacha, et son amie la
chèvre Kajsa. Presque tous les soirs nous partons en effet
Téa et moi "à l'aventure" dans la forêt, en
compagnie de notre troupeau. En général je marche devant
bousculé par Sacha, suivi de Téa, puis de Kajsa.
Nous
partîmes tous les cinq sous un soleil toujours
généreux. Est-ce l'odeur effroyable de sa chèvre
qui lui tourna la tête ou était-ce un effet de son
évasion manquée, le bouc se montra
désagréable et bien trop dangereux avec ses cornes pour
une balade improvisée. Sans était trop, je laissais les
deux petites filles un peu déçues, et traînait sur
trois cent mètres l'animal qui freinait nerveusement de ses
quatre pieds jusqu'à son enclos. Kajsa la chèvre nous
suivit sagement pour une fois précédée par son
odeur de fromage rance. Navré par la prestation
désastreuse dans mon rôle de "papa gateau" scène
1 , je me rattrapais dans la scène 2 en préparant
aux deux petites un (bon) dîner.
Elles
apprécièrent à l'évidence la
préparation de riz en sauce se resservant chacune deux fois,
avant d'aller dessiner, puis regarder dans le salon l'émission
ludoéducative de 18 heures, Bolipompa (prononcez Boulipoumpa).
Une fois la vaisselle terminée, et la cuisine rangée, je
m'assis à la table devant un café et une minuscule
cigarette roulée. La première de la journée. La
cigarette me tentait un peu, je la regardais comme regarde un fumeur sa
première et seule cigarette de la journée, mais
décidais de patienter avant de l'allumer. Et il se passa alors un
phénomène étrange. Le temps s'immobilisa et moi
avec. Du coup il n'y avait plus que deux mains, posées sur table
qui sentirent un léger courant d'air frais venant de la
fenêtre entrouverte, avec une odeur de feuilles mortes et de terre
humide, des yeux qui contemplaient le ciel se coucher dans un feu
d'artifice de mauves et de gris, avec Sacha le bouc au loin dans son
enclos et on entendait le son ténu de télévision
mais aussi une balade égrainée par la radio, avec beaucoup
de joie d'être ici, là, tout de suite, dans cette cuisine
tout seul dans un petit village perdu dans la forêt, et beaucoup
de tristesse parce qu'on ne peut pas partager tout ça avec ceux
qu'on aime. Et puis je vis qu'il était temps de raccompagner
Edvig. J'allumais la cigarette. Une humeur d'automne remplissait
la pièce.
Quand
j'arrivais devant l'entrée de la ferme d'Edvig, son papa
m'attendait sur le perron d'un air qui en disait long sur ses
intentions. Pour la deuxième fois de la journée j'entendis
un suédois me faire gentiment la leçon. Le papa trouvait
l'heure un peu tardive pour sa fille. Trop rapide le matin j'avais trop
tardé le soir.
Pour la
dernière fois de la journée (j'espère) je ne savais
pas si cette nouvelle mésaventure en était vraiment
une.
Je m'attends
à tout cette nuit. Heureusement Nina rentre demain !
Le 30/09/04
L'aventure
continue !
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