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SUR LE SUICIDE.
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J'ignore si le suicide est une solution. Il me semble, toutefois, que ce serait une solution facile, trop facile pour être accueillie avec confiance. On ne résout pas un problème en l'évitant, en feignant de l'éviter, et même si le fait d'éluder une question peut à la rigueur passer pour une réponse, l'on sait du reste que ce n'en est pas une, que c'est tout au plus une réponse manquée. Déprimé, pénétré d'une inquiétude mortelle, je n'accepte pas de guérir au prix que vous me proposez. J'ai mis plus de foi dans mon mal que dans ce méchant remède, je ne veux pas disparaître sans que l'assurance m'accompagne, que j'ai épuise toutes mes chances et su tirer quelque profit de mon moindre hasard. Je ne me considère pas si fortune que je puisse dédaigner toute fortune, me fût-elle bonne ou mauvaise. Je ne me sens non plus si fort, si sûr de moi que la misère du monde me paraisse jamais devoir prendre une soin particulier de ma personne. Roseau ou chêne, si nous sommes comme les images de la fable, je n'ai cependant pas choisi d'être roseau. Pauvre, je ne veux pas aimer les pauvres. Ceux que leurs convictions ou leur manque de convictions ont conduits au suicide étaient sans doute nés pour être un jour des victimes. Ils ont trouve cette fin, à quoi leur pente les menait. Mais même lorsqu'elle pet paraître accidentelle, comme il arrive pour Vaché, leur mort n'est rien moins qu'admirable. Loin que je reproche aux suicidés d'avoir manqué à je ne sais quelles obligations illusoires. Leur faiblesse - ou leur naïveté, selon qu'ils furent ou non de bonne foi, m'empêche de jamais les admirer. Je n'ai pas cure de faire à d'indigents fantômes la charité de mon amour. Les suicidés me paraissent toujours être, en quelque mesure, les victimes expiatoires chargées de payer la rançon, la dette d'un monde à la composition duquel ils n'ont pas eu part. C'est un rôle plutôt dégoûtant, je ne tiens pas à le jouer. Au delà même du suicide, savons-nous s'ils trouvent plus de repos ou d'attrait qu'en deçà? Par la porte que leur mort entr'ouvre on n'aperçoit rien. Ce rien constitue néanmoins une nourriture suffisante à certains esprits. |
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PASCAL PIA.
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Le Disque Vert.
4ème Série, N°1. Janvier 1925. |