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Le soleil égayait ce rivage étranger
Où j'allais, un peu las.
Je vis le ciel changer.
Assombri l'horizon apparut monotone.
Bientôt ce fut comme l'annonce de l'automne
Sur la mer sans attrait, dans ce Nord inconnu.
Les arbres, sur la dune où j'étais revenu, étaient droits, assez hauts, et dominaient la plage;
Mais les pins, dans les bois entourant un village,
En cet après-midi tranquille et sans éclat,
Rappelaient par leur port la fraîcheur du climat.
Leur écorce mêlait sa teinte presque gaie
Au jour doux, attirant, de la haute futaie
Qui faisait désirer l'approche de la nuit,
Un jour spirituel pour l'âme qui languit,
En qui renaît alors un pouvoir, et qui songe
Ce lieu presque idéal où le soir se prolonge.
Dans ce bois sans chemins, sans buissons, mais secret,
Qui semblait un morceau de l'antique forêt,
Le sol comme feutré réduisait ma présence.
J'allais, je me perdais dans le profond silence,
Et soudain je rêvais que, surgi de l'instinct,
Se révélait en moi quelque ancêtre lointain,
Chasseur et bûcheron d'une tribu côtière.
J'avançais incertain, et je vis la lisière.
L'horizon limité, que donnait cet endroit,
Me ramenait à l'août tardif d'un pays froid.
Des blés étaient encor sur pied, d'autres en gerbes.
Je voyais devant moi, contre les pins superbes,
Un champ qu'on labourait.
Sur le sol presque noir,
Et dans ce demi-jour qui précédait le soir,
Un cheval approchait en tirant la charrue.
Sa chair, si près de moi tout à coup apparue,
S'imposa, me troubla, si bien que ce cheval
Me sembla presque étrange et bien moins animal.
Et sa tête soudain s'effaça dans ma vue;
Au-dessus du poitrail une forme imprévue,
Le corps nu de Freya, parut dans le plein jour,
Très blanc, obscurcissant les choses alentour,
Visage primitif de l'amante éternelle,
Spectacle d'un instant, vision trop charnelle.
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Qu'une image de ville écarte de mon songe
Les signes trop précis d'un milieu paysan!
Cette apparition que mon désir prolonge
Je la veux accorder au monde d'à présent.
Un automne très doux laisserait ma pensée
Embellir quelquefois avec de l'irréel
La grande ville, où la nature est effacée.
Je me rappellerais mon rêve sensuel.
Dans un quartier lointain, que ses maisons nouvelles
Et ses jardins feraient charmant et curieux,
Je sentirais l'élan de forces actuelles
Par le luxe et le goût s'imposant à nos yeux.
J'apercevrais au bout de la rue une place
Où lâché trotterait un cheval élégant,
Et je saurais qu'il n'est qu'une image fugace,
Et l'annonciateur d'un charme différent.
Cette place serait agréable, déserte,
Et dans un jour voilé de l'arrière-saison.
J'arriverais tout près d'une porte entrouverte,
Et l'étrange cheval longerait la maison.
Au fond du corridor plaisant et secourable
Où soudain j'entrerais pour me garer de lui,
Freya serait debout, attentive, semblable
A telle jeune fille ou femme d'aujourd'hui. |
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