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LE RIRE DE MAX JACOB.
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| La première fois que je vis Max Jacob, c'était au marche aux fleurs, place de la Madeleine. Il me fit l'effet d'un très jeune quinquagénaire, coloré, explosible, admirablement préservé par ses cheveux gris. Il me remercia d'apprécier, comme lui, à sa juste valeur, le talent d'un ami, alors très décrié. Parlant d'autre chose, son enthousiasme plaisant me parut un paravent contre les plaintes, le découragement, l'ennui. Je m'abritai. Il continua. Pensant n'en avoir pas assez fait, courir encore des risques, il partit seul en avant vers des compliments ravissants et disproportionnés. N'était sa grâce, ils pouvaient consterner. Armé contre les paroles, ces passants vagues, ces relations de ville d'eaux, je me tournai vers son visage - masque de comédie italienne, aux lèvres actives, serrées, aux yeux aigus d'enfant puni où un rire silencieux semblait prisonnier. Je le revis deux ans après, posant pour son portrait. Il y avait une telle application dans ses traits qu'on eût dit d'une photographie fidèle apportée par lui afin de faciliter l'exécution du dessin. La ressemblance se rendait. Comme un animal, comme une vérité, il l'avait forcée. Le regard tendu, la bouche contenue, il offrait aussi de telles oppositions de noir et de blanc, d'âge et de jeunesse, que le peintre, scrupuleux, avait de lui-même ajouté un col de velours sombre. Lorsqu'après avoir examiné le dessin, je tournai la tête, j'arrivai juste à temps pour voir s'enfuir un nouveau rire, muet et vertical, réplique du premier. Il parla d'Apollinaire, de Picasso à leurs débuts, nous fit le tracé à la plume d'une époque qui déjà s'éloigne et qui apparaît chaque jour davantage comme l'opposé d'une transition. Tout, depuis le choix des exemples jusqu'à l'accentuation excessive par laquelle il soulignait ou répétait sa phrase, tout devenait comique et profond. Il parvenait à l'éloge par la dérision. Il était de ceux qu'on sait à ce point sincères, si complètement dévoués, que l'ironie, la farce même, leur en confèrent une plus authentique autorité. Je n'ai jamais failli à l'observer dans chacun de ses livres. Max Jacob a cette légèreté, si différente de l'autre, qui s'attache aux pures vocations, cette liberté d'allure des vrais artistes qui dans leurs excès, au-delà même de leurs erreurs, ne peuvent pas se tromper. Toutes ces vérités profondes que la santé offusque, que le vice parfois révèle, le rire peut en faire la caricature précise, poétique. Ce n'est pas en vain qu'on a parlé d'un art plus vrai que le vrai. Dans sa vie, comme dans son uvre , le rire de Max Jacob nous apporte la seule certitude à laquelle nous tenions. |
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JACQUES POREL.
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Le Disque Vert.
2ème Année, N°2. Novembre 1923. |