Les tribulations des Capelson en Suède - Avril
2004
Sacha le bouc a vu la mer
Dimanche j’ai
voulu voir la mer, et nous avons vu la mer. Calme, et transparente, elle
attendait le printemps au large d’Örnsköldsvik (dites " euvik
") petite ville portuaire sur la côte est de la Suède.
Encore entravées dans les replis de la côte, les eaux
presque douces du golfe de Botnie se dégageaient lentement de
leur gangue de glace, pour retrouver plus au large leur fluidité.

Sacha le bouc nous accompagnait dans cette
équipée du dimanche, sagement installé à
l’arrière de la petite volvo rouge. Parti d’Eden, arrivé
cent vint kilomètres plus loin, sur la pointe rocheuse de
Skeppsmalen, il a gambadé, sauté, rebondit en compagnie de
sa petite "chèvre" préférée Téa sur
les roches de granit roses. Au gré de ses envies il broutait un
peu de graminées et de lichens, aux pieds de sapins fiers, face
au vent qui cinglait dans leurs branches.
Quelques
promeneurs presque seuls au monde se cachaient quand même, on ne
sait jamais, derrière des rochers, installés bien au chaud
sous leurs duvets pour regarder droits devant, le bleu de la mer.
Allongés sur une plage de glace et de neige, ils
écoutaient le ressac et la brise, quand certains
s’étonnèrent de voir un petit bouc agile, sauter d’un
rocher à l’autre. Un jeune couple voulu photographier ce
surprenant bouc voyageur.
Sacha
le bouc se plia peu volontiers aux contingences du star-system. Il
accepta d’être photographié par le jeune couple dans les
bras d’une jeune femme attendrie. Mais dès la terre ferme
retrouvée, le petit animal à nouveau sur ses quatre
pattes, se cabra un peu, avant de se ruer gentiment vers ses
admirateurs. Caprice de caprin, ou fierté de bouc. Sous ses
cornes naissantes, il imagina peut-être la tribu des Capelson en
danger. En retournant vers son étable, le petit bouc Sacha
qui rêvait peut-être de ses aventures marines, endormi sur
les genoux de sa jeune protectrice, n’a pas vu ses lointains cousins les
rennes lui ouvrir le chemin d’Eden.
Déjeuner
sur l'herbe
En ce samedi de Pâques, les Capelson
accompagnés de leur bouc ont déjeuné d'un
délicieux sandwich, avec bacon, concombres sucrés, et
tranches de pain doré fait maison, au bord d'une rivière
gargouillante d'eau fraîche. Entre deux bouchées de pain
volé, Sacha le bouc lorgnait avec beaucoup d'intérêt
la photo satellite dépliée sous le regard attentif et les
sourcils froncés de sa maîtresse Nina.
Partis, en
fin de matinée, nous quittâmes Eden pour rejoindre les
abords d'une parcelle de forêt appartenant à la famille de
Nina située à quelques kilomètres de là. Le
terrain se trouve près du lac de Mjövatten d'où
s'écoule une très jolie petite rivière qui serpente
à travers la forêt. Hier soir encore, la belle Nina
étudiait en détail tous un tas de manuels de petits
forestiers en herbe, édités par le toujours très
efficace "ministère de la nature" de l'Etat Suédois.
Renonçant pour quelques temps aux avances du coupeur de bois (voir le journal de mars) elle
veut voir, et comprendre sa belle forêt qui n'est pas encore qu'un
bout de papier.
Moi, c'est la
recherche de la barque de tonton Elias, le frère du grand
père maternel de Nina, posée paraît-il dans une
cabane à proximité du lac (toujours gelé) qui
m'intéressait.
Nous avons
été aussi loin que possible en voiture sur une route
très glissante, avant de nous enfoncer à pied dans la
forêt en suivant les chemins forestiers photographiés du
ciel avec une grande précision. À notre grande surprise
nous croisèrent deux "motards" en moto neige, qui nous
rassurèrent sur notre sens de l'orientation et la vue du
photographe spatial. Au passage, ils ne purent s'empêcher de faire
état de leurs exploits de pêche récents. Onze kilos
de perche, et un brochet de onze kilos. Diable le coin semble
poissonneux. Ce furent bien sur les seuls humains aperçus au
milieu de pins, des sapins et des bouleaux.
Grâce
à la photo satellite nous avons pu quitter les chemins forestiers
pour nous aventurer dans l'immensité de pins et de sapins. Sans
d'autres repères que cette carte tombée du ciel.
Malheureusement rien n'indiquait le niveau de neige, encore important
au beau milieu de la forêt. Après quelques centaines de
mètres à nous enfoncer dans un bon mètre de neige
molle, nous renonçâmes. Seuls Téa et Sacha
suffisamment léger pour glisser avec
légèreté sur la surface de la neige progressaient
à bonne allure, et narguaient bien sur les deux adultes
agacés.
 
Le petit bout
de forêt au bord du lac de Nina conservait encore tout son
mystère ce soir. C'est ainsi que les Capelson retournèrent
vers la rivière un peu dépités, mais pas assez
tout de même pour se priver d'un déjeuner sur l'herbe
printanier.
Tout savoir sur la forêt
suédoise
Le
bouc de Pâques
Nous avons ouvert les yeux ce matin le regard un peu
tourné vers la petite île bretonne de Belle Isle et ses
hôtes ...suédois. Pour la première fois depuis
longtemps, nous ne partagerons pas la compagnie joyeuse et savoureuse de
Marika et Jonas à Pâques sur le joli caillou breton.
Oubliés les nouilles aux palourdes, les tagines de lapin au
safran, le thon aux petits légumes, les daurades en croûte
de sel, ou les makis de saumon sauvage.
Oubliés
aussi l'apéro sérieux de dix-neuf heures, celui pendant
lequel Marika cuisine, l'apéro joyeux de vingt-heures, celui
où on va se mettre à table, et l'apéro animé
de vingt deux heures, celui où Nina parle de féminisme,
Jonas de la vérité vraie, et Marika et moi du
reste.
Téa moins concernée par ces
considérations sociales et culinaires a troqué sans effort
"ses" poneys de Belle-Ile, les "filochards", les "truffe" et les
"Pralîne" pour son petit vélo rouge. Comme elle est
à un âge où c'est encore souvent la "première
fois", elle a fait du vélo toute seule…..pour la première
fois aujourd'hui.
En compagnie
bien sur du fidèle bouc Sacha.
L'aventure
continue !
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