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MAXIME LELONG.
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Fragment d'un roman Intitulé « l'Accident » à paraître aux éditions du Sagittaire, Paris. |
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« Vous avez l'époque néolithique, l'époque jurassienne, l'époque... l'époque... non ! merci! pas de vin!... primaire, tertiaire, j'ai oublié tout ça, mais pour en revenir au fait, c'est un brave homme qui a deux ou trois millions de rente. Il mange tous les jours place de la Madeleine avec Loucheur, avec Citroën, avec Barthou et tous les autres. C'est vous dire, n'est-ce pas, que j'aurais pu voler dans les hauteurs ultra au lieu de ce stage de quatre ans comme contrôleur aux Folies Bergère. A quoi cela me servirait-il ? Gagnez donc un peu moins et soyez libre. Ah! cette liberté! cette liberté ! Et puis, en somme, ça na pas d'importance ! Je suis à même de... non merci! pas de beefsteak... de continuer ma petite vie paisible avec ma pension de blessé et ce que j'ai hérité de mon pauvre père... Mais je vous ai froissé... si... si... est-ce que je ne vous choque pas? il ne faudrait pas que... Je vous disais donc... Tant de luttes! tant de soucis! Quand je considère ma vie, je suis si attristé par tant de petites choses ridicules qui me tyrannisent... Je vous parlais. . . ah oui! de ce restaurant chic place de la Madeleine. Houm! évidemment à cet hôtel ce qu'on mange est assez dégoûtant. Vous avez remarqué? du veau, toujours du veau sauce piquante, sans préjudices des haricots rouges! Moi, n'est-ce pas? je n'y vois pas d'inconvénients l Je ne suis pas un gourmet comme M. Guérin, mon ex-collègue des contributions indirectes. El puis! les braves gens! ils font ce-qu'ils peuvent, hein? Mais c'est le service qui est la gabegie, la gabegie administrative et ça! moi... le service, oh!! quelle bonne nous avions avant que vous soyiez arrivé! Oh ! la brave personne! et travailleuse! une blonde forte fille... vous savez, comme dit Horace, incessu patuit. Je l'admirais énormément... tout à fait « la servante au grand cur » de Baudelaire. » Après divers souvenirs de collège, de caserne, de bureaux et l'éloge de la campagne, après les évocations brillantes de la dernière guerre, les regrets de table dans telles villes où le voyageur, pour des prix extraordinaires, peut apprécier la valeur de la cuisine de famille, et des vins du coteau, M. Lelong (Maxime) me parla brocante. En vérité, quel malheur que les antiquaires ignorassent le département du Var, cette mine de meubles anciens. Non! M. Maxime ne négligerait pas de s'entremettre entre les Parisiens et l'art provençal, bien qu'il vînt d'éprouver l'ingratitude humaine à propos d'une commode en bois de citronnier. En manière de parenthèse et sur la foi d'une domestique de son étage, il m'affirma que le voyageur-placier de produits végétariens, au bout de la salle à manger, portait un faux ventre, un ventre réclame. La fin du repas m'autorisait à rompre la conversation. On prenait du café sur la terrasse de palmiers. La falote personne de M. Maxime Lelong se fondit au salon dans un groupe de vieilles dames et le piano, au sein des piétinements, exhalant des fox-trotts, des shimmys, des tangos, me suggéra qu'on dansait. J'appris à son air humble et ravi par les congratulations des jeunes filles qui, après la séance de chorégraphie, recherchaient la fraîcheur des jardins, que l'auteur et l'animateur de ces bruits était mon modeste voisin de table. « N'est-ce pas ? J'ai passé par le piano à Stanislas comme tout le monde! Ah! Stanislas! c'était l'âge d'or! Vous comprenez bien, nest-ce pas, que j'ai absolument abandonné ces futilités depuis Stanislas!» « C'est une relation très agréable: je suis enchantée de lui, disait une mère de famille: il est toujours d'accord avec mes enfants. Et si correct! si poli! Poli! oh mais! cet homme est affreux! je vois que vous n'êtes ras au courant! il attire des bonnes dans sa chambre! Des bonnes! conçoit-on ça! Un ancien fonctionnaire! Rien n'est impossible d'un divorcé, disait une dame pieuse qui soignait une gastralgie. Divorcé, cela suffit. Comment vous dire! comment me faire entendre, dit un monsieur pâle qui d'ailleurs fut peu compris, les faibles ont la qualité ou le défaut des faibles: le pessimisme éclot sur leur destin mauvais: c'est la modestie: ils envient la victoire sans aucun espoir. M. Lelong admire, il n'est pas envieux. Le ridicule genre « comme il faut » d'avant-guerre, le genre frivole et empesé, le genre parleur philosophe (mon genre à moi), lui paraît un genre de victoire. Mais voici mon fils! Marcel suce le lait de la science physiognomonique : il va vous dire ce qu'il pense de M. Lelong. Allons, Marcel! Tandis que le père balançait affirmativement la tête, Marcel, levant son regard innocent, dit: « Quand on a de grands yeux tirés vers les tempes, on est un liseur et un menteur. Quand on a la lèvre du bas plus grosse que celle du haut, on est un satyre... quand on est maigre on... Et moi? et moi? dirent plusieurs dames charmantes. Je trouve, moi, que M. Lelong danse très légèrement pour son âge, dit la mère de famille, et qu'il joue gentiment du piano pour faire danser. Croyez-moi! j'ai du bon sens! Quelle condamnation, dit le monsieur pâle. Là ! vous avez devant vous un homme débarrassé de tout souci matériel. Admettez que la toilette l'aide à consommer une heure de pendule, que le sommeil de la nuit l'occupe pendant neuf autres heures et celui de la sieste - Dieu merci! il y a la sieste - eh bien! deux heures environ. Que fera-t-il de toute la dimension de douze heures restant... Ah! il y a encore les repas. Mais franchement peut-on allonger les repas de plus d'une heure chacun? on ne le peut pas, Maxime. On peut en revanche allonger la promenade à pied... on le peut, Maxime. O chère promenade toute cousue d'autos! O chères autos toutes cousues d'espérance! Pensez quelle joie si - ého, Maxime! comment va? - un ex labadens de Stanislas qui aurait reconnu la noblesse élégante de sa démarche s'écriait « Eho! Maxime! comment va?» Hélas! aucune auto n'apportait rien de pareil à un labadens de Stanislas et M. Lelong retournait à ses romans. Ai-je dit que M. Lelong s'enivrait de romans. Oh! bien entendu! pas des romans populaires, oh!... Quand on a reçu une certaine éducation, il y a là une question de décence, de... de... style, de bon... de mauvais style... de... de goût.. . de... hosec. Il y a pour les lettrés délicats Balzac et Dostoïewsky. - Lettré délicat, soit! est-il digne d'un lettré délicat de chercher sans faux-col un domestique sur le tapis rouge d'un escalier d'hôtel! et que d'explications maintenant pour un broc d'eau! cette amicale et je veux bien toute charmante conversation avec une domestique, est-elle digne d'un lettré délicat? rentrez dans votre chambre, lettré délicat! remettez votre col. Vous pouvez descendre, descendre jusqu'aux solitaires mosaïques du hall américain. Observons ici M. Lelong! il a pris la Revue des Ebats politiques et parlementaires. Il lit Rapports de l'Amérique du Nord et du Guatémala. Il lit comme un lettré délicat, c'est-à-dire comme s'il s'agissait de sa propre vie et de sa propre mort. Encore un devoir à faire comme au temps du collège: à table ce soir nous aurons de quoi discourir! Oui! si les fautes de cette maudite mémoire, si le sourire méprisant du monsieur pâle ne nous paralysent pas. Ah! digne lecture! et lecture digne d'un lettré délicat! Je suis bien fâché que vous la quittiez pour ce Badinage Louis XV Piano seul et le hall américain pour le solitaire salon Louis XVI. « C'est M. Lelong qui joue le Badinage Louis XV », disent les étages sonores. « C'est lui », disent les jardins en pente et les cailloux de la plage. Je pense simplement que le Badinage Louis XV éveillera cinq ou six siestes qui ont eu un mauvais début à cause des mouches. |
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MAX JACOB.
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Le Disque Vert.
2ème Année, N°2. Novembre 1923. |