VIEILLISSEMENT
DES ÉPITHÉLIUMS
GASTRO-ENTÉRO-PANCRÉATIQUES
- DONNÉES FONDAMENTALES -
D. BALAS, F. SENEGAS-BALAS, K. THOREUX, J.F. BROUSSARD
Texte paru dans lAnnée Gérontologique 2000
(supplément)
Groupe de Recherches sur la Trophicité et
la Biologie du Vieillissement (G.R.T.V.)
Laboratoire dHistologie - Faculté de médecine de
Nice
et Centre de Gérontologie Clinique, CHU de Nice
I
INTRODUCTION
II VIEILLISSEMENT DES EPITHELIUMS DIGESTIFS
II - 1 VIEILLISSEMENT GASTRIQUE
III CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES
IV REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
I
INTRODUCTION :
En pratique gérontologique quotidienne, la dénutrition
constitue un problème majeur. En cause ou en
conséquence elle est retrouvée à tous les stades
de la perte dautonomie de la Personne Âgée et
représente un facteur essentiel du risque de fragilité
(1 ). Elle majore les situations de cap (2)
caractéristiques du vieillissement usuel et dune
désadaptation progressive aux situations de stress.
Au plan scientifique de nombreux travaux confirment l'étroite
relation entre la dénutrition et le vieillissement, en
particulier avec le vieillissement des fonctions digestives (3-10).
Mais il est souvent difficile de trancher entre latteinte
tissulaire intrinsèque liée au vieillissement, et la
viciation des capacités fonctionnelles tissulaires liée
à la carence des apports nutritionnels. Sur ce dilemme
physiopathologique se greffent des modifications spécifiques
du comportement alimentaire chez la Personne Âgée, avec
la survenue danorexies très sévères. Les
tableaux cliniques liés à la dénutrition et/ou
aux atteintes digestives sont alors beaucoup plus complexes que chez
ladulte avec des intrications multiples, tant comportementales
que fonctionnelles :
- atteintes neuro-psychiques (syndrome de glissement, modification du
comportement alimentaire, affaissement des contrôles moteurs
volontaires et sphinctériens, etc)(11, 12).
- délabrements organiques multiples (fonte musculaire,
déficits anaboliques, catabolisme accru, déficit des
capacités immunitaires, déficit vitaminique et en
oligo-éléments, déminéralisation et
accroissement des chutes et fractures, etc) (3, 13-19).
Dune façon plus générale tout ce qui est
trop facilement étiqueté Altération de
létat général chez la personne
âgée devrait toujours faire envisager une
dénutrition parmi les facteurs étiologiques principaux.
Cest hélas encore trop rarement le cas, y compris en
milieu hospitalier.
En fait la relation triangulaire
âge/dénutrition/fonctions digestives reste encore mal
comprise car les travaux sont encore très incomplets.
Plusieurs objectifs de recherches mériteraient pourtant
dêtre approfondis :
1 - Il importerait de mieux connaître les relations
dénutrition-vieillissement digestif sur le plan fondamental,
et den préciser alors le retentissement sur le niveau de
trophicité et de différenciation tissulaire.
2 - Il importerait de trouver et de valider de
nouveaux marqueurs beaucoup plus précoces du vieillissement
tissulaire et du risque de dénutrition, marqueurs qui seraient
utilisables en pratique courante. Ce concept est déjà
ancien (20-21). Paradoxalement les progrès dans ce domaine
sont insuffisants. A lévidence tous les marqueurs
à notre disposition (albumine, CRP, tests fonctionnels
digestifs, etc) sont le reflet dune morbidité
instaurée. Ils nont pas de valeur pour une
antériorisation précoce des risques de fragilité
propres à la personne âgée.
3 - Enfin, il importerait délaborer des
stratégies plus efficaces, et réellement
préventives, pour pallier le risque de dénutrition et
datteintes digestives.
Nous aborderons dans les paragraphes suivants un certain nombre de
données fondamentales susceptibles dapporter des
éléments de réponse aux trois objectifs
pré-cités. Lexposé est volontairement
limité aux muqueuses gastriques et de lintestin
grêle, et au pancréas exocrine.
II
VIEILLISSEMENT DES EPITHELIUMS DIGESTIFS
Les épithéliums digestifs possèdent une
remarquable capacité de renouvellement (22-24). De ce fait,
ils sont capables de sadapter et de longtemps compenser leur
propre vieillissement (20). Ainsi, le vieillissement
intrinsèque de lestomac ou de lintestin
grêle est moins important que celui dautres organes (3).
Cette notion se vérifie tout autant que des
phénomènes intercurrents ne viennent pas
déséquilibrer le contrôle trophique naturel. Par
contre, les états de dénutrition, autant comme cause
que comme conséquence, viennent aggraver, ou
révéler, le vieillissement digestif, en particulier
celui du pancréas exocrine (3, 25-27).
II
- 1 VIEILLISSEMENT GASTRIQUE
Le vieillissement de la muqueuse gastrique a été
peu étudié chez lanimal, encore moins chez
lhomme et les données sont souvent anciennes. Une
atrophie partielle de la muqueuse est souvent retrouvée
à lobservation endoscopique. Cette atrophie explique la
diminution de la capacité sécrétoire gastrique
en conditions basales chez la Personne Âgée, avec une
élévation progressive du pH gastrique à partir
de la 40eme année (28, 29).
Mais laffaissement des capacités
sécrétoires gastriques est souvent modifié par
des pathologies intercurrentes. On sait en effet que les cas
dulcères augmentent avec lâge.
Lulcère de la Personne Âgée est souvent de
symptomatologie larvée, uniquement révélé
par une complication majeure (30-32). Dailleurs, un
ulcère méconnu semble souvent la cause dun
état anorexique chez la Personne Âgée, aggravant
le risque de dénutrition ; inversement, les états de
dénutrition favorisent la prévalence de
lulcère (8).
De même, les lésions de gastrite chronique augmentent
avec lâge et sont un facteur majeur de maldigestion, par
lhypochlorhydrie induite (33-37). Facilitant aussi
lanorexie, la gastrite aggrave le risque de dénutrition.
Plus que les formes strictement localisées au fundus gastrique
(type A), avec une composante auto-immune (maladie de Biermer,
déficience en facteur intrinsèque et avitaminose B12),
ce sont surtout les formes de type B ou AB, plus ou moins
étendues à partir dune localisation antrale
initiale, qui sont les plus fréquentes. Dans tous les cas, la
gastrite atrophique est un facteur augmentant le risque
davitaminose B12 chez le patient âgé ; à la
fois par diminution de la libération de la vitamine B12
liée aux protéines alimentaires, mais aussi par un
risque de sur-consommation de la vitamine B12 liée à
une prolifération bactérienne accrue en milieu
gastrique plus alcalin (38).
Nous avons pu nous même confirmer les conséquences de la
gastrite atrophique chez des patients âgés
hospitalisés (étendue : 81-97 ans ; n=20 ;
critères dexclusion : découverte dun
ulcère gastro-duodénal, pathologie aiguë ou
chronique évolutive, cancer, antécédents
chirurgicaux gastro-duodénaux, MMS<20) pour lesquels une
endoscopie digestive haute avait été demandée
devant un tableau danorexie majeure, des troubles dyspeptiques
et un amaigrissement récent. Nous avons alors pu objectiver
une relation inverse entre le taux dalbumine (donc avec le
niveau de dénutrition), et la gravité de
latteinte gastritique (évaluée de 0 à 4
selon la classification de Whitehead) sur les
prélèvements biopsiques (figure 1A).

Figure 1 : (A) Les concentrations en albumine sont dautant plus basses que les patients ont un score élevé de gastrite. (B) Le niveau dapoptose est significativement supérieur chez les patients dénutris, laissant supposer que léquilibre trophique de la muqueuse est alors plus précaire, ce qui confirme lobservation de la figure A.
Chez ces mêmes patients, nous avons pu constater que la mort
cellulaire programmée (apoptose, mesurée par la
technique TUNEL) était plus importante, au niveau de
lépithélium cryptique superficiel de la muqueuse
antro-pylorique, chez les sujets dénutris (albumine <
32g/l) (figure 1B).
Enfin nous avons également pu observer, pour ce même
groupe de patients, que le niveau dapoptose, ainsi que le score
de gastrite, étaient significativement plus importants lorsque
un syndrome inflammatoire (avec une protéine C réactive
> 20 mg/l) était associé.
Ces résultats mériteraient dêtre
confirmés sur un nombre plus important de cas.
Néanmoins, ils confirment bien la littérature et les
relations entre dénutrition, anorexie et atteinte
gastritique.
Il est désormais bien acquis depuis les premiers travaux
(39,40) que linfestation par lhélicobacter pylori
est largement incriminée dans la genèse de la gastrite
et lapparition de la maladie ulcéreuse. Avec
lâge, la composante purement inflammatoire sestompe
et les infiltrats sont très souvent quiescents. Ce sont alors
des signes dystrophiques polymorphes qui viennent dominer le tableau,
objectivant des déficits majeurs dans les mécanismes
normaux de prolifération et de différenciation de
lépithélium. Plus encore que chez ladulte
la classification histopathologique de Sydney (41) est sûrement
très utile pour évaluer plus finement latteinte
de la muqueuse chez la personne âgée. Dans le groupe de
patients précédemment décrits, la recherche de
hélicobacter pylori (test à luréase et
coloration sur lame) était positive dans 30% des cas mais
aucune corrélation na pu être établie, ni
avec la gravité du stade de gastrite, ni avec le niveau de
dénutrition. Par contre, des travaux récents (42)
montrent que lhélicobacter aggrave la perte
dhydrophobicité de la surface gastrique normalement
observée avec lavance en âge. Cette synergie
daction est proposée pour expliquer la prévalence
de lulcère chez la personne âgée, avec un
risque accru de iatrogénie lié aux AINS (42, 43).
Sil est facile de comprendre le rôle aggravant
joué par lhélicobacter ou par tout facteur
exogène dagression (AINS par exemple) sur une muqueuse
vieillissante, il est par contre plus difficile de cerner les causes
du vieillissement intrinsèque de la muqueuse gastrique. Nous
avions formulé des hypothèses physiopathologiques
à partir détudes sur des biopsies endoscopiques
de muqueuses gastriques incubées in vitro (44). Elles sont
toujours dactualité. Brièvement :
1) La composante mitochondriale des cellules pariétales (responsables du transfert du proton et de lacidité gastrique) diminue significativement. Ce déficit mitochondrial peut en partie expliquer la baisse du débit acide par la perte partielle des capacités énergétiques (production dATP) des cellules pariétales.
2) La prolifération cellulaire nest plus corrélée au niveau datteinte atrophique de la muqueuse : la réponse adaptative de réparation tissulaire est donc affaissée.
3) Il est bien connu que les prostaglandines (série E) sont impliquées dans les mécanismes de cytoprotection de la muqueuse gastrique (45). Chez la Personne Âgée, malgré un relargage immédiat de PG-E qui peut être accru sous stimulation pharmacologique de biopsies in vitro, les taux de prostaglandines tissulaires restent bas dans la muqueuse. La cytoprotection adaptative est donc moindre que chez ladulte (46, 47, 48). Les causes de ce phénomène restent inexpliquées. Il serait probablement intéressant détudier lexpression relative des cyclo-oxygénases, la COX 1 étant constitutivement exprimée, et la COX-2 étant induite par de nombreux facteurs inflammatoires ou de stress, mais aussi par lEGF (voir plus loin). Laction pharmacologique différentielle des inhibiteurs sélectifs de la COX-2 mériterait des études comparatives entre des groupes de patients jeunes et très âgés (49).
4) Par rapport à des sujets adultes sains et à jeun observés dans les mêmes conditions, les cellules pariétales de la Personne Âgée sont souvent en état de stimulation (43). Il sagit dun état dhypersensibilité de la cellule, phénomène déjà décrit dans la maladie ulcéreuse de ladulte (50).
5) Les cellules principales (elles sécrètent la pepsine mais aussi une lipase acide (51, 52), enzyme qui prépare lhydrolyse des triglycérides par la lipase pancréatique) sont également altérées. Elles sont moins nombreuses ; leur capacité sécrétoire est fortement diminuée (44) et inversement corrélée à lâge des sujets. Cette constatation corrobore lopinion dautres auteurs et démontre bien la diminution des capacités fonctionnelles avec lâge et la notion de fatigabilité de la réponse cellulaire comme certains, et nous mêmes, lavons déjà suggéré pour dautres fonctions physiologiques (53, 54).
Cette déficience des mécanismes de renouvellement et de
cytoprotection de la muqueuse gastrique avec lavance en
âge est à rapprocher détudes sur les
hormones gastro-entéro-pancréatiques (GEP) ou de nos
connaissances plus récentes sur les facteurs de
croissance.
En effet dautres travaux ont montré chez le rat (55) des
perturbations importantes du système endocrinien diffus au
cours du vieillissement : léquilibre entre le nombre de
cellules G à gastrine et des cellules D à somatostatine
est modifié au profit numérique des cellules D. Or le
rôle physiologique inhibiteur de la somatostatine, tant sur les
mécanismes de sécrétion que sur la
prolifération cellulaire des muqueuses digestives est bien
connu (56).
En outre, représentant probablement une adaptation, mais
insuffisante pour pallier les phénomènes
datrophie, les activités basales de
lornithine-décarboxylase et de la tyrosine-kinase sont
augmentées chez le rat âgé de 22 mois (57). Par
contre la réponse tyrosine-kinase induite par la gastrine est
diminuée chez le rat âgé, montrant un
déficit des capacités adaptatives à la
stimulation.
Les modifications des mécanismes de
prolifération/différenciation de la muqueuse gastrique
observés au cours du vieillissement sont donc très
complexes et même parfois contradictoires.
Nous savons quà coté des hormones GEP, les
facteurs de croissance sont largement impliqués dans les
mécanismes de prolifération, de migration cellulaire,
de réparation des atteintes érosives et/ou
ulcéreuses des muqueuses digestives. Parmi ces facteurs, le
TGF-alpha (transforming growth factor) et lEGF (epidermal
growth factor), avec leur récepteur cellulaire commun (EGFr)
ont un rôle essentiel. La figure 2 résume les modes
daction des EGF et du TGF-alpha (58)

Figure 2 : Modèle théorique daction des EGF et du TGF-alpha sur la trophicité des muqueuses digestives. EGF et TGF-alpha jouent un rôle majeur sur la prolifération et la différenciation des épithéliums digestifs. Ils stimulent également la migration cellulaire (facilitant ainsi le comblement immédiat dune lésion de lépithélium), ainsi que le flux micro-capillaire. Le contrôle de la trophicité épithéliale par ces facteurs de croissance est permanente. On peut dire que lEGF assure la surveillance luminale, étant sécrété à distance par les glandes salivaires, les glandes de Brünner, le suc pancréatique et les cellules de Paneth. Le TGF assure au contraire la surveillance intrinsèque et paracrine à linterface entre lépithélium et le chorion de la lamina propria. Enfin, plus récemment, on a pu mettre en évidence lexpression dun EGF (HB-EGF) exprimé par les cellules épithéliales elles-mêmes. Il représenterait la première ligne du contrôle trophique de lépithélium. Dans tous les cas, le contrôle sexerce via les récepteurs à lEGF présents sur les cellules épithéliales. Une up-regulation pour les EGFr, mais aussi pour les EGF et le TGF-alpha, se produit dès que la muqueuse est agressée et/ou lésée.
Limplication des EGF/TGF et des EGFr au cours du
vieillissement est encore mal connue. La découverte dune
tyrosine-kinase (pp55) surexprimée chez le rat
âgé dans les cellules mucipares du revêtement de
surface cryptique (59), ainsi quune surexpression des EGFr (60)
pourraient représenter des mécanismes adaptatifs
compensatoires aux déficiences de léquilibre
trophique survenant avec lâge en conditions basales. Par
contre, après agression de la muqueuse par instillation de
sérum hypertonique intragastrique, la capacité de
réponse (activité tyrosine kinase, phosphorylation des
EGFr, activité de la phospholipase C, etc) est
significativement moins importante chez le rat âgé. Il
faut donc admettre que la réponse réparatrice
immédiate est diminuée avec lâge.
Il est intéressant de noter que hélicobacter pylori,
par la sécrétion de toxines spécifiques, inhibe
la prolifération cellulaire à la marge de la
lésion ulcéreuse et antagonise la liaison de lEGF
à son récepteur (61, 62).
On sait également que lhyperhémie
réactionnelle et cytoprotectrice, qui survient après
agression expérimentale de la muqueuse gastrique, est
diminuée chez le rat âgé. Elle serait la
traduction dune désafférentation neuronale
partielle avec perte des terminaison nerveuses perivasculaires
(63).
Quen est il chez la Personne Âgée ? Des
études sur les relations entre la gastrite, les infections par
hélicobacter, lexpression des facteurs de croissance, et
celle des autres facteurs de signalisation impliqués dans la
trophicité des muqueuses gastro-duodénales, sont un
champ de recherche prometteur pour la biologie du vieillissement
digestif.
II-2
VIEILLISSEMENT DU PANCREAS EXOCRINE :
Au cours de lexploration fonctionnelle du pancréas
par tubage duodénal, sous stimulation par perfusion de
sécrétine et de céruleine, nos résultats
ont montré chez lhomme âgé (âge moyen
de 72 ans, versus un groupe de 36 ans) une chute très
significative et parallèle (environ 40%) des débits en
bicarbonate, lipase, chymotrypsine et amylase (64). Dautres
auteurs (65), en recrutant une population privilégiée
de sujets non institutionnalisés et totalement sains, ne
retrouvent pas dinsuffisance significative de la fonction
pancréatique exocrine. Il convient alors de remarquer que
notre étude portait sur des sujets, certes indemnes de toute
affection organique digestive, mais recrutés en milieu
hospitalier : même si le bilan nutritionnel nétait
pas franchement altéré, on ne pouvait éliminer
chez ces patients des conditions nutritionnelles précaires. Or
la cellule acineuse pancréatique, modèle de
référence pour létude des
mécanismes de synthèse protéique, possède
une réponse adaptative excessivement rapide (66). Depuis, nous
avons pu vérifier (67), en utilisant un test non invasif
explorant la fonction lipasique du pancréas
(pancréolauryl-test), que la fonction pancréatique
exocrine était particulièrement sensible à
létat nutritionnel de la personne âgée :
Une dénutrition sévère peut saccompagner
de signes dinsuffisance pancréatique avec un
effondrement, parfois très important, du pancréolauryl
test (68). Ces constatations laissent alors supposer quun
état de dénutrition pourrait induire chez la Personne
Âgée une insuffisance pancréatique exocrine
fonctionnelle, ou bien que la dénutrition pourrait
révéler une insuffisance pancréatique latente,
voire une pancréatite chronique sénile dont la
réalité organique est encore discutée (69).
Confortant le rôle joué par le statut nutritionnel chez
la Personne Âgée, il ne faut pas oublier que dans les
pays sous-développés, les insuffisances
pancréatiques sont toujours liées aux
dénutritions protéino-énergétiques
majeures (kwashiorkoor et marasme). Par ailleurs, les études
de biologie cellulaire ont bien montré que le système
lysosomial était sensible à la carence en certains
acides aminés, avec induction précoce des
mécanismes de micro-autophagosomie (70). Enfin la
dégénérescence pancréatique exocrine est
pour certains dorigine intra cellulaire : une perturbation des
routes des protéines exportables, avec probablement une
viciation de la séquestration des enzymes lysosomiales lors de
leur adressage spécifique par reconnaissance des radicaux
phospho-mannosyl, entraînerait une lyse intra cellulaire des
acini pancréatiques (71, 72).
En dehors de conditions sécrétoires basales, il est
encore plus important dévaluer les capacités de
réponse sous stimulation, ainsi que les capacités de
restauration, totales ou partielles, dun pancréas
vieillissant après un épisode de dénutrition (le
rôle joué par la durée de cette
dénutrition sur la capacité ultérieure de
récupération devrait être également
envisagé)

Figure 3 : Variations du contenu amylasique des acini pancréatiques de Rats SD jeunes (3 mois) et âgés (22 mois) aprés 3 jours de jeune, puis réalimentés pendant 1 jour ou 6 jours. Comparaison avec des rats témoins normo-nutris.
Nous avons réalisé ce type
dexpérimentation sur des rats respectivement
âgés de 3 et 22 mois. Comme le montre la figure 3, un
jeune prolongé de 3 jours diminue le contenu amylasique du
pancréas jusquà des activités
excessivement basses chez lanimal âgé. Mais le
fait le plus important est la récupération beaucoup
plus tardive du contenu enzymatique chez lanimal
âgé où la restauration du contenu amylasique
nintervient quau 6eme jour. Ce défaut de
récupération est bien en faveur dune
fatigabilité fonctionnelle digestive avec le
vieillissement.
Ces constatations sont à rapprocher des travaux plus anciens
de différents auteurs montrant des modifications
morphologiques du pancréas âgé, avec une
diminution du nombre de grains de zymogènes, une
hétérogénéité de leur contenu
granulaire, ainsi quun retard à la maturation et
à la condensation zymogénique dans la zone
trans-golgienne (73). En outre le nombre de récepteurs
à la cholecystokinine (CCK) diminue chez le rat
âgé et, inversement, on note une augmentation des taux
de CCK (74). Nous avons nous même retrouvé des profils
de variation des taux de CCK plasmatique très
différents chez les rats âgés de 22 mois
comparés aux animaux de 3 mois (figure 4). Les taux de CCK
sont nettement plus élevés chez les rats témoins
âgés et normo-nutris. Les taux de CCK
sélèvent très fortement au cours du
jeûne chez le rat de 22 mois. Enfin, comme pour le contenu
amylasique des acinis, la restauration de taux normaux est beaucoup
plus lente chez le rat âgé que chez lanimal de 3
mois.

Figure 4 : Variations des taux de CCK plasmatique chez des Rats SD jeunes (3 mois) et âgés (22 mois) aprés 3 jours de jeune, puis réalimentés pendant 1 jour ou 6 jours. Comparaison avec des groupes témoins normo-nutris.
Dautres expérimentations nous ont permis de supposer que
les cellules acineuses pancréatiques subissent une
désensitisation des récepteurs à la
CCK, provoquant alors une augmentation des taux circulant de CCK,
plus particulièrement au cours du jeûne ou dune
dénutrition.
Cette élévation de la CCK a été
retrouvée par dautres auteurs chez lHomme (75,
76), nous lavons nous-mêmes observée sur le groupe
de 20 patients décrits dans le chapitre
précédent (figure 5). Les taux de CCK sont plus
élevés chez les patients âgés
dénutris et à jeun. Mais surtout, 1 heure après
un repas standardisé, les taux de CCK postprandiaux sont
significativement plus élevés (x 9 versus x 2.5) chez
les patients dénutris, confirmant les travaux dautres
équipes (76).

Figure 5 : Comparaison des taux plasmatiques de CCK à jeûn et après un repas dépreuve chez des patient agés dénutris ou non dénutris.
Il est donc important de prendre en compte lensemble des
rôles physiologiques de la CCK.
La CCK agit de façon modulaire et différentielle sur
une multitude de fonctions physiologiques. Cette particularité
tient à lexistence de plusieurs types de
récepteurs (A et B/gastrine), de sites de liaison à
affinités variables, mais également à un
processing intra ou extra cellulaire de la
molécule aboutissant à de nombreuses formes (CCK-58
à CCK-4) aux propriétés différentes selon
le récepteur et/ou la localisation topographique
(77,78)
Les récepteurs de type A (alimentary), avec au
moins 2 sites daffinité sont majoritaires dans les
épithéliums digestifs. Ils sont responsables de la
sécrétion enzymatique pancréatique, de la
contraction vésiculaire, dactions trophiques sur les
épithéliums digestifs. Au contraire les
récepteurs de type B (brain) sont localisés
dans le système nerveux central. Les récepteurs de type
B ont une affinité plus grande pour les variants courts de la
CCK, la CCK-4 se comportant alors comme un neuro-transmetteur.
Lutilisation pharmacologique dagonistes et
dantagonistes facilite linterprétation de nombreux
rôles de la CCK (79-82). Il existe de nombreux
récepteurs de type B dans le tractus digestif,
particulièrement dans les couches musculaires (83, 84) ;
inversement même si 99% des récepteurs centraux sont de
type B, certains sont de type A (77,78). Une interaction
compétitive se produit avec certains peptides opioïdes
(78, 85) dans les structures nerveuses périphériques.
Au niveau central (78) la CCK possède de nombreuses
propriétés, et en particulier :
- une modulation des capacités mnésiques (en
fonction du type de récepteur reconnu, en fonction des zones
cérébrales stimulées, en fonction des formes
moléculaires de la CCK)
- une action anxiogène chez lanimal, surtout via la
CCK-4( 86,87)
- une modulation des mécanismes dopaminergiques
(rôle dans la schizophrénie), ainsi quune
participation au contrôle de la douleur (modulation en fonction
du type de récepteur à CCK reconnu, A ou B, mais aussi
µ ou ¶ pour les opioïdes)(78).
Mais la CCK représente surtout un des facteurs de
contrôle des ingestas au cours du repas. Comme le montre la
figure 6, laugmentation de la CCK au cours du repas stimule des
récepteurs de type A sur des terminaisons du nerf vague dans
la région gastro-duodénale. Par voie ascendante le
pneumogastrique intègre lélévation du taux
de CCK qui est transmise aux centres supérieurs (zones
ventro-médiane de lhypothalamus). Une
élévation locale de la CCK, via des récepteurs
de type B, réduit la prise alimentaire par stimulation du
centre hypothalamique de la satiété (88-95).
Le schéma de la figure 6 ne représente quune
simplification didactique. En fait les voies de contrôle de la
satiété sont beaucoup plus complexes. Des
récepteurs de type A sont aussi impliqués au niveau
central. La voie vagale nest pas exclusive. La voie
périphérique passe plutôt par les
récepteurs à faible affinité (88, 96-100),
etc.
En fait laction de la CCK sur le contrôle des ingestas
demande encore de nombreuses investigations. Dautres peptides
sont impliqués comme la bombesine, la somatostatine, la
sérotonine, le PYY, lamyline, le NPY et la galanine, etc
(101-104), ainsi que la leptine (voir plus loin). Certains auteurs
vont même jusquà minimiser le rôle direct de
la CCK sur la satiété (105).

Figure 6 : Schéma simplifié du contrôle de la satiété par la CCK au cours du repas. Hypothèse du rôle de la CCK au cours des grandes dénutritions avec le vieillissement
Laugmentation importante des taux de CCK, tant chez
lHomme que chez lanimal âgé,
amplifiée par le jeune et la dénutrition nous
conduisent à proposer lhypothèse dune
boucle morbide renforçant létat de
dénutrition (figure 6) : une involution pancréatique
partielle au cours du vieillissement, révélée ou
aggravée par la dénutrition, provoque un affaissement
de la sécrétion pancréatique. En retour, ce
déficit enzymatique lève le rétrocontrôle
de la cellule à CCK duodénale par le suc
pancréatique, expliquant la forte augmentation des taux de CCK
avec le vieillissement.
Cette élévation de CCK est alors susceptible de
stimuler en permanence le centre de la satiété, et donc
de provoquer une anorexie permanente qui va à son tour
amplifier létat de dénutrition.
Cette hypothèse physiopathologique permet de relier
linsuffisance digestive pancréatique, lanorexie,
et la dénutrition. Sachant que la CCK peut aussi, nous
lavons vu, intervenir sur la plainte mnésique, sur le
niveau danxiété et sur le seuil de douleur, nous
sommes alors au coeur du tableau clinique fréquemment
observé dans les grandes dénutritions du vieillard.
Nous savons également que la dénutrition et
lanorexie du vieillard sont fortement aggravées dans les
syndromes inflammatoires et les situations dhypercatabolisme.
Or des résultats préliminaires nous ont permis
dobserver des taux plasmatiques de CCK significativement plus
élevés chez les patients avec une CRP>20mg/l. Par
ailleurs, des interactions entre CCK et cytokines (TNF) ont
été récemment démontrées, et les
lignées lymphocytaires possèdent des récepteurs
CCK B (106).
Enfin une voie intéressante de recherche pourrait être
lapprofondissement des relations entre la CCK, le NPY et la
leptine (107,108). En effet une étude récente (109)
vient de montrer que le fundus gastrique est une source importante de
leptine. La leptine, via le NPY pourrait alors représenter la
voie extra-vagale du contrôle immédiat des ingestas par
la CCK, puisque la CCK provoque une libération
dose-dépendante de la leptine fundique. Avec le
vieillissement, cette localisation fundique de la leptine est
à relier aux remaniements de la muqueuse par la gastrite
atrophique, puisquil est bien connu que la répartition
des cellules endocrines gastro-duodénales est alors
perturbée. Cette notion est dautant plus importante que
dautres auteurs (110) ont montré que linfection
par hélicobacter pylori, au même titre que le TNF,
augmentent la libération de gastrine stimulée par la
bombesine et diminue au contraire linhibition produite par la
CCK. Un nouvelle piste pour mieux comprendre lanorexie
aggravée au cours des états inflammatoires et des
gastrites est peut être ouverte par ces données
récentes.
II
- 3 VIEILLISSEMENT DE LINTESTIN GRÊLE
:
Compte tenu des fonctions multiples et complexes de
lintestin grêle, nous névoquerons pas toutes
les modifications dépendantes de lâge (111).
Cest ainsi que la fonction immunitaire intestinale nest
pas abordée, malgré toute son importance (voir, par
exemple, la référence 112). Nous ne décrirons
que les variations des mécanismes de prolifération et
de différenciation de lépithélium, ainsi
que les variations fonctionnelles observées pour les
activités hydrolasiques intestinales.
Tous les auteurs saccordent pour dire que le vieillissement de
lépithélium intestinal est un
phénomène très tardif (des
phénomènes dhyperprolifération, surtout
dans les étages duodénaux et jéjunaux, peuvent
même être observés au 22eme mois chez le rat)(113,
114). La diminution de la prolifération dans les cellules
cryptiques napparaît quaprès le 25eme mois
chez le rat Wistar, le 20eme mois chez le rat SD, et seulement dans
le duodénum et le jéjunum. Elle résulte à
la fois dune diminution de lindex de marquage dans la
zone proliférative mais aussi dune réduction
volumique de cette zone. En outre la zone proliférative proche
du cul de sac cryptique, et correspondant aux cellules souches, est
partiellement insensible à cette involution. La diminution de
la prolifération saccompagne dune réduction
concomitante de laire absorbante villositaire.
Lhypoplasie observée saccompagne dune
réaction hypotrophique : les synthèses
protéiques sinterrompent plus précocement sur
laxe crypto-villositaire, larchitecture des
microvillosités de la bordure en brosse est souvent moins
régulière et laire micro-villositaire est
significativement diminuée ; il en est de même pour la
surface déchange villositaire. Parallèlement les
activités spécifiques des hydrolases de la bordure en
brosse (phosphatase alcaline, amino-peptidase, maltase) sont
généralement très diminuées (-40 à
- 60%).
La plupart des auteurs retrouvent des résultats similaires
(114-121) ; les divergences observées par dautres (118)
sont sûrement imputables aux différences
despèces, aux variations dans le choix de
lâge des animaux, surtout aux conditions alimentaires et
de jeûne retenues par les expérimentateurs (20).
Un autre observation essentielle est la modification de
répartition des clones cellulaires épithéliaux
(114). Chez le rat adulte, on compte 80% dentérocytes
pour 20% de cellules caliciformes sur la surface villositaire . Chez
le rat très âgé, le nombre des cellules
caliciformes augmente de 50%, au détriment des cellules
entérocytaires. Il est probable que cette augmentation de la
composante muqueuse, induisant un aspect de catarrhe
luminal, limite labsorption intestinale.
Enfin, les cellules de Paneth, localisées au fond des cryptes
intestinales, sont significativement hyperplasiées (30%) et
hypertrophiées. Ces cellules, typiquement séreuses,
sécrètent, non seulement le lysozyme intestinal (+35%
chez le rat âgé dans la zone iléale), mais des
enzymes immunologiquement apparentés aux enzymes
pancréatiques : trypsine, phospholipase-A2,
carboxylesterhydrolase, etc. Les cellules de Paneth
représenteraient donc un pancréas intestinal diffus qui
dans certains cas pourrait pallier une insuffisance
pancréatique (123-125).
Or, les cellules de Paneth, en terme de régulation trophique
(122) ou de stimulation sécrétoire (123),
répondent à la CCK. Chez lanimal (123) comme chez
lHomme (126), les cellules de Paneth sadaptent à
lexclusion ou à linsuffisance de
sécrétion pancréatique endocrine.
Compte tenu de latteinte latente du pancréas chez
lhomme âgé, de laugmentation de la CCK
circulante, accrue par la dénutrition qui amplifie
linsuffisance pancréatique, lhypertrophie des
cellules de Paneth représente peut-être une adaptation
fonctionnelle compensatrice. Il faudrait en cerner les conditions
physiopathologiques de survenue, ou même rechercher des
facteurs favorisant cette adaptation naturelle.
Enfin toutes les équipes saccordent pour
reconnaître la relative indépendance de
liléon qui est peu modifié avec le
vieillissement. Pour certains, la baisse de labsorption
proximale, consécutive à la sub-atrophie
duodeno-jéjunale, pourrait induire un apport accru de
nutriments dans les segments distaux, et ainsi favoriser le maintien
de la trophicité iléale (117,118, 120). Sil
sagit dun mécanisme adaptatif, celui-ci nest
cependant pas suffisant pour pallier linsuffisance digestive
induite. En fait,, lintestin grêle distal est peu
sensible aux différents facteurs de régulation,
indépendamment de lâge de lanimal. Cette
autonomie trophique de liléon se retrouve dans bien
dautres conditions expérimentales (122-127). Une
sensibilité différentielle de la partie haute et basse
de lintestin grêle aux facteurs de croissance et aux
peptides régulateurs GEP est une hypothèse beaucoup
plus probable (127) pour expliquer cet échappement.
Dailleurs, au plan moléculaire, le contrôle
cinétique de liléon est très
différent de celui du duodéno-jéjunum. Par
exemple, lactivité de lornithine
décarboxylase est maximale dans liléon (128).
Dautres études seront nécessaires pour mieux
interpréter les relations entre les activités de la
bordure en brosse (et dautres paramètres fonctionnels de
la muqueuse intestinale) et le contrôle cinétique de
chaque étage intestinal. Les homéogènes sont de
bons candidats pour mieux comprendre les mécanismes de
prolifération/.différenciation de lintestin
grêle. En effet, les homéogènes agissent à
des étapes précoce du développement intestinal.
Mais lexpression de certains homéogènes se
poursuit chez ladulte où ils assurent la maintenance du
profil dexpression spécifique de chaque étage
(129). Par exemple, Idx-1, cdx-1 and cdx-2 sont connus pour à
la fois agir sur lexpression de la sucrase et de la lactase
mais aussi sur la prolifération et le renouvellement de
lépithélium intestinal (131). En outre,
lexpression de ces gènes suit un double gradient dans
lintestin, à la fois crypto-villositaire et oral-aboral
(129).
III CONCLUSIONS
ET PERSPECTIVES
Plusieurs points doivent être soulignés
a) Les états de dénutrition sont en stricte relation
avec le vieillissement digestif. Mais nous navons à ce
jour aucune connaissance précise sur limportance
relative des deux événements qui pourtant sont
interactifs.
Des études nettement plus axées sur la biologie
moléculaire, deviennent impératives pour mieux
comprendre le vieillissement digestif. Les études
fondamentales étant toujours limitées et
onéreuses sur lanimal âgé, il serait
très utile de posséder un modèle de cellule
entérocytaire non transformée proche du modèle
de sénescence fibroblastique de Hayflick.
b) Il faut se demander si à coté des marqueurs
nutritionnels classiques, ce ne sont pas des marqueurs de
trophicité qui devraient être recherchés,
autrement dit, des marqueurs capables dapprécier la
réponse adaptative des fonctions digestives et tissulaires
chez le sujet âgé. Dans cette optique, plus que des
paramètres statiques, ce sont les capacités
dadaptation qui devront être étudiées. Par
exemple, il conviendrait de suivre la réponse dun
patient au cours dun repas dépreuve pour mieux
tester sa capacité digestive. Il faudrait pour cela des
explorations plus sensibles que les tests actuellement à notre
disposition (tels le breath-test ou le pancréolauryl test)
tout en demeurant peu invasif.
c) Dans la composante multifactorielle de la fragilité et du
risque de perte dautonomie de la personne âgée, la
CCK mérite des études approfondies : ce peptide
régulateur peut être impliqué, à la fois
dans ladaptation fonctionnelle digestive, dans le comportement
anorexique et la satiété, à plus long terme dans
la réponse trophique des muqueuses digestives.
Simultanément, la CCK peut jouer un rôle important dans
les troubles neuro-psychiques de la personne âgée
(anxiété, plainte mnésique, etc)
Le développement récent dagonistes et
dantagonistes de la CCK, spécifiques des 2 types de
récepteurs, pourrait ouvrir des voies nouvelles
pharmacologiques.
d) Le développement de microméthodes sur biopsies
devrait permettre la mise au point de tests dexploration de la
sénescence. Le plein emploi des techniques de biologie
cellulaire et de biologie moléculaire est désormais
possible.
e) Enfin, il faudrait rechercher de nouveaux facteurs trophiques
pouvant retarder la désadaptation de lappareil digestif
vieillissant, ou pouvant rétablir la fonctionnalité
perdue.
Linsuffisance digestive liée au vieillissement, et
aggravée par la dénutrition, pose le problème de
lutilisation dune supplémentation enzymatique ou
de la mise au point de molécules à action trophique
directe sur les muqueuses digestives.
Des travaux récents viennent de montrer que des extraits
pancréatiques peuvent restaurer la trophicité
intestinale de rats âgés soumis à un choc
endotoxémique (132).
Sur le rat adulte nous avons également pu montrer que certains
petits peptides régulateurs (pentagastrine) pouvaient induire
une réponse trophique par voie luminale (133).
La mise au point de molécules apparentées à des
facteurs de croissance ou à des peptides régulateurs,
mais moins dégradées par les hydrolases digestives,
aurait un grand intérêt en gériatrie.
IV
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