
| Les Élégies de Duhamel... Cherchez-y un chant très simple d'homme, mais émouvant de toute la retenue même qu'il s'impose. Cherchez-y la tendresse profonde d'un cur pour le monde, tendresse trop religieuse pour se profaner elle-même en s'étalant. Le sourire grave et contenu de l'amour. Georges Duhamel est le poète dont l'exaltation reste méditative. Ses mains tremblantes de ferveur et de gratitude cueillent l'instant et le pressent sur sa poitrine. Et il songe... Chaque poème des Élégies doit ainsi toucher notre sensibilité. Je ne dis pas que ce livre entraîne ou conquiert : il émeut, et sa sobriété passionnée éveille en nous des échos, muets pour d'autres uvres peut-être plus amples, mais bien certainement moins humaines ; la confidence humaine, sincère comme ici et nue, est ce qu'il y a de plus poignant. Le vers des Élégies est sans éclat, peu coloré, dépouillé de l'artifice jusqu'à paraître sec, maintenu dans une forme toujours calme et pouvant, au premier abord, sembler grise. Il faut relire. De tels poèmes ne livrent pas, à qui les feuillette, le secret merveilleux qu'ils détiennent. Relus et médités, ils parlent au cur et à l'âme comme peu le savent. Leur sobriété concentre tant de vie, de vie sans cesse inquiète et impressionnée, et l'on y goûte avec tant de bonheur la finesse des sensations et la bonté du coeur.. . Tous les moments de la vie sont riches pour qui se penche vers eux, l'heure a son langage et le décor le plus familier est un enseignement. Une sensibilité tout en nuances et vibrante, mais réservée jusqu'au scrupule, comme chez Duhamel, en résume seule avec maîtrise la signification secrète. Et tels sont les premiers poèmes des Élégies où l'auteur dit simplement son existence. Viennent alors des poèmes de guerre, mais sans rien du pathétique grossier sous-entendu souvent par ce terme. L'angoisse y monte, mortelle, définitive, de voir grandir l'ombre qui va couvrir le monde. Et de comprendre mieux l'universelle horreur, en éprouvant combien la nature n'en soupçonne rien, combien rien n'est changé Le livre se termine par Quatre Ballades à quatre hommes qui souffrent et meurent. Pages à ranger parmi les plus belles qu'ait fait écrire la pitié, au cours de la guerre. Poèmes où la douleur atteint à des accents uniques, et où la plus fraternelle compassion reste toute désolée de son impuissance. Léon Chenoy. |
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| Il y a grand avantage à s'occuper des livres de Neel Doff, parce qu'on peut tout Je suite aller au fond. La plupart des livres aujourd'hui, romans, contes, essais, sont bardés d'une triple cuirasse de littérature. On perd un long temps à les décortiquer, et souvent ce n'est que pour aboutir à une triste constatation de vide. Ici, l'on peut bien vite tailler en pleine chair et toucher le cur. L'on n'était pas remis de l'inquiétude humaine suscitée par Marie-Claire, qu'un nouveau livre de femme, autrement nu, d'une vérité autrement troublante, venait s'imposer à nos sensibilités dégoûtées de surcharges, de draperies poétiques, de complications psychologiques, de fausses pudeurs ou de cynismes littéraires. Jours de famine et de détresse fut un livre qui sonna comme un nouveau métal d'une qualité très rare. Il n'eut pas le bonheur durs grand tirage. Il n'en pouvait être autrement, car la nudité ne plait que par l'effet scandaleux ou la plastique irréprochable. Or, ni Jours de famine et de détresse, ni Keetje qui en fut la suite, ne s'offrent comme des figures de l'un de ces deux genres. On disait de Cézanne qu'il ne savait peindre un nu. On a dit de Neel Doff que ses personnages déshabillés sont laids. Ils sont tout simplement d'une primitive sincérité. On a dit aussi, je me souviens, qu'ils ne sont pas vraiment humains parce qu'ils ne crachent pas d'idées mais des glaviots. Or, il y a mieux que de sèches idées dans les romans de Neel Doff: il y a des traits de vie immédiate où les idées grouillent comme les globules rouges dans un sang bien nourri. Neel Doff ne connaît aucun artifice de style. Elle ignore toute supercherie, elle ne peut pas duper. C'est un grand mérite, chez elle tout ingénu. Elle ignore aussi la synthèse, mais elle abonde en raccourcis bien plus puissants. La figure de femme qui domine dans ses romans, il faut tout de suite en admirer la fierté, une fierté de tempérament, de caractère, au-dessus de toutes les autres. Keetje, née dans la misère, propre dans la boue, affirme par ses actes une volonté de sortir de son ambiance; sa puissance est dans sa belle santé de corps et d'âme, dans son absolue sincérité : le mal n'a fait que la couvrir d'éclaboussures, et même quand elle y est tombée bien au fond, elle n'a pas eu de peine à s'en laver. Keetje a une fierté d'apprendre et de connaître toute lumière que le faux jour de la misère empêche d'apercevoir. Placée dans un roman de Neel Doff, cette figure admirable se montre comme un personnage biblique dans une eau-forte de Rembrandt. Elle chante dans la cuisine de ses maîtres, pour Willem, le fils de la maison, des chansons qu'elle a écoutées, le dimanche, au «Plantagie», à Amsterdam, et que débitent de belles dames la poitrine et les bras nus : Martha ! Martha ! et Si tu crois à la parole sainte, ne parle, pas, Rosa ne parle pas... Willem lui dit qu'elle a une belle voix et que c'est dommage qu'elle ne pourra pas la cultiver. La cultiver ! En a-t-elle besoin ? « Elle est là, ma voix ! » Comme Willem veut répondre, Keetje lui jette : « Non, non, c'est comme ta cousine; elle n'aura jamais de belles dents, malgré son cercle d'or ! Neel Doff n'a pas ce qu'on appelle « une bonne presse », en Belgique où elle réside. Dans ce pays, on n'applaudit généralement qu'aux choses plates ou faussement poétiques. Mais en France, on a su reconnaître la vérité de ses peintures, l'efficacité de son style. Franz Hellens |
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| Or à la manière de Max Elskamp le poète a chanté l'exil en ce pays gris et d'automne, en ce pays trop de marchands, en ce pays de pluies, de plaines et d'églises nues. Ce sont litanies et complaintes du réfugié, orgue de barbarie aux vieux refrains touchants : mélancolies, pauvres joies, résignations, attente. Ce sont paysages mornes où l'âme s'obstine à retrouver ses propres couleurs, clair-obscur, rêve imprécis dans le brouillard humide, nuages que le vent défait. La vie intérieure se projette sur l'écran du ciel et de la mer où parfois luit un rayon, tremble une voile. Prisonnier de sa maison transparente, le poète écoute claquer les parois de la tente où il s'est assis, parmi les autres, autour d'un maigre feu. Les plaintes de sa chanson naïve et un peu larmoyante, prenez-les comme il vous les donne. Il y a aussi le ventre qui crie famine, le corps qui souffre, se tourne et se retourne sur le lit dur, toute la misère des nécessités. Le mendiant de compassion montre ses plaies, les étale a vos yeux. Soyez-lui bons pour cette franchise et acceptez l'image qu'il vous tend. C'est son portrait qui ne ment pas vous reconnaîtrez celui qui naguère célébrait les belles journées de liesse et d'abondance. C'est bien lui, Max Elskamp, à lui seul semblable, le front plus ridé ; les yeux toujours d'enfant, la démarche encore bien balancée. La même grâce avec la même rudesse. O le plus avise d'entre nous, sans qu'il y semble ! Nul ne pourrait balbutier avec cette maîtrise. Paul Fierens |
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| Aujourd'hui les livres de Butler connaissent mieux que la vogue : ils sont classés comme valeurs définitives, et, dernière consécration, traduits en français. A l'étranger, on tient le Français pour peu curieux, parce qu'il ne se jette pas sur les produits exotiques avec une voracité d'affamé. L'arbitre attend généralement qu'on le sollicite : et c'est une sorte d'arbitrage que l'intellectualité française exerce dans tous les domaines elle prononce en dernier recours. Si la France est le seul pays où le nom de Samuel Butler était encore inconnu, il y a un an, quand M. Valéry-Larbaud publia l'admirable biographie de l'auteur d'Erewhon, vrai modèle de ce genre assez négligé depuis quelque temps, ce n'est pas une preuve qu'elle ne s'intéresse qu'à ses propres richesses. Du reste, Butler attendit jusqu'à la veille de sa mort que l'Angleterre voulût bien s'apercevoir de ses mérites. Encore, comme nous l'apprend Valéry-Larbaud, fallut-il que Bernard Shaw s'en mêlât, ce qui veut dire que l'Angleterre fut sollicitée à la manière vive, un peu à coups de fouet. Depuis la publication d'Erewhon, qui est à mettre, pour l'esprit, à côté du Voyage de Gulliver et des romans de Voltaire, on s'est occupé fréquemment en France de Butler. L'auteur anglais, jadis méconnu, n'y jouit pas encore d'une gloire énorme, mais il y entre pas à pas, et de la façon la plus sûre : deux chefs-duvre l'y ont introduit. Du premier, il a été assez question. L'autre, le dernier venu, est un roman d'une grande envergure, dont M. Valéry-Larbaud, avec un soin respectueux et amusé, vient de nous donner une traduction savoureuse. L'ouvrage est copieux : nous ne sommes pas habitués en France à lire de longs romans, et l'aspect seul d'une uvre romanesque en deux volumes nous effraie. Mais Ainsi va toute chair est un de ces livres qui paraissent ennuyer d'abord, et qui vous prennent petit à petit, vous serrent lentement, et vous ne demandez pas mieux bientôt que de rester la proie, le plus longtemps possible, de cet auteur qui sait s'emparer de votre esprit et de vos sens avec une force si peu brutale et si variée. Le roman de Butler est de ceux qui pourraient s'écrire en deux cents pages, si l'on ne prenait que le récit. Mais l'auteur perd volontiers le fil de l'histoire pour se réaliser tout autour, jouer avec ses pensées, semer des paradoxes qui lui sont chers, et c'est par ces hors-d'uvres qui sont, à vrai dire, en général, des plats fort consistants, qu'il intéresse, séduit, et finit par se rendre indispensable. Je ne vais pas raconter l'histoire. C'est celle de deux ou trois générations et de toute une époque d'une certaine société anglaise. Ce qu'il importe de dire c'est qu'Ainsi va toute chair est un livre très humain, et cela dans le sens le moins anglais du terme. J'ai évoqué tout à l'heure les romans de Voltaire, à propos d'Erewhon, c'est-à-dire ce qu'on trouve de liberté et de franchise dans le livre de Butler. Quelques-uns pourront regretter peut-être qu'il ne soit pas exclusivement un roman ; moi, je me demande quelle figure il ferait s'il n'était que cela. Nous sommes trop habitués en France à une classification rigoureuse des genres pour goûter comme il convient l'échelle de divertissements de tous genres que nous offre une uvre comme celle de Butler. Essayons donc de lire Ainsi va toute chair non comme un roman, mais comme un livre à surprises où l'esprit le plus exigeant trouvera de quoi se satisfaire et l'âme la plus sensible de quoi s'attendrir. Annibal Pic |
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| Ce n'est pas à vingt ans qu'on aimera un tel livre, mais il y faut une âme jeune. Est-ce possible que les hommes faits, en 1844, aient méconnu ce chef-duvre. ? Chateaubriand l'écrivit à l'âge de soixante-quinze ans et ce fut son dernier ouvrage. J'ai pensé en lisant la Vie de Rancé aux Régents de Franz Hals, sublimes de décrépitude et de vie et à l'olivier dont l'éternelle jeunesse sort d'un tronc desséché. N'est-ce pas l'auteur de Rancé, (on l'excuse de penser souvent à lui-même) qui écrivait à propos du Déluge du Poussin : « Ce tableau rappelle quelque chose de l'age délaissé et de la main du vieillard : admirable tremblement du temps ! Souvent les hommes de génie ont annoncé leur fin par des chefs-d'uvres : c'est leur âme qui s'envole. » Ce livre est un des plus considérables de la littérature française. Il touche à tout ; Rancé est la figure centrale d'un tableau où l'humanité est peinte à petits coups de brosse, tantôt dans un détail, tantôt en gros. Chaque touche est admirable de justesse et de couleur. L'auteur se meut avec aisance dans l'espace et le temps. Une remarque sur l'époque de Rancé en suggère, une sur celle de Chateaubriand. La figure de Mlle de Scudéri appelle un portrait de Georges Sand : «Mme Sand fait descendre sur l'abîme son talent, comme j'ai vu la rosée tomber sur la mer morte. » Parfois sa plume se fait mordante : « On a fait trop de bruit de la fidélité que Mlle de Lenclos mit à rendre un dépôt : cela prouve qu'elle ne volait pas. «Rancé s'avançait quelque fois seul devant la labyrinthe des cercueils, soubassement de la cité vivante. Il n'y a peut-être rien de plus considérable dans l'histoire des chrétiens que Rancé inconnu priant à la lumière des étoiles, appuyé. contre les acqueducs des Césars à la porte des catacombes. a A celui qui écrivit ces lignes, que M. Julien Benda signale avec raison dans sa préface, on pardonne d'avoir écrit ailleurs : «Et Jérôme portait pour noyer ses pensées dans ses sueurs des fardeaux de sable le long des steppes de la mer Morte. Je les ai parcourues moi-même, ces steppes, sous le poids de mou esprit. » On pardonne moins à Maurice Barrès pour quelques pastiches orgueilleux. Un lyrisme contenu, des phrases courtes où chaque mot est comme muni de ressorts nerveux, une absence de rhétorique et d'exagération à quoi l'on n'était pas habitué chez l'auteur du Génie du Christianisme et de René, font que ce livre se lit avec délice. Si des peintres avancés d'aujourd'hui ont eu le courage de remonter à Ingres et à David, sachons, nous littérateurs, remonter à l'auteur de la Vie de Rancé, qui nous réconciliera peut-être avec l'époque de Boileau, si tant est qu'un bon esprit puisse jamais se brouiller avec Racine ou La Rochefoucault. Franz Hellens |
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| En général, je n'aime pas les peintres qui écrivent bien. L'exemple de Fromentin me suffit. Mais James Ensor n'écrit pas bien : James Ensor dessine avec des mots, et je veux marquer par là, de la façon la plus formelle, que ce grand artiste, s'il n'ignore rien des chefs-duvre de la littérature française, ignore tout du métier d'écrire et le veut ignorer. A mon sens il faut attacher au moins autant d'importance à ses écrits qu'à la multitude de griffonnages génialement inspirés que sa fantaisie lui a dictés et où la plupart ne voient certainement que du feu. Mais qu'y a-t-il dans ces écrits si ce n'est dés mots bizarres, d'incorrigibles tournures de phrases, des kyrielles de vocables forgés de toutes pièces, plus abracadabrants les uns que les autres ? Il y a tout ENSOR. Tout Ensor ferrailleur et caressant, corrosif et injuste, naïf et cynique, le plus grand enfant terrible que la peinture ait jamais possédé, mais un enfant dans toute la candeur du mot et dans toute son effroyable possibilité. Je ne pense pas que j'exprimerai un paradoxe en disant que les écrits d'Ensor sont des dessins trop « sortis », une sorte de pléthore graphique, quelque chose comme des plantes du Nord qui, sous l'action d'un soleil tropical, se seraient soudain développées d'étrange façon et auraient pris les formes les plus invraisemblables. Considérez la plupart des dessins à la plume où James Ensor s'est plû à dépenser les trésors de la verve la plus cocasse et la plus remuante, ne vous attardez pas à en découvrir les sujets ni à deviner les intentions querelleuses ou simplement amusantes que l'artiste y a mises ; suivez ces traits drolatiques qui partent, ondulent, s'entortillent, s'élèvent comme la fumée d'une cigarette, et semblent perdre toute signification littérale dans leurs ébats. Eh ! bien, la voilà l'écriture d'Ensor, celle qui n'est plus sur aucun plan, celle qui s'échappe de la matière, de la lettre, celle où son esprit s'élève enfin librement, avec tous les attributs de la réalité, dans des régions où le temps, l'espace, la profondeur, n'ont plus aucun sens. Il est certain qu'il y eut de tout temps de grands artistes qui dispersèrent eu mouvements, en paroles, en vie, plus d'esprit qu'ils ne purent mettre dans leur peinture ; d'autres qui jetèrent le trop plein de leur imagination dans l'abîme du silence. Le cas d'Ensor est unique : il écrit et c'est encore du dessin, il aligne des mots et c'est mieux à la fois que du dessin, de la forme et de la couleur, sans cesser d'être tout cela ; il construit des phrases qui ne sont d'aucune syntaxe, trouve des expressions qui ne tiennent plus de la littérature, n'appartiennent plus à la langue, et c'est quelque chose que Rabelais, le Rabelais du meilleur Pantagruel, eût cependant reconnu pour son fumet extra-littéraire et sa formidable franchise. Franz Hellens |
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| Ce livre pourrait fort bien être une suite des « Caves du Vatican ». Mais le Lafcadio d'André Gide agissait simplement, parce--qu'il en avait envie. Anicet, au contraire, a beau piller le Louvre, faire un autodafé de ses chefs-duvre. au sommet de l'Arc de l'Étoile, assassiner le physicien Omme et cambrioler l'atelier de son ami le peintre Bleu, tout cela n'est pas de l'action mais bien la conséquence d'un raisonnement (j'allais dire : d'un vu). Anicet va au cinéma chercher les mouvements de la vie. Anicet va tuer le banquier Gonzalès parce que le sort l'a désigné pour cette mission. Il ne s'en amuse pas. Dans le « Panorama » un personnage agit : Harry James. Encore ne le connaissons-nous que par ouï dire. Tout s'éclaircit à la fin du livre : Harry James est un mythe (comme les Muses !) ou une façon de parler. Personne ne se moque aussi bien de la vie (et personne n'y croit autant) que Louis Aragon. Même les figures de rhétorique, les locutions les plus usuelles, prennent corps dans ses récits ; y tiennent assez de place pour détourner le cours des événements ; existent pour leur propre compte « Miracle se laissa emporter par l'éloquence et bientôt Anicet le perdit de vue. Il se trouva dans une assemblée de messieurs mûrs et de dames entre deux âges qui ne se préoccupaient que de parler. » N'est-ce pas là ce surréalisme » dont parle quelque part Guillaume Apollinaire ? Anicet et ses amis sont les jeunes hommes de ce temps. Au plus sage (Baptiste Ajamais) est réservé en fin de compte, le beau rôle. Et Mirabelle, Madame Mire ? Ses traits sont ceux que vous voudrez bien lui donner : l'idéal, et tout sera dit. Après cela Louis Aragon peut bien rire de ceux qui tentent de « commenter » son livre. L'avantage de sa position est double : elle lui permet d'être sincère sans ennui et de tourner le dos à tous les publics à la fois. Ce n'est pas moi qui lui en ferai un reproche. Odilon-Jean Périer |
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| Les auteurs accueillis dans ce florilège sont proprement les écrivains - poètes et prosateurs -dont l'ouvre appartient aux vingt dernières années. Pris dans leur ensemble, ils ne méritent les qualifications de Novecentistes modernissimes qu'au point de vue de l'âge. MM. Papini et Pancrazi ont voulu faire uvre historique et tracer un tableau qui pût donner une impression générale de la production littéraire dans l'Italie d'aujourd'hui. On ne s'étonnera donc pas que parmi ces « jeunes » certains aient littérairement l'âge de d'Annunzio et que d'autres datent même de Carducci. Au demeurant l 'uvre est consciencieuse. Elle se lit avec plaisir et, enrichie de notices intéressantes, se consulte avec fruit. Le choix des pages offertes au lecteur est guidé par l'esprit de grande liberté que la « volonté historique » impose sous peine d'erreur sinon de mensonge. Qu'on ne nous demande pas de faire à notre tour un choix parmi ceux qu'ont choisi MM. Papini et Pancrazi. Tels poèmes de ce recueil procurent une joie parfaite, d'autres n'appellent qu'une indulgence qu'explique le point de vue panoptique des compilateurs-historiens. Dans son ensemble la littérature italienne d'aujourd'hui nous apparaît à travers ce livre comme une chose trop amorphe pour être aussitôt classée, trop riche pour être computée, trop complexe pour livrer aussitôt son secret. Mais n'est-ce pas là ressembler à la vie même, et qu'y a-t-il de plus beau P J. Berta |
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| Ces paroles félines, apprivoisées par M. Kochnitzky, ne ressemblent pas aux chattes de Madame Poulot, lesquelles sont d'autant moins sauvages qu'elles sont empaillées. Ces paroles souples refusent de s'immobiliser dans l'attitude qu'exigent le musée d'histoire naturelle et la constance des souvenirs émus. Ces paroles dédaignent donc les honneurs dus à celles de nos glorieux néo-classiques ; elles connaissent trop bien le plaisir d'être vivantes, de faire ronron par ironie, et de distribuer des coups de griffe. C'est très bien. C'est d'autant mieux que, si M. Kochnitzky permet à la fantaisie d'évoluer en liberté, elle n'en est pas moins bien dressée par lui., à son usage, et pour notre joie. Elle n'échappe point à sa volonté savante, a son désir impérieux. Il la tient en main, si je peux dire. (N'y a-t-il pas tenu Malatesta, Ange Politien et Diamanda de' Medici ?)... Je dirai encore que M. Kochnitzky possède cette triple et audacieuse vertu : d'être un poète qui n'ignore pas que les sonnets se font après déjeuner ; un poète qui connaît le solfège (mais moi aussi) ; un poète qui sait que pour se permettre les aventures, il faut avoir un beau jardin. - Ainsi et pour vingt-quatre autres motifs, son livre moqueur et poétique est une aventure réussie, et même une aventure charmante. Mélot du Dy |
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Signaux de France et de Belgique.
N°3. Juillet 1921. |
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