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La vitesse sattardait dans les miroirs |
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Il semblerait que veuillent se décharger sur des organes danalyse certaines fonctions de synthèse. |
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Lhomme en proie à la vitesse, semble, aujourdhui, exiger de luvre dart un désistement de son attention au profit de son appétit sensuel. |
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Aveugle de trop voir, sa mémoire au bout des doigts, il avance entre les bolides, avides de fatalités, de solutions magiques. Il retourne à lenfance jouer avec le feu. |
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Cela se passe comme si la spécialité particulière à chacun de ses sens ne devait plus, dans le cerveau, accéder aux rencontres où sordonne la synthèse. La synthèse et le merveilleux. Aveugle, pour voir léclair, il palperait la foudre. |
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" Lhomme va et vient ", disait-on. Ainsi, apparemment, se conduisait-il, tant quil lui était donné de se voir venir. |
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Aujourdhui, lhomme va. Il va, il va vite faire ceci, en pensant à cela quaussi il devra vite faire ; pour, ainsi de suite, ne cesser de faire en vitesse les choses ; celles-ci ne cessant de ly contraindre. Il se dépêche de profiter de ses loisirs, de son repos ; il passe la nuit en trombe, il veut rêver vite ; il craint toujours den perdre un morceau, une stratification de ce puzzle à trois dimensions que sa vie achevée il aura vécu comme un éclatement à rebours. |
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La longévité de lhomme sest accrue, sa vie est de plus en plus brève. La foudre est trop lente pour qui vit sous le signe de léclair. |
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E cette vitesse généralisée, universalisée, nous traversant, bondissant dans notre travail, dans notre repos, nous entrons dans le royaume de limmobilité. Le décor accompagne ou sagite en tous sens, de telle sorte que nétant plus par rapport à lui, sorti de lui comme dune base de départ, mais environné de ses états nouveaux, nous ne le reconnaissons plus et, perdons toutes mesures de notre progrès. |
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Ne se voyant déjà plus en mouvement, et pressentant la mort dans les signes dont se charge limmobilité qui le gagne, lhomme projette un au-delà, appelle fulgurance sa décomposition. Par lambeaux il sen va dans le décor qui le mange, et mystique, il ne se révolte plus, il anthropomorphise le décor. Il entre dans larmée du salut de lart abstrait. Il bonimente à en endormir la foudre. |
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Pour, dit-il, acquérir plus de liberté, pour être plus grand dans son moi, plus entier dans sa chair, il sen va confondre en sa signature le jeu débridé de ses réflexes. Il sinscrit dans un monde rapide, il souscrit à sa vitesse, il en endosse la contrainte. Il coupe alors en deux le réel, Substance et Essence, il entre en moyen âge, il entre en religion. Avec tout le rituel de la cybernétique, il se voue au mythe des réflexes et parle de leurs magies. Le temps qui passe, le temps qui court, le temps nexiste plus ! Nous serions dans le temps du temps éclaté où la vitesse sest abstraite, où il est loisible, paraît-il, de trouver le chemin vierge qui va du signe à la chose. O alouette ! |
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Le réel ainsi amputé se désintègre et sa dialectique cède à la métaphysique, le champ du néant qui en résulte. |
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Paul Bourgoignie |
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1958.
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