
|
FOG.
|
||
|
à Henri Michaux. |
||
| Cendre d'un dimanche de novembre quand il fait mai. Demain ne viendra jamais. L'avenir est un mur qu'on porte devant soi; mon passé, passé de cloporte, qui ne serait pas moi. Je n'attends rien et je n'espère rien de la terre. Je nais et je meurs aujourd'hui. Aujourd'hui, hier; aujourd'hui, demain; je ne connais que lui. Misère des yeux qu'agglutine l'incompressible humidité d'avoir chanté jusqu'à matines; os amollis, genoux fauchés. Moiteur crispante qui ne passe, langueur fébrile d'un dégoût, trou dans le temps, dans l'espace; femme laide qui couds les trous de l'espace. Chaleurs et luminosités, par quels bois et par quels étés avez-vous jamais existé? Vides d'un estomac qui tangue au bout d'un fil. Et toi, mon désir, se peut-il, ô martyrisé dans sa cangue, se peut-il, que toi mort, je vive encor? |
||
|
CAMILLE GOEMANS.
|
||
|
Le Disque Vert
n°6, octobre 1922 |