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NOTES POUR UN PORTRAIT.
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| De loin, j'apporte à cet hommage ma voix, celle - comme je puis encore le faire sans mentir -d'un lecteur qui ne connaît l'écrivain que par ses livres. Rue Gabrielle, Max Jacob côtoie ses personnages; il leur parle, leur écrit. Il possède la connaissance de soi-même et des autres et ne les confond pas. Il a voulu ses héros libres de tout lien avec l'écrivain, mais a conserve les rapports créés entre eux par la vie quotidienne. Il fait le tour de ses personnages sans crainte de se montrer et ces quelques pas ont la valeur d'une démonstration. De même, le magnétiseur, qui a réussi une expérience de lévitation, donne de grands coups de sabre tout autour de son sujet horizontalement soulevé, pour prouver que cela s'opère sans levier ni ficelle. Max Jacob a doté de vie individuelle ses personnages. Ils en jouissent au point de l'étonner parfois et de mériter ses réprimandes. Je pense ici tout naturellement au Cornet à dés où il est dit: « Pour se venger de l'écrivain qui leur a donné la vie, les héros qu'il a créés lui cachent son porte-plume. » Mais les types de Max Jacob n'ont pas l'envie de se venger de lui. Ils sont charmés de sa bienveillance à leur égard et de la discrétion qu'il met à se mêler de leurs affaires. Ils voient bien, par leurs rapports avec lui, que c'est, comme son Poliche, un « cur tendre sous un air sceptique ». On se demande si seul le désir de plaire lui fait noter les moindres ressemblances entre eux et lui, ou s'il y a là une précieuse clairvoyance. N'est-ce pas son image, image savamment décentrée, qu'il nous montre dans Monsieur Dur et de Monsieur Dur dans Rose Lafleur sa concierge? Cette image plusieurs fois réfléchie dans des miroirs déformants de courbe différente, je ne puis songer à la donner ici avec la précision d'un portrait direct. Dans la vision complexe, quels traits choisir? Je vois en Max Jacob un tel talent à jouer ses personnages; il possède si absolument le style, le vocabulaire, les intonations de chacun, de chaque caractère et de chaque métier, qu'on ne sait - comme de certains acteurs parfaits - où s'arrête l'emprunt d'une personnalité étrangère. On n'ose guère se fier à certains accents d'une frappante sincérité, tant, s'il voulait - le veut-il? - il possèderait le talent de la mystification. Peut-être n'y a-t-il là qu'une sorte de discrétion. sans rapport, au fond, avec un scepticisme apparent, une sorte de timidité qui le fait s'effacer chaque fois qu'il se figure par son apparition sur le plateau avoir trop révélé de lui-même. N'est-ce pas ce qu'il faut lire sous des phrases comme celle-ci: « L'auteur est lui-même un converti ----- oh! sans beaucoup de grandeur! - et il a du mal a changer sa vie. Apôtre par pitié de son passé ! » Tout-à-coup, il a vaincu la peur du ridicule. Il s'est montré avide de vertu. Mais -- sincérité, humilité ou mesure? - il atténue et parle dès la page suivante de son amour-propre qui seul serait parvenu à le faire souffrir. Quand faut-il le croire? Il y a en lui sans cesse ce mélange de bienveillance un peu timide à force de tact et de discrétion à la formule toujours renouvelée et, pour brouiller l'image que l'on s'est faite, de cette ironie si étrangère au rire dont il a le secret. Il comprend trop profondément pour se moquer. A-t-il du mépris, de la condescendance? Est-ce un moralisateur? Il lui arrive d'intervenir paternellement, de donner un avis ; il expose en excellent chrétien, les raisons d'une fallesse et déguise à peine un sourire de sympathie. « La miséricorde et l'intelligence vont ensemble », dit-il. Il est généreux: « comme autrefois, il fait la charité en maudissant ceux qui le dérangent; il aime les amis et en dit du mal comme autrefois. Rien n'est changé que ses cravates qui ne sont plus bariolées et ses mains qui n'ont plus de bagues. » Et cependant, il porte toutes les élégances depuis celle du marlou et de la concierge jusqu'à celles des plus vanées aristocraties, s'amusant à changer de milieu, de mode, de préjugés; et chaque fos, feignant le dandysme d'une autre classe, il parvient, sans qu'on soupçonne l'effort, au style. C'est ce style si varié, si multiple - souci de plaire, dit-il par goût de se rabaisser qui lui permet dans chacune de ses uvres d'élever des types d'une certaine vulgarité, dont la vie quotidienne ne parvient à s'enrichir que parfois de l'imprévu d'un banal fait divers, à une humanité dont le réalisme n'a pas idée et au service de laquelle 1 met sa verve et une vérité étonnante d'observation. Ai-je donné le portrait que j'annonçais? Non, hélas. Quelques notes au hasard et en désordre, notes enchevêtrées, tout au plus. |
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ROBERT GUIETTE.
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Le Disque Vert.
2ème Année, N°2. Novembre 1923. |