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MAX JACOB ET DIEU.
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| La première fois que Max Jacob me fit l'honneur de m'écrire, ce fut pour me promettre les flammes de l'Enfer. Bigre ! Moi, j'adore cela, non pas les flammes, mais la façon de les promettre. Il va sans dire que je n'en ai pas autant à son service. Mais, je ne sais pourquoi, il me semble que, dans la vallée de Josaphat, Dieu se montrera particulièrement sévère pour l'auteur du Terrain Bouchaballe. Max Jacob n'a rien du converti. Si je ne craignais de faire montre d'irrespect, j'avouerais qu'il me donne l'impression d'un enfant qui fait des niches au Seigneur. Le tout sans mauvaise foi, sinon sans malice. SI j'étais Dieu, mais je ne le suis pas, je lui interdirais l'analyse. Il dissocie l'eau bénite en ses deux éléments, O et H, et, du coup, il démontre l'absence de la bénédiction. C'est très grave. Je sais bien qu'il y a ce cloître! Je veux noter toutefois, sans aucune tournure péjorative, que c'est un cloître au bord de la Loire. Il est à craindre que Dieu vote la Loire et pas le cloître. Jésus me garde d'insinuer le moindre doute sur la sincérité de Max Jacob. Il a une sincérité terrible mais fine. La finesse, en religion, est une arme mortelle. Max Jacob est charmant comme Mademoiselle de la Vallière. On imagine mal, sous les belles boucles de l'Ève royale, sous le front clair à cervelle canari, les instruments de torture. Et cependant, un cilice de poil sur la peau rose, au-dessous des seins, quelle longue délectation morose! Max Jacob, s'il se livre aux douceurs de la pénitence, c'est d'une âme légère, et sans complications. François Mauriac et Max Jacob: quelles dissemblances ! En vérité, je vous le dis, j'ai peur que Dieu soit sévère pour Max Jacob, si indulgent pour Mauriac. J'imagine qu'au jour du jugement dernier, Max Jacob se présentera devant le Juge en dissimulant le plus possible ses vertus. Frais et rose, ce saint aura l'air d'un pécheur. Et les flammes de l'Enfer .... Mais j'ai beau faire. je ne parviens pas à fourrer Max Jacob en Enfer - sinon dans un Enfer spécial, calme et malin, au bord de la Loire. | ||
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JOSEPH DELTEIL.
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Le Disque Vert.
2ème Année, N°2. Novembre 1923. |