le disque vert revue de Franz Hellenschercher le Disque Vert de Franz HellensLe Disque Vert - signaux de France et de belgique - indexSigmund Freud et la psychanalysele disque vert dir. franz Hellens recits de rvesle Disque Vert celebre Max Jacobsignaux de france et de belgique dir. paul gustave van heckele disque vert dir. franz Hellens le suicide est-il une solution?le disque vert dir. franz Hellens Charlotle disque vert dir. franz Hellenstable des auteurs du disque vert dir. franz Hellens et de signaux de france et de belgique dir. paul gustave van hecke

COMMUNIQUE AU PROCUREUR DU ROI.

Sommaire du
Disque Vert
numéro Spécial

le Suicide
est-il une Solution?
Edmond Jaloux
Marcel Arland
Henri Michaux
Antonin Artaud
René Crevel
Robert Guiette
Auguste S. Gerard
Odilon-Jean Périer
Pascal Pia
Eric de Haulleville
Paul Meral
Léon Kochnitzky
Paul Eluard
Benjamin Péret
Odilon-Jean Périer
Henri Michaux
Hermann Closson
Henri Dommartin
Henri Dommartin
Henri Dommartin
Franz Hellens
Henri Michaux
Pascal Pia
Paul Desmeth
Franz Hellens
Robert Guiette
Mélot du Dy
Odilon-Jean Périer
André Desson
Odilon-Jean Périer
André Desson
Robert Guiette
Robert Ganzo
Franz Hellens
Franz Hellens
Nous ne nous entendrons jamais, Monsieur, à ce sujet.

Vous n'aimez pas « ces jeunes gens qui parlent de suicide avec légèreté », m'avez-vous dit à peu près; et vous justifiez cette antipathie en ajoutant avec mépris qu'ils ne connaissent rien de la vie.

Vous entendez par là qu'ils ne connaissent pas, ou peu, ce qui fait votre plaisir, vos affaires, vos entreprises, votre belle réputation d'homme politique, de grand financier, de capitaine d'industrie; vos dîners, votre limousine et vos amours avec Miss Wilkinson. Et pourtant, c'est bien assez, Monsieur, de vous avoir vu au milieu de vos jouissances pour en être dégoûté.

Et vous leur en faites un grief.

Mais ce qui vous blesse, en vérité, c'est - de votre propre aveu - qu'ils en parlent avec légèreté.

Cette vertu vous déplaît, parce que vous en êtes dépourvu. Tout au plus vous est-il resté, de votre robuste et saine jeunesse, une sentimentalité qui vous fait verser un pleur sur le sort du jeune Machin qui s'est tué à cause de son amie.

Permettez-moi d'appeler feu le jeune Machin une petite moule.

Il ne s'agit pas de se tuer par amour, ou parce qu'on est triste à mourir, ni de rien galvauder.

Nous ne sommes ni las, ni tristes; nous sommes très exigeants, Monsieur, et pas satisfaits de coucher avec une femme du monde - qui ne fait pas mieux ça que les putains, que nous connaissons - pas assez naïfs pour nous réjouir, comme vous, de vos toujours mêmes bonnes choses.

Vous ne comprenez plus, sans doute. Vous êtes tout excusé; vous en êtes resté à Maupassant, cher Monsieur, et parce que je vous dis que c'est une affaire de mystique, vous ricanez.

Ces jeunes gens qui parlent avec légèreté de suicide, sont très exigeants; nous voulons quelque chose d'admirable, comme la connaissance de Dieu.

Est-ce possible? Une vie légère... Alors... Tant pis, nous vous laisserons une vie sans honneur, entre les bras mous de vos amours et l'assemblée des notables du pays.

A moins que nous ne la partagions avec vous, peut-être, ce qui serait la façon la plus malpropre de se donner la mort.

Vous riez: « Nous voici d'accord, je savais bien ». Mais non, mais non, je vous jure; nous ne nous entendrons jamais, pas même sur ce dernier point, et je savais que vous diriez une fois de plus, Monsieur, que je suis « un fumiste », mais « un excellent garçon », pour me faire une réputation déplorable.

AUGUSTE S. GERARD.

Le Disque Vert.
4ème Série, N°1. Janvier 1925.