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MAX JACOB.

Sommaire du
Disque Vert
Spécial Max Jacob

Couverture
Le Disque vert
Sommaire
Avant-propos
Max Jacob — Maxime Lelong
Max Jacob — Louis Vaillant
André Salmon
Benjamin Crémieux
Mélot du Dy
Pierre MacOrlan
Henri Hertz
Paul Fierens
Florent Fels
Jean Cocteau
Jacques-Emile Blanche
Jacques Porel
Odilon-Jean Périer
Georges Gabory
Philippe Soupault
Jules Supervielle
Franz Hellens
Henri Vandeputte
René Crevel
Marcel Raval
Robert Guiette
Jules Supervielle
Marcel Arland
Léon Delteil
Marcel Jouhandeau
Paul Meral
Emilio Cecchi
Corpus Barga
bibliographie de M.J.
Une fenêtre éclairée. Une cour ou plus exactement une courette. Un enfant qui pleure. (Le cri monte lentement dans l'air froid). Derrière la fenêtre une grosse lampe à pétrole La flamme bat lentement et toute la lumière s'échappe comme une mélodie. Un grand abat-jour de papier journal recouvre le cœur de la chambre. On lit un fait divers d'il y a trois mois.

«A quatre contre un! Trois individus accompagnés d'une femme ont attaqué et roué de coups, quai de la gare, le journalier Pierre Letaillander, 177, même voie. A la Pitié. Jambe droite fracturée. »

La lampe tourne et l'on distingue un crâne penché, une main lente, un pinceau prudent. Max Jacob peint avec ferveur. Il tire la langue pour s'appliquer, il bombe le torse pour mieux voir, il ouvre et ferme les yeux pour mieux regarder. Des personnages de plume et d'eau naissent, mais le silence, compagnon de cette tendre lumière, berce le poète. Sous son crâne des vers ronronnent. La bonne grosse lampe siffle un air mélancolique. Les heures passent doucement. L'aube est proche. Les yeux se ferment, le pinceau est plus lourd et le même vers tourne dans le cerveau. Il s'approche. On le chasse; il revient. Il est le même toujours le même :
Dalhia, que Dalila lia.

Le sommeil est lourd quand on le soulève et les membres métalliques sont brisés. L'aube approche dans un bruit de ruche. Mais Max Jacob ne veut pas dormir. Il a recueilli un pauvre ami sans logis qui ronfle copieusement sans faire attention. Et il peint. L'aquarelle représente la scène d'un théâtre. On joue une opérette. C'est un trio. La rampe ressemble d un gros vers luisant et les acteurs ont une ombre triple. Les figurants dans le fond attendent la fin du morceau.

Les vers s'accouplent. Ils descendent d'un escalier et le poète alors prend sa plume. Mais le pauvre ami s'éveille. Il pense à son rôle (c'est un acteur) et il cherche des intonations sur le thème suivant et lyrique « Tu est un chouette petit gosse ! Tu es un chouette petit! Tu es un chouett . . . . .»

PHILIPPE SOUPAULT.

Le Disque Vert.
2ème Année, N°2. Novembre 1923.