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SURRÉALISME.

ANDRÉ BRETON: Surréalisme théorique.
Surréalisme appliqué: « Poisson soluble».
le Disque Vert

textes
de Henry Michaux

Cas de Folie circulaire
Chronique de l'Aiguilleur
Fables
Les Idées philosophiques de 'qui-je-fus'
Géo Charles : Sports
Manuscrit trouvé dans une Poche
Notre Frère Charlie
Réflexions qui ne sont pas étrangères à Freud
Notes sur le Suicide
Enigmes
Surréalisme
Mes Rêves d'Enfant
Principes d'Enfant
Le cas Lautréamont
Braakadbar
Le Sportif au Lit

Critique d'Œuvres
de Henri Michaux

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ÉCRITS
SURRÉALISTES: automatisme de l'écriture, à la suite de quoi littérature d'un non conformisme absolu à la réalité, j'entends celle qui est perçue sensiblement et logiquement conçue.

PROCÉDÉ: Prenez une large superficie de papier, demeurez assis plutôt que debout, plutôt couché qu'assis, plutôt encore ensommeillé, indifférent à tout, à tout sujet, à tout but, sauf à mettre en mots immédiatement le contenu apparent de votre imagination.
Les membres du confesse.

« Poisson soluble » : des poèmes en prose, dites-vous? Heu! Heu! ce sont des confessions.

Jean-Jacques Rousseau, Alfred de Musset, écrivirent des confessions. Ils avaient une fameuse poigne. Dans cette poigne tenaient de gros morceaux de siècle. En un chapitre, en quelques pages, ils synthétisent des années de vie.

Marcel Proust écrivit ses confessions, également récapitulatives. Il n'a qu'une menotte, une menotte très fine. Dans cette menotte tiennent des morceaux de journée. Lui aussi se confesse a posteriori.

Les poésies lyriques souvent sont des confessions, mais ces confessions se surveillent.

André Breton: c'est le confessé, le confessé intégral, immédiat, de métier. Plus de récapitulation ici, plus d'a posteriori, plus de poigne, ni de main. Mais bien un doigt, l'index. Plus d'années, ni d'heures; la seconde présente. C'est le mot-seconde inventé, le pouls des images.
Le bouillon de culture.

Pas seulement le XVIIe siècle, pas seulement les Grecs, tout le monde. Tout le monde se surveille. Tout écrivain. Chacun est un pion qui se voit élève. Il se surveille Changerions-nous?

Jean Epstein établit il y a quelque temps un diagnostic: la fatigue de l'époque, fatigue affleurant dans la littérature actuelle.

Est-ce que Breton ne serait pas l'expérimentateur de celle-ci, celle-ci prise comme bouillon de culture?
Indifférence.

Assis plutôt que debout, couché plutôt qu'assis... L'indifférence étant l'état d'inspiration se retrouve dans l'œuvre achevée. L'indifférence qui est à la racine est aussi dans le fruit. « Poisson soluble » est inémotif, monotone comme un clown.
Le pas de marche et le pas de course.

Kamarine se vantait d'avancer du même pas que son cheval. Tout alla bien jusqu'au jour où le cheval prit le mors aux dents et sema son homme.

Oui, l'autre cause de monotonie dans « Poisson soluble » est celle-ci: la vitesse de pensée est constante et la pensée va au pas. Elle ne court pas, elle ne prend pas le mors aux dents, elle n'a pas d'émotion. Elle manque de tragique.

La faute en est en partie aux doigts de Breton, à son rôle d'accompagnateur. Ses doigts ne pourraient suivre. Dans une peur, une émotion tragique, une noyade, on aperçoit sa vie et son avenir, deux mille images en deux secondes. Mais le moyen, en deux secondes, d'en écrire deux mille?
Incontinence.

L'automatisme est de l'incontinence.

L'incontinence est le relâchement d'un splincker, d'une inhibition. Une façon de repos.

Il y a l'incontinence de gestes: les clowns. Donner un coup de pied aux fesses d'un homme courbé.

Breton fait de l'incontinence graphique. Il a vu le nez de l'automatisme; il y a encore derrière tout un corps. On n'y arrivera pas de sitôt à ce relâchement complet.
Rien n'est difficile à l'homme comme de se reposer. Il faut plus d'une heure à l'homme normal pour se reposer le bras. Reposez-vous le bras, lui dit-on, et le bras reste tendu!

On est toujours préoccupé. Il fut dit à l'une de mes amies, qu'en l'absence de gens, elle était coquette avec l'escalier. La coquetterie ne se repose pas. Ce qui est humain ne se repose pas. Et encore: assemblez autour d'une table des gens, se tenant et la tenant par les pouces; et voilà la table qui se met à tourner, tourner jusqu'à choir dans la cheminée. Et tous de s'écrier: « Mais nous n'avons rien fait! » Bon! Fluide ou frottement, vous vous êtes occupés de la table; vos pouces se sont occupés de la table.

Breton ne fait pas attention aux phrases à écrire... Mais le crayon de l'homme de lettres veille pour son maître.

On ira plus loin dans l'automatisme.

On verra des pages entières d'onomatopées, des cavalcades syntaxiques, des mêlées de plusieurs langues, et bien d'autres choses.
Les expériences et les oeufs.

Joseph Delteil dit: « Une œuvre d'art a ceci de commun avec un oeuf, qu'elle échappe à toute préméditation. La poule pond des oeufs. Elle pond quand elle a l'oeuf au cuit et le cheval ne pond pas. »

J'en tombe d'accord, et après une nouvelle lecture de « Poisson soluble » j'en tombe d'accord une fois de plus, sur ceci: que les expériences sont mauvaises pour les oeufs.

Mais une expérience fait déclic. On mêle de petites saletés dans un tube de verre, et il se fait plus tard que cela guérit cent mille personnes de la rage. C'est instructif.

Il n'est peut-être pas bon de s'ouvrir le ventre, mais cela apprendra aux autres l'anatomie. C'est pourquoi je fréquente les ivrognes, et j'attends les expérimentateurs.

Un jour peut-être je verrai le manifeste des écrivains végétariens, ou de ceux qui veulent qu'on écrive après le café, ou après coït, ou la tête en bas.

Non-conformisme à clef.

Un premier déclic : le merveilleux.

Breton déclare son non-conformisme absolu à la réalité. Il n'y a pas bien longtemps, le non-conformisme partiel seul existait, le non-conformisme à clef.

Chacun est non-conformiste. Le colérique est non-conformiste, le botaniste, le latiniste, l'affamé, l'amoureux le banquier. Mais ils ne le sont pas absolument, ils le sont en une façon, ou en quelques façons seulement. Coëfficients de déformation: la colère, les plantes, le latin, la femme, l'argent ou la considération. La psychologie, c'était de découvrir les clefs, en coefficients de déformation, dans leurs proportions respectives.

Avec Breton, nous sommes dans le « merveilleux absolu»

Réalisme devant soi, en soi.

Il y a deux réalités: la réalité, le panorama autour de votre tête, le panorama dans votre tête. Et deux réalismes : la description du panorama autour de la tête (Théophile Gautier : « Le Capitaine Fracasse », la «Flore» de G. Boissier) et la description du panorama dans la tête (Franz Hellens : « Mélusine », « Réalités fantastiques »,
André Breton: « Poisson soluble »). Extraréalisme, le premier; introréalisme, le second.

Mais surréalisme? Ce terme fera peut-être fortune, mais il se vante.

Y a-t-il une conclusion littéraire?

Voici: le merveilleux surréaliste est monotone, mais entre le merveilleux et quoi que ce soit, je n'hésite pas. Vive le merveilleux! Quand même ce serait du merveilleux superficiel. Ce bain nous est excellent.

HENRY MICHAUX.

P. S. - Une fusion de l'automatisme et du volontaire, de la réalité extérieure. Les écrits surréalistes travaillés après coup, cela donnera sans doute des œuvres admirables. Charlie Chaplin fit un peu cela. De l'automatisme de clown, mêlé au réel, aux actions du scenario.

Le Disque Vert.
4ème Série - N°1
Janvier 1925.