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PHILIPPE SOUPAULT :
Les frères Durandeau, Roman (Bernard Grasset 1924). |
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| L'oeuvre de Philippe Soupault romancier se développe logiquement. Il nous donne des documents infiniment précieux sur « la comédie humaine » du XXe siècle. Les premiers, il les puisait en lui-même. Avec les frères Durandeau, il réalise des êtres distants de lui-même et agissant les uns sur les autres. Toutefois, il n'abandonne pas le problème de la personnalité que ses précédents romans avaient posé. Parmi les Durandeau, Pierre est un nouveau type d'être qui ne parvient pas à se limiter et dont tout l'effort semble s'épuiser à reconnaître ses possibilités. Il fait un usage qu'il sait dérisoire de ses forces et de son expérience. « Nous sommes, dit l'auteur, doués d'une voix d'or et de gestes phosphorescents et nous nous contentons d'agiter de petits drapeaux rouges ou noirs. Les uns prétendent que ces symboles sont simplement les symptômes de notre inquiétude... » Est-ce là tout le roman? Non pas, et peut-être même le souci de faire ressortir de l'oeuvre cette inquiétude, qu'on a voulu appeler le nouveau mal du siècle, a-t-il failli jouer à Philippe Soupault un bien vilain tour. Peut-être faut-il y voir la raison qui a empêché l'écrivain de réaliser parfaitement son roman balzacien. Il avait tous les atouts en main. Nous ne nous étendrons pas ici sur les qualités de l'écrivain; nous aurons l'occasion d'y revenir dans une étude d'ensemble que nous projetons de consacrer à Philippe Soupault. Les caractères des trois frères sont parfaitement étudiés et s'opposent, tout en laissant place pour ces traits de famille (si chers à Balzac) qu'on pourrait appeler la marque Durandeau. Qu'un adversaire se présente, et les frères, malgré eux-mêmes semble-t-il, sont liés par ce qu'ils ont de commun et ne forment plus qu'un tout: le bloc Durandeau. Les milieux dans lesquels joue l'action aussi eussent tenté Balzac; et l'aventure est pleine de ces faits significatifs et vrais dont la création est, selon M. Edmond Jaloux (ce parfait juge des livres), le propre d'excellents écrivains. Ce qui a manqué sans doute à M. Philippe Soupault, c'est un peu de patience. Il lui arrive de ne pas aller jusqu'au bout, quand il n'y avait, croyons-nous, de profit à le faire. Peut-être le désir de montrer avec plus d'évidence le « mal du siècle » en est-il cause. Malgré ces imperfections des frères Durandeau on ose affirmer que c'est un « grand livre ». | ||
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Robert Guiette. |
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Le Disque Vert
4ème Série n°1 - Janvier 1925. |