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QUELQUES LIVRES, REVUES, NOTES.
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| Voici le premier roman de cet auteur, dont la forte personnalité s'était exprimée jusqu'ici en des poèmes d'une forme non moins âpre et corrosive que le fond. Les deux personnages centraux de ce roman solidement charpenté et vaillamment conduit, « Kniazii et Mme Cladey-Rouvres », possèdent le relief de deux figures tolstoïennes, mais, aussi, une souplesse remarquable dans la puissance, qualité que nous retrouvons dans le style de M. R.-M. Hermant, muselé, fort bien modelé, et doué d'un mouvement inlassable. Sur une trame assez simple, le dessin des caractères se marque nettement et tout le drame de l'action se trouve dans le choc de ces caractères, choc longuement amené dans la pénombre d'une angoissante histoire d'amour, et qui, tout à coup, se produit en pleine clarté. Il y a dans ce livre une grande somme de talent et une sincérité, une droiture d'expression peu communes. Ce Kniazii est un homme qui ne mâche pas ses mots et ne gaze pas ses haines mais, un grand coeur et une intelligence d'élite se cachent sous son apparente rudesse. | ||
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A.P.
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Annibal Pic | |
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| J'ai lu peu de livres de cette valeur-là. André Baillon est un des écrivains dont la sensibilité exprime le mieux certaines nuances de l'âme d'aujourd'hui ; il a l'air de peindre l'homme tout nu, l'on dirait qu'il y va carrément, sans mettre de gants, et voilà qu'à tout propos, comme pour faire contraste avec telle pointe d'humour, tel croquis d'une réalité presque brutale, passent dans sa prose des reflets, des lueurs, et c'est en ces moments-là que l'écrivain exprime quelques-unes des sensations les plus subtiles qu'on ait noté depuis Charles-Louis Philippe. En « Sabots », parut d'abord sur le titre: « Moi, quelque part »; ce livre mit tout de suite le nom d'André Baillon en relief. Ce serait peu de dire que nul n'a mieux que lui, peint le paysan et le paysage ; nul n'a mieux dégagé la substance intime des âmes simples. Mais, il y a beaucoup à dire sur un pareil livre, et j'espère y revenir bientôt. | ||
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F.H.
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Franz Hellens | |
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| - Francis Carco se repose-t-il de l'amour dans la poésie? Ou si les filles le consolent de la Muse? - Laissez cela, voici un poète modeste et pur, léger avec passion et d'un accent particulier. - Encore un fantaisiste? - Cela vous plaît à dire. Que de fantaisie, et poignante. La netetté de Pellerin, la grâce exacte de Toulet, la tendresse de Monsieur Derème, l'amertume de Francis Carco... - J'attends... -- Eh c'est là votre faute. Précisément Garde ton coeur! dit la romance, Moi je raille et t'offre le mien. Quelle en sera la récompense? |
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O.-J. P.
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Odilon-Jean Périer | |
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| Que nous révèle sur la Russie ce recueil de contes? Pas grand'chose, à mon sens. J'y cherchais l'âme russe, le miracle révolutionnaire, la seule atmosphère épique d'aujourd'hui, cette fusion de pensée, de passion, d'action et de rêve où l'homme peut se montrer tout entier. M. Kessel n'a pas essayé, semble-t-il, de dégager cette âme d'un peuple. Ses récits font supposer bien des choses 1à-bas, auxquelles on peut songer, mais n'expliquent rien. C'est l'oeuvre d'un étranger indifférent, enregistreur impersonnel et détaché, qui voit clairement ce qu'il voit, mais ne cherche pas à percer. Et cependant il rencontré des thèmes si riches, et une matière qui valait bien qu'on la creuse... Il y a là une certaine discrétion, un souci de ne pas hausser le ton qui ressemble assez au désir de rapporter les faits avec exactitude. Cette discrétion, nous la retrouvons dans le style simple, peu original, mais qui ne se perd pas en route. Travail hâtif et superficiel, sans prétention littéraire, sans recherche (c'est là ce qui le rend sympathique). Contes attachants par leur sujet, histoires angoissantes, un peu mélodramatiques, qu'on lira avec plaisir, mais qu'on ne cherchera pas à relire. | ||
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ROBERT GUIETTE.
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| Les dons remarquables de M. Marcel Lecomte ne l'empêchent de commettre les erreurs à la mode. L'art poétique exige de la prudence dans l'emploi des mots. Les mots se rectifient l'un l'autre, l'erreur de M. Lecomte, dont les poèmes possèdent d'autre part de sérieuses qualités de coloris et de rythme, est de croire à la vertu d'autres démonstrations de poésie que le sens et la musique des mots combinés. Un poète est bien près de se perdre, s'il ne tend à cette simplicté et cette précision, difficiles. M. Marcel Lecomte, s'il n'est pas possédé du démon de l'écriture, achèvera des démonstrations qu'il n'a qu'ébauchées. Sans diminuer son talent, il pourra laisser tomber avec ce tiret typographique dont il abuse quelques illusions de jeunesse qui lui sont aujourd'hui encore, précieuses. |
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P. P.
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Pascal Pia | |
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| Cette longue nouvelle, lourde, chargée, pleine de recettes merveilleuses, de formules cabalistiques, de fantasmagories, de métamorphoses, où Goethe a jeté, il semble, un peu pêle-mêle, des données livresques et d'autres de tradition populaire, n'est pas l'une des oeuvres les plus connues de l'auteur de « Faust »; cette édition française plaira aux amateurs de récits ésotériques, qui s'intéresseront aux aventures de cette couleuvre devenue lumineuse après avoir dévoré des pièces d'or et de cette belle princesse Lilia dont le pouvoir magique est de faire mourir à son contact ce qui vit et de ressusciter ce qui est mort. Ils liront aussi avec intérêt les commentaires savants et subtils du traducteur. | ||
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LOCH.
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Locharlochi | |
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| « Malgré le désir instinctif de garder à la langue le plus de force expressive et de naiveté, un vieux parler le civilisés évolue d'autant moins qu'il doit s'échanger plus aisément.» Ainsi, s'exprime M. André Thérive. C'est en ce sens qu'il affirme que le français littéraire est une langue morte, « ce qui est la meilleure façon, ajoute-t-il, de survivre » Tout français, ne l'oublions pas, est bilingue. La langue parlée tend, aujourd'hui, fâcheusement à s'insinuer dans la langue littéraire et à la dénaturer, à la corrompre. Les auteurs, surtout, en sont responsables. » La littérature, dit encore M. Thérive, est le seul divertissement où l'on ne disqualifie par les mauvais joueurs. Il est vrai que c'est aussi le seul où l'on puisse jouer solitaire, sans arbitre, ni partenaire, ni spectateur... » Ouvrage tout plein de bon sens et de judicieux aperçus, et que chacun fera bien de lire. |
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F.H.
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Franz Hellens | |
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| Dans la collection des Hommes et des Idées, Ed. Dujardin nous donne aujourd'hui, sur les initiateurs du vers libre, une mince, mais sérieuse étude. Les éléments qui la composent servirent déjà à l'auteur lors des conférences qu'il prononça en Sorbonne sur le même 'sujet, et dont le texte parut, il y a un an, dans le « Mercure ». Dujardin se propose, non point d'élaborer une critique sur un moment de la poésie française, mais d'éclaircir simplement quelques points d'histoire littéraire. Il ne défend pas le vers libre; il n'argumente pas sur son bienfondé, sur sa valeur, sur sa nécessité; il n'affirme pas sa réussite, et il a bien raison! Il n'entre pas dans ce domaine : il constate seulement qu'entre 1884 et 1886, certains esprits indépendants, dont-il fut, voulurent secouer un joug; et il raconte leurs efforts, tels qu'il les vécut sur eux, en s'appuyant sur des faits aussi précis que parutions de poèmes dans des revues d'alors et premières éditions. Il commence par définir, aussi bien que faire se peut, le vers libre et le sépare, de façon nette, du vers libéré, du verset et du poème en prose distinction nécessaire, indispensable, lorsqu'on songe au nombre de gens dits avertis qui ignorent toujours ce que sont exactement ces modes d'expression poétique. Il fait un sort aux prétentions de Marie Krysinska, qui se réclamait de quelques méchants poèmes en prose, parus dans « Le Chat Noir », de 1882, pour se proclamer » l'inventrice » du vers libre. Puis Ed. Dujardin arrive a la partie essentielle de son étude, à savoir l'évolution qu'ont subie les véritables premiers vers-libristes, pour parvenir à leur formule. Et nous trouvons là des renseignements précieux sur le travail et les recherches de Rimbaud, de Kahn, de Latergue, de Moréas, de Mockel, de Viélé-Griffin, et d'Edouard Dujardin lui-même. Mais pourquoi, je vous prie, vient-il, en fermant ce livre, un sourire triste aux lèvres? N'est-ce pas à réfléchir à la vanité du beau tapage que menèrent jadis les symbolistes? Alors ils parlaient haut d'une représentation symbolique du monde intérieur, de l'instauration et du triomphe de « leur » vers-libre. N'est-ce pas à penser que l'avortement de leurs promesses et de leurs desseins est un spectacle bien décourageant pour l'esprit humain? N'est-ce pas à sentir combien nous souffrons tous aujourd'hui de cet élan brisé? |
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CL-A. P.
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Claude-André Puget | |
| ERRATUM La note (page 156) sur G. K. Chesterton, parue dans le numéro 3 des E. D. N. et attribuée M. R. Guiette (R. Gu.) est de M. R. Grimard (R. Gr.) |
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Le Disque Vert
1ère Année 2ème série n°4-5-6 - Avril 1923. |