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IDÉES, REMARQUES, POINTS DE VUE.
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| Oui. Ce que M. André Baillon en disait ici dernièrement est à la fois exagéré et incomplet. Et le contredire amicalement m'est apparu nécessaire aussitôt sa page lue, tant pour le plaisir de le rassurer que pour celui de lever une accusation trop générale. L'effort littéraire belge revues et livres n'est point tant inconnu qu'il le veut bien dire. Il l'est, ma loi, comme tant d'autres efforts en France, qui ne devraient point l'être non plus. Cela n'améliore évidemment rien, mais dénonce un pied d'égalité dont l'amertume de l'écrivain bruxellois peut s'adoucir. Où nous en sommes, présentement, en littérature, il semble qu'il ne faille point trop s'attacher au témoignage imprimé et commercial, beg revues, de Bruxelles, de Paris ou d'ailleurs, ont toujours été assez difficiles à trouver, dès qu'elles descendent au-dessous de 96 pages. Les livres, s'ils ne pleuvent pas des cinq ou six grands arroseurs « bien connus » ne viennent que sur demande précise. Public et confrères, de ce côté-ci, y peuvent-ils quelque chose En France, d'ailleurs, seule compte pour la vente, la littérature définitive, bonne ou mauvaise, attrapante ou ennuyeuse, mais au nom et à la formule déposés. S'il en est autrement en Belgique et celà, parait être, en vérité on peut sans doute l'expliquer par ce sérieux, cette application du tempérament septentrional moins dilué et annulé là-bas qu'ici. Etre latin n'est point une si excellente recommandation. Quant à l'estime d'écrivains pour écrivains, il ne faut non plus la mesurer expressément aux « papiers » insérés. Aussi bien la liste des confrères sympathiques ou attentifs aux plumes belges qu'a donnée M. André Baillon était-elle trop fermée. Un « etc... » lui eut raisonnablement laisse un peu d'air. Nous sommes, à Paris, quelques-uns (absents de cette liste) qui avons, autant que l'occasion nous en était fournie, signalé revues et livres de Belgique avec le meilleur souci. Ces lignes ne valaient certes pas, comme rendement celles des quotidiens et des revues officielles, mais du moins étaient-elles libres de tout « métier » et, pour l'auteur signalé, d'une saveur pure de toute obligation. Que cela encore, apparaisse insuffisant et le soit on ne peut le nier. Mais une bonne volonté existe, plus large et agissante qu'on ne le saurait vérifier par chiffres et pointages, et que surtout il ne faut point méconnaître pour s'hypnotiser, à côté, sur la blague et le ridicule. A ce sujet, la note du dernier Disque Vert donnerait lieu, à beaucoup de remarques si ce n'était, à t'étendre. risquer de déplacer le débat. La blague » beulemans » n'existe pas; entendons qu'elle n'a pas cours chez les gens de qui un écrivain belge peut à raison s'inquiéter. Et là où an le trouve, d'autres rosseries lui font compagnie qui n'émeuvent personne et sous-classent le milieu. Pourquoi y voir une gravité? Enfin, pour l'écrivain il est up ces finesses partout « parisien » ne veut rien dire de bien bon. Ce qui n'empêche nombre de braver gens, qui le savent, de vouloir le devenir très... Et c'est pour le moment ce qu'on pourrait appeler le cancer de la littérature et de l'amitié françaises. |
* Le « Disque Vert » n° 5, page 129.
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RENÉ-MARIE HERMANT.
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| Il n'est pas mauvais de guérir d'une maladie dangereuse. La douleur physique triomphe même de Monsieur Teste; pour un temps, l'esprit fait le mort, le corps se gonfle de souffrance puis, du moment que l'espérance aussi retombe: le malade guérit; la pensée remue des ailes neuves; la vie est à recommencer par un homme fort, en toute connaissance de cause. J'y voudrais voir un mode de perfectionnement de l'intelligence. Le sage, vaincu quelque temps par la souffrance de son corps, s'éveille vide comme un enfant. Cette ignorance est délicieuse, inestimable. Pour la première fois, les richesses d'un homme s'ordonnent devant lui. « Que pensé-je, » cherche cet ingénu « de l'existence? de Dieu? du bonheur? » Peu à peu se dessine, se fixe un homme logique, ce miracle; une intelligence fraîche et vive à qui toute chose est facile. A-t-on besoin de tant de livres, d'expérience, de professeurs? L'esprit sain se nourrit de peu toute la poésie du monde en quelques vers, l'amour dans un sourire, la nature dons une rose. Soyons sobre, c'est une vertu tyrannique, mais le plus solide d'entre nous sera le moins exigeant : le plus pur. Et toi, jeune sage, que ressaisit la curiosité de la vie, pourquoi t'émerveiller de comprendre si mal les moqueries de tes précepteurs et le jeu des politiciens ? Qu'ils tirent vanité de ton étonnement, c'est juste: mais, mon ami, tu as couché avec la douleur de ton corps, la santé oui t'envahit maintenant vaut toutes les gloires du monde : tu peux te passer de comprendre les imbéciles. |
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| Un homme qui se réussit est la plus belle, la plus simple des créatures l'évidence même. |
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ODILON-JEAN PÉRIER.
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PSYCHANALYSE
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| L'on sait quel abus ont fait tout récemment les nations civilisées de plusieurs objets dont le symbolisme sexuel est visible: obus, canons, baïonnettes, mitrailleuses, ou bien sapes et abris. Le Docteur Chauveau-Binet a été conduit, par une longue et patiente enquête, menée près des officiers et des soldats, à la conclusion qu'une inquiétude générale des peuples touchant à leur virilité aurait provoqué, pour ta grande part, l'invention et la mise en oeuvre de ces objets. L'on ne voit pas sans surprise la théorie de Freud apporter un tel appui à la vieille doctrine de Napoléon ou de Bernhardi. |
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| Oeuvre de nos jours sans pareille, l'Art Poétique de M. Max Lyon contient douze mille vers, dont aucun n'est inutile. Il y est traité de tous les poètes, soit jaunes ou noirs: | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| soit blancs | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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JACQUES MAAST.
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| QUELQUES ÉTAPES PRISES AU HASARD. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Brise marine. Le thème: Fuir! là-bas fuir! Qu'on ne se le figure pas seulement comme une invitation au voyage. Pas si direct que cela, Mallarmé ! C'est une autre hygiène qu'il demande, rude, virile, une outre vie. « Entends le chant des matelots » tel est son appel. L'homme qui a lu tous les livres, ce fin, ciseleur de fleurs byzantines aspire après le large; la vraie vie; le chant des hommes, enfin ! Les raffinements du bonheur commun, ce renoncement, l'étouffent; il faut qu'il sorte, dans le vent où l'on crie ; et que son sang batte. C'est Mallarmé qui se voudrait Rimbaud. Rimbaud a répondu. Il était assez géant poète pour se passer d'écrire désormais. Il s'est mis à vivre, comme si c'était simple de vivre. Qui nous donnera l'uvre admirable et muette (le ce vagabond de génie ? Sa trouvera-t-il un poète assez grand pour nous révéler la substance même de ce silence? M. Louis Aragon a tenté de le faire dans Anicet et il semblait devoir y réussir. Mais soudain, par caprice, dirait-on, il parle d'autre chose. La subtile inquiétude de M. André Gide nous avait révélé Tityre et Nathanaël. Sortir! « Vivre plus ! Vivre ! » Désirs, espoirs, regrets. Qui nous aidera à nous évader de cet Ennui si romantique encore, comme fit celui qui vécut ? M. Jean Schlumberger a écrit: Un Homme Heureux. L'être veut échapper à ta machine pneumatique, bonheur tout fait, où l'air raréfié ne permet plus tous les efforts. Mais ce n'est qu'un exemple. Le remède est trop héroïque. C'est un déchirement. Apollinaire un beau jour vit par la fenêtre. Cela ne lui était jamais arrivé. C'est Cendrars qui lui a ouvert la rue. Cendrars et son cri généreux qu'on a tant répété sans l'avouer, à côté du classicisme rangé, tradition française, de la vie intense, exubérante. Cendrars darde ses images dures d'un mouvement de ses muscles. « Les fenêtres de ma poésie sont grand'ouvertes sur les Boulevards... » Il a pétri l'un dans l'autre le réel et la pensée. Nouvelle synthèse. Nouvel état de la sensibilité. Inoubliable désormais. D'un goût si fort, qu'il sera impossible de savourer d'autre expression de la vie. On parle de modernisme ! Etre moderne, c'est être vivant. Médecin, M. Jean Epstein tâte le pouls d'aujourd'hui et décrit tons les symptômes. Cela est bien. Un poète a voulu autre chose, dire l'âme de cela : Nous avons Etat-civil de Drieu la Rochelle : « Je vis, je fais un certain système de ma vie, et j'ai pris la plume pour tracer ici ma mince vérité. » Il s'agit de la formation de cette nouvelle âme, soudainement antithèse de celle de la génération précédente. On nous montre du doigt toutes les timidités dont l'éducation nous a affligés. Timidité ou manque de sincérité, cela n'est qu'un ici. Le corps et l'esprit busqués dans les conventions et les habitudes. D'autres déjà, comme Jean Reutlinger ou Craven, avaient montré le sport qui enhardit et qui durcit les muscles. Maintenant, nous voulons mieux: un plus absolu rendement de nous-mêmes, corps et âme. Il faut oser voir, oser agir. (Celui qui n'agit pas, sait-il qu'il vit ?) Et pour cela, conquérir la liberté, la, santé, la force. Avoir la place de remuer ses muscles enfin durcis par la vie, le courage de l'effort. L'être en sincérité hardie avec lui-même. Nous sommes devant David Thoreau, homme libre. L'un agit pour lui seul dans les bois: il agit. L'outré s'amuse à la lutte parmi les hommes : il agi!. Que de bonheurs retrouvés C'est vivre et vivre et vivre ! N'y a-t-il pas dans lout roman d'aventures la promesse, même au milieu des pires vicissitudes, de cette joie d'être? Les Anglais en ont donné beaucoup d'exemples: Kim, Burning Daylight, etc. La Prance commence à avoir une littérature énergique. Il ne suffit pas d'être libre. Il faut avoir quelque chose à faire. Toutes les possibilités surgissent. On a un sourire et un haussement d'épaules pour ceux qui s'embêtent à rêver. On dépasse Paludes. Disque vert: La voie est libre. Chacun a une affaire à conclure. Il y a des millions d'affaires. Et puis, je connais encore ceux dont le rêve est tellement vrai, qu'ils croient qu'ils ont vécu. |
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ROBERT GUIETTE.
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| L'AVENTURE PROFONDE | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Avec plus d'application et moins de chance qu'à vingt ans, c'est près de la quarantaine qu'un homme devient sentimental. Ce poids d'amour qu'il soulève, la perte de cynisme le balance. A certains l'agilité cependant manque. Et le ruisseau qu'adolescent tu traversais à l'endroit le plus large et sautais sans élan, adulte tu ne l'attaques plus qu'avec le bac. Par là je sollicite un aveu que tu ne me peux refuser. Par centre l'on sait mal de deux armées laquelle a gagné le combat et comment ce gain se calcule : chaque parti pousse même le scrupule jusqu'à se déclarer victorieux. C'est ainsi qu'après un échange de coups un arbitra dut se prononcer. Il décerna la palme à celui des boxeurs qui avait touché terre et l'explication qu'il donna de son verdict est fort honnête. Le vaincu apparent, en se relevant reprenait une position que son adversaire n'avait jamais quittée : cette énergie et ce retour il fallait justement qu'ils fussent comptés au bénéfice de l'infortune, et qui donc en eût mieux jugé? Mais le cynisme perdu, c'est le signe de la défaite : l'ombre d'une idée contraire ne peut cacher ce signe ni le modifier. Ici j'attends ton contrôle, et la mesure de mon erreur. Simplice rentre chez lui, avec le soleil. On ne comprend guère pourquoi sa maison n'a point de portes, niais cette seule fenêtre par où il passe, tout près du toit de tuiles. Une échelle mène à l'ouverture. Dans ta maison (une grande salle) rien qu'un banc, une table et une cuve : la lumière est sur ces objets, l'ombre les serre. De la main Simplice pousse le soleil un peu plus loin, le pose sur une étagère et se penche vers la cuve mi-pleine. Aussitôt près de l'eau c'est Simplice deux fois. Pour ce miroir Simplice a bâti sa demeure, porté ses murs de la carrière au champ. Quelle grange, dis-tu? Mais, comblée d'amour. Ce jeu de poète qui l'eût jamais joué si laborieusement, comme de case en case sur un échiquier? Simplice s'embrasse sur ta bouche (il n'y a que lui pour réduire la difficulté) et même s'épouse. (Loin de Simplice il y a Pilote. Pilote pris dans un cercle ce n'est pas un oiseau mais un gouvernail. Simplice ne s'aime pas, ni Pilote. Aux mouvements du premier le second oppose des raisons étroites, minces comme à minuit la lumière. Pilote habite une villa confortable, entourée de pelouses. Toute l'année les pêchers de son verger sont en fleurs. Mais où Pilote perd au profit de Simplice, c'est au sentiment. Pilote marié est par nature incomplet. Simplice est défini et tient tout en lui-même, c'est sa force.) Un jour Pilote et Simplice convinrent de ceci: « Creusons chacun un puits et descendons. » Ainsi Pilote pensait toucher l'enfer, Simplice les premiers âges. Mais Pilote ne put partir vers le centre qu'avec sa femme. Quand Pilote eut gagné deux mètres en profondeur, Simplice très léger était déjà plus lias que les eaux captives, les pierres gelées : il n'est jamais remonté au jour. Voilà le triomphe de Pilote. A quoi je préfère l'agilité de Simplice quoique retournée, elle devienne défaut. Mais j'aimerais qu'une vertu toute simple passât cette aventure en souplesse, et l'excusât auprès de l'arbitre sentimental. |
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PASCAL PIA.
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| LA BELGIQUE, BALCON SUR L'EUROPE. | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| « Quand je vais à Genève, me disait un ami, je trouve toujours des gens qui me déclarent: « La région de Genève n'est, en réalité,» qu'une province française »; quand je vais à Bruxelles, j'entends souvent le même langage. » Et mon ami souriait. « Ne suffit-il pas d'être des Européens? », avait-il l'air de dire. En vérité, il' est peu de pays où l'esprit européen se manifeste d'une façon plus claire et plus assidue qu'en Belgique. L'absence d'une véritable cohésion politique, la préoccupation unique des affaires, le mépris de tout ce qui porte la marque d'un nationalisme artificiel, favorisent le développement de cet esprit qui nous donne une grande liberté d'allure et de pensée, nous pousse aux actions d'audace, quand il ne paralyse pas entièrement nos mouvements. Le Belge est un peu dans la position d'un homme qui se trouverait debout sur un balcon et dominerait, de cet endroit, une large étendue. Il lui est impossible de regarder devant lui, autour de lui, sans apercevoir la variété des pays qui l'environnent; il ne peut réaliser totalement son besoin d'activité sans enjamber la balustrade pour se mêler à la vie qu'il voit se dérouler sous lui. Il lui faut, à tout prix, franchir ses limites étroites ou renoncer à se mouvoir librement. Pour l'intellectuel, la Belgique n'est vraiment qu'un balcon placé face à l'Europe. Et puisqu'il faut qu'un balcon soit accroché à un corps de bâtiment, représentons celui-ci comme une immense usine admirablement outillée et approvisionnée, mais inhabitable sans ce balcon, qui permet de regarder au loin et de s'évader. Certes, nous subissons une influence directe et impérieuse, celle de la France, par l'effet d'un double voisinage de terre et de langue. Et cette influence précise, c'est justement ce qui nous permet de déployer cet esprit européen avec mesure et discernement. La formation latine de nos esprits, le souffle latin de nos inspirations, le fond latin de nos moeurs, tout cela nous met à même de juger avec un parfait équilibre les différents courants qui se font jour à travers l'Europe, de ne suivre que les directions qu'il noue plaît, et nous préserve de ces entraînements qui conduisent d'autres pays à l'imitation servile. |
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FRANZ HELLENS.
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Ecrits du Nord
1ère Année - 2ème série n°1 Novembre 1922. |