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CIRCUITS.
FRAGMENTS. |
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| Sur le ciel d'encre les étoiles s'allumèrent en crépitant, une à une. Invisible dans l'ombre, un saxhorn crevait le silence : à chaque si bémol une étoile filait et donnait naissance à une grosse rose. En quelques minutes la nuit devint un parterre que j'eusse volontiers saccagé. Une sonnerie me fit tressaillir. Alors je me souvins de la ville et de ses fêtes foraines, qui sont de bien jolies cartes postales en couleurs. |
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| J'optai pour le cirque Azurino. Les tréteaux parés me semblèrent des vitrines de joaillerie place de l'Opéra. Les maillots mauves des pitres ne furent pas pour me donner le sens des réalités. Dorénavant, je n'accomplirai pas seul, un pareil périple autour de minuit et des hommes. Les chapeaux côniques des clowns m'amusèrent et me firent songer à l'astrologie. Jadis une sorcière borgne aux dents ébrèchées m'avait prédit les honneurs : une fille peinte décora ma boutonnière d'un camélia sanglant, et je déplorai sincèrement un fait-divers aussi romantique . ... La piste dût se déplacer ; mes yeux occupés ailleurs ne s'aperçurent pas de cet escamotage précipité. Une écuyère, debout sur un bai cerise fougueux se dévêtit et ne conserva que son haut-de-forme. Construite à l'emporte-pièce, elle me séduisit aussitôt. Plus tard, j'ai dû essuyer cieux coups de browning à son sujet. Le cow-boy maladroit qui me guigne encore, ne professe pas plus de respect pour les amants que pour les disques de carton, sur lesquels s'exerce au tir, une jeunesse bruyante. Je n'ai conservé du cirque Azurino qu'une image imprécise, mais qu'éclairent les ampoules électriques, d'une belle lumière mordorée. Mes dix-huit ans ne sont qu'ombres fuligineuses et éclairages violents. |
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| Le spectacle terminé, les bars nous accueillirent, l'écuyère et moi. Un garçon bigle nous servit deux verres d'une liqueur verte et glacée. Mon amie m'enseigna les différentes façons de boire, le corps en équilibre instable sur un haut tabouret incliné. je dois à une mémoire défaillante de ne m'être point souvenu de leçons de choses aussi dangereuses. Nous dansâmes ensuite un tango ignoble, dont des matelots saoùls à rouler se scandalisèrent fort. |
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| Du bar à l'hôtel je revis les étoiles en fleurs. Déjà les plus belles roses se fanaient. L'écuyère m'expliqua qu'elles étaient victimes des horticulteurs de la région, à qui elles causaient un sérieux dommage. Les produits célestes sont donc eux aussi, en butte aux concurrences malhonnêtes. Le cirque Azurino avait clos ses portes. Les cirques morts sont des domiciles de fantômes et nous nous signâmes en passant devant l'entrée principale... Le matin me trouva seul dans une chambre grise; sur une toilette à la glace ternie, une cuvette et une savonnette rose m'invitèrent aux ablutions habituelles. |
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| Depuis je poursuis l'écuyère d'une nuit d'été. je l'entrevois parfois une seconde et elle disparaît subitement. Son fiancé le Cow-boy, qui s'avoue prospecteur de platine et de radium, me traque impitoyablement, Valparaiso, Papete, Gibraltar, Arkhangel m'ont vu à la recherche de mes souvenirs. Mon but n'est pas très précis. Je vous cèlerai même que je suis à la recherche d'un but. Lorsque j'aurai atteint ces résultats, je me ferai poète. |
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| Les étoiles s'éteignent et refleurissent. Mais les Compagnies d'Aèrobus font du tort aux jardins suspendus. Le sablier égrène des minutes, dont mes souvenirs disposent en maîtres. Les souvenirs sont la condamnation des âmes sensibles. |
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PASCAL PIA
Août 1921. |
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Signaux de France et de Belgique.
N°9. Janvier 1922. |