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DOCUMENTS.
NOTES AUTOUR DE L'HERESIARQUE. |
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| Des compilateurs s'amusent toujours de chercher la raison des pseudonymes, mais les motifs ne sont pas loin pourquoi Guillaume Kostrowitzki s'est appelé Apollinaire. Son deuxième livre fait qu'on les découvre. On ne porte d'intérêt aux cas étranges, aux bizarreries religieuses sans savoir que l'évêque de Laodicée Apollinaire fut justement hérésiarque et Sidoine Apollinaire le poète, évêque quoique laïque et marié. En ce vingtième siècle où le goût public va plus à la chose sportive qu'à la dispute théologique, l'on ne s'étonnera point que Guillaume Apollinaire se soit borné à raconter des sacrilèges plutôt que d'en commettre. C'est en 1910 que parut l' « Hérésiarque et Cie », quand les dernières étoiles avaient fui le Sacré-Coeur et que l'ombre des gratteciels éclipsait déjà quelques silhouettes sympathiques sur les murs de la rue de l'Abreuvoir. Faute de souvenirs, nous, qui n'avions alors que sept ans, devons aujourd'hui imaginer les stations de fiacres au pied de la butte et les beautés faciles du maquis montmartrois, d'après des estampes du temps et les ouvrages de Pierre Mac Orlan ou d'André Salmon, les rares livres où sont conservées entre des pages jaunies, les roses artificielles montées sur fil de laiton. Guillaume Apollinaire qui vécut à Montmartre n'ignorait pas les trente Eons ou essences éternelles émanées de Dieu, ni que notre monde est l'ouvre d'un démiurge inférieur. Quiconque connaît les principes de Valentin, peut composer des nouvelles sur des sujets semblables à ceux du début de l' « Hérésiarque et Cie », mais surpasser le poète de qui André Billy déclare « il a écrit des contes d'une invention merveilleuse et d'un style dont la transparence et la fluidité découragent l'analyse », c'est une autre affaire. Le mysticisme, l'érotisme et la poésie passionnaient Apollinaire. A tous égards l' « Hérésiarque et Cie » dut le satisfaire, puisqu'il y cède plus qu'ailleurs à ses trois amours, il risque même une allusion au galant forfait qu'Amnon commet sur sa soeur. Selon Apollinaire, l'érotisme touche de près le mysticisme; Mac Orlan dénonce également la part d'érotisme que comporte l'esprit d'aventure. Quant à la poésie licencieuse, elle enchante les Cabinets Satyriques du XVIème siècle et fait la gloire de certain Berthelot. Apollinaire fit fructifier les fonds qu'il avait placés dans le lyrisme, on s'en rend compte en lisant l' « Hérésiarque et Cie », où il évoque la maclotte, les aunes dont l'Amblève s'emmantelle, le tambour et le fifre rhénans, images qu'il empruntait aux pages d' « Alcools » encore inédit. Les derniers contes du livre ne sont pas d'inspiration mystique, ce sont aussi les seuls dont l'imagination d'Apollinaire soit responsable, ceux qui relèvent de son érudition sont des incidents religieux à peine déguisés. Quant à l'histoire où sont narrés les exploits de l' « Amphion Faux-Messie », c'est un chef-d'oeuvre en raccourci : Apollinaire en avait eu l'idée étant au ghetto de Prague (1). Pour ma part, j'y rencontre un nouvel hérésiarque, né du génie d'Apollinaire et non dérobé à l'église catholique. C'est Chislam Cox par la faute de qui, des millionnaires se tuèrent un jour d'hiver dans la cité qu'ils avaient fondée en quelque Colombie imaginaire. (1) Détail donné par Fernand Fleuret, dans son étude sur le peintre Robert Mortier (Stock, Paris). |
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PASCAL PIA.
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Ecrits du Nord
1ère Année - 2ème série n°1 Novembre 1922. |