Christophe PierardBiographie de Camille GoemansCamille Goemans galeristeExpÚrience du surrÚalisme à l'occasion d'une exposition de Pol Buryoeuvres en prose de camille GoemansPo¶mes par Camille GoemansCorrespondance - Paul NougÚ Marcel Lecomte Camille GoemansBibliographie de Camille GoemansCamille Goemanssend an e-mail à Christophe PierardHomepage de Christophe Pierard

MENELAS FRAIPONT.

1.

Ménélas est le centre de son obsession. Les mots n'ont de valeur qu'autant qu'il peut les entraîner dans le cercle giratoire de ses idées fixes. D'une part il rejette un mot dont l'assimilation ne se fait pas. D'autre part, assimilation par altération. « Le son de sa propre voix.»

Quand on est assourdi par la voix des autres, on voudrait bien entendre le son de sa propre voix. Il ne suffit pas de penser: Vous dites des sottises. Il faut montrer comment sont les choses.

Mais si l'on vous a mis un poing sur la bouche pendant la moitié de votre existence, il se pourrait bien que vous ayez perdu l'usage de la parole. Du reste, vous en êtes peut-être arrivé à faire: oui, oui, de la tête, à cause de ce fameux poing. Mais déjà vous pensez comme lui.

Ce sont les principes d'une bonne éducation. Et maintenant on peut vous lâcher dans le troupeau. Vous serez aussi inoffensif qu'un bouc qu'on vient de châtrer.

Je me suis toujours refusé à cette petite opération.

Je n'ai jamais marché pieds nus sur une lame de rasoir bien affilée. Mais écrasez la patte de votre chien dans la porte, et vous saurez ce que c'est.

Moi, il y a des mots qui me font hurler. Je les collectionne pour connaître la surface de ma peau et pour me circonscrire dans l'espace.

Là, finit le poing que l'on veut m'enfoncer dans la gorge, et ici, commence ma langue. Est-ce que l'on peut croire que c'est la principale occupation de ma vie?

Arriver, dit le poing. Soit. Qu'est-ce que c'est? Je ne sais pas. Mais je sais ce qu'il faut faire. Marcher, avec un poing sur la bouche, des coudes dans les côtes et des genoux ailleurs. C'est incommode pour réfléchir.

Une paire de poings comme des marteaux, c'est ce qu'il y a de mieux. Quand on n'en a pas, il faut se dorer le crâne. Alors on est un intellectuel. On débite sa matière cérébrale en petites tranches, comme du jambon. Puis on les place comme des barriques de vin.

J e suis l'homme qui cache un trésor dans sa cave (ce sont peut-être des boîtes d'allumettes). Où que j'aille, je ne m'abaisse jamais. Mais je méprise ceux qui le mettent à l'étal. Ils ignorent les plaisirs secrets.

Est-ce que je mettrais six boîtes de petits pois d'un côté, et six de l'autre, ou bien sept? Voilà comment ils sont. Des épiciers.

Le même homme m'a dit le même jour: « Il y avait beaucoup de monde et j'ai eu un véritable succès » (supposez que pendant ce temps il caressait la chaîne de sa montre) et « il y avait foule et on l'a fort applaudi. Ce n'est pas difficile ». Non, je m'excuse.. Un épicier ne raisonnerait pas ainsi.

Oui, voilà où ils sont arrivés. Pour cela, il faut du travail, beaucoup de travail. L'art, c'est un travail plus pénible que tous les autres. Entendez: la crampe des écrivains.

Le travail n'est pas dans les doigts, ni dans la voix, ni dans la figure.

On ne veut pas me croire, Monsieur, mais l'art, on le met dans son coffre-fort, et on monte la garde devant. Et alors, on n'en a jamais fini de lutter contre soi-même, contre sa femme, contre tout le monde. Il y en a qui meurent. Mais ils n'arrivent jamais.

2.

Ménélas craint de n'être pas compris. Mais alors que l'on comprend le phénomène d'auto-suggestion qui se produit chez lui chaque fois qu'il s'explique, il faudrait (pour le contenter) que l'on prenne ses grossissements d'impressions comme la réalité stricte.

Je vais encore te quitter. Et chaque soir je te quitte ainsi, au coin d'une rue, dans un tramway ou sur la place. Et alors je suis seul.

Je sais ce qui m'attend. Ma lampe, mon tabac et mon encrier. Je les vois. Ils sont ma solitude qui se reflète dans une glace. Ils m'effraient comme ma pâleur, quand je me regarde..

Tu as peur dans l'obscurité. Moi j'ai peur en plein jour. Il n'y a pas de fantômes, il n'y a pas de cercueil. Il y a ma lampe, mon tabac et mon encrier.

Mais je sais que tu ne m'entends pas. Je t'ai dit des paroles douces et apaisantes et tu emportes ton sourire. Tu le laisses fondre dans ta bouche comme de la cocaïne. Tu dormiras jusque demain.

Et moi? Que fais-tu de moi?

Tu n'as même pas la pudeur de cacher ton ivresse. Tu es ivre. Je voudrais enfoncer des mots comme des coups de couteau dans ta chair, pour te réveiller. Je voudrais mordre ton sourire sur tes lèvres et faire gicler le sang. Te battre. Et alors voir pointer la colère dans ton oeil, en aiguille. Me déchirer à tes ongles et lécher mes plaies comme une bête.

Mais après, je ne serai plus seul. J'aurai dans le corps tous ces gestes que j'aurai faits. Ils tourneront en moi d'un mouvement rapide. J'aurai cent bras et cent mains. Je vivrai.

Non, tu ne devines rien. Tu ne veux pas voir.. Tu as peur que je ne te communique le feu. Tu me laisses partir.

Mais devant moi-même je serai comme l'oiseau fasciné par un serpent. Mes bras me gênent et mes mains. Je les sens tout du long et dans mon cerveau une lime va et vient.

Je subis cela, immobile, les yeux écarquillés et les tempes humides.

Et tu ne me crains pas? Est-ce qu'un jour je ne commettrai pas un meurtre?

3.

La jalousie de Ménélas est un malaise qui tend violemment vers une formule cérébrale. Dès que la formule est trouvée qui montre l'inanité de ces accès, il s'effondre devant l'impuissance de cette formule à rétablir son équilibre interne.

Tu es là sur mes genoux et je ne t'aime pas. Je ne te connais pas et je ne sais pas ton nom.

Et toi tu ne m'aimes pas, car l'amour est orgueilleux. Tu ne m'aurais pas laissé parler ainsi. Tu serais partie. Tu es veule. Tu as une âme d'esclave. Je voudrais te battre comme un chien.

Pourquoi t'accroches-tu à moi? Je voudrais t'étrangler pour que tu te débattes dans mes mains et que je voie l'agonie de tes yeux.

Tu pleures? Pourquoi t'abandonnes-tu? Pourquoi ne me cries-tu pas ta haine, car tu me hais. Tu as peur de moi. Tu sais que je puis te tuer. Mais j'aime une autre femme, je te le dis, et tu restes..

Prends ce couteau et frappe-moi. Ose. Non. Pourvu que je ne te quitte pas, que tu m'aies contre toi. Ce n'est pas ainsi qu'on aime. L'amour est sanglant.

Tu pleures ? Renfonce tes larmes. Je suis aussi malheureux que toi. Je veux, et ce que je veux, je ne le veux pas encore. Ce ne serait pas le bonheur. J'aurais du regret de ce qui est, et maintenant, je suis tourmenté de ce qui pourrait être.

Tu souffres, et moi j'ai horreur. Ne te plains pas. Tu es heureuse. Mais tu le paies de mon mépris. Je te méprise. Tu changerais que je te mépriserais encore. Je méprise les femmes, je méprise l'amour et moi-même. Car je ne suis sûr de rien.

Est-ce que je sais que tu ne me trompes pas ? Quand tu regardes un autre homme, quand tu parles d'un autre homme, tu me trompes, car dans le secret de ton cœur, tu le désires. Et moi-même je te trompe. Car je désire toute la beauté, et tu n'es qu'une parcelle de la beauté. Et je les trompe tous, car ils ignorent mes vices et mes appétits.

Mais je ne veux pas que tu sois comme moi. Je veux que tu sois pour moi seul. Je suis ton créateur et toutes tes pensées m'appartiennent.

Tu me voles. Va-t-en, je te chasse. Je prendrai une autre femme. Elle me volera aussi, et je la chasserai comme je te chasse. Mais je la garderai pendant une heure. L'heure est passée. Va-t-en.

Tout ce que tu me dis est mensonge, et quand tu te tais, tu mens encore. Car alors tu te caches et tu n'oses pas te montrer telle que tu es. Qu'as-tu pensé quand tu as pensé pour la première fois? Depuis que tu as pensé, tu m'as trahi.

Tais-toi. Il est trop tard. Tu n'as plus rien à m'apprendre. J'ai deviné. Et cependant si je savais tout ce qui se passe dans ton cerveau, je serais plus épouvanté encore.. Il vaut mieux que je ne sache pas.

Et pourtant, je veux savoir jusqu'où tu es allée. Quelles infâmies ne m'as-tu pas faites. Je suis jaloux de tes gestes depuis que tu existes. Allons, parle.. N'aie pas peur. Je ne dirai rien. Je m'en irai.

Qui? Ah! ils sont trop. Pourquoi m'as-tu fait cette peine? Tu es mon ennemie. Tu sais que la vérité me fait atrocement souffrir. Cache-la. Non. Il est trop tard. Je l'ai vue. Laisse-moi. Pourquoi n'as-tu pas songé que tu me ferais mal?

Laisse-moi. Tu ne peux pas me consoler. La vérité est là, entre nous deux. Elle sera toujours là. Elle est la même pour le passé et pour l'avenir.. Et pourtant, je t'aime, je ne puis pas secouer ton amour. On n'est pas plus heureux quand on est homme.

4.

Cristallisation soudaine de quelques idées fixes de Ménélas autour d'un noyau étranger. Phénomène momentané. Il est incapable de se reproduire deux fois autour du même noyau.

Vous ne savez pas ce que c'est que d'avoir une maison. Moi je n'en ai pas. La souffrance forme le caractère. Bon. Mais peut-on souffrir de n'avoir pas de maison? Vous riez.

Il faut commencer par le commencement. Gagner de l'argent, quand on n'est pas un paresseux. Soit.

On ramasse l'argent avec les mains. On me coupe les mains et on me donne à la place l'idée, l'art, et quoi encore? Allez bâtir avec cela. Mais prenez une brique, mettez une autre brique sur celle-là, et puis d'autres, et vous aurez une maison.

Quand j'entends claquer un fouet, je courbe le dos.

Quand vous avez un cauchemar, vous voyez un spectre ou un mort. Voilà, c'est de la littérature. Est-ce que cela m'effraye? Mais moi, je suis un petit garçon qui va à l'école et qui n'a pas fait son devoir..

Je suis timide. Je redoute les garçons de café. J'ai peur et je suis grossier. Je vis dans les cafés.

J'aime. J'ai bien le droit d'aimer, je suppose. Eh bien, j'aime dans les cafés. Je vais de l'un à l'autre, et on me connaît. Mais on ne peut pas rester trois heures devant un verre. Le premier, je le bois comme du poison. Je n'aime pas la bière. Quand j'ai bu le second, je bois plus volontiers le troisième, et ainsi de suite. Alors, le courage vient. Je voudrais qu'on me donne le monde à refondre. Je le ferais. Mais c'est une idée ridicule.

On me dit: retournez chez vous. Vous avez un père et une mère que vous plongez dans la désolation. Je sais. Ils n'y peuvent rien ni moi non plus.

Quand vous verriez la source du Mississipi, est-ce que vous pourriez dire: voilà bien le Mississipi ? Et quand le mal est fait, d'où vient-il?

Je mange chez eux à ma faim. Pourquoi me plaindrais-je? La liberté : voilà un grand mot. Manger de ce que je gagne et m'habiller, et alors manger mal et être mal habillé? Mais ceci est horrible: je ne peux plus. Oui, de quoi me plaindre?

J'ai une maîtresse. Elle était comme beaucoup d'autres avant que je la connaisse. Mais maintenant, elle est comme moi, misérable.

Je porte malheur aux femmes qui m'approchent. Elles sont malheureuses sans savoir pourquoi. Mais moi je le sais, Monsieur, je n'ai pas de maison.

Je les traîne avec moi et je les martyrise. Mais celle-ci, je l'aime et je la martyrise plus que les autres. Elle ne sait pas, n'est-ce pas. Lorsque je suis avec elle, elle ne sait pas que je me défends contre la légion des hommes qui nous regardent dans la rue. Je la tourmente et je la hais à cause des autres. Et quand je suis seul, là où elle ne peut pas venir, je me mettrais à genoux et je lui embrasserais les pieds.

J'entre dans l'hôtel borgne. Je crains toujours de ne pas avoir assez d'argent. Mon désir est passé. Je n'ai plus le courage, quand j'ai fermé la porte, de bomber mon torse et de me dire: je suis ici chez moi. C'est un supplice.

Une femme peut-elle comprendre cela? Je voudrais tant être comme je suis, être libre, vous comprenez? Mais mon coeur est là, et moi je suis ici. La première chose, c'est d'avoir une maison..

5.

Hypoesthésie.

Je ne sais pas si je t'aime encore. Que gagnerais-je a le savoir? Je préfère endurer l'innommable.

J'ai ainsi pour moi-même un tas de secrets. Je me tiens a la surface avec un bâton et quand une tête apparaît: bing.

Mais comment les tuer? Ils me rongent vivant comme des vers. J'ai une grosse pierre au cou. Tu n'auras donc jamais pitié de moi?

Quand tu me fais une peine, tu me donnes un os et je vais le ronger sous l'armoire. Et quand tu ne me fais rien, je cherche un os jusqu'à ce que j'en trouve un.

Pour ceux qui ne connaissent pas les chiens, cela est parfaitement déraisonnable.

Le mal vient de ce qu'on nie sa nature. Pourquoi avoir honte d'être un chien ? Pourquoi n'ose-t-on pas dire: je fais cela parce que je suis un chien?

Voilà: on n'est pas tous les jours le même. Mais qui sait cela?

6.

Etat de dépression. Ménélas ne fait pas de gestes.
Il mâchonne entre ses dents.

Rassure-toi. Maintenant, je suis calme. Mais je n'ai plus le goût de t'embrasser ni de t'aimer.

Je ne puis pas pleurer, mais j'ai toujours sur la langue le sel des larmes que je ne verse pas. Ainsi, pleure. N'aie pas de honte.

Nous sommes ceux qui avons tué la vie dans notre ventre, comme un avortement, parce qu'elle nous a fait mal. Et maintenant nous avons des mains desséchées, des mains de cadavre. Quand nous passons nos doigts sur un visage, ils y laissent des sillons morts.

Nos femmes ont des rides.

J'ai été un enfant. J'ai désiré violemment une bobine de fil et une souris blanche. J'aurais voulu me promener dans une charrette avec un âne. Rien que cinq minutes. J'ai hurlé.

Mais la sagesse est venue. Sais-tu ce que c'est? C'est un garrot que nous avons noué autour de notre propre gorge. Nous avons tourné, tourné, pour ne plus entendre nos cris.

Je puis acheter maintenant des bobines de fil, une chambre pleine. Je n'en veux plus. Mais je ne puis pas en voir sans que la colère me gonfle les mâchoires. Contre toi, contre tous, hommes et femmes. C'est vous qui avez roulé le monde dans votre bavure.

On ne m'a pas donné ma bobine. Mon Dieu, combien de temps cela a-t-il duré! Est-ce qu'à ce moment je n'ai pas songé pour la première fois au suicide? Oui, je ne comprends plus.

Mais tu crois que je n'ai pas souffert?

Ecoute. C'est alors que j'ai dit: il ne faut pas désirer. C'est vous qui m'avez fait dire cela, vous tous. C'est laid.

Mais on n'est jamais tout à fait raisonnable, tu comprends? On a la vie dure.

Plus tard, j'ai voulu une femme. Quand je l'ai eue, je n'en youlais plus. J'avais été fort. J'avais lutté contre moi-même et je m'étais mis sur les deux épaules. Et puis, elle est venue. Maintenant, je n'ai plus besoin de lutter. Je recule tout de suite pour ne pas me faire mal. Je n'y puis rien. C'est eux, c'est toi aussi qui m'as fait comme cela.

Pourquoi m'as-tu laissé le temps de reculer. Pleure, oui.

Il n'y a rien à faire. J'ai tué le désir. Il est mort.

7.

Les phases mentales de Ménélas pourraient s'exprimer selon une courbe. Ce dernier stade qui marque la fin de la première période, serait alors un rapprochement de l'horizontale. Ménélas accède à la généralité. L'obsession unilatérale fait place à un développement plus normal de l'idée. État d'équilibre relatif.

Je t'ai cherchée. J'ai couru sur tes traces, haletant et agitant les bras. Mais quand j'ai vu ta figure de tous les jours, j'ai compris que le monde est vide comme une noix creuse.

Il y a le collège et il y a la vie. Mais c'est la même chose. On vous prend par le bras et on dit: calmez-vous. Dimanche, jour de sortie.

Mais quand choisirai-je mon dimanche?

Nous ne sommes pas dans la même peau. Entre toi et moi, il n'y a que la parole. Les mots ne disent rien et tu n'entends pas mon silence. Nous sommes voués à parler et a nous expliquer. Mais il y a si longtemps que je m'explique, que je voudrais bien me taire et ne plus faire cet effort de me mettre tout vif dans des phrases trop étroites.

Ton amour est un calcul. L'amour est toujours un calcul chez les femmes. Tu supputes la victoire. Il faut pour toi un vainqueur et un vaincu. L'amour est votre triomphe de peuple soumis, patient et astucieux.

Je ne t'ai jamais apporté mon angoisse sans t'élever au-dessus de moi, comme un coq sur un fumier. Vous n'avez pas de générosité. Mais la haine est tombée de vos mains et maintenant elle est entre nous pour toujours.

je ne puis pas te pardonner. Cela reste. Car moi, entends-tu, je n'avais pas sonné à me défendre. J'étais venu les mains ouvertes et tu as craché dedans.

Ainsi jadis, quand je me repentais, on me disait: Ah, ah, maintenant tu es à ma merci.

Et je rentrais dans ma conque.

Oui, il vaut mieux mentir, ne rien prendre que du bout des doigts. Il faut avoir le sens des affaires. Mais ton amour est un mensonge, puisqu'il me force à mentir.

J'avais rêvé d'être avec toi ce que je suis. À cause de cela, je hais les femmes. Nous ne serons jamais égaux. Et ce sera toujours ainsi.

CAMILLE GOEMANS.
Ecrits du Nord
(1ère Année - 2ème série) n°2 - Décembre 1922