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PORTRAIT.
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| Il en est quelques uns qui donnent l'impression d'être formés d'une essence absolument unique. Ils semblent venir d'un autre monde. Ils empruntent quelques unes de nos façons, ils utilisent nos mots mais le son qu'ils rendent est singulier. Ils nous déconcertent. Mais nous ne nous accusons pas d'insuffisance. Nous les regardons plutôt comme des hallucinés. Nous pourrions ne pas nous tromper. Il est possible que rien venant d'eux ne soit communicable. Ce n'est, en somme, qu'en vertu de nombreux compromis et grâce à toutes espèces d'abdications, de conventions tacitement acceptées que nous parlons un langage intelligible. Si Dieu existait nous ne serions pas en état de recevoir sa parole. Et il y a de quoi s'étonner que malgré nos malentendus et tout ce qui nous sépare, nous parvenions cependant à plus ou moins nous comprendre. C'est qu'il y a en chacun de nous un certain fonds humain qui nous est commun. Ceux-là, ce fonds humain semble leur faire défaut. Ils nous apparaissent comme des imaginations pures, sans racines clans le réel, projetant leur rêve dans l'inaccessible, malhabiles parfois dans l'expression de leur pensée, rayonnant ailleurs d'une extraordinaire perfection. Ils ne nous touchent pas. Ils n'éveillent pas en flous l'écho de nos propres expériences. Nous ne nous reconnaissons pas dans leurs propos. Et pourtant quelque chose nous avertit que nous sommes en présence d'une grande âme et devant la réalisation d'une certaine forme de beauté. Or, il n'y a ni grandeur ni beauté absolument indépendantes de l'humain. Nous nous sommes donc trompés. Simplement, le rapport est ici plus lointain. Des renversements, des refoulements se sont produits qui nous ont rendu ces hommes méconnaissables. Rimbaud est de ceux-là. Et Lautréamont. |
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| Le candide Lautréamont, ivre d'amour, de perfection et d'absolu a dû, dès son jeune âge, être brutalement giflé par la destinée. Il n'en est pas revenu. Il n'a pas accepté, comme tant d'autres, que le monde ne fût pas ou ne se pliât pas à l'image de son rêve. Il a refusé de composer avec la réalité qui est médiocre, indifférente ou affreusement hostile. Il n'a pas fait de distinction. Tout lui est apparu également horrible, également méprisable puisque rien ne venait à la rencontre et au secours de son immense désir. Il n'était pas très intelligent, pas très fin. D'une seule pièce, ardent d'une seule ardeur. N'ayant pas d'objet, son amour s'est tourné en haine. Et d'autant plus farouche, qu'il était prêt à se donner totalement. Elle se répand en invectives et en blasphèmes. Elle invente un luxe inouï de cruautés raffinées. En cela encore, elle affirme sa foi dans la bonté. Une si grande impiété suppose une croyance superstitieuse dans l'existence du bien. Lautréamont était de ces romantiques à la Baudelaire qui ne trouvaient un si profond plaisir dans le mal que parce qu'ils croyaient en Dieu. Le sentiment de culpabilité possédait à ses yeux une extraordinaire et mystérieuse vertu d'exaltation. Comme il lui était désormais impossible de peupler l'univers de puissances bienveillantes il ne voyait partout que maléfices et sataniques intentions. L'angoisse rôde insidieusement dans sa conscience malade'. Il élève jusqu'à l'entité les produits de sa morbide inquiétude, il se crée une mythologie infernale afin de pouvoir lutter avec des ennemis dignes de sa puissance. Révolté, imbu de lui-même, ivre d'orgueil, il ne se juge si supérieur que parce qu'il ne voit pas la réalité du monde. Mais sa révolte est tout entière circonscrite dans le plan d'une imagination à peu près sans analogue. |
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HENRY DOMMARTIN.
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| Voir à ce propos, dans le premier chant de Maldoror, la scène qui commence par : " Une famille entoure une lampe posée sur la table 'j... On y est suspendu dans l'attente d'un événement inconnu, énorme, pressant, catastrophique. Une atmosphère d'angoisse indicible y plane assez semblable à celle qui règne dans le théâtre de Maeterlinck. Le sujet même de " l'intruse " et surtout de I' " Intérieur " prête à ce rapprochement. Maeterlinck qui éprouva un vif enthousiasme pour les chants de Maldoror vers 1885 a certainement, à cette époque, subi l'influence d'Isidore Ducasse qu'il connut personnellement. (Ne serait-ce pas lui qui communiqua à " La jeune Belgique " cette même scène de famille parue dans un numéro de l'année 1884 ?). Il est au moins curieux de constater que le principal ressort du théâtre de Maeterlinck - le mystère de l'inconnu - se trouve dans l'uvre de Lautréamont. | ||
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Le Disque Vert.
4ème Série, N°4. 1925. |