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APPARITION DE MAX JACOB.
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| Comme elle brûle aujourd'hui La torche de ma jeunesse! Où sont-ils les points cardinaux Le soleil se levant à l'Est Depuis mon enfance diurne? Mon sang et son itinéraire Prémédité dans mes artères? Le voilà qui déborde et creuse, Grossi de neiges et de cris Il court dans des régions confuses; Ma tête qui jusqu'ici Balançait ses pensées comme des fruits des îles Forge des ténèbres crochues Et des mythologies glacées. Ma chaise que happe l'abîme Est-ce celle du condamné Qui s'enfonce dans la mort avec toute l'Amérique? Qui est là? Quel est cet homme qui s'assied à notre table Avec cet air de sortir comme un trois-mâts de la brume Le front qui balance un feu, les mains marines concaves, Et couverts les vêtements d'une poussière de lune? A sa parole une étoile accroche sa toile araigneuse, Quand il respire il déforme et forme une nébuleuse, Il porte comme le diable des lunettes cerclées d'or Et des lèvres inquiétantes ainsi qu'un peuple d'abeilles Mais ses yeux, sa voix, son cur sont d'un enfant à l'aurore. Quel est cet homme dont l'âme fait des signes solennels? Voici Pilar, elle m'apaise: ses yeux expliquent les mystères, Elle a toujours derrière elle veillant sur toute ma famille Le soleil de l'Uruguay qui secrètement pour nous brille; Mes enfants et mes amis, leur tendresse est circulaire Autour de la table ronde, ô ronde comme l'univers, Leurs frais sourires s'en vont de bouche en bouche fidèles, Prisonniers les uns des autres comme couleurs d'arc-en-ciel. Nous mangeons paisiblement tels de vieux alligators Sur les bords du Nil docile qu'une lente nuit endort. Les lunettes d'or deviennent deux étoiles qui regardent Avec leurs longues antennes sur chacun elles s'attardent. En suspens notre mémoire, nul ne sait se souvenir Mais cet homme fait glisser le passé vers l'avenir. Et voici qu'il nous enlève, dans un globe de musique Où flotte le pavillon d'une inconnue république Et comme dans la peinture de Rousseau le douanier Notre tablée monte au ciel voguant dans une nuée Depuis très longtemps la terre n'est qu'une tristesse sans nom Elle repose muette dans un violon sans cordes; Il n'est plus qu'un groupe ami voguant dans un vrai nuage Sans gouvernail ni pilote et le ciel pour bastingage, Dans un nuage marin escorté de goémons On respire un air soyeux d'un angélique oxygène, Nous cueillons et recueillons du céleste romarin, De la fougère affranchie où pleurent les âmes en peine, Et comme il nous est poussé dans l'air pur des ailes longues Nous mêlons nos plumes noires aux étoiles qui divaguent. |
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JULES SUPERVIELLE.
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Le Disque Vert.
2ème Année, N°2. Novembre 1923. |