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Il arrive que l'été, dans ce pays proche de la mer, soit long et fort chaud. Une année, le climat en parut changé. La verdure avait été brûlée dans les endroits les plus exposés. Les pluies d'octobre, désirées, eurent une utilité immediate. Plus tard, en décembre, une ou deux fois, le vent amena l'atmosphère du long automne du Sud, la fit régner quelques jours, puis le même vent ramenait la pluie. L'automne parut se prolonger dans les premières semaines de l'hiver, pluvieuses et ensoleillées.
Un habitant d'une grande ville, Alain, pour traduire un mouvement intime, déduisit du sens du vent et de l'adoucissement temporaire du climat, une situation imaginaire d'une partie de cette ville.
Elle s'étend très près de la limite septentrionale d'une région moyenne à laquelle succède la plaine maritime unie. Les quartiers les plus anciens, le centre des affaires et le port intérieur sont dans une vallée qui, à cet endroit, s'élargit.
Une caractéristique du développement de la ville dans les trente dernières années, c'est qu'il s'est produit dans la direction. de la vallée, mais beaucoup plus et presque uniquement vers le sud cf le sud-est, sur le plateau. Il y a là une ville neuve où un second centre s'est formé. Le plateau opposé est resté la campagne. De faibles hauteurs ondulées, couvertes de cultures, de lignes d'arbres et de quelques maisons, le terminent au nord. Elles n'ont qu'une lieue environ de large, et s'abaissent graduellement vers la plaine.
Alain les imagina, et l'extrémité rapprochée de l'autre plateau, couvertes de maisons et de jardins. Seul l'ensemble avait une signification; il le considéra sans chercher à en détailler le plan, dans un jour vif et très net.
Les premiers souvenirs d'Alain se rapportent surtout à un quartier situé dans la ville ancienne, qui fut élevé, il y a un peu plus d'une quarantaine d'années, sur l'emplacement d'un autre. Il est situe à l'est sur une partie d'une hauteur resserrée entre deux vallées. On y a la vue sur le plateau opposé.
De longues heures passées dans les chambres fermées (l'odeur des meubles et des tentures persistait dans quelques-unes), la tranquillité et le mouvement de la rue, et quelquefois le cri des marchands ambulants, les changements du jour avec la crainte de la nuit sont des souvenirs qu'Alain rattache le plus volontiers à ce quartier. Il n'a pas beaucoup changé. Peut-être la plupart y sont-ils encore possibles.
Des quelques traits généraux de ce temps-là, sensibles à un enfant, Alain retient d'abord le charme d'une société accueillante. Son caractère est assez bien exprimé par l'aspect du quartier où on la rencontrait surtout. Il a une ordonnance discrète et agréable, et une sévérité un peu officielle.
Un autre trait de ce temps-là, c'est l'espèce d'enfance, la gaité générale qui régnaient dans certaines fêtes
, populaires de la rue, qu'il semble que la ville ne reverra plus. Son unité morale est moins apparente aujourd'hui. La convenance de la vie sociale et des moeurs
à la sensibilité de l'enfant y a diminué. Mais le contraste y est nouveau et paraît définitif de la ville saine et aérée du plateau avec celle du centre, devenue en partie marché et quartier international, d'où les maiSons fermées, familiales, ont disparu presque toutes.
Un jour, Alain acheva de concevoir la partie imaginaire de la ville. Ce fut pour y signifier la vertu de son enfance. Il y fut guidé par deux désirs, le nouveau et l'ancien. Les détails de la ville correspondent à l'un et à l'autre.
A l'extrémité nord, deux voies, plus que les autres, créent une atmosphère extrêmement riante et solaire. La première est un boulevard et joint le haut du plateau et la plaine vers le nord-nord-est. Plusieurs avenues transversales et parallèles s'étagent sur la pente, sans que l'intimité de l'atmosphère diminue dans les dernières.
Sur la gauche, l'autre est un chemin étroit et paisible. Il s'éloigne vers le nord entre des haies et des murs inégaux, crépis, recouverts en partie par tes plantes. L'air y vibre. La tranquillité y est comme suspendue sur les jardins et les quelques maisons, et se confond avec celle de l'espace immense qui se découvre au nord.
Sur la hauteur, dans la proximité du port et d'un quartiers populaire, s'ouvre à certains jours celui de l'Insouciance, avec ses quelques rues et sa grand'place, bordées de maisons anciennes et modernes. Celles-ci mêlent à l'ensemble la solidité de leur façade de Pierre devenue grise et couleur de poussière. La verdure taillée des petits arbres de la place accentue un des aspects du quartier, celui de jouet. Ses rues pourraient contenir une foule. Les façades inégales et variées de briques et de pierres nues ou peintes, sont presque toutes à pignon. Quelques maisons rebâties sont en bois.
D'un hangar qui s'ouvre, à une extrémité de l'enclos, les marionnettes géantes des anciennes fêtes populaires sortent en glissant dans un rail. Leur tête est rehaussée de couleurs vives, leurs défroques ont des teintes neutres.
Le vent de la plaine, faible et si pur, qui s'élève par moments, parait local et porte la salure de la mer.
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