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ORLÉANS.
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| Orléans, Orléans, te voici, centre de mon livre, objectif de Dieu, nom-titre! Te voici, citadelle d'herbe et de fer, comblée par la nature et par l'Histoire. Tu brilles avec tes marchands de draps et tes chers vinaigres et tes tonnelleries odorantes et tes orfèvres gras au premier rang des cités de l'Illustration. Dans tes syllabes pleines d'oxygène et d'énergie, je reconnais ta puissance physique et les essors de ton orgueil nourri de viandes et de fruits. Quelque chose de fier et de frais comme un mélange d'eau de Loire et de canons et de curs me monte avec contentement à la gorge au seul prononcé de ton nom, Orléans, Orléans verte assise dans ta plaine à pêches et à blés, Orléans des sièges debout sur le chemin de la mer, Orléans de la Loire, des Ballades et de Jeanne d'Arc! I Une émotion indescriptible régnait dans la ville. Une vague d'espoir et de folie submergeait choses et gens. Dix mille torches éclairaient les rues. Des bourgeois d'élite faisaient la haie, en chaperons. Seigneurs et menu peuple, clercs et capitaines se bousculaient sur les places publiques. Un vacarme sacre montait de la populace en ébullition, un vacarme fait de bravos et de hurlements, de cris de filles qu'on pince et de hoquets de chevaux. Des chiens allègres aboyaient aux cantonades. Des femmes en sabots s'évanouissaient sur le pas de leurs portes. Sur les toits pointus, sur les pignons, sur les tourelles étaient juches des adolescents des deux sexes, lançant à pleines mains leurs applaudissements dans la ville. Aux fenêtres des maisons, des jeunes filles en coiffe de lin, les joues écarlates de plaisir, souriaient de toutes leurs dents en effeuillant sur le cortège des roses, des oeillets et de pois de senteur. Les moines sortaient par bandes des couvents, se signant à grands gestes au fond de leurs barbes. Des gamins aux jambes de fil, la culotte en déconfiture et un sucre d'orge sur l'oreille, galopaient au-devant de Jeanne d'Arc, hurlant à la joie et portant des lanternes de suif. Les soldats brisaient leurs épées et en jetaient les tronçons au hasard. Le délire avait l'air de tomber de la lune par larges flaques jaunes. La frénésie envahissait les arbres des squares et les monuments publics. Toute la foule pleurait par saccades, et dans les instants de silence, on entendait le ruissellement des larmes dans les ruisseaux, le ruissellement des étoiles dans le ciel. Jeanne avançait lentement, armée de toutes pièces, montée sur son gros cheval noir bâti à grands coups à la Michel-Ange; la tête nue et les cheveux coupes à la Jeanne d'Arc. Elle souriait au peuple. A sa gauche se tenait Dunois, armé et monté moult richement ». La populace la contemplait à larges prunelles « comme se ils veissent Dieu ». Des femmes portant leurs bébés sur les bras venaient lui présenter leur progéniture. D'autres s'agenouillaient aux pieds de son cheval, baisant ses jambes et ses éperons. La foule, de la voir (& ne se pouvait saouler ! » Des malades venaient toucher son armure, ivres de santé. Des jeunes gens lui embrassaient les cuisses à pleine bouche. Des gosses lui jetaient des pruneaux. Des bambins sautaient en croupe, lui enlaçant la poitrine et les bras. D'autres se juchaient sur les bornes pour lui toucher les hanches, Une ribambelle de gosses gesticulait autour d'elle sur le dos de son cheval. Les cloches sonnaient tout leur airain. Les trompettes sonnaient tout leur cuivre. Orléans, comme une femme, sanglotait de bonheur pendue au cou de Jeanne d'Arc. |
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JOSEPH DELTEIL..
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Le Disque Vert.
(4ème série 4 numéros) n°2 - Janvier 1925. |