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PIERRE DAYE.
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| Je gage que beaucoup de ceux que vous interrogerez au sujet des rêves trouveront le moyen de vous répondre en citant de quelque manière Freud. Aussi bien, n'est-ce pas à cause de la vogue des théories de Freud. - auquel le Disque Vert a consacré un si curieux numéro - que vous entreprenez votre enquête? Je ne vous parlerai pas de Freud. Les rêves? Ils me visitent fort peu: est-ce le privilège d'une conscience calme ou d'un système digestif sain? Quand je fais un rêve, il n'a rien que d'agréable, mais appartient en général à un ordre d'activité physique sur lequel - n'étant point philosophe allemand - je ne trouve pas la manière de m'expliquer ici avec décence. Étant enfant, j'ai fait des rêves, de ceux qui reviennent. Celui dont je me souviens était d'ailleurs fort compréhensible: j'étais dans un marché où je voyais beaucoup de carottes et beaucoup de petits pois. Pouvez-vous m'expliquer la signification de cela, qui n'a rien de sublime me semble-t-il? Il m'arrive d'éprouver, au moment de m'endormir, non pas des rêves, mais des états de demi-sommeil, avec une conscience de ( choses autres » qui est assez angoissante et pénible. J'ai aussi parfois, dans la vie réelle( est-elle réelle?), le sentiment vague d'une autre activité que celle que je mène, de faits différents dont il ne me reste dans le souvenir que des bribes. Est-ce le résidu de rêves? C'est possible, mais, en ce cas, de ceux-ci je ne conserve aucune conscience, même au moment du réveil. Ne trouvez-vous pas qu'il serait curieux de se demander pourquoi l'on dit faire un rêve, plutôt qu'avoir, éprouver, subir un rêve? |
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Paris, 17 janvier 1925. |
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Pierre Daye.
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Le Disque Vert.
(4ème série 4 numéros) n°2 - Janvier 1925. |