UNE
APPROCHE TRADITIONNELLE NE PERMETTRA PAS DE CERNER LES LIENS PRECIS
ENTRE VIEILLISSEMENT ET CANCER
AU
NIVEAU INTRACELLULAIRE DE NOMBREUX FACTEURS ETIOLOGIQUES SONT COMMUNS
A LA SENESCENCE ET AU CANCER
L'APPORT
DE LA BIOLOGIE MOLECULAIRE EST ESSENTIEL POUR INTERPRETER LA RELATION
ENTRE VIEILLISSEMENT ET CANCER
DEFICIENCE
IMMUNITAIRE ET AVANCE EN AGE. QUELLE RELATION AVEC L'INCIDENCE DES
CANCERS ?
NUTRITION,
VIEILLISSEMENT ET CANCER ? LE MODELE DE RESTRICTION CALORIQUE FOURNIT
UN EXEMPLE CARICATURAL
LE
VIEILLISSEMENT : UN ROLE DANS L'INVASION ET LES METASTASES
?
EN
CONCLUSION
Il est désormais admis par tous que
lincidence de la plupart des cancers augmente avec
lavance en âge (1,2). Mais bien des questions restent
encore en suspens. Elles sont pourtant fondamentales :
Est ce que lexposition à des agents carcinogènes
à un âge plus avancé augmente le risque de voir
se développer des cancers ? Lincidence du cancer
est-elle uniquement dépendante de limportance de
lexposition, en intensité et durée, ou bien le
vieillissement apporte-til, en variable indépendante, sa
contribution chronologique? Autant de questions encore en suspens,
même si les enquètes épidémiologiques
montrent bien le rôle significatif de lâge dans le
développement de la plupart des cancers.
Pourtant de telles questions deviennent essentielles : en effet, il
conviendra de concevoir des actions préventives et
adaptées face au vieillissement de la population, et des
pathologies associées, dans nos pays occidentaux. Avec plus de
30% de personnes âgées de plus de 65 ans contre 18% pour
la moyenne française, la région niçoise fournit
une situation typique, en préfigurant déja la crise
sanitaire et démographique attendue en Europe vers les
années 2010.
UNE APPROCHE
TRADITIONNELLE NE PERMETTRA PAS DE CERNER LES LIENS PRECIS ENTRE
VIEILLISSEMENT ET CANCER
Nous savons que létiologie du cancer est sous la
dépendance dune cascade dévènements
successifs regroupant linitiation, la promotion et la
progression du processus tumoral.
Linitiation est dépendante soit daggressions
chimiques, soit de leffet des radiations ou encore dune
atteinte virale sur le génome cellulaire. La promotion est
aussi associée à des agressions physico-chimiques
surajoutées à latteinte biologique
préexistente. Enfin la progression et lapparition de la
néoplasie restent finalement le point le moins bien compris,
en particulier la relation éventuelle entre la
prévalence de lapparition des métastases et
lavance en âge.

Aboutir à une meilleure connaisance des facteurs
étiologiques communs au vieillissement et au cancer
permettrait de mieux interpréter les relations temporelles
entre les deux processus. En effet , 3 possibilités peuvent
être envisagées, comme le montre la figure 1.
- soit lincidence relative de lapparition dun cancer est strictement dépendante du temps dexposition à un facteur de carcinogénèse.
- soit lincidence, pour un temps dexposition donné, est uniquement dépendante de lâge auquel lorganisme a été soumis à lagent carcinogène. Dans cette deuxième éventualité pour une même durée, lexposition à un âge plus avancé devrait accroître la fréquence dapparition du cancer.
- enfin un cas intermédiaire est également possible, lavance en âge et le vieillissement ne contribuant que partiellement à laugmentation de lincidence du cancer .
Il est cependant impossible avec les techniques
épidémiologiques ou de recherche biologique
conventionnelle de conclure et de déterminer la part relative
liée au vieillissement de celle liée à
létiologie du cancer.
Les travaux comparatifs dinduction tumorale entre des animaux
âgés et des animaux plus jeunes ont fourni des
résultats très divergeants. Pour certains (3) une
injection unique de dérivés nitrés chez la
souris de 24 mois est susceptible dinduire des tumeurs dans 20%
de la population traitée, alors que la même injection
est sans effet significatif sur les souris dun âge
inférieur à 12 mois. Inversement dautres auteurs
ont démontré que lapparition de papillomes
cutanés chez la souris après application topique et
continue de benzopyrène sur la peau, était uniquement
dépendante du temps dapplication et non de
lâge des animaux (4). Dans dautres
expériences (5), et avec un schéma où un
dérivé danthracène est appliqué en
topique sur la peau pendant un temps limité à 15 jours,
la fréquence dapparition des tumeurs induites semble
diminuer avec lâge plus grand des souris.
De très nombreux facteurs sont susceptibles dexpliquer
de telles variationss (différences despèces ou de
lignées, nature variable des agents utilisés et des
voies dadministration, durée de contact, etc).
En fait dautres questions fondamentales se posent au travers de
ces expérimentations contradictoires :
- Que signifie réellement le grand âge chez lhomme, à plus forte raison chez lanimal dexpérience ? Quelle est la validité des temps expérimentaux choisis ?
- Quelle est loccurence des autres maladies sur le taux de survie, indépendemment du carcinogène et du vieillissement per se ?
- Quelle adéquation dans le choix des méthodes danalyse statistique ?
Pour résoudre de telles questions, de nouvelles
études seraient requises, avec des échantillons
nettement plus larges, avec des appariements adaptés entre les
différentes classes dâge, avec un meilleur
contrôle des expositions aux carcinogènes, avec un
contrôle plus grand du statut fonctionnel et biologique des
animaux dexpérience, etc.
En outre, les profils des courbes dincidence âge-cancer
sont souvent complexes et difficiles à interpreter. Ces
profils varient largement avec le type de cancer, mais aussi
dune population à lautre pour un même type
de tumeur. En fait il est clair quune exposition plus ou moins
précoce à des carcinogènes ne peut clairement
expliquer lincidence variable du cancer avec lâge
(6). Les interactions sont beaucoup plus complexes. Sinon la question
quil conviendrait de renseigner serait : quels sont les
facteurs impliqués dans le vieillissement susceptibles de
venir influencer linitiation, la promotion et la progression
dune tumorogénèse?
Un travail très récent (7) démontre bien la
relation entre la durée de vie et la
carcinogénèse : quatre injections de Bromodeoxyuridine
échelonnées dans les 3 premières semaines de la
vie chez le rat réduisent très significativement la
durée de vie des animaux tout en augmentant lincidence
des néoplasies et en diminuant la latence dapparition
des tumeurs. Plus intéressant est de constater que les effets
observés persistent dans la descendance. Il est donc
concevable denvisager prochainement des modèles
expérimentaux de vieillissement accéléré
à forte incidence de cancer.
AU NIVEAU
INTRACELLULAIRE DE NOMBREUX FACTEURS ETIOLOGIQUES SONT COMMUNS A LA
SENESCENCE ET AU CANCER
Un meilleure connaissance des différents stades de
développement des cancers est essentielle si on admet que
linitiation et la promotion sont sûrement des
phénomènes datteinte irréversible du
génome alors que la progression implique des
altérations potentiellement réversibles de
lexpression génique et de la prolifération
cellulaire. En effet, cette constatation est alors à
rapprocher de nos connaissance biologiques sur les facteurs de
vieillissement : si les facteurs de contrôle de la
longévité dune espèce sont en grande
partie programmés et fixes, les mécanismes de
sénescence sont au contraire beaucoup plus variables et
dépendent surtout de facteurs liés à
lenvironnement ; ils sont multiparamétriques et en
partie modulables, comme le montrent les nouvelles approches
expérimentales de sénescence in vitro (8,9).
Dès lors on ne peut plus être surpris par une
identité fréquente entre les facteurs de
carcinogénèse et ceux impliqués dans le
vieillissement. La figure N° 2, résume les principales
relations potentielles.

LAPPORT DE LA BIOLOGIE MOLECULAIRE EST
ESSENTIEL POUR INTERPRETER LA RELATION ENTRE VIEILLISSEMENT ET CANCER
Les travaux en biologie cellulaire et en
génétique moléculaire fournissent des
renseignements plus précis. Ils démontrent clairement
que plusieurs mécanismes sont impliqués
simultanément dans le vieillissement et le cancer. Nous
aborderons quelques axes essentiels.
VICIATION DE LA PROLIFERATION CELLULAIRE
Même si les sens de variations sont différents, la
prolifération et la différenciation cellulaire sont
modifiées dans le cancer comme au cours du vieillissement (10,
11). Cest labsence de phosphorylation dune
protéine (p110rb) codée par le gène du
rétinoblastome qui entraine larrêt des cellules en
phase G1 sur le fibroblaste humain sénescent en culture. En
fait le gène du rétinoblastome (rb) représente
le facteur limitant de létape dinitiation du cycle
cellulaire et dinduction de la phase S ; il contrôle
lexpression des gènes en aval de plusieurs cyclines.
Linactivation ou la délétion du gène rb
dans le rétinoblastome et bien dautres tumeurs est en
partie responsable de la tumorogénicité. Inversement,
la réintroduction du gène sauvage sur des cellules de
rétinoblastome en culture ou sur des cellules issues
dostéosarcomes supprime la tumorogénicité.
Des travaux plus récents montrent que le problème est
beaucoup plus complexe. De nombreux gènes contrôlant la
progression G1-->S sont modifiés à la fois dans les
cellules sénescentes et dans les cellules transformées
(12).
Il est donc clair que létape dinitiation de la
phase S, son contrôle par les gènes de type rb ou
apparentés permettra de mieux cerner la relation
Vieillissement/Cancer à léchelle de la croissance
cellulaire.
LEXPRESSION DES ONCOGENES
Les oncogènes ont été impliqués dans
lapparition de nombreux cancers et leur surexpression
précède souvent la progression dune
néoplasie. Ce phénomène a largement
été démontré pour ras (13) qui est
probablement suractivé au hasard des effets
délétères dun carcinogène, ou
derreurs sporadiques et spontanées de la replication
cellulaire. Ultérieurement, les cellules contenant le
ras suractivé pourront entrer dans la promotion
néoplasique pour peu que dautres altérations
génétiques surviennent ou tout simplement pour peu que
le niveau dexpression différentielle dautres
oncogènes soit perturbé. De telles variations des
niveaux dexpression des oncogènes surviennent au cours
du processus de sénescence et sont parfaitement à
même dexpliquer la promotion néoplasique. En
effet, aussi bien in vivo que in vitro il est possible
dobserver des variations de lexpression des
oncogènes. Cest en particulier le cas pour Jun et Fos
dans les lymphocytes de patients âgés (14). Certains
travaux plus fins de biologie moléculaire sur des fibroblastes
cultivés selon le principe de Hayflick (8) montrent clairement
la relation possible entre Vieillissement et Cancer, avec par exemple
une baisse dexpression du complexe oncogénique jun/fos
(AP1) après lentrée des cellules en
sénescence, avec simultanément la surexpression de
ras , une sous-expression du gène p53 et inversement la
surexpression de myc (15). La figure 3 explicite ces
changements. Ils démontrent bien que les variations
oncogéniques observées dans la sénescence
cellulaire peuvent faciliter le développement du cancer. Cette
observation est aussi à rapprocher dun travail princeps
plus ancien (16) montrant que la transformation du polype colorectal
bénin en carcinome métastasiant saccompagnait de
délétions sur les chromosomes 5, 17 et 18, avec des
signes dhypométhylation de lADN et une activation
du gène ras . Il sagit bien
dévènements cellulaires et moléculaires
reliés au temps et à lavance en âge des
patients, avec des variations proches des observations
effectuées in vitro sur le fibroblaste sénescent.

Les travaux sur le gène suppresseur codant pour la p53 sont
également particulièrement instructifs (17). Dans le
syndrome de Li-Fraumeni, alors que toutes les membres de la famille
sont porteurs de mutations du gène p53, certains individus ne
développent pas un cancer ou alors développent une/des
tumeur(s) très tardivement dans leur vie. Cette constatation
suggère bien quil faut que dautres mutations ou
dautres viciations dexpression cellulaire surviennent
pour assurer la transformation en cellule cancéreuse. On peut
alors admettre que les variations dexpression induites au
hasard au cours de lavance en âge (théorie
stochastique du vieillissement) peuvent représenter les
facteurs promotionnels de développement du cancer.
Mais des travaux encore plus récents (18) montrent que la
régulation oncogénique est encore plus complexe. Des
variations dexpression propres à la sénescence
cellulaire peuvent synergiquement agir sur la supression tumorale.
Cest ainsi que les récepteurs à lacide
rétinoique des fibroblastes humains sénescents
répondent par une surexpression (up
régulation), parallèlement à une
répression de c-fos. Le phénomène est
très net pour les récepteurs beta-2 à
lacide rétinoique. Dans ce cas il faudrait envisager un
rôle protecteur partiel du vieillissement
cellulaire face au risque de cancer.
Il faut surtout citer linitiation alternative de la
traduction.Sans pouvoir en détailler les mécanismes
dans cette brève revue générale il faut noter
que la séquence 5 non traduite riche en CG peut
contrôler la traduction disoformes du même peptide
en imposant linitiation sur un codon AUG
déterminé. Mais une entrée latérale de la
sous unité 40S sur le messager peut également se
produire par reconnaissance dun codon initiateur CUG.
De tels mécanismes sont connus pour le FGF (35), pour le
gène c-Myc (36), le PDGF, le TGFß ; également
pour lornithine décarboxylase dont on connait
limportance dans la régulation de la
prolifération des épithéliums digestifs (37). Il
est encore plus essentiel de noter que linitiation alternative
peut être à lorigine dun devenir
différent, nucléaire ou cytoplasmique, de certains
peptides régulateurs comme le FGF (38). En outre des
initiations sur codon AUG peuvent induire une traduction constitutive
et la transformation cellulaire, tandis que linitiation sur
codon CUG aboutit à limmortalisation de la lignée
cellulaire (39).
A coté de lépissage alternatif comme moyen subtil
de contrôle transcriptionnel, il est donc évident
quil faudra mieux cerner les processus de traduction
alternative pour mieux comprendre les relations Vieillissement /
Cancer au regard de la prolifération cellulaire.
AUTRES ALTERATIONS CELLULAIRES LIEES A LAGE, POUVANT
CONTRIBUER A LINITIATION / PROMOTION DE LA CARCINOGENESE
On ne peut toutes les décrire et nous nous contenterons de les
citer, renvoyant le lecteur à dautres articles (19
).
Il peut sagir de :
- Déficience des mécanismes de réparation du DNA ; Diminution de la fidélité de la DNA polymérase ; Modification des méthylations de lADN.
- Variations dans la structure des protéines et modifications transcriptrionnelles (épissage alternatif).
- Modification de la fidélité et du rendement de la synthèse ribosomale (en particulier le facteur délongation EF1).
- Modifications des niveaux dimprégnation hormonale. Désadaptation des mécanismes de régulation du niveau des récepteurs
- Augmentation des dommages radicalaires et oxydatifs
- etc.
Nous voudrions seulement insister sur un point. De plus en plus la sénescence mitochondriale est incriminée dans le processus global de vieillissement cellulaire et tissulaire. Les arguments et les travaux sont encore peu nombreux pour percevoir le role éventuel de la mitochondrie dans lincidence du cancer avec lâge (20). Néanmoins linsertion de fragments dADN mitochondrial au sein du génome de la cellule hôte par des mécanismes complexes, représente une voie détude nouvelle.
DEFICIENCE IMMUNITAIRE ET
AVANCE EN AGE. QUELLE RELATION AVEC LINCIDENCE DES CANCERS
?
La déficience des fonctions immunitaires avec
lavance en âge a depuis longtemps été
incriminée dans lincidence accrue des cancers avec le
vieillissement (21).
Cependant; il faut demblée souligner que de nombreux
arguments viennent infirmer ou du moins nuancer le rôle
dune déficience immunitaire sur la prévalence du
cancer avec lâge.
Pourquoi les patients immuno déficients ne
développent-ils pas une plus grande variété de
cancers, comme cela se voit dans le grand âge ; pourquoi
sont-ils plus spécifiquement touchés par des lymphomes
ou des syndromes de Kaposi ? Ou bien, pourquoi de nombreux patients
immuno déficients ne développent aucune tumeur ?
Malgré ces interrogations volontairement excessives,
dautres données accréditent limportance
dun déficit immunitaire chez la personne
âgée pouvant participer à laugmentation de
lincidence des cancers (22).
Le vieillissement immunitaire est caractérisé non
seulement par une diminution progressive de la défense aux
néo-antigènes mais aussi par une augmentation de la
réponse aux auto-antigènes . Ce phénomène
est également nommé le paradoxe immun du
vieillissement. La figure 4 résume le
phénomène. En fait cette situation explique quune
immuno déficience pourrait se solder par une plus grande
incidence de cancer dans la première partie de la vie, et
proportionnellement par une incidence relative plus basse en fin de
vie (23).
Mais le problème est incomplètement cerné. Le
sytème immunitaire est non seulement loutil de
défense contre les infections mais aussi un système
participant à la régulation de
lhoméostasie. Dans ce deuxième rôle le
système immunitaire fonctionne en synergie avec le
système endocrinien et nerveux. Le thymus joue un rôle
essentiel dans limmunité ; son involution est
également sous dépendance neuroendocrinienne. Or nous
connaissons bien limpact de linvolution thymique dans le
vieillissement immunitaire. Il conviendrait donc chez la personne
âgée dexplorer plus globalement lensemble
des interactions du système immunitaire (24), en particulier
les interactions nerveuses et hormonales, si nous voulons mieux
cerner les relation éventuelles entre cancer et
vieillissement.

NUTRITION, VIEILLISSEMENT ET CANCER ? LE
MODELE DE RESTRICTION CALORIQUE FOURNIT UN EXEMPLE
CARICATURAL
La restriction calorique est désormais bien connue pour
prolonger la durée de vie chez de nombreux animaux de
laboratoire tout en diminuant lincidence des cancers et en en
retardant lapparition (25). La figure 5 illustre clairement
cette relation chez la souris.
Certains pensent que si lincidence des cancers était une
fonction exclusivement dépendante dagents
carcinogènes, la relation liant lavance en âge au
cancers ne devrait pas être altérée par la
restriction calorique. La plupart des travaux infirment cette
hypothèse et démontrent au contraire une relation
significative entre la consommation calorique et lincidence de
survenue des tumeurs.
Nos connaissance sur le retentissement biologique de la restriction
calorique ont grandement progressé ces dernières
années. Nous savons désormais que cest bien la
restriction calorique per se qui joue un rôle, et non
linfluence de nutriments spécifiques. Nous savons
surtout que la restriction calorique est capable de sopposer
à la majorité des facteurs impliqués dans le
vieillissement cellulaire. Ainsi, la restriction calorique restaure
en partie le déficit en réparases survenant avec
lâge, limite la perte (en terme de capacité mais
aussi daffinité) de nombreux récepteurs, limite
les peroxydations lipidiques et la tendance à la
rigidification des membranes, maintient un meilleur niveau
dactivité des enzymes impliquées dans la lutte
contre les radicaux libres (SOD, Gluthation peroxydase, etc),
favorise une meilleure homéostasie et en particulier limite la
diminution des taux dhormone de croissance et dIGF(s),
etc (26 ).

La réduction de lapparition de tumeurs nest alors
plus surprenante : le facteurs cités étant aussi
susceptibles dinfluencer, pour un grand nombre, la promotion
tumorale (voir figure 2).
Pour expliquer cette relation entre la restriction calorique et la
survenue du cancer, la diminution de production de radicaux par
limitation du métabolisme oxydatif semble être
lhypothèse la plus plausible et actuellement la mieux
argumentée (27).
Néanmoins, si le modèle de restriction calorique permet
détablir de façon certaine une relation entre la
nutrition, lâge et le cancer, il est bien évident
quon ne peut lextrapoler à lHomme, a
fortiori, envisager des recommandations diététiques
immédiates (la restriction alimentaire efficace chez
lanimal est en général de 50%).
Mais il est également bien établi que dautres
facteurs diététiques et nutritionnels peuvent
influencer la durée de vie et lincidence des
pathologies, en particulier le cancer (28). Des articles
récents montrent bien que lapport de certains
micronutriments ou la recherche dun meilleur équilibre
alimentaire pourraient tenir une place privilégiée dans
une attitude préventive (29-32). La compensation du
déficit fréquent en gluthatione chez lhomme
âgé (action anti radicalaire) mériterait
dêtre testée. Le rôle de la vitamine E est
également envisageable. Dautres auteurs suggèrent
quune alimentation équilibrée et surtout non
déficiente en protéines dans le jeune âge
pourrait mieux préserver la fonction thymique, avec une
meilleure maturation immunitaire au grand âge. Un
métabolisme déficient de lhomocystéine
(absence dinactivation par conversion sous forme de sulfate)
est également suspecté, avec pour conséquence un
accroissement des atteintes oxydatives des lipides et des
protéines dans les cellules sénescentes. Or le
contrôle du métabolisme de lhomocystéine
est dépendant de plusieurs facteurs et en particulier des
vitamines du groupe B, de lacide ascorbique, de la thyroxine et
de lhormone de croissance. Nous savons bien quune
déplétion de ces diférents facteurs peut
survenir avec lavance en âge.
LE VIEILLISSEMENT : UN ROLE DANS
LINVASION ET LES METASTASES ?
Il est classique dadmettre que le risque métastatique
saccroit avec lâge au moins au pro rata de
lincidence du cancer. Mais lassertion nest pas
aussi certaine. Les processus de fibrose souvent plus importants chez
le vieillard, une néovascularisation souvent moins grande
peuvent sopposer à la déficience immunitaire
relative ou à un accroissement des capacités
prolifératives tumorales. Dailleurs, certains travaux
expérimentaux montrent que les métastases peuvent
apparaître et saccroître plus lentement chez
lanimal âgé. Cest le cas du mélanome
B16 transplanté sur le rat (33).
En fait, nous navons pas une connaissance suffisante des
variations pouvant survenir dans la cascade métastatique chez
la personne âgée, à plus forte raison au cours du
vieillissement pathologique (linfluence des états
inflammatoires accompagnés de grandes dénutrition chez
le vieillard, avec un déséquilibre des synthèses
protéiques au profit de la production de certaines cytokines
et/ou de peptides régulateurs modifiant la croissance et la
différenciation, mériterait dêtre
étudié face à, lincidence du cancer) .
Compte tenu de nos connaissances sur les variations de
lexpression des protéines avec lâge (aussi
bien au niveau ante que post-traductionnel), il est logique de penser
que dans la cascade métastatique, cest
létape de protéolyse qui méritera
dêtre particulièrement étudiée au
cours du vieillissement.
Il faut bien reconnaitre que nos connaissances sont quasiment
spéculatives dans ce domaine. Cest pourtant un des axes
prometteurs en recherches fondamentales et pharmacologiques pour
mieux interprèter la relation âge/cancer (34).
EN
CONCLUSION,
Les relations potentielles entre la biologie du vieillissement et le
cancer ont été fréquemment
étudiées. Il ne fait aucun doute que le taux de
survenue de la plupart des cancers augmente avec lâge,
donc que le processus cancéreux comme les mécanismes du
vieillissement sont tous les deux liés à la variable
temps. Mais le réel impact des paramètres biologiques
du vieillissement sur le développement du cancer restent
encore trop souvent équivoques, même si ces
dernières années nos connaissances ont
réellement progressé.
Un certitude est cependant acquise : dans cette composante complexe
et multiparamétrique, ce sont bien les facteurs
extrinsèques, donc environnementaux, qui lient intimement
âge et cancer. Les effets de la restriction alimentaire sur
laccroissement de longévité et la diminution
numérique des cancers constitue un des meilleurs exemples
expérimentaux.
BIBLIOGRAPHIE :
1 - Hart RW, Turturro A - Overview of cancer and aging - a
mechanistic perspective. Exp. Gerontology, 27, 567-574, 1992.
2 - Yancik R, Ries LA - Cancer in older persons - Magnitude of the
problem - How do we apply what we know? Cancer, 74, 1995-2003,
1994.
3 - Zimmerman JA, Trombetta LD, Carter TH, Weisbroth SH - Pancreatic
carcinoma induced by n-methyl-n-nitrosourea in aged mice.
Gerontology, 28,114-122, 1982.
4 - Peto R, Row FJC, Lee PN, Levy L, Clacck J - Cancer and aging in
mice and men. Br. J. Cancer, 32, 421-426, 1975.
5 - Stenback F, Peto R, Shubik P - Initiation and promotion at
different ages and doses in 2200 mice. II- decrease in promotion by
TPA with aging. Br. J. Cancer, 44, 15-23, 1981.
6 - Dix D - The role of aging in cancer incidence : an
epidemiological study. J. Gerontol., 44, 10-18, 1989.
7 - Anisimov VN, Osipova GY - Life span reduction and carcinogenesis
in the progeny of rats exposed neonatally to
5-bromo-2-deoxyuridine. Mutation Res., 295, 113-123, 1993.
8 - Hayflick L - The limited in vitro lifetime of human diploid cell
strains - Exp. Cell. Res. 31, 614-636, 1965,.
9 - Toussaint O, Houbion A, and Remacle J - Aging as a multi-step
process characterized by a lowering of entropy production leading the
cell to a sequence of defined stages II Testing some predictions on
aging human fibroblasts in culture - Mech. Ageing Dev., 65, 65-83,
1992.
10 - Porter MB, Pereira-Smith OM, Smith JR - Novel monoclonal
antibodies identify antigenic determinats unique to cellular
senescence. J. Cell Physiol, 142, 425-433, 1990.
11 - Stein GH, Beeson M, Gordon L - Failure to
phosphorylate the retinoblastoma gene product in senescent
human fibroblast. Science, 249, 666-669, 1990
12 - Lucibello FC, Sewing A, Brusselbach S, Burger C, Muller R -
Deregulation of cyclin-D1 and cyclin-E and suppression of cdk2 and
cdk4 in senescent human fibroblast. Journal of Cell Science, 105,
123-133, 1993
13 - Kumar R, Sukumar S, Barbacid M - Activation of ras oncogenes
preceding the onset of neoplasia. Science, 248, 1101-1104, 1990.
14 - Song L et al : Expression of c-fos , c-jun and jun B in
peripheral blood lymphocytres from young and elderly adults; Mech.
Ageing and Development, 1992, 65, 149-156.
15 - IrvingJ, Feng JL, Wistrom C, Picaart M, Villeponteau B - An
altered repertoire of fos/jun (AP1) at the onset of replicative
senescence; Exp. Cell Research, 1992, 202, 161-166
16 - Baker GT, Fearon ER, Nigro JM et al - Chromosome 17 deletions
and p53 gene mutations in colorectal carcinomas. Science, 244,
217-221, 1989.
17 - Malkin D, LI RP, Strong LC et al - Germ line p53 mutations in a
familial syndrome of breast cancer, sarcomas and other neoplasms.
Science, 250, 1233-1238, 1990.
18 - Lee XH, Si SP, Tsou HC, Peacocke M - Cellular aging and
transformation supression : a role for retinoic acid receptor beta 2.
Exp. Cell Research, 218, 296-304, 1995.
19 - Cohen HJ - Biology of aging as related to cancer,. Cancer, 74,
2092-2100, 1994.
20 - Shay JW, Werbin H - New evidence for the insertion of
mitochondrial DNA into the human genome : significance for cancer and
aging. Mutation research, 275, 227-235, 1992.
21 - Gatti RA, Good RA - Aging, immunity and malignancy. Geriatrics,
25, 158-168, 1970.
22 - Prehn RT, Prehn LM - The autoimmune nature of cancer. Cancer
res., 47,927-932, 1987.
23 - Hartwig M - Immune ageing and cancer. Eur. J. Cancer, 28A,
1939-1940, 1992.
24 - Hirokawa K, Utsuyama M, Kasai M, Kurashima C - Aging and
immunity. Acta Pathol. Jpn., 42, 537-548, 1992.
25 - Weindruch R - Effect of caloric restriction on age-associated
cancers. Exp. Gerontology, 27, 575-581, 1992.
26 - Yu BP, Kim JD, Park BJ - Nutrition and longevity. Facts and
Research in Gerontology, 8, 113-124,1994.
27 - Sun Y - Free radicals, antioxidant enzymes and carcinogenesis.
Free Rad.Biol. Med., 8, 583-599, 1990.
28 - Ingram DK, Baker GT, Shock NW (editors) - The potential for
nutritional modulation of aging process, Food & Nutrition Press
Inc., Trumbull, CT 1991.
29 - Richie JP- The role of gluthathione in aging and cancer. Exp.
Gerontology, 27, 615-626, 1992.
30 - Konno A, Utsuyama M, Kurashima C, Kasai M, Kimura S, Hirokawa K
- Effects of a protein-free diet or food restriction on the immune
system of wistar and buffalo rats ar different ages. Mech. Ageing
Develop., 72, 183-197, 1993.
31 - Olszewski AJ, McCully KS - Homocysteine metabolism and the
oxidative modification of proteins and lipids. Free Radical Biol. and
Med,14,683-693,1993.
32 - Battisti C, Dotti MT, Manneschi L, Federico A - Increase of
serum levels of vitamin E during human aging : Is it a protective
factor against death?. Archives of Gerontology an Geriatrics, 4,
13-18, 1994.
33 - Hurayama R, Hihei Z, Tagaki Y, Takemura K, Mishima Y, Utsuyama M
et al - A mouse model to assess age effect on peritoneal
dissemination and growth of melanoma cells. Cancer, 4, 211-216,
1991.
34 - Kohn E - Aging issues in invasion and metastasis : fertile
ground for investigation. Cancer, 71, 552-557, 1993.
35 - Prats H, Kaghad M, Prats AC, Klagsbrun M, et al - High molecular
mass forms of basic fibroblast growth factor are initiated by
alternative CUG codons. Proc Natl Accad Sci USA, 86, 1836-1840,
1989
36 - Parkin N, Darveau R, Nicholson R, Sonenberg N -
cis-acting translationnal effects of the 5
noncoding region of the c-myc mRNA. Mol Cell Biol, 8,
2875-2883, 1988
37 - Manzella JM, Blackshear PJ - Regulation of rat ornithine
decarboxylase mRNA translation by its 5 untranslated region. J
Biol Chem, 265, 11817-11822, 1990
38 - Vagner S, Gensac MC, Maret A, Bayard F, Amalric F, Prats H,
Prats AC - Alternative translation of human FGF 2 mRNA occurs by
internal entry in ribosomes. Mol and Cell Biology, 15 N°1,
35-44, 1995