le disque vert revue de Franz Hellenschercher le Disque Vert de Franz HellensLe Disque Vert - signaux de France et de belgique - indexSigmund Freud et la psychanalysele disque vert dir. franz Hellens recits de rvesle Disque Vert celebre Max Jacobsignaux de france et de belgique dir. paul gustave van heckele disque vert dir. franz Hellens le suicide est-il une solution?le disque vert dir. franz Hellens Charlotle disque vert dir. franz Hellenstable des auteurs du disque vert dir. franz Hellens et de signaux de france et de belgique dir. paul gustave van hecke

MAX JACOB ET L'ART LITTERAIRE
ENTRE 1914 ET ...

Sommaire du
Disque Vert
Spécial Max Jacob

Couverture
Le Disque vert
Sommaire
Avant-propos
Max Jacob — Maxime Lelong
Max Jacob — Louis Vaillant
André Salmon
Benjamin Crémieux
Mélot du Dy
Pierre MacOrlan
Henri Hertz
Paul Fierens
Florent Fels
Jean Cocteau
Jacques-Emile Blanche
Jacques Porel
Odilon-Jean Périer
Georges Gabory
Philippe Soupault
Jules Supervielle
Franz Hellens
Henri Vandeputte
René Crevel
Marcel Raval
Robert Guiette
Jules Supervielle
Marcel Arland
Léon Delteil
Marcel Jouhandeau
Paul Meral
Emilio Cecchi
Corpus Barga
bibliographie de M.J.
Je vois très bien Max Jacob dessiné en noir sur une page d'un livre dont je ne connais pas le texte. C'est un homme-type, au crâne sans cheveux, comme l'homme qui sert de modèle afin d'expliquer l'emplacement des muscles humains, le parcours des veines et des artères, ou ces étonnants nerfs, assemblés en secteur, comme l'énergie électrique distribuée par une usine.

Ainsi Max Jacob se diviserait en trois plans superposés. Au sommet, le ciel et « tous les mots en « l » comme le nom des anges ». Au centre, le plan normal de la vie d'un homme, avec la rue Durantin ou une autre rue du môme genre pour le décor. Au troisième plan, je verrais l'enfer qui est le subsconcient où finissent de se perdre les mauvais instincts dont l'art littéraire permet la prompte élimination

Ainsi composé; cet silhouette d'homme sagement dessinée s'anime d'un mouvement silencieux et finit par rayonner en dehors de toutes les combinaisons littéraires de l'époque.

L'étonnante et angélique puissance de création de Mac Jacob prend sa force aux sources les plus secrètes de cet homme bienveillant et fermé comme une église pour ceux qui n'ont pas la foi. Cette lumière qui luit au centre même de tant d'œuvres profondes est plus humaine que tant d'autres qui considèrent l'humanité comme le plan d'un livre. Max Jacob est catholique comme l'enfant au bord des sources prédestinées, comme Marcel Schwob quand il demeurait sous l'influence de l'érudition et comme Satan lui-même dans c:s moments d'humeur et par esprit de contradiction. Dans ces conditions et d'autres qui appartiennent à la personnalité de chacun, le catholicisme peut rajeunir l'art littéraire de notre temps, aussi bien que les idylles sans contours popularisées par Rabindranah Tagore et les Allemands définivement inquiets.

L'œuvre de Max Jacob est une des plus puissantes parmi celles qui constituent provisoirement la littérature essentielle de l'Europe. On lui trouverait très difficilement un jeu de comparaison. C'est une force secrète qui idéalise, presque à l'insu de tout le monde et d'eux mêmes, les éléments de la société contemporaine: le petit marchand de province, le mauvais fils, le bon neveu, la concierge et l'épicier d'une petite rue de Paris, dans un quartier déjà gâté par une réputation artistique de mauvais aloi. Si l'on tient compte des embarras de voitures d'une grande cité, des papotages qui pétillent au crépuscule du soir comme des étincelles électriques, des souvenirs d'un jeune bourgeois, de la violence des soldats buvant, le casque rejets sur la nuque, et de la présence de ce petit berger rose qui garde les colombes 'mystiques, on obtient, en mêlant le tout, un élixir dont quelques gouttes mêlées à l'œuvre de chacun peut lui donner une qualité suffisante.

On ne se fit pas faute d'utiliser dans ce sens l'art de Max Jacob. Car il ne faut pas oublier que c'est lui qui fabriqua l'élixir.

Depuis longtemps, Max Jacob vit en dehors de la société littéraire. Il y a quelques mois, à peine, il méditait près d'une petite église trapue de l'Orléanais, Notre-Dame de Cléry, je crois. C'est là qu'il composa ses derniers poèmes et Filibuth, c'est là qu'il corrigea les épreuves de cet étonnant Terrain Bouchaballe que je préfère à tous les livres de Marcel Proust, et que Max Jacob écrivit il y a vingt ans. Le rayonnement de son nom doit lui plaire, car il ne suffit pas d'offrir la chair et le sang de ses œuvres pour la nourriture des dévots, la tâche d'un maître tend à son plus haut degré de perfection quand la lumière qu'elle projette, reflétée par ses fidèles, lui revient comme un hommage inévitable.

PIERRE MAC ORLAN.

Le Disque Vert.
2ème Année, N°2. Novembre 1923.