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LES GUÊPES d'Aristophane |
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| Au fond de l'Orchestra, la maison de Philocléon, à Athènes, la nuit (v. 2). Le logis est entièrement entouré d'un filet (v. 131). Sur le toit en terrasse Bdélycléon est couché endormi (v. 68). En bas, devant la porté, deux serviteurs sont assis de chaque côté et veillent en luttant contre le sommeil. Le second serviteur s'endort. | |||
| LE PREMIER SERVITEUR | - (Le réveillant.) Hé, toi!Qu'est-ce qui te prend, malheureux Xanthias? | ||
| LE SECOND SERVITEUR | - (Revenant à lui.) Je m'apprends à cesser une garde de nuit. | ||
| LE PREMIER SERVITEUR | .- C'est donc que tu es en reste avec tes côtes d'une bonne volée. Sais-tu au moins quel animal nous gardons là? | ||
| LE SECOND SERVITEUR | - Je le sais, mais je désire oublier un peu mes soucis. | ||
| (Il se rendort) | |||
| LE PREMIER SERVITEUR | - Eh bien, cours-en le risque; d'ailleurs moi aussi je sens sur mes prunelles se répandre je ne sais quelle douceur de somnolence. | ||
| LE SECOND SERVITEUR | - (Le voyant qui baisse la tête par à-coups.) - Mais es-tu fou, je te prie, ou pris du délire des Corybantes? | ||
| LE PREMIER SERVITEUR. | - Non pas, mais un sommeil me tient, qui vient de Sabazios. | ||
| LE SECOND SERVITEUR | -Alors tu sers le même Sabazios que moi.. Car moi aussi tout à l'heure j'ai senti fondre sur mes paupières, comme un Mède, un sommeil branlant; et, ma foi, j'ai eu un songe merveilleux, tout à l'instant. | ||
| LE PREMIER SERVITEUR | - Et moi aussi, vrai, comme je n'en ai eu de ma vie. Mais parle, toi, le premier. | ||
| LE SECOND SERVITEUR | - Il me semblait qu'un aigle s'abattait sur l'Agora, un aigle énorme; ayant saisi dans ses serres un bouclier couvert d'airain, il l'enlevait bien haut dans le ciel; puis, ce bouclier, je le vis jeter par Cléonymos. | ||
| LE PREMIER SERVITEUR. | -Il n'y a donc pas de différence entre un griphe et Cléonymos. Devinez ce que je veux dire, proposera quelqu'un aux convives : le même animal sur terre et dans le ciel et sur mer a jeté son bouclier ». | ||
| LE SECOND SERVITEUR. | - Hélas ! quel malheur va donc m'arriver, que j'ai eu une pareille vision en songe? | ||
| LE PREMIER SERVITEUR. | - Ne t'inquiète pas. Il n'arrivera rien de fâcheux, non, par les dieux. | ||
| LE SECOND SERVITEUR. | - C'est une chose terrible, je suppose, qu'un homme qui a jeté ses armes. Mais à ton tour raconte le tien. | ||
| LE PREMIER SERVITEUR | - Ah ! c'est un grand rêve : il concerne le vaisseau de l'État entier. | ||
| LE SECOND SERVITEUR | - Expose vite le fond de l'affaire. | ||
| LE PREMIER SERVITEUR | - Il me sembla, dans mon premier sommeil, qu'il y avait dans la Pnyx une assemblée de moutons siégeant ensemble, avec bâtons et manteaux courts. Puis ces moutons, à ce qui me parut, étaient harangués par un mastodonte prêt à tout avaler, lequel avait une voix de truie flambée. | ||
| LE SECOND SERVITEUR | - Pouah! | ||
| LE PREMIER SERVITEUR | - Qu'y a-t-il? | ||
| LE SECOND SERVITEUR | - Assez, assez, ne parle pas. Ton -songe pue horriblement le cuir pourri. | ||
| LE PREMIER SERVITEUR | - Ensuite cette canaille de mastodonte, avec une balance, pesait de la graisse... de boeuf. | ||
| LE SECOND SERVITEUR. | - Misère de moi ! : C'est notre « Grèce » qu'il veut diviser. | ||
| LE PREMIER SERVITEUR | - Et il me semblait que Théôros près de lui était assis par terre et avait une tête de corbeau. Puis Alcibiade me dit en grasseyant" : « Tu vlois? Théôlos a une tête de colbeau » | ||
| LE SECOND SERVITEUR. | - C'est avec justesse qu'Alcibiade a grasseyé cela. | ||
| LE PREMIER SERVITEUR. | - N'est-ce pas là une chose étrange ? Théôros devenu corbeau! | ||
| LE SECOND SERVITEUR | - Du tout; c'est parfait | ||
| LE PREMIER SERVITEUR | - Comment? | ||
| LE SECOND SERVITEUR. | - Comment? D'homme qu'il était il devient tout à coup corbeau. N'est-ce pas évident qu'il faut conclure que s'enlevant de parmi nous il s'en ira aux corbeaux ? | ||
| LE PREMIER SERVITEUR. | - Après cela, je ne te donnerais pas deux oboles de salaire, à toi qui interprètes si habilement les songes ? | ||