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LAMPES SUR RAIL.
RENÉ EDME |
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C'est à l'hôpital de la Charité que devait mourir René Edme, le 1er juillet 1922, à Paris. Du Bief et moi avions déjà prédit sa fin, mais qu'il fut par nous condamné, il n'empêchait que nous n'avions exactement envisagé cette disparition, que nous n'avions mesuré la place qu'il occupait en nous. René mort, non cela n'est pas passible encore, il va exister, survivre et c'est enfin par Safran Corday qu'on le découvrira. Je l'avais rencontré, au début de 1920. Il vivait mal et bien malade; je sentais confusément qu'il lui tardait d'être délivré d'un livre, d'un poème; de donner te jour à Safran Corday l'Immoral. Au printemps de 1920, René, sur les boulevards en fièvre, au guichet de la Farmer's Loan épuisait ses ballons d'oxygène. Tout de même il put reprendre, par te miracle du mal et de tout son génie, la force d'écrire qui déjà le fuyait. Son ami André du Bief et lui, avaient publié, s'aidant, se critiquant l'un l'autre, un journal unique, insolent comme nul ne peut l'être, et anti-dada par sympathie pour Dada: Non. C'est juste à ce moment que nous nous connûmes. Edme avait colligé ses poèmes de jeunesse « Dyonisos sourit »; il achevait « Poétariat ou l'Immorale vie de Safran Corday », l'ouvrage posthume que doit éditer Ça Ira. Roman lyrique, l'appelait-il, oui et c'est en grande partie l'histoire tragique de René: de ta caserne à l'hôpital, ces deux bâtiments qui le hantaient, ces murs de pierre, ces têtes dc pierre pour la mort du pêcheur et du poète. Pourtant René n'avait que vingt ans quand il composait Poétariat, mais il avait été soldat. De la salle de police, de la prison, de l'infirmerie militaire, il avait rapporté avec le mal physique qui le scalptait, un orgueil exact, de merveilleux défauts, du dédain, de la violence et mieux que du talent, bref, toutes choses inconciliables avec la banque, la sous-littérature et la presse où il fréquentait par nécessité. Il avait digéré toutes les philosophies, tous tes systèmes. Au niveau de ses auteurs, il ne méconnaissait pourtant pas son temps, ni le luxe, la force de l'argent et des 60 HP. C'est encore en 1920 qu'il fonda, toujours avec du Bief, Le Pal. Ses dernières relations n'y résistèrent pas. Seul, André du Bief lui resta sans cesse fidèle, l'accueillit à Bayeux, le soigna. A Monaco, en mai 1920, it avait commencé « le Citron d'or », un conte qu'il vint terminer à Paris et qu'il m'a dédié. C'est au Citron d'or qu'appartient la Dernière Lettre à Elsa qui eut les honneurs de Signaux (février 1922). Il passa dans les Alpes-Maritimes, son dernier hiver. Il dut revenir; de quel malaise souffrait-il, je le sais maintenant. A son retour il avait perdu la partie. N'empêche : il a porté plus loin que les plus audacieux penseurs de son époque, le contrôle des idées et des gestes, il a manié pour son malheur des mots délicieux et empoisonnés ; près de ses trois ou quatre amis il a toujours été sensible et bon. Qu'on lui rende justice : il ne s'agit que de démentir ce qu'il affirmait dans Le Pal: « Le génial guenilleux sera statufié avec les mêmes pierres qui pavaient son golgotha; les Vigny pourront revenir, brosser au ciel de l'Olympe la figure des morts à qui moins encore aujourd'hui qu'hier on ne pardonne le génie. » |
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PASCAL PIA.
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Le Disque Vert.
1ère Année - N°5 Septembre 1922. |