Christophe PierardBiographie de Camille GoemansCamille Goemans galeristeExpÚrience du surrÚalisme à l'occasion d'une exposition de Pol Buryoeuvres en prose de camille GoemansPo¶mes par Camille GoemansCorrespondance - Paul NougÚ Marcel Lecomte Camille GoemansBibliographie de Camille GoemansCamille Goemanssend an e-mail à Christophe PierardHomepage de Christophe Pierard

Ce que je désire, c'est d'attirer votre attention sur un fait qui vous paraîtra peut-être curieux et qui pourrait ne pas vous avoir frappé. Quelle que soit l'influence que le surréalisme ait exercée, de quelle manière qu'il ait pénétré et jusque dans notre existence courante, sous les formes les plus inattendues, au point que surréalisme est devenu un nom commun; quoique le surréalisme soit présent à peu près partout et qu'on en retrouve les traces dans l'écriture du premier imbécile venu, le surréalisme et l'œuvre surréaliste proprement dite continuent à etre victime de la même méfiance et de la même incompréhension qu'au premier jour, et de la même conspiration du silence qu'avait tramée autour de lui un peu plus tard les forces et le pouvoir conventionnels.
... Mais je conclus de la proposition que me fait Magritte, que si le surréalisme est un non-conformisme, il s'agit d'un non-conformisme plus essentiel, et que s'il est une protestation, cette protestation peut se passer de cette menue monnaie que pourrait être, par exemple, l'outrage à la pudeur ou l'outrage à la magistrature.
Si j'insiste sur ce point, c'est que le mot surréalisme évoque toujours dans certains esprits l'image ou d'une fantaisie débridée et sans contrôle, ou celle d'une violence incoercible sur le plan du comportement quotidien, et parfois les deux ensemble. Il est vrai que chez certains surréalistes, à une certaine époque, le surréalisme a pris cet aspect. Il nous appartient de le constater sans pour cela le condamner. Mais opposé à celui-là, l'exemple de Magritte montre que le surréalisme ne se perd pas dans les formes sous lesquelles il se présente à nous. Il srait, devant le monde, une position fondamentale qui trouverait à se manifester par diverses voies. Position que j'exprimerais par cette image: les fenêtres donnent sur le monde, mais derrière ces fenêtres, l'homme bouge; et par cette autre qui la complète: sous les fenêtres, le monde bouge. Ce qui fait que pour ma part, je puis voir d'ensemble, malgré ce qui les diférencie, le surréalisme de Réné Magrite et celui de Benjamin Péret, par exemple,pris comme type de poète scandaleux, ou d'un surréaliste qui n'aurait jamais ni peint ni écrit, comme on peut dire à peu près d'un Max Morise.
... Pour reprendre le fil qui me guide, la première constatation que je fais, comme je vous le disais, est que l'opposition au surréalisme, maintenant que tant d'années ont passé depuis qu'il ne s'est plus manifesté par des actes extérieurs de violence, par ces sortes de scandales de la rue où il s'est complu à de certaines époques, cette opposition ne s'est pas relâchée.
Parlant de moi-même, , j'éprouve encore autou de moi, et d'une manière constante, cette méfiance et cette conspiration qui crée toujours, dans les domaines où forcément je gravite, et qui sont ceux que je qualifierais, pour simplifier, des arts et de la littérature, une sorte de vide et d'impalpable obstacle.
Mais précisément parce que le surréalisme est le mépris de ce qui est reçu, il est aussi liberté. Et nous devons constater en effet que le peintre surréaliste est libre comme aucun autre, libre au point de pouvoir tenir pour peu de chose ses pinceaux, de pouvoir les échanger contre n'importe quoi, comme le poète surréaliste son porte-plume. libre aussi de les abandonner définitivement sans en plus souffrir que de la perte d'une épingle à nourrice.
Une fois que l'on a compris cela, Mesdames et Messieurs, et je voudrais conclure sur ces mots, on est mûr pour le surréalisme.