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DANIEL ROPS : Souvenirs sur quelques rêves.
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| Prédominance qui m'a toujours surpris des rêves prémonitoires: à tel point que j'en éprouve l'inquiétude des destins dévoilés. Lisant un livre, je retrouve un mot, ou une coquille que je savais d'avance y figurer: un rêve me l'avait dit. De même pour un paysage. J'ai reconnu ainsi les Latomies de Syracuse et quelques rochers alpins. Mais peut-être les avais-je vus en photographies. Ou encore est-ce là ce phénomène de paramnésie qui ressemble tant au libre jeu de la mémoire. Remarque presque journalière. Tous les soirs le rêve (ou plutôt la sensation, indépendante d'un objet précis et de tout conte imaginaire) d'une chute. Sur ce point j'ai conduit une petite enquête personnelle. Il y a de très nombreuses personnes qui connaissent la même impression, et la redoutent. Si un centre du sommeil et de la veille existe en notre cerveau, cette sensation de chute serait la rebellion de ce centre nerveux; ou une sorte d'arrachement de l'âme et du corps, qui tente d'être trop complet et qu'un instinct vital limite comme si notre première aspiration était la mort, ainsi réduite au sommeil. Cela serait bien consolant pour la grande échéance. Rapport des rêves et de l'auto-suggestion. Un certain rythme imprimé à ma respiration et je puis provoquer en moi le rêve suivant: une course extrêmement rapide, horizontale (et non plus verticale), se terminant toujours par une catastrophe d'ailleurs imprécise. Je n'ignore pas au demeurant que cela relève de l'hypnose et plusieurs sujets m'ont avoué connaître une sensation analogue. Mais je n'ai jamais été endormi. À part ces deux cas, je ne garde pas le souvenir immédiat de mes rêves et ne puis les identifier que par la suite, en en retrouvant la trace profonde. Cela est d'ailleurs très utile à savoir, et on affirme que l'on pourrait diviser les hommes en deux clans: ceux qui se souviennent de leurs rêves, ceux qui les ont oubliés au réveil. Il y aurait les éléments d'une bien instructive statistique. On arriverait ainsi à conclure que chacun de nous rêve, mais que tout le monde ne conserve pas au réveil l'image du songe présente en soi. Enfin, il rue paraît utile de signaler encore ces deux remarques, que je n'ai pas le loisir de développer: Le rêve me semble l'état où l'on perd contact avec les autres individus: c'est un changement de plan. A l'état de veille chacun de nous garde des éléments communs d'appréciation avec ses voisins (encore qu'il soit impossible d'affirmer que M. X. . . voie le bleu exactement comme M. Y... ). En rêve, toute liaison est coupée. En dormant, il est assez fréquent d'avoir la notion de l'inanité de notre rêve. On continue à rêver, mais on sait que ce n'est pas réel. La vie, à quelques hommes, ne donnerait-elle pas la même impression? Le rêve, moyen d'introspection par-delà la mort? Un beau sujet à étudier pour le bureau de recherches surréalistes. |
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DANIEL ROPS.
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Le Disque Vert.
(4ème série 4 numéros) n°2 - Janvier 1925. |