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LE RAPT DE MALDOROR
OU LA CHARMANTE RUSE. |
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| Petit matin, comme l'aile dorée du feu. - Vous voici donc pris, Gérard, dans les délicieux rêts des songes. Ah ! je ne méconnais point le pouvoir de ces fées. Mon enfance s'y consuma, mais je ne l'y consumai point. Et certes, je maudis ceux qui me détachèrent de moi-même, et qui, voulant m'apprendre à me trouver, les hypocrites, me perdirent... Mais à quelle enfance aujourd'hui ne suis-je pas sur le moment de parvenir, cette pure et forte enfance qui est la vraie vie de l'homme, car, conservant de la force jusque dans sa damnation, elle se ressent encore par là du divin, et s'y rattache . ...Ne vous fut-elle point contée, l'aventure de ce jeune littérateur, qui mit plusieurs années à comprendre Maldoror,et qui, l'ayant compris, entreprît d'en divulguer le secret dans un manifeste? |
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| La magie du verbe, je vous entends... Quelle oreille attentive à vouloir suivre (spontanément) de l'âme, le rythme qui fuit. Est-ce l'homme même qui est saisi? Ou quelque illusoire aspect? De cette ivresse verbale éclôt une faune séductrice. Notre pêche en eau trouble. Mais sous le gris des vases, comment distinguer les débris amorphes des poissons torpilles? La faveur dont jouit le Comte de Lautréamont auprès des hommes de lettres est certes bien significative. Paresse, pusillanimité ? Ou bien ce piège grossier qu'à soi-même l'on tend : accorder aux mots une si aveugle confiance qu'on s'y justifie de ne tenter point un plus héroïque approfondissement - faire de l'écriture un mode de penser (le seul) ; que dis-je ! un mode de vivre. Quelle ruse charmante : passer assez près de ce qui est essentiel pour se donner la secrète illusion qu'on le va enfin toucher, et, cependant, se borner à un compromis où trouvent leur compte de faciles ambitions, et cet artificiel goût du risque... Mais, encore une fois, non point l'homme. |
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Redécouvrir Maldoror après Rimbaud et, sans doute, avant tel romantique (allemand) de médiocre envergure, ne va point sans saveur. Cette double tendance se satisfait aisément, tendance contradictoire, il se peut hélas, bien naturelle aux demi-courages; un amour puéril, encore qu'assez touchant, de la nouveauté, et la volonté de se donner à tout prix des maîtres. Mais voilà qui ne sait tromper personne. Ce qu'expriment de tels efforts, ah ! nous le savons de reste, et combien peu nos plus valables soucis s'y trouvent intéressés. Dans un certain désarroi, où certains esprits, ne pouvant s'en rendre maîtres, se plaisent, Maldoror, et sa possible voie de salut, offre aussitôt une bien vivace séduction. La séduction la plus forte : celle de la facilité. Et de la confusion. La pensée a joué à vide, et l'on a cru voir le secret de l'âme même, là où seulement se donnaient cours les immédiates contingences et les influences les plus périssables. Non que ces Chants, en eux-mêmes, ne soient sincères, et sincère leur vertige. L'absolu désespoir de Lautréamont est une bien émouvante défaite, et qui clôt une route. Hé ! route trop aisée, et trop vite parcourue pour connaître une issue plus belle. Route aux fondements trop peu solides aussi. Les Chants de Maldoror sont une borne (et non pas de ces bornes nécessaires tremplins) où viennent buter maintes attitudes qui s'efforçaient à la vie. Peut-être l'admiration qui entoure Isidore Ducasse limite-t-elle ces attitudes plus sûrement qu'y n'eût su parvenir un définitif échec. |
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| Au reste, ce problème-ci, problème de nos humaines préoccupations, n'est que le cas particulier d'un problème infiniment plus vaste. (Énoncer un problème, je le sais bien, Gérard, ce n'est pas le résoudre : mais quelle limite n'apporterai-je pas ainsi, et dans une proportion pratiquement infinie, au nombre des solutions virtuelles). Je subis l'irréel, mais je ne le conçois pas - il est vrai; je dirai de même : je subis la confusion etc. La vie, par exemple, on l'oublie trop, n'est pas une solution mal choisie; ce n'est qu'un problème mal posé. Le sens commun s'efforce à expliquer empiriquement mes gestes : par une contiguïté, je pense, non point par une causalité. Au reste il est bien entendu que je ne saurais atteindre de causalité efficace. Ici deux attitudes me sont possibles, et, en cette opposition, un vivant débat se résume : ou prendre, ainsi qu'on s'en contente d'ordinaire, pour la causalité vraiment première, la causalité première aperçue, ou, au mieux: la dernière... ou bien tâcher à m'en approcher d'aussi près que me le permet mon esprit... |
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| - Mais je vous entends de nouveau, Gérard, je vous entends... Oui, ce que l'on a à dire peut paraître plus important que ce que l'on est; car c'est ce que l'on va être... Hélas, je ne suis pas sûr qu'il y ait d'autre sincérité que difficile; je suis moins curieux de qui je suis, que de qui je pourrais être, de qui je me sens être; je crois qu'on ne parvient pas du premier coup à ce cruel sens de soi. Du moins en ai-je le goût. Et non de quels mythes. |
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ANDRÉ DESSON, ANDRÉ HARLAIRE.
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Le Disque Vert.
4ème Série, N°4. 1925. |