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SIGNAUX, NOTES SUR LES LIVRES

SUR LA CRITIQUE
Il y a deux catégories d'artistes : les créateurs et ceux qui aiment les belles oeuvres, qui les comprennent, qui les pénètrent, qui en jouissent et qui en font l'intérêt et le suprême plaisir de leur vie.

Le créateur est tout entier dans sa création. Il est dominé par elle, ou plutôt lui et elle ne font qu'un. Il peut bien réfléchir, choisir, supprimer, transformer, faire œuvre d'art enfin ; en dernière analyse, il permet simplement de se produire l'être qu'il est intimement, et cela aussi sûrement, aussi nécessairement, aussi purement - s'il est d'essence supérieure - que l'arbre qui étend ses racines, pousse ses branches et donne feuille, fleurs et fruits.

Celui qui est sensible à l'art sans faire œuvre de créateur, est un créateur manqué. Créateur en puissance, il a failli à son destin. Insuffisance d'énergie vitale et aussi, peut-être, en quelque mesure, absence d'un certain don particulier... Ces secrètes tendances, négligées, abandonnées,. subsistent néanmoins et se satisfont paresseusement en s'attachant comme des parasites aux oeuvres étrangères. Elles les exploitent. Elles en vivent. Si cependant elles ont gardé quelque force - car il faut observer chez elles maintes différences graduées - elles ne se fondent pas complètement dans ces œuvres, elle ne s'y perdent pas elles restent distinctes. Elles marquent le départ entre ce qui leur est offert et ce qu'elles eussent poursuivi elles-mêmes.

D'où naît la critique.

Pourtant, celle-ci n'est pas toujours le résultat d'un avortement. Elle l'est, parfois, d'un dépassement. Il y a les contemplatifs de l'art comme il y a les contemplatifs de la nature et de la vie : quelques rares individus suprêmement intelligents, que l'action et la participation ne requièrent plus - non pas qu'ils les estiment vaines, mais parce qu'ils en discernent trop profondément et lucidement tous les mobiles. La part d'ignorance, d'inconnu mystérieux qui détermine toute entreprise (menée précisément à fin d'éclaircissement) ne les soulève plus. Sans l'avoir effectivement traversé, ils ont franchi le stade de la création pure. D'emblée ils sont allés outre.. Ils dominent et ils jugent.
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On considère, d'ordinaire, la critique comme un genre inférieur. Elle suppose cependant les dons les plus rares, et d'abord, comme je viens de le dire, une disposition naturelle à s'exercer dans les modes de création les plus divers et les plus éloignés les uns des autres ; à défaut de cette qualité, ou pour la compléter, une immense faculté de sympathie ; enfin, une connaissance profonde toute sensible et intuitive de la vie et de la logique de ses démarches.

En abordant une oeuvre, je veux dire une oeuvre digne de ce nom, il faut faire crédit à l'écrivain, se mettre à son niveau, s'efforcer de pénétrer dans l'atmosphère de sa pensée, imaginer avec son imagination.

Il s'agit en ce premier « temps » d'abdiquer sa propre personnalité, de revêtir celle du créateur, de suivre à travers son oeuvre l'expansion de son « idée », comme si l'on y participait, comme si « on y était soi-même pour quelque chose n. Ou plutôt, il s'agit, comme en amitié, comme en amour, d'incliner avec ferveur ses facultés personnelles, tous les trésors de son moi, vers cet autre, vers ce « double », si différent à la fois et si semblable, de les mettre à son service, de les lui offrir sans restriction, afin de l'éclairer avec toute la lumière e son propre génie.

Cette approche est souvent lente, difficile, rebutante - et d'autant plus que l'œuvre est plus originale, plus puissante ou plus neuve. L'écorce d'une telle œuvre est plus épaisse, plus rugueuse. Que de critiques s'arrêtent devant cette première épreuve et condamnent faute d'aller plus avant et parce qu'ils attribuent uniquement à quelques façons traditionnelles de s'exprimer le secret de la vérité.

Il faut, sous l'enveloppe, pénétrer au cour, là où apparaît l'homme dans sa pureté.

Il faut le joindre sans parti pris, avec bonne volonté, avec amour ; il faut communier avec sa vision particulière du monde et, si elle est grande, s'émerveiller de sa création - car, il n'est point de merveille supérieure à une belle oeuvre d'homme.

Ensuite - et voici le second « temps » - il faut s'éloigner, prendre du champ, opérer la distinction, confronter l'essence de l'oeuvre avec sa réalisation effective, examiner les ombres, marquer les défaillances, analyser, tirer la synthèse: bref, faire intervenir l'intelligence.
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Faire œuvre critique, c'est avant tout chercher l'homme derrière son art, découvrir la qualité de son âme, les tendances de son caractère, la pente de ses instincts et de ses sentiments c'est ramener tous les éléments de son oeuvre à sa personne morale.

On ne peut y atteindre qu'avec un cour généreux et une haute conscience.

L'homme seul nous intéresse. Lui seul importe. Il faut en poursuivre passionnément la possession - et jusque dans chacun de ses gestes. L'œuvre est le miroir de l'homme.

A travers les drames de Shakespeare, les romans de Stendhal et de Dostoïevsky, c'est toujours Shakespeare, Stendhal et Dostoïevsky que je trouve : de prodigieux énonciateurs de la vie. Et si j'ai tant aimé Nietzsche, ce n'est point particulièrement pour le sens même de sa doctrine, mais pour l'affirmation d'un homme dans sa puissance.

Ils me font rire ces critiques savants, dogmatiques ou académiques qui séparent l'oeuvre du créateur, qui ne considèrent même pas le créateur, qui s'attachent uniquement au «produit », lequel est dissocié, soupesé, telle une marchandise anonyme, mesuré, enfin, au mètre des productions connues. Ah I, alors qu'un créateur est absolument seul, absolument unique et que toutes les ressemblances qu'il présente avec d'autres ne sont qu'extérieures, fortuites et ne signifient pas la parenté des génies qui ne se rejoignent qu'à force d'être dissemblables.

Peu importe l'expression en elle-même. Elle n'est qu'un signe. L'œuvre ne vaut que par son contenu humain, par le portrait d'homme qu'elle élabore sans cesse. La première mission du critique est de tirer, de l'œuvre. le créateur.

HENRY DOMMARTIN
FLOT D'ALTRUISME.

Cela coule depuis qu'il y a des hommes réunis par le désir de vivre, contenus par la terreur des lois. C'est un flot qui se gonfle de toutes les souffrances paisibles et des petits radotages agglutinés en discours pour l'amélioration des hommes. Au début, les coutumes faisaient leurs génuflexions mutuelles suscitées par la méfiance ; la crainte des dieux atteignait le voisin. Les lois sanctionnèrent l'intelligence des mœurs, et tout voisin, suppôt de la divinité terrible ou magnanime, devint un homme à respecter jusqu'à l'amour.

La loi, produit humain, ordonne : « Paye tes contributions, nous bâtirons des hôpitaux, des parcs publics, des cantines gratuites, etc. » Et chacun ouvre l'orifice d'un robinet proportionné à ses revenus. L'altruisme coule à flot perpétuel. Il s'orne de mots choisis pour son service : on est « cher » à bon compte, quotidiennement « dévoué »; aucune « prière » ne coûte, l'orgueil s'en accomode, et « pauvreté » loin d'être vice, attire la commisération gratuite, comme l'aimant le métal. Le temps viendra où, submergée par ce flot devenu océan, l'humanité s'effrayera de son désintéressement par trop habituel. On bâtira de nouvelles lois, des digues contre l'altruisme, et l'on creusera des canaux pour en hâter l'écoulement de quelque gigantesque égout.

Franz Hellens
Max Jacob : Le Laboratoire Central, Poésies. (Au Sans Pareil, Paris)
Pour prendre une comparaison, je dirais que si l'on tranchait l'ouvre de M. Max Jacob, comme le tronc d'un vieil arbre, on verrait sur F aubier les cercles nombreux d'ancienneté et de jeunesse.

Un même livre de cet écrivain témoigne ici d'une maturité complète et là d'une jeunesse au départ ; d'une maturité consciente et d'une jeunesse qui n'ignore aucun de ses moyens et sait se diriger. Il semble que le poète ait traversé tous les ages, les ait vécus, afin d'en rendre la verdeur dans ses poèmes et dans ses proses.

Curieusement taillée, l'œuvre diverse et apparamment incohérente de M. Jacob possède mille reflets inattendus. On aurait tort de vouloir y chercher une suite : pas plus là que dans l'histoire ou dans la vie. Mais c'est justement par cette discontinuité que ces oeuvres nous plaisent, comme nous plaît un film aux images brèves, changeantes, bien marquées cependant, imprévues, et qui nous obligent à bondir d'un point du monde à l'autre, sans transition. Chez M. Jacob il faut s'attendre à toutes les saillies, aux éclats brusques, aux élans, mais aussi aux plus décevantes glissades, à de véritables « dérapages » auxquels se plaît l'auteur, soit pour nous mystifier soit pour le plaisir du vertige.

C'est ainsi encore que l'on trouve, à côté d'airs de musette, de soudains coups de bugle, à côté de sages discours, de souples traits satiriques, souvent des polissonneries qui s'élancent du poème comme les jeunes pousses de l'olivier et cinglent avec le même mordant.

Dans la forme, même diversité. L'alexandrin classique voisine avec le vers libre, l'architecture avec le pointillé, la teinte plate, le coloriage tout en surface. Comme chez Rimbaud, celui des Illuminations, ou chez Apollinaire, le mot possède pour lui des ferments, une magie, dont il se garde d'éviter la griserie, voire l'ivresse ; mais l'ivresse de M. Jacob est sobre, si l'on peut dire, non pas une ivresse froide, mais une ivresse de bonne compagnie.

La poésie de l'auteur du Laboratoire Central, et sa prose, sa poésie et sa prose ensemble, donnent toujours l'impression

de santé classique, même dans leurs écarts. Étrange état d'une littérature empreinte de perfection et qui sans cesse veut en sortir. Incorrection voulue de quelqu'un qui serait correct par tempérament, tiendrait à cette correction, mais en supporterait impatiemment la servitude.

Franz Hellens
Pierre Mac Orlan: À bord de l'étoile Matutine
(Crès & Cie, Paris)
« The Jacket » est un des romans d'imagination de Jack London les mieux dégagés du sentimentalisme américain, qui entrave parfois l'ouvre de cet écrivain-aventurier. (Entendons par pareil sentimentalisme : ce mélange bizarre où le flegme énergique tourne à la froideur, et où la sensibilité retenue dégénère en sensation paradeuse) . Dans ce livre saisissant, Jack London, partant de certaines conclusions à l'égard de l'atavisme art de l'éternité de la vie spirituelle, réussit une aventure qui pourrait être en plus profond et en plus divers « La plus belle histoire du monde », de Kipling.

Son héros, condamné à être pendu, enfermé dans une prison californienne, et qu'à plusieurs reprises on soumet à la torture de la camisole de force, y apprend à se servir d'une faculté psycho-empirique qui lui permet de mourir sans mourir. Il s'échappe de la souffrance en s'évanouissant volontairement dans une autre vie qui est chaque fois un fragment de son existence antérieure, vécue dans d'autres siècles.

Peut-être les qualités expérimentales que Jack London dépense dans ce livre au profit d'une recherche dans le domaine de 1'auto-hypnose, sont-elles trop apparentes. Elles s'exercent certainement un peu au détriment des évocations qui devraient constituer le seul attrait du livre.

Voyez Pierre Mac Orlan. Dans « À bord de 1'Étoile matutine » et la « Chronique des temps désespérés », qui forment son nouveau livre, les évocations des morceaux de vie appartenant à des temps passés y sont à ce point directes et puissantes, qu'elles en feraient mentir l'histoire des historiens. Le procès psychique et cérébral chez lui ne se pare nullement d'une pseudo-science. Sa puissance évocatrice est faite d'une imagination qui fait trêve du documentaire, et d'une faculté de déformation plus grande de réalité que la vérité réelle. De ce fait cette vérité lui sert de tremplin vers la haute mise en valeur des seules qualités descriptives, qui permettent l'histoire d'emprunter à la fantaisie.

C'est ainsi que les philosophes tirent leur savoir des mensonges des romanciers. Quel livre d'histoire trace un tableau à la fois aussi exact que fantasque d'une période de « Peste », que celui brossé par Pierre Mac Orlan dans le chapitre qui porte ce titre ?

Sans autres moyens que sa vivante fantaisie, et ses remarquables dons d'écrire sobrement et dramatiquement, Pierre Mac Orlan, n'est-ce pas lui l'homme qui s'évade de la camisole de force qu'est la vie quotidienne, pour revivre et faire revivre la vie antérieure P S'il s'agit ici un peu exclusivement d'un passé d'effroi et d'aventures, où cependant le bref humour ne manque pas, il ne faut y voir qu'une préférence de cet écrivain pour ces sphères-là. Et il n'est plus permis de douter que sa puissance est capable de créer bien d'autres aventures également fortes sur d'autres plans.

Paul-Gustave van Hecke
Pierre Benoit: Le lac salé
(Albin Michel, Paris)
Koenigsmark : une petite cour allemande, L'Atlantide : le grand désert africain, Pour Don Carlos : l'Espagne avec ses chaînes pyrénéennes, Le lac salé : l'Utah avec sa capitale mormonne. Si cela continue ainsi — et il n'y a pas de motifs pour que la série s'arrête — M. Pierre Benoit nous aura un jour fait faire le tour du monde en 80 volumes. Nous serons bien vieux alors, un peu las des aventures de la vie, d'autant plus dociles à ses suggestions de chef-guide d'une agence de voyage autrement universelle que celle de MM. Cook & Son. Quant à M. Pierre Benoit il sera pour lors multimillionnaire et membre de l'Académie française. Le cicerone a une qualité : de nous faire avancer vite et saris nous lasser, de nous intéresser sans trop nous esquinter, de nous faire voir beaucoup de pays et de gens sans nous demander de bien considérables efforts cérébraux. Il ne fatigue ni nos jambes — ce qui se conçoit de la part d'un aventurier en chambre — ni nos imaginations, ce qui est plus grave de la part de celui que le « grande » critique a sacré le premier parmi les auteurs du nouveau roman d'aventures français.

M. Benoit se livre cependant à une regrettable méprise de confondre ce qui doit être de l'imagination avec ce qui n'est que de l'invention. Il invente beaucoup dans ses derniers romans - de plus en plus extérieurs et néfastement influencés par le mauvais cinéma, art en surface et non en profondeur, art de développement en vitesse, par bonds et sursauts, tantôt ralentis, tantôt accélérés, et non de dynamisme conséquent et de logique organique - de sorte que les péripéties s'y succèdent comme les paysages, les coups de théâtre comme les acteurs travestis de ces romans assez monotones. M. Pierre Benoit voit de plus en plus en « images a, alors que son récit se développe toujours davantage en drame, voire en mélodrame. Ce qui lui manque le plus c'est la fantaisie, dont les imprévus et les variations sont d'ordre intellectuel autant que sensible et non d'ordre narratif (Comparez Le lac salé à l'Amant des Amazones ou au Chant de l'équipage). »

De cette psychologie concise, un peu sèche, mais assez saisissante et mystérieuse qu'il tenta dans Koenigsmark, de cette atmosphère extrêmement artificielle par endroits, mais obsédante et pleine à tant d'autres qu'il eut encore la chance de réussir dans l'Atlantide, il ne reste plus que de bien faibles traces dans Pour Don Carlos et Le lac salé. Son succès trop grand le pousse aux récits attachants et hâtifs. Il n'a plus le loisir d'unifier et de hausser au plan supérieur de l'imagination créatrice, de l'évocation et de la fantaisie, les aléatoires péripéties que son esprit fécond en imbroglios invente de toutes pièces et complique de façon assez biscornue, au grand dam de la vraisemblance et de l'expressivité. (Pauvre petite américaine amoureuse ingénue cependant avertie, qu'on marie suivant le rite mormon, sans qu'elle se doute un instant des intentions polygames de son mari-clergyman converti...)

Comme tout bon conteur qui se respecte, M. Pierre Benoit en donne pour leur argent à ses nouveaux lecteurs. Il ne désire plus leur laisser la moindre incertitude quant au sort des héros auxquels ceux-ci se sont intéressés un moment. L'épilogue du Lac Salé est à ce point de vue digne du roman chez la concierge, lequel finit toujours, comme un horoscope de clairvoyante, par dévoiler tout l'avenir. Vous connaissez la fameuse phrase finale : « Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants. Quant au comte Gaétan... »

Ce qui ne nous empêche d'attendre avec curiosité et sympathie le prochain roman de M. Pierre Benoit. Il y a des retours vers l'art comme des retours vers la foi...

André de Ridder
André Baillon : Histoire d'une Marie
(Collection de prosateurs français contemporains, Rieder & Cie,. Paris.)
Autrefois, les romanciers prenaient pour leurs romans des personnages de choix; il leur fallait des figures soit exceptionnelles, soit d'une belle généralité, et ils auraient repoussé avec dédain des physionomies quelconques, sans relief, qui ne leur eussent pas permis de se faire valoir eux-mêmes. Ils portaient leurs personnages, si l'on peut dire, comme on porte de beaux vêtements neufs ; et c'est cela qu'ils appelaient proprement « créer une figure ».

Les romanciers d'aujourd'hui n'en sont pas encore revenus. Aussi, est-ce avec une véritable joie que l'on voit quelques écrivains comprendre ce que les peintres ont compris depuis longtemps : que les figures les plus intéressantes à peindre et à écrire sont justement celles qui n'ont ou semblent n'avoir aucun relief, celles qui ne sont pas remarquables, celles qui se montrent tellement effacées qu'elles ne semblent exister que par la vie qui les entoure. Voilà ce que M. André Baillon, dans un livre absolument neuf et d'une belle audace, a fort bien compris en écrivant l' « Histoire d'une Marie », d'une quelconque Marie, laquelle devient sous sa plume quelque chose de singulièrement vivant par son effacement même.

Il y a deux ou trois écrivains, comme Jammes, Ch. Louis Philippe, qui ont cherché la simplicité dans cette voie vraiment humaine. S'il l'ont touchée, ils ne sont pas cependant parvenus à conserver à ces figures leur naïveté entière. En les faisant entrer dans la littérature, ils y ont ajouté quelque chose d'eux-mêmes, ils n'ont pas su leur laisser cette fraîcheur intégrale qui était leur seule marque apparente. André Baillon au contraire y a réussi, à mon sens pleinement. Il a fait de l'histoire de cette simple femme, prise entre mille, une histoire tour à tour gaie, touchante, profondément dramatique. Il a réussi à faire éprouver toutes les impressions de la vie, de la pauvre vie quotidienne, et lorsque le lecteur ferme son livre, au lieu de se réveiller d'un songe, comme après la lecture de la plupart des romans, il se sent au contraire pleinement et plus intensément dans cette vie qui est la sienne, celle de son voisin, celle de tout le monde, celle de l'homme, dans sa plus humble expression.

Franz Hellens
le Disque Vert

textes
d'André Baillon

Le pot de fleurs
Les 'amitiés françaises'
et l'amitié française

Critique d'Œuvres
d'André Baillon
Histoire d'une Marie (Franz Hellens)
En sabots (Franz Hellens)
Zonzon pépète (Franz Hellens)

Réponses à
d'André Baillon
Amitié Française? (René-Marie Hermant)

Liens externes

Présence d'André Baillon
Jean Epstein: La poésir d'aujourd'hui. Un nouvel état de
l'intelligence. Lettre de Blaise Cendrars (La Sirène, Paris)
Louis Hémont: Maria Chapdelaine
(Les Cahiers verts, Grasset, Paris)
Marcello Fabri: L'inconnu sur les Villes
(J Povolozki & Cie, Paris)
Roger Avermaete : La Conjuration des Chats (Lumière, Anvers)
Conception assurément narquoise, mais épique dans le grotesque, et d'un humour sec qui est intéressant. Ce livre est une grande fable, dont la moralité peut être admise, et le sera par beaucoup. L'aventure qui arrive aux chats, devenus maîtres des hommes, est plaisante : ils s'aperçoivent qu'ils règnaient plus, vivaient mieux et avaient le bonheur absolu, lorsqu'ils étaient domestiqués. Les soucis, le travail et la fatigue sont les résultats les plus clairs de leur domination. Soit. La satire est bonne. Mais la moralité de la fable est-elle juste ? Les chats sont choyés. Mais si d'autres animaux, moins heureux, et plus habitués au travail, s'étaient révoltés? L'esclavage leur eut-il été meilleur que la liberté ?

Cela n'empêche pas le livre de M. Avermaete d'être bien amusant, ni qu'il soit illustré avec esprit et talent par Joris Minne.

Léon Chenoy.

Nous publierons dans nos prochains fascicules une grande nouvelle inédite de NEEL DOFF: Je voulais en faire un homme, de contes de PIERRE MAC-ORLAN, JEAN GIRAUDOUX, ANDRE BAILLON, etc., un romain fantaisiste inédit de BLAISE CENDRARS: « La perle fiévreuse ». etc.

Errata
Dans le numéro 3, page 140, au lieu de G. Duhamel: Elégies (Nouvelle Revue Française), lire G. Duhamel: Elégies (Mercure de France).
Dans le même n°, Revue des Revues. Le directeur de Ça ira nous prie de faire savoir à nos lecteurs que ce ne sont pas les rédacteurs de sa revue qui ont fondé le cercle OMNI. Ce groupe n'a rien de commun avec Ça ira.

Signaux de France et de Belgique.
N°4. Août 1921.