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LE CHARMANT EXEMPLE DE MAX JACOB.
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Certains soirs de juillet, sur les quais de la Seine, lorsqu'il a fait très chaud et que de jeunes hommes alanguis reviennent des bains publics, il arrive que des fillettes forment des rondes auprès des casiers à bouquins; elles tournent, en chantant d'une voix qu'elles s'efforcent de rendre naïve; mais, mu par quelque pudeur et feignant de regarder les chalutiers, vous y percevrez la touchante promesse de ces fêtes érotiques et sentimentales qu'elles pressentent déjà et n'ignorent pas tout à fait. Leurs gestes sont délicats et faux; et parfois cilles frappent des mains pour scander des chansons pareilles celles-ci:
Je ne sais pourquoi, voulant parler de Max Jacob, je me suis rappelé cette scène à laquelle je fus rarement insensible. Je n'ai pas autre chose à dire; et Max Jacob, son talent et ses vingt livres, si j'en veux parler, je sens bien que mes paroles se ramèneront à cette chanson, à ces fillettes dansantes des bords de la Seine, à leur naïveté dont vous devriez bien goûter l'artifice. Quand on est si dépourvu d'idées, sans doute n'essaie-t-on point d'étudier un écrivain; mais mon désir est moins d'étudier Max Jacob que d'en approcher.. Or, il m'a semblé que cette chanson était de même ton, de même qualité que son uvre, qui est une jolie chanson à la louange du hasard, de la fantaisie et d'un Christ très catholique. Je ne rapetisse pas Max Jacob, mais essaie de le délimiter, c'est-à-dire de découvrir son originalité. M. Barrès, dans son dernier livre, poème lyrique et bariolé, dit, je crois: « Comme ton heure sonnera enfin, il ne restera plus de toi qu'un conte; eh bien! tâche que ce soit un beau conte à conter dans les jardins de l'Oronte ». Celui de Max Jacob est indépendant, capricieux et charmant; c'est un des plus curieux à conter dans les jardins du Paradis. On a voulu l'imiter. Le fléau des novateurs, ce sont leurs disciples. Si M. Salmon n'avait pas été fêté, copié et multiplié par tant de jeunes littérateurs, on n'aurait aucune gêne à lui dire la sympathie qu'il mérite. C'est précisément M. Salmon qui dédiait récemment ainsi un livre à Max Jacob: À Max Jacob, hommage du siècle. Je ne savais pas M. Salmon si vieux; mais c'est bien vrai que sur deux générations au moins Max Jacob exerça une grande influence. M. Soupault, qui est orfèvre, citait récemment, parmi les hommes dont l'influence était prépondérante : Giraudoux et Apollinaire. Ce doit être parce qu'ils sont morts et qu'il craint d'humilier les vivants. Il me semble avoir lu dans plus d'un numéro de Littérature des poèmes de Max Jacob, qui ne se nommait pas encore Maxime Lévy comme dans le livre de M. Soupault. On a fait du Max Jacob comme du Giraudoux ; l'imitation était, comme on le pense, plus jolie et plus simple que l'original ; au lieu de, par exemple: on disait: Ces aimables littérateurs, enfants ou neveux de Max Jacob, lorsqu'ils considèrent sa conversion, doivent être troublés de façon assez divertissante. Max Jacob au couvent, le spectacle leur est amer; à moins qu'ils n'y voient la plus jolie preuve de sa fantaisie. Les deux miracles dont il fut honoré le séparent fort nettement de ses disciples et lui appartiennent en propre; ils sont, si l'on veut, sa plus belle uvre (Dieu sait que je l'entends sans malice). Le 22 septembre 1909 Jésus lui apporte l'ineffable don de sa vue. Le 17 décembre 1914 le miracle se renouvelle; c'est au cinéma cette fois que le Christ lui apparaît en robe blanche, les cheveux noirs un peu serrés à la nuque. Il ne faut pas douter que Max Jacob ait été l'objet d'une grâce spéciale, mais calculée. Les Écritures et la Vie des Saints nous apprennent que le Ciel choisit parfois des hommes vivant dans l'erreur, mais chez qui persiste une native pureté. Saint Augustin fut une de ces natures d'élection. Et je ne saurais m'étonner que Max Jacob, qui garda en toutes circonstances l'étonnante ingénuité du poète, ait été, à ce titre, appelé par la divinité. Alors même qu'il n'était pas chrétien, les facultés die Max Jacob aimaient à se tourner vers les sciences occultes; il excellait à établir un horoscope. Origène, les mystérieuses légendes de la jeunesse de Jésus, Simon le Mage, 666: le nombre abominable - nos coeurs occupés de misérables futilités ne frémissent qu'à peine aujourd'hui à ces questions angoissantes. Sans doute, l'Église fit-elle sagement en interdisant au poète converti l'examen de ces problèmes; mais l'attrait ancien que ceux-ci lui avaient offert, n'était-ce pas déjà un témoignage de son cur inquiet, un premier pas vers la foi qu'il allait bientôt trouver. Chercher Dieu jusque dans le crime, c'est le chercher encore. Les seuls êtres dont il faille désespérer, ce sont les âmes médiocres qui s'endorment sur leur quiétude. Max Jacob, réfugié dans un couvent, mène, à l'abri du monde et des intrigues, une vie des plus édifiantes. Le souvenir de ce qu'il appelle lui-même ses égarements, s'il revient parfois l'importuner, avec quel légitime orgueil peut-il lui opposer aujourd'hui son rachat par les eaux du baptême et son existence actuelle de modération, de renoncement et de piété. « Il y a plus de joie au Ciel, dit Jésus à la fête des Tabernacles, pour un pécheur qui fait pénitence, que pour 99 justes qui n'ont pas besoin de pénitence. » Que Max Jacob ait trouvé dans la foi, non une consolation ni un apaisement à son tourment intérieur, mais un espoir et une raison de vivre, c'est pour mol un des plus émouvants spectacles. Il en a acquis une simplicité nouvelle et plus raffinée, la délectation du remords s'il lui arrive encore de pécher, et cet accent singulièrement pur qu'on entend si bien dans la Défense de Tartuffe, pur à la fois et un peu faux, comme celui des fillettes énervées de la Seine. |
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MARCEL ARLAND.
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Le Disque Vert.
2ème Année, N°2. Novembre 1923. |