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MONSIEUR MAX, ÉLISE, ET LA GLOIRE.
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| Au mois d'août 1923, nous en sommes à inventer de valables raisons de vivre; c'est moins facile qu'on ne croit. Nous sommes de pauvres bons hommes; nous possédons une méthode, et quoi en faire? - C'est un ennui. Nous avons joué à des jeux plus passionnants qu'il n'eût fallu; il nous reste de la santé, c'est évident - mais il est indispensable, urgent, que nous trouvions un amusement à notre taille. Paul Eluard dit, avec modestie: « Quelques poètes sont sortis... Les autres mâchent de la cendre et regardent avec stupeur leur image monstrueuse emplir comme une tache d'huile des miroirs convexes, concaves... Piteux Narcisses ! Narcisse? - celui qui n'en sort pas. On pense bien qu'une mission est confiée à chacun de nous, le tout est de s'y attacher avec un peu d'entêtement. Je cultive mon jardin, tu fais du cinéma, il lance des bombes (ou des fusées) , nous découvrons les Amériques, vous dormez. - Le tout est de s'utiliser, sans qu'il soit défendu d'y trouver du plaisir. Je sais un homme de génie, mais immobile par principe et désireux de se garder aussi vide et pur que possible, qui s'efforce courageusement à l'inertie. Il joue un rôle. Jouons un rôle qui nous convienne, le plus consciencieusement possible. Cela fera passer le temps, cela fera une vie honnête - cette vie invraisemblable et simple, qui est si difficile à perdre. |
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| Max Jacob tient son personnage. Max Jacob a bien de la veine. Max Jacob a vu Jésus-Christ au cinématographe; il s'est assis auprès de lui. U le dit, je le crois sans peine: pourquoi veut-on qu'un poète mente? Ses livres même sont faits de pure vérité: on reconnaît Matorel, Monsieur Dur, Madame Lafleur et les anges gardiens de Paris. Cela se laisse toucher du doigt près du Sacre -Coeur de Montmartre. |
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| « Vole, vole, vole, » les chansons de Max Jacob « le bon grain avec le pis les oiseaux du Paradis iront à l'école... » sont agréables et faciles à fredonner en pleine nuit pour se donner l'illusion du d&achement. Il ne faudrait pas s'y fier. Le poète, sauve, s'amuse ( un fantaisiste, évidemment... soupirent MM. les professeurs, qui ne savent de quoi il s'agit) mais avons-nous envie de rire? On sait comme un refrain naïf suffit à faire battre le cur de qui l'a d'abord entendu dans un moment décoratif, exceptionnel. J'ai un ami que la sonnerie de clairon qui annonçait à son régiment le facteur, remue encore, jouée sur une flûte de dix sous. Max Jacob anime des flûtes aussi trompeuses, de bonne foi. |
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| Entendez une histoire vraie. Élise est bruxelloise, dactylographe, charmante; il faut aimer l'économie de son langage, ses cheveux frisés, ses mains fraîches. Je la promène le dimanche, nous aimons également l'air vif, la bicyclette. J'avais songé à Max Jacob; plusieurs de mes amis y prenaient du plaisir qui, d'ailleurs, en jugeaient assez légèrement. Je commençai un vrai discours; Élise n'écoutait pas du tout. Je citai des vers au hasard; elle pensait à autre chose. Puis nous eûmes soif et les tonnelles fatiguées d'une guinguette nous tentèrent. Sans prévenir, Élise se mit à chanter: « Pour cueillir des fleurs aux rameaux « Nous déposerons nos vélos « Devant les armures hosties « Des grillages modern-style « Nous déposerons nos machines « Pour les décorer d'aubépines « Nous regarderons couler l'eau « En buvant des menthes à l'eau... » Je m'écriai. Elle m'avait, sans le faire voir, donne toute son attention ! Malheureusement: « De quoi parles-tu? - « Mais des vers, Élise, que tu chantes... - « Ah oui. Je fais ça toute seule. C'est pas tellement difficile !... » Je recommençai mon discours. Une semaine plus tard, Élise: « J'ai fait un rêve ridicule. Et naturellement de ta faute. Oui, ce Monsieur Max ! en chemise avec des ailes dans le dos... Une jolie espèce de farceur ! Quel âge a-t-il? » |
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| Comme je contais cette histoire à Philibert (l'homme de lettres), il voulut la trouver charmante. Mais après avoir reconnu, généreuse-ment, son intérêt, plus sérieux soudain (je le jure sans malice), avec curiosité: - « Dites-moi seulement » fit-il je ne le répéterai pas qui est ce Jacob ce poète?... Et je connus que Monsieur Max, pour un moment, était sauve, même de sa gloire. |
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ODILON-JEAN PERIER.
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| Le 13 août 1923, en Flandre. | ||
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Le Disque Vert.
2ème Année, N°2. Novembre 1923. |