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UNE OPINION.
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(A propos du LIBERTINAGE, de Louis Aragon.)
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| On s'étonnera de rencontrer, dans un même numéro, des écrits surréalistes et le pamphlet de notre collaborateur Pascal Pia. Voici, de ces apparentes contradictions, le secret une fois pour toutes: Un produit n'est connu que par des réactifs. Plus il y a de réactifs, plus ils diffèrent, mieux le produit est connu. C'est le principe des enquêtes, et la raison pourquoi le Disque Vert accueille l'article de Pascal Pia, dont le parti pris même apporte, à sa manière, de précieuses indications. |
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N. D. L. D.
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| C'est à M. Drieu la Rochelle qu'est dédié le Libertinage. Ce livre se compose de treize contes, du moins c'est ainsi que l'auteur appelle les treize morceaux de son ouvrage. Ces morceaux sont à leur tour dédiés à MM. Breton, Josephson, Limbour, Picabia, Vitrac, Desnos, Péret. Morise. À André Gide est offerte la Demoiselle aux principes. Un mauvais pastiche de Maldoror est donné en pensum à Ducasse. Les autres personnages mobilisés par l'auteur composent la petite troupe habituelle: huit hommes et deux caporaux, MM. Aragon et Breton. Avec de vieux chassepots enlevés aux panoplies les insurgés s'amusent. Les pamphlets de M. Aragon me font invariablement penser à des discours parlementaires un peu plus violents que de coutume: ils ont l'enflure et la couleur qu'il faut pour verser quelque héroïsme au cur des citadins. Ce petit jeu d'ailleurs ne manque pas d'allure, ni d'une certaine naïveté. Trop âgés pour entrer dans la ronde, certains spectateurs regardent d'un il attendri les distractions surréalistes. M. Aragon prend sa petite colère quotidienne; il va parler: « Dans les écoles de l'Etat comme dans celles des » diverses sectes qui mettent les enfants dans des potiches intellectuelles pour en faire des magots soumis à leurs vices on enseigne le respect et le culte de tout ce qui s'est fabriqué de plus bas et de plus inhumain: Horace, Virgile, Montaigne, Corneille, Molière, Descartes, Spinoza, Tennyson, Schiller, Voltaire, Napoléon, Flaubert, Balzac, l'Auguste Comte et la Chèvre de M. Séguin! » |
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A lire sur ce site: Anicet ou le Panorama, par Odilon-Jean Périer (1) Je suis loin de penser que la composition soit le principal d'un ouvrage, mais enfin -rien non plus ne me semble devoir l'exclure. Certains livres mal composés, d'autres qualités font leur charme. Et d'autre part, leur mesure, leur ordonnance, soutiennent de méchants récits. Pour Anicet, il n'y a pas de circonstance atténuante. |
M. Aragon est poète, rien que poète. La poésie sans doute lui semble être une impasse, en tout cas elle ne le contente plus. Il nourrit une ambition plus haute. Il se meut à son aise dans la prose, mais l'horreur du poncif, un certain nihilisme, une certaine impuissance aussi le détournent de rien entreprendre. Il n'entreprend donc rien: Anicet ou les Aventures de Télémaque, mise à part une verve poétique indéniable, sont des livres inexistants. Livres sans commencement, ni milieu, ni fin (1) , dès que le charme ne joue plus, le lecteur commence à sauter des pages et laisse M. Aragon bavarder pour soi. L'insuccès d'Anicet a clairement fait comprendre à l'auteur l'insuffisance de toute poésie, et son vide. La même aventure ou à peu près arrive à M. Breton. Un même défaut fait ces deux esprits rebelles à tout ce qui n'est pas poésie, ou expression poétique à un degré plus ou moins haut. Ne s'étant jusqu'ici découvert que cette vocation: écrire, et désirant à tout prix écrire autre chose, M. Aragon est naturellement porté à exploiter le domaine le plus fleuri et le plus pauvre toutefois: le poncif du scandale. C'est risquer beaucoup. Il faut l'aide, l'appoint du journalisme pour faire aujourd'hui quelque éclat. Et quoi qu'il dise, il manque à M. Aragon cette sorte de vulgarité qui fit en d'autres temps la fortune de Léo Taxil ou des rédacteurs du Père Peinard, et plus récemment d'Almereyda. Il a beau relever à tout propos son récit par des formules de ce genre: qu'est-ce que tu chantes?, ça ne tient pas debout, tel que je te connais, est-ce que ça te prend souvent? jamais il ne parvient à donner l'impression du naturel populaire. À Belleville, nul ne s'y laisserait prendre. M. Aragon peut bien rispoter qu'il n'entendait nullement garder à ces lieux-communs leur pure qualité triviale, je crains fort, ou je me trompe, qu'il ait échoué dans ce qu'il proposait. |
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C'est à vous et à moi qu'il s'adresse: « Enfoncez-vous bien dans la tête que je ne veux pas des rieurs de mon côté. La légèreté ne me va guère. J'ai coutume de dire mon pesant esprit germanique. Cela amuse beaucoup les badauds. Mais croyez-moi, cela finira par les emmerder. » Eh bien, M. Aragon s'abuse étrangement. Rien n'est changé, ni le piètre amusement que sa préface me donne, ni le doux emmerdement qu'elle me procure, ni mon indifférence surtout. A la place de M. Aragon, je prendrais mon parti de cette indifférence du lecteur. Il faut se faire une raison. M. Aragon a vingt-huit ans, me dit-on. Le moment n'est-il pas venu qu'il pactise? |
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| J'ai dit plus haut à quel point les surréalistes, successeurs de Dada, me paraissaient naïfs. Ne voit-on pas justement M. Breton écrire dans les Pas perdus cette phrase que je ne puis m'empêcher de proposer à l'admiration universelle: « J'ai reçu une instruction moyenne, et cela presque inutilement. J'en garde, au plus, un sens assez sûr de certaines choses (on a été jusqu'à prétendre que j'avais celui de la langue française avant tout autre sentiment, il ce qui n'a pas laissé de m'irriter). » J'ignore qui a pu faire à M. Breton un pareil compliment. Mais si cette louange l'irrite, c'est la meilleure preuve qu'il a prise pour argent comptant. On ne finirait pas de le détromper. Sa bonne foi est telle qu'elle lui permet de parler sans rire des dissertations morales de Racine avec les mots qu'il emploie pour évoquer Vaché ou quelque autre de ses amis. Avec son léger bagage de connaissances, M. Breton s'estime suffisamment armé pour donner sur n'importe quoi une opinion définitive. On lui a dit et répété que Jarry et Apollinaire avaient mille notions touchant les choses les plus diverses. M. Breton est aussitôt bien près de se placer au même rang que ces devanciers. Il écrit: « J'en sais bien assez pour mon besoin spécial de connaissance humaine. » Il appelle Sade un moraliste, au même titre que Vauvenargues. On peut s'amuser à parcourir l'index des noms cités dans les Pas perdus. Tous les dadas y sont, à côté de: Aristophane, Babinski, Barrès, Bénévol, Cervantès, Charcot, Corot, Donato, Edwards, Freud, Gourmont, Hegel, Mendès, Malvy, Nazimova, Pétrarque, Philon, Shakespeare, Philippe Soupault, etc. MM. Breton et Aragon ont quelques traits communs, ai-je dit? Se complétant l'un l'autre, ils figurent de façon frappante Bouvard et Pécuchet. Un ami me communique le premier numéro de la Révolution surréaliste. M. Aragon vient de s'aviser que Germaine Berton est une femme en tous points admirable. Certainement elle ne manque pas de cran, ni de courage. A cause de cela, quelques personnes estimeront peut-être qu'il leur faudrait au moins autant de courage que Germaine Berton en peut avoir, pour parler librement d'elle: fût-ce pour la défendre, fût-ce pour l'attaquer. Mais M. Aragon, qui garde très probablement au coin de son portefeuille, un extrait en blanc de son casier judiciaire, et quelques rentes, ne s'embarasse pas de tels scrupules. Il peut sans crainte porter Germaine Berton au pinacle, assuré qu'il est de ne jamais l'imiter. C'est même à la gloire de son esprit, que M. Aragon puisse inventer sans cesse de nouvelles façons de se compromettre sans que cela tire à conséquence un seul instant. La N. R. F. a eu raison en publiant la lettre de menaces adressée à un directeur de revue par M. Aragon et ses amis. Quel courage! Au moins, M. Aragon ne se dérobe point. Il faut citer cette lettre : |
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| « Monsieur, Nous vous avertissons une fois pour toutes que si vous vous permettez d'écrire le mot surréalisme, spontanément et sans nous en avertir, nous serons un peu plus de quinze à vous corriger avec cruauté. Tenez-vous le pour dit! Pour le Bureau de recherches surréalistes, Ont signé: Paul Eluard, Louis Aragon, André Breton, Roger Vitrac, etc... » |
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C'est à peu près tout ce que j'avais à dire sur le Libertinage. Je m'excuse auprès de M. Aragon d'emprunter encore une phrase à son livre: « Il faut brièvement puisqu'on nous provoque que nous autres hommes nous répondions aux chienlits de ce siècle, qui nous agaçons avec leurs petits calibres et leurs fausses clefs. » |
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Pascal Pia.
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Le Disque Vert
4ème série n°1 - Janvier 1925 |