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MAX JACOB, POÈTE CATHOLIQUE.
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| L'éloge du style jésuite n'est plus à faire. Un jésuite pourtant s'attendrira de préférence sur un gothique 1840, ma gre et pâle, la peau sur les os. Max Jacob a des muscles et des boucles. C'est le jongleur du Sacré-Coeur. Artiste catholique dont les catholiques se méfient. Naturellement. Nous avons cessé de mépriser le baroque, de croire au paganisme de Véronèse et de Rubens. Parce que le président Des Brosses fit des réflexions égrillardes devant la Sainte Thérèse du cavalier Bernin, parce que Tame eut mal au cur dans les églises italiennes, on voudrait obtenir la mise à l'index de la Renaissance. Laissons fulminer les puristes et passer de mode le rationalisme des archéologues protestants. Sans aller dans le sens contraire aussi loin que M. Henri de Montherlant, restituons au catholicisme sa part de liberté, d'audace créatrice et, jusqu'à un certain point, de fantaisie. Sur le dernier mot, je m'explique. L'obéissance est notre force; la tradition, notre sol. Or, la tradition religieuse intéresse le dogme et la morale, il est utile de le répéter quelquefois. Mais en. dehors du cercle inviolable où nos certitudes et nos lois ne sont basées d'ailleurs sur rien de temporel, il est des domaines limitrophes que nous avons licence de parcourir dans les directions les plus diverses. Nous possédons la boussole, il n'est plus besoin d'écriteaux. Gardons-nous d'appliquer aux matières simplement humaines nos règles de critique transcendentale. Assignons à la tradition catholique son véritable champ d'influence: il apparaîtra dès lors que, loin de les restreindre, elle justifie nos libertés Ces réflexions vous semblent-elles banalités, choses qui vont soi? Je le souhaite. Je crains néanmoins qu'elles ne soient tenues pour sophistiques par les sectateurs d'un « unitarisme » où je ne puis voir qu'esprit de système, romantisme et confusion. Distinguo. Réhabilitons en passant la casuistique. La Défense de Tartufe nous en fournit l'occasion. J'ai dit « style jésuite » et, grand admirateur des églises construites à Anvers, Louvain, Malines, par le frère Huyssens, le père Guillaume Hésius et Luc Faydherbe, j'entendais honorer celui que je comparais à ces maîtres. Aussi bien l'art jésuite (ou baroque) à ses précurseurs au XVI' siècle. Du temps où Max Jacob « s'occupait d'histoire de l'art ' - il me fit un jour cet aveu - j'aime à croire qu'il découvrit, avant M. Friedländer, les « maniéristes anversois ». En fin de compte, c'est plutôt à ces peintres qu'il me fait songer. Peintres énigmatiques, fantasques et charmants, caricaturistes parfois, techniciens remarquables, archaïsants et progressistes, difficiles à définir, mais reconnaissables au premier coup d'oeil, Lisant un poème qui commence par Moïse enfant, dans cete poivrière - C'est une tour avec toit de donjon - et se termine ainsi: Hussards hongrois, sous vos noirs pardessus, Qui trombonez dans ma courbe gondole, Trombonez tous à la gloire de Jésus! Que vos plumets lui soient une auréole. (1) je revois ces paysages irréels aux perspectives agrémentées de ruines, ces constructions illogiques, ces jolis accessoires, ces petites scènes profanes en hors-d'oeuvre, ces draperies, cet air de fête, et, sortis de la coulisse, ces invraisemblables lansquenets. Epiphanies qui ressemblent à des mascarades, exotisme à la surface; au fond, confiance, adoration naïve, foi souriante et respect. C'est le décor, c'est un décor et Max Jacob en connaît d'autres. S'il rencontre le Christ au cinématographe, à Montparnasse et rue Ravignan, - Jehan Rictus l'avait croisé sur les boulevards - ce n'est pas le fidèle qui peut s'en dire scandalisé. D'abord, il y a là plus que de la littérature; ensuite, il faut soulever le rideau des apparences. La Défense de Tartufe « extases, remords, visions, prières, poèmes et méditations d'un juif converti » est un livre de foi, de bonne foi. J'en ai douté, je le confesse, sachant avec quel empressement l'auteur de Cinémaloma «suppose qu'il a prêté sa plume aux sujets de son étude ». Mais certains accents ne trompent pas. Max Jacob a le « zèle du néophyte qui lui fait affirmer sa foi dans plusieurs circonstances où le croyant-né la sous-entendrait. De là un constant mélange du sacré et du vulgaire, du divin et du mondain, qui surprend, mais il est très difficile de pratiquer l'humilité à un artiste, parce que nn ntier même n'est qu l'étalage de sa personne encombrante » (2). Un poète se définit mieux d'un coup qu'un autre, tournant autour, ne le caractérise. « Ma nature est nerveuse et emboitable » (3), écrit Max Jacob. Parmi les règles de conduite qu'ils-, trace au cours d'une méditation, retenons la suivante : « Ne pas se vanter de sa religion. parce que c'est se servir de Dieu notir une attitude: et pourtant, ne pas s'en cacher, donc ne pas mettre les perles devant les pourceaux » (4). Max Jacob ne fait pas de l'art catholique: il est artiste e catholique. Nuances? Non, contraste. Le même qu'entre la création sincère et la fabrication. Si tout art comporte ses procédés, si le langage poétique reste conventionnel, surtout lorsqu'il affecte une indépendance absolue, c'est au moment de la mise en oeuvre que de telles propositions se vérifient. Max Jacob ne l'ignore point et travaille en conséquence; il peut même philosopher là-dessus, écrire un Art poétique excellent et contestable comme tous ses homonymes. Mais nulle part le procédé n'apparaît chez lui dans le plan de la conception; nulle part il ne supplée ce que nous appelons, suivant notre humeur, inspiration, fantaisie, électricité poétique. Max Jacob est de la lignée Verlaine-Apollinaire ; le coeur existe pour lui. Il construit, certes, mais par le dedans. L'ornemaniste intervient ensuite, sculptant des guirlandes, des corniches, des chapiteaux dans l'esprit du siècle, des sujets profanes et des c cupidons chrétiens ». Tout concourt désormais, et sans qu'il soit besoin d'y réfléchir à chaque minute, à l'harmonie d'un ensemble guidant nos regards vers la croix. Les façades néo-gothiques ou néo-romanes ne sont pas nécessairement les plus solides. L'oeuvre de Max Jacob s'ouvre comme un portique aux ordres mélangés: mille facettes et fossettes, bossages rustiques, pots-à-feu, ailerons, colonnes torses. Beaucoup de lumière à l'intérieur. Je ne suis pas de ceux qui ne peuvent, à Venise ou à Grimberghen, prier dans de telles églises.. |
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PAUL FIERENS.
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Le Disque Vert.
2ème Année, N°2. Novembre 1923. |