CORPUS DE
GÉRIATRIE- TOME 2
I-1 LE CONCEPT DE FRAGILITEI-2 LA FRAGILITE : UNE ORIGINE MULTIPARAMETRIQUE
1-2-1 La fatigabilité fonctionnelleI-3 LA FRAGILITÉ : UNE TRADUCTION MULTIDIMENSIONNELLE
1-3-1 Fonction musculaire : la sarcopénie1-3-2 Vieillissement cérébral, fragilité et neurodégénérescence
1-3-3 Fragilisation du sytème immunitaire
1-3-4 Mais il existe bien d'autres manifestations de la fragilité...
2 SAVOIR EVALUER UNE FRAGILITÉ : "COMPREHENSIVE GERIATRIC ASSESSMENT
2-1 LA METHODOLOGIE DU CGA2-1-1 L'évaluation gérontologique standardisée proprement dite2-2 SAVOIR MAÎTRISER LE CGA, C'EST AUSSI...
2-2-1 savoir intégrer le temps comme variable explicative2-2-2 savoir mesurer la fragilité à tous les stades évolutifs
2-2-3 contribuer à une stratégie axée sur la prévention
2-2-4 Bien distinguer les tests objectifs des autoquestionnaires
3-1 TRAVAILLER EN ÉQUIPE3-2 SAVOIR HIERARCHISER POUR AGIR
3-3 DANS DES CAS DE FRAGILITÉ INITIALE...
3-4 AIDER À LA PRISE DE CONSCIENCE INDIVIDUELLE DES RISQUES DE FRAGILITÉ
4 FRAGILITE ET DEMARCHE QUALITE
INTRODUCTION
Le terme de fragilité
est largement utilisé dans notre langage quotidien. Sa
reconnaissance en gérontologie est récente, bien qu'on
puisse considérer que les travaux de Rubenstein (1984)
représentent un des jalons majeurs de l'appropriation du
concept.
A ce jour la notion de fragilité n'est pas totalement
définie ; elle dépend encore largement de la perception
des différents acteurs de terrain. Les moyens
d'évaluation et de prise en charge de la fragilité
mériteraient de nombreuses études
complémentaires.
Néanmoins Le concept est suffisamment porteur pour qu'on ne
puisse plus le passer sous silence, tant il va révolutionner
la pensée et la démarche gérontologique.
Le but de ce chapitre est de tenter,
I - d'apporter (en objectif de savoir) une meilleure compréhension du concept, dans ses causes biologiques et dans la versatilité de ses tableaux révélateurs,II - d'apporter (en objectif de savoir faire) les rudiments des méthodes permettant de mesurer la fragilité avec pertinence,
III - d'apporter (en objectif de savoir être) une réflexion sur la pratique de l'évaluation de la fragilité et de son management afin de mieux optimiser la prise en charge de la PA à tous les stades du vieillissement, usuel comme pathologique.
Le premier point sera plus
particulièrement développé puisque les 2 autres
sont largement repris dans les chapitres concernant
l'évaluation, la prévention et les méthodes de
prise en charge associées.
I
- CONNAITRE LA FRAGILITE :
I-1
LE CONCEPT DE FRAGILITE : PLACE DE LA FRAGILITÉ DANS
L'ENSEMBLE DES PROCESSUS DU VIEILLISSEMENT
HUMAIN.
La fragilité ("frailty" et "frail elderly" des
anglosaxons) ne peut être assimilée au terme
général de vieillissement, résultante
conjoncturelle entre les facteurs de longévité et les
facteurs de sénescence. La fragilité n'est qu'une des
composantes des risques liés à l'avance en âge.
Nous verrons plus loin qu'elle est à l'origine de ce que les
anglosaxons appellent le "'vieillissement usuel" (il vaudrait mieux
parler de vieillissement par usure ).
La fragilité peut alors être grossièrement
définie comme un état instable correspondant à
une sous population de personnes âgées soumises à
une désadaptation des systèmes homéostasiques,
aboutissant à un déficit progressif des fonctions
physiologiques et cellulaires, avec une diminution des
capacités de réserve, et une limitation précoce
des aptitudes relationnelles et sociales.
Il en résulte une diminution des aptitudes à faire
face, avec l'apparition de déclins fonctionnels. La survenue
d'un facteur mineur, comme une pathologie même bénigne
ou un stress exogène, peut alors engendrer un état
morbide incapacitant hors de proportion avec l'aggression
initiale.
L'apparition de la fragilité, et son évolution sont
très variables selon les individus. Mais dans tous les cas, et
en dehors d'une prise en charge spécifique, la
fragilité conduit à des déficits fonctionnels
multiples et/ou au renforcement des situations pathologiques
existantes. La personne âgée devenue fragile est alors
exposée à une morbidité incidente accrue, avec
la survenue ou l'accentuation des pertes d'autonomies pouvant
conduire à la dépendance. En bout de compte on peut
dire que la fragilité justifie à elle seule une
identification de la discipline gériatrique, avec un savoir
faire spécifique pour évaluer et prendre en charge ce
que certains appelent "les syndromes gériatriques".
En ce sens, la fragilité s'oppose à l'évolution
des 2 autres types caricaturaux du vieillissement humain :
- Le vieillissement pathologique où la maladie diagnostiquée évolue "per se", dans le domaine nosologique qui lui est propre ; Dans ce cas, le malade maintient pratiquement intacts les autres paramètres fonctionnels, en assurant un équilibre homéostasique suffisant. Si la maladie peut être jugulée et/ou disparait, la restitution des capacités peut alors se faire ad intégrum. Ce type de situation ramène à une médecine classique, interniste ou de spécialité : la personne âgée n'est guère différente de l'adulte.
- Inversement, le veillissement avec succès est la forme idéale de vieillissement. Les situations morbides sont rares ou absentes, avec une absence d'incapacités majeures (ou simplement la présence d'incapacités mineures liées au vieillissement, et pour lesquelles la personne âgée a su trouver des moyens directs ou indirects pour s'adapter).
Bien entendu ces 3 formes de vieillissement sont liées.
Tôt ou tard le vieillissement avec succès bascule vers
les deux autres formes ; par ailleurs, le vieillissement pathologique
et la fragilité peuvent s'associer, avec une amplification
réciproque des conséquences morbides.
C'est là une justification supplémentaire pour
reconnaître la spécificité de la prise en charge
globale en gérontologie. C'est aussi l'occasion de constater
que la variabilité individuelle des risques de
fragilité impose, en gérontologie plus qu'ailleurs,
d'evaluer et prendre en charge très spécifiquement
chaque cas de patient.
I-2
LA FRAGILITE : UNE ORIGINE
MULTIPARAMETRIQUE
Les déterminants de la fragilité sont complexes et
multiples, intriquant des facteurs intrinsèques et
environnementaux. Mais dans tous les cas, on retrouve deux causes
cytophysiologiques fondamentales : une fatigabilité
fonctionnelle générant des réponses plus
limitées, mais aussi une désadaptation aux
situations de stress.
1-2-1 La
fatigabilité fonctionnelle.
Les causes sont à la fois
stochastiques (cumul des erreurs, par exemple sous l'action
itérative des radicaux libres ou sous l'influence du processus
de glycation), mais aussi conditionnées par un
déterminisme génétique (sensibilité
variable au risque de mutagénèse somatique ;
capacité variable à la maintenance des processus de
réparation de l'ADN ; réduction
télomérique progressive mais aléatoire en
fonction de l'âge, etc.).
Dans tous les cas l'atteinte moléculaire et cellulaire se
solde par 3 modifications cytophysiologiques sytématiquement
retrouvées :
- un ralentissement de la réponse à un stimulus
- une diminution de la réponse maximale au stimulus
- une incapacité à répondre à l'identique à des stimuli itérativement appliqués.
A titre d'exemple, citons 2 cas de fragilité cellulaire au niveau membranaire :
- la fragilité des membranes plasmiques, en grande partie reliée à une moindre fluidité, provoque une perte progressive de la capacité des récepteurs, avec désensibilisation de ceux-ci ("down régulation" du récepteur à l'insuline avec le vieillissement, dérégulation hypothalamique du feedback de contrôle de la libération de l'hormone de croissance sous l'action de l'IGF1circulant, désensibilisation du système cholinergique y compris au niveau des unités motrices musculaires, etc).
- la fragilité membranaire explique aussi la moindre affinité des transporteurs (exemple : précarisation de l'apport immédiat de glucose à la cellule musculaire, et encore plus aux neurones).
1-2-2 La
désadaptation aux situations de stress.
C'est un concept insuffisamment évoqué. Cette désadaptation est liée :
- à une moindre capacité cellulaire pour produire les protéines du stress (en particulier les protéines chaperones : elles sont nécessaires à la mise en configuration tertiaire des protéines ; elles sont impliquées dans la majorité des trafics intracellulaires, dans les turnovers membranaires et receptosomiaux ; elles constituent une partie des récepteurs aux stéroides, etc)
- à une réponse altérée des hormones du stress. En cause ou en conséquence la fragilité liée au vieillissement provoque, via l'altération des récepteurs spécifiques, une mauvaise réponse sécrétoire des glucocorticoïdes et des catécholamines. La réponse hormonale immédiate peut devenir insuffisante pour être parfaitement efficace durant l'épisode de stress (surtout s'il s'agit de stress répétés). Mais surtout, la sécrétion hormonale peut se poursuivre au delà de l'épisode de stress (sur la figure ci-dessous, un exemple chez le rat, où l'expérimentation comportementale est plus aisée. Il existe des preuves similaires chez l'homme, mais en ayant recours à des méthodes expérimentales plus indirectes). Comme le montre la figure, il en résulte une imprégnation tissulaire inutile et trop prolongée, en particulier par le cortisol et ses dérivés.

Ces épisodes infracliniques mais répétés
d'hyperadrenocorticisme sont alors susceptibles de fragiliser
certains métabolismes ou certains organes (en particulier le
muscle, le tissu osseux, le système nerveux et le
système imunitaire). A plus long terme, cette fragilité
induira des risques de déséquilibres majeurs,
expliquant la gravité de certains tableaux de fin de vie, les
particularités du syndrome de glissement, ou même celles
des déficiences multiorganiques complexes (multiorgan failure
in elderly ou syndrome "MOFE").
C'est l'hypothèse de Sapolsky (1986) représentée
ci-dessous et actuellement reprise par de nombreux auteurs. Un
hyperadrénocorticisme latent, lié au dysfonctionnements
réceptosomiaux peut largement participer, par le biais des
corticoïdes, à faciliter l'affaissement des
capacités immunitaires, la fonte musculaire,
l'ostéoporose, et divers troubles métaboliques.
D'autres travaux ont montré que les performances cognitives
des sujets âgés étaient significativement moins
bonnes chez ceux pour lesquels le feed back de réponse aux
glucocorticoïdes était altéré (test
à la dexamethasone)

Cette fragilité (liée à la fatigabilité
et à une désadaptation au stress) permet alors de mieux
comprendre le "vieillissement usuel" : avec une date de survenue et
une chronologie évolutive éminemment variables d'un
individu à un autre, les personnes âgées vont
subir des déficits fonctionnels et des incapacités
générant des pertes d'autonomies en cascade qui
finissent par conduire à l'impossibilité de "faire
seul", et donc aux états de dépendance sur lesquels
vont presque toujours se greffer les situations de
polypathologies.
La figure ci-dessous en présente un profil caricatural mais
qui objective une des causes essentielles de la fragilité : ce
sont les situations de "cap" (mort du conjoint ;
déménagement, hospitalisation ou institutionnalisation
mal préparés ; choc psychologiques divers ; accident ;
chûte, même sans gravité, maladie intercurrente
même mineure, etc) qui engendrent l'aggravation du
déficit et/ou de la perte d'autonomie. Les "caps" sont des
situations aggressives face aux quelles la personne âgée
n'est plus capable de faire face par fatigabilité. Il s'agit
bien d'une réelle désadaptation à une situation
de stress, rarement récupérable sans stratégie
préventive ou de prise en charge, et évoluant presque
toujours vers une niveau fonctionnel et d'autonomie inférieur
à l'état antérieur, même si une
récupération partielle est possible. De cap en cap le
déclin s'accentue.
Il est alors clair que la fragilité est une des composante du
vieillissement usuel. Plus exactement la fragilité en est le
processus d'initiation. En ce sens, la fragilité
précède l'apparition du déclin fonctionnel et de
la perte d'autonomie. Mais la fragilité perdure ensuite et
s'accroit, alors que les signes objectifs surviennent.
La fragilité doit donc
être considérée comme un
continuum ; toujours présente, elle est
largement responsable de la particularité des tableaux
gériatriques jusqu'à la fin de vie.

Le concept de fragilité exclut, de facto, la tendance
qui a trop longtemps prévalue d'une simple assistance des
états liés à la vieillesse : bien des "caps"
pourraient être antériorisés ou pour le moins
mieux accompagnés, ce qui aurait pour effet de limiter les
conséquences de la fragilité. En ce sens la
fragilité est intimement liée à l'attitude
préventive d'une démarche gérontologique moderne
(de la prévention primaire à la prévention
tertiaire).
Signalons aussi que la notion de caps et de stress permet
d'intégrer l'ensemble des facteurs aggressifs ressentis par la
personne âgée. Il est alors facile de comprendre que des
facteurs extrinsèques (environnementaux, sociaux et
relationnels) sont à prendre autant en compte que des facteurs
intrinsèques (maladie organique, dénutrition,
état dépressif), pour expliquer la fragilisation au
cours du vieillissement biologique. Le tableau suivant fournit une
autre représentation, positionnant la fragilité dans sa
chronologie évenementielle, et montrant qu'elle reste
très longuement latente, et infraclinique.
C'est l'occasion de constater que la formation médicale nous
conduit trop souvent à raisonner en terme de pathologies
considérées isolément. Ce serait oublier bien
d'autres paramètres chez la personne âgée.
Prendre en charge les risques de fragilité de la personne
âgée impose de tenir compte d'une multitude de facteurs
(en particulier socio-relationnels et environnementaux) qui
s'associent pour conduire à une vulnérabilté
croissante et à la perte des capacités de
réserve. La vulnérabilté précède
ainsi les risques objectifs de fragilité et les
déficits fonctionnels de certaines fonctions physiologiques
(statut cognitif, humeur, organes des sens, motricité et
équilibre, système immunitaire, nutrition,
contrôle sphinctérien, etc). La suite évolutive
de la fragilité mêne aux incapacités, d'abord
transitoires, ensuite permanentes. Les conséquences
évolutives en seront la perte d'autonomie, avec la greffe
fréquente des polypathologies, et en bout de compte
l'entrée en dépendance majeure.
Comme nous l'avions déjà signalé , ce
schéma a aussi le mérite de faire percevoir
l'importance d'une évaluation précoce pour devancer les
conséquences évolutives de la fragilité : le
concept de fragilité justifie pleinement l'importance des
actions de prévention à tous ses stades (voir chapitre
prévention du corpus).

I-3
LA FRAGILITÉ : UNE TRADUCTION
MULTIDIMENSIONNELLE
Si les tableaux de fragilité sont à peine
perceptibles au début, ils finissent cependant par
précipiter la personne âgée dans la spirale qui
conduit à la dépendance et/ou aux polypathologies.
Eu égard aux causes profondes et globales de la
fragilité, il est facile de concevoir que son expression est
toujours mutidimentionnelle, pouvant à des degrés
divers toucher les différentes fonctions physiologiques et
n'importe quel organe, avec des niveaux d'expression
éminemment variables en fonction du temps
écoulé. (soulignons une fois de plus que la
fragilité s'oppose totalement à l'approche diagnostique
par appareil ; à l'inverse, elle impose une approche
globale)
Néanmoins, l'expérience montre que 5 items constituent
des impacts majeurs de la fragilité (et ultérieurement
des incapacités allant à la perte d'autonomie)
:
- la fragilisation du statut cognitif et de la balance émotionnelle ,
- la fragilité musculaire (motricité, équilibre et marche),
- la difficulté à affronter divers problèmes de la vie quotidienne et de la vie relationnelle,
- les troubles d'incontinence (souvent révélateur d'une fragilité qui s'amplifie),
- et surtout la dénutrition qui, en cause ou en conséquence, aggrave les autres fragilités et en particulier potentialise la fragilité immunitaire et musculaire, mais aussi cognitive et émotionnelle.
Il y a bien d'autres facteurs de
risques qu'il convient de prendre en compte. Mais en simplifiant on
constate que l'évaluation de ces 5 risques majeurs permet
dinvestiguer simultanément la plupart des autres
domaines de la fragilité (les déficits sensoriels par
exemple, le risque iatrogénique, la composante inflammatoire
et l'hypercatabolisme, etc).
Il n'est pas classique, dans la
littérature internationale, d'incoporer la douleur
comme facteur de risque de la fragilité (elle figure rarement
dans les grilles du comprehensive geriatric assessment (CGA, voir
plus loin). Nous l'avons cependant rajoutée. Sans pouvoir
développer cette notion (largement reprise dans d'autres
chapitres du corpus), souffrances et douleurs ont un impact
considérable sur les capacités de faire face chez la
personne âgée. Certes, le niveau algique n'est pas une
cause directe de la fragilité, mais il participe fortement au
risque d'aggravation de la cascade. Un bilan CGA doit donc permettre
d'apprécier l'existence, ou non, de douleurs dans leurs
composantes directes (durée, intensité, localisation).
Si la douleur est présente, elle impose de rechercher le
retentissement sur le niveau d'angoisse-dépression et sur le
niveau d'invalidation des capacités à effectuer les
activités de la vie quotidienne. Enfin, l'analyse de la prise
en charge de la douleur doit sytématiquement rechercher si la
sédation continue est obtenue par le calendrier prescriptif
proposé, et plus particulièrement la nuit : la
situation de fragilité est toujours amplifiée par la
douleur mais aussi par la précarisation des épisodes de
sommeil.
Si le terme de fragilité n'est pas toujours prononcé,
il est cependant contenu dans de nombreux chapitres du corpus (tel,
l'exemple de la douleur que nous venons de citer). Pour clore ce
paragraphe nous ne développerons que 3 domaines d'expression
de la fragilité : la sarcopénie, l'amplification
possible du vieillisement cérébral et la fragilisation
liée au dysfonctionnement immunologique.
I-3-1
Fonction musculaire : la sarcopénie, une des facettes majeures
de la fragilité
La fonte musculaire est incontournable avec le vieillissement. Mais
la sarcopénie physiologique (sarcopénie = perte de
viande, au sens étymologique) reste néanmoins
acceptable lorsque la personne âgée vieillit avec
succès et s'entretient (la perte musculaire n'excède
guère 20% et n'a que peu ou pas de retentissement).
Mais la fonte musculaire peut aussi
devenir dramatique, dès que la personne âgée se
dénutrit. Ce n'est plus le simple déficit de
synthèse sarcomérique qui est en jeu : la fonte
musculaire est alors liée à une exacerbation des
mécanismes de protéolyse (et d'apoptose dans les cas
extrêmes), avec activation des protéasomes (des milliers
de micro organites destructeurs au sein de nos cellules).
Paradoxalement la protéolyse gérée par le
protéasome est ATP dépendante, donc consommatrice
d'énergie, alors que la personne âgée est
déjà en carence d'apport !
Pire, la sarcopénie est fortement amplifiée par la
désadaptation au stress, sous l'influence de la
libération accrue du cortisol. Cet hypercatabolisme sera
encore plus amplifié, si une état inflammatoire
apparait (voir plus loin). Or nous savons bien que la
dénutrition chez la personne âgée aggrave la
déficience immunitaire. D'une dénutrition
physiologique, qui pouvait être acceptable, la fragilité
conduit à une situation où on peut affirmer que la
personne agée en situation de stress (hospitalisation, mort du
conjoint, état infectieux, etc) "ronge" ses muscles
très rapidement pour entrer dans un cercle vicieux qui aboutit
à des tableaux de grande cachexie difficilement
récupérables.
Pour certains auteurs la
sarcopénie représente même
l'élément majeur, voire l'indicateur, de la
fragilité.
1-3-2 Vieillissement
cérébral, fragilité et
neurodégénérescence

La désadaptation au stress est encore plus sensible au niveau
du cerveau. On sait que par des voies complexes, le stress peut
être bénéfique, en favorisant la
différenciation et la plasticité du système
nerveux central . Mais les mêmes voies peuvent bifurquer et
emprunter celles de la neurodégénérescence (voie
apoptotique). C'est l'hypothèse du "brain aging hypothesis"
(McCann 1998) dont nous fournissons un aperçu très
partiel sur la figure ci-dessus (il conviendrait d'associer de
nombreuses autres voies de contrôle) : avec l'avance en
âge, et pour un niveau identique de stimulus déclenchant
la situation de stress, la voie de la
neurodégénérescence risque d'être
privilégiée par rapport à l'activation neuronale
conduisant à une plasticité cérébrale qui
permet de gérer une connectique synaptique
adaptatrice.
Des travaux récents sont encore plus passionnants (par
exemple, Nakagawa et al, J. Cell Biol,150, 2000 ; et travaux
associés) : il est désormais possible d'entrevoir des
schémas unitaires suggérant que les risques de
fragilité cérébrale ont des étiologies
multiples qui peuvent converger sur des voies cellulaires communes.
Avec l'avance en âge, le niveau de
neurodégénérescence pourrait être variable
en fonction du cumul des diverses atteintes exogènes, ou de
l'aspect qualitatif du patrimoine génétique. Il est
fort probable que ces mêmes travaux permettront de mieux
comprendre comment une fragilité conduisant à un
vieillissement cérébral normal, bascule chez certains
individus vers les états démentiels (type Alzheimer).
En effet, nous savons que le vieillissement cérébral
normal touche des zones très particulières du cortex
archaïque, dans la zone proche de l'hippocampe (circuit de
Papez). Pourtant la maladie d'Alzheimer n'apparaîtra chez
certains que lorsque le processus va dépasser la zone
hippocampique. Pourquoi ? Une raison génétique ? Un
cumul d'autres causes stochastiques ? Sûrement tout
cela...
Une certitude : ces nouveaux concepts de la fragilité
cellulaire cérébrale sont également un argument
pour agir à titre préventif sur la cognition et
l'humeur ; ils justifient pleinement le concept des MCI (mild
cognitive impairment, voir d'autres chapitres du Corpus), avec une
prise en charge précoce.

La caspase 12 et la calpaïne mitochondriale : une hypothèse pour un carrefour entre les différents facteurs stochastiques ou génétiques, inducteurs de l'apoptose cérébrale
1-3-3 Fragilisation du
sytème immunitaire : la triade dénutrition,
déficit immunitaire, hypercatabolisme ; ses
conséquences
Chez les personnes âgées vieillissant avec
succès, contrairement à de nombreuses données de
la littérature, le système immunitaire ne subit que peu
de changements. Les variations sont surtout attribuables à
l'involution thymique, avec une augmentation relative des cellules
immatures.
Il en est tout autrement lorsque une dénutrition survient : la
dénutrition est le facteur déclenchant d'une
fragilité croissante. Les mécanismes sont multiples et
en cascade et ne peuvent être décrits en détail
dans ce chapitre. Nous ne signalerons que quelques points essentiels
:
- des déficits nutritionnels même peu importants, avec une albumine encore sub-normale, sont susceptibles d'induire une diminution de la capacité prolifératrice des lymphocytes (Lesourd,1999)
- très rapidement, une dénutrition plus importante pourra ouvrir la voie de l'hypercatabolisme et faire le lit d'états inflammatoires amplifiés par les réponses sécrétoires anormales de certaines cytokines (Il1, Il6 et TNF principalement). Il en résulte une fragilisation encore plus importante du système immunitaire.
- en réciproque, les sécrétions anormales de IL1, Il6 et TNF vont encore aggraver l'état trophique de très nombreux organes : protéolyse musculaire accrue, lipolyse, hypoinsulinémie et mauvaise utilisation du glucose, ostéoclasie et fuite calcique, dérégulation de la synthèse protéique hépatique, etc.
- Dans l'interaction morbide entre la dénutrition et l'hypercatabolisme inflammatoire, le dysfonctionnement hépatique est particulièrement important à prendre en compte. Non seulement les protéines de phase aigüe sont très augmentées (CRP, orosomucoïde) mais simultanément le foie n'est plus capable de synthétiser en quantité suffisante des protéines de transport aussi essentielles que l'albumine et la préalbumine. On comprend alors pourquoi le risque iatrogénique est considérablement amplifié chez le patient âgé fragile dénutri, et à plus forte raison en situation d'hypercatabolisme inflammatoire : la biodisponibilité de nombreux médicaments est alors perturbée par défaut de transport et de métabolisme. C'est particulièrement vrai pour les médicaments de premier passage

1-3-4
Mais il existe bien d'autres manifestations de la
fragilité.
- La fragilité est responsable des tableaux
cliniques atypiques qui font l'originalité et la
difficulté de la pratique gériatrique au quotidien.
- Par l'étendue des atteintes qui touchent plusieurs
fonctions, il est facile de comprendre que la fragilité
favorise les situations de polypathologie. La fragilité
permet aussi de comprendre que dans un tableau de polypathologie
instaurée, il est utile, dans la mesure du possible, de
rechercher le primum movens des dérégulations pour
entreprendre avec plus de succès la prise en charge
thérapeutique.
- La fragilité étant d'origine exogène et/ou
endogène, elle explique l'intrication fréquente des
problèmes socio-environnementaux avec les situations purement
cliniques.
- Comme nous l'avons déjà suggèré, la
fragilité modifie la biodisponibilité, voire la
pharmacocinétique du médicament. Les raisons en
sont multiples :
- la fragilisation digestive, avec des risques d'insuffisances digestives partielles, modifie l'absorption et les temps de transit du médicament.
- Le métabolisme hépatique du médicament est déficitaire en cas de dénutrition et à fortiori s'il existe un hypercatabolisme inflammatoire.
- Le transport plasmatique et la distribution sont souvent pertubés par déficit en protéines de transports.
- la glomerulonéphrose liée à l'avance en âge génère un niveau variable d'insuffisance rénale (enquête de Baltimore ; Pearse et al, 1994) mais qui doit être prise en compte car elle peut modifier considérablement l'élimination des médicaments (intérêt de la formule de CocKroft).
- La polymédication du patient fragile devient difficilement
maitrisable. La iatrogénie est alors fortement
amplifiée (voir d'autres chapitres du corpus).
- en bref, à tous les niveaux perceptibles, la
fragilité génère une précarité
de léquilibre physiologique associée à une
plus grande précarité du statut social.
C'est aussi l'occasion de signaler que les
désafférentations sont plus fréquentes ;
en cause ou en conséquence elles aggravent le
processus.
2
SAVOIR EVALUER UNE FRAGILITÉ : "COMPREHENSIVE GERIATRIC
ASSESSMENT (CGA)"
2-1 LA METHODOLOGIE DU
CGA
Le terme anglo saxon (CGA) est nettement plus pertinent et
évocateur que la traduction française qui en a
été faite en parlant d'évaluation
gérontologique standardisée (EGS)
- L'évaluation de la fragilité passe (ou passera)
obligatoirement par des procédures utilisant des grilles
et/ou des tests validés (voir tableau ci-dessous),
utilisables par l'ensemble des équipes médicales
formées, et à toutes les étapes du parcours
potentiel des personnes âgées : médecine de
ville, institution, hôpital, structure d'expertise mises en
place par les tutelles (DAMS, DASS, CCAS, etc), centres de
prévention du vieillissement, etc.
- L'évaluation doit être globale (voir aussi le
chapitre spécifique du corpus sur l'évaluation). Au
minimum, elle doit comporter 3 volets :
2-1-1 L'évaluation
gérontologique standardisée proprement dite
Le tableau ci-dessous n'est pas exhaustif ; il existe des
évaluations plus poussées, (tel le "Functional
Assesment Screening Package").
Son contenu représente le minimum des évaluations qui
doivent être entreprises.
|
|
|
|
Evaluation situationnelle socio-démographique |
âge, niveau culturel, niveau des aides, niveau de confinement (visites et sorties), qualité de l'habitat et des accès, etc |
|
Qualité de vie |
échelle Iris ou Iowa (ISAI) |
|
autonomie |
ADL et IADL |
|
Equilibre marche |
Tinetti, get up and go test ; typage des chutes |
|
Fonctions cognitives |
- Mini-mental test de
Folstein (version GRECO), |
|
Statut sensoriel |
échelle de Jaegger + voix chuchotée |
|
Angoisse/dépression |
geriatric depression scale |
|
Nutrition |
MNA |
|
Dentition |
geriatric oral assessment index |
|
Douleur |
Grilles du document ANAES |
Mais l'évaluation
gérontologique standardisée n'a de sens que si elle est
confrontée à 2 autres volets :
2-1-2 : à l'examen
clinique proprement dit (voir aussi les autres chapitres
concernés dans le corpus),
- à la recherche de toute situation pathologique par un examen
gériatrique complet et adapté au cas du patient. Il
convient d'être plus particulièrement formé et en
éveil face aux manifestations atypiques, souvent frustres,
générées par la fragilité.
- à la recherche des petits risques d'incontinence :
très souvent les premiers signes d'incontinence sont le signe
évocateur d'une fragilité dépassant le stade
infraclinique
- à la recherche des autre conséquences cliniques de la
fragilité telles que les chutes à
répétition, des épisodes confusionnels, des
difficultés à accomplir tout acte de la vie
quotidienne, etc.
Au plan pratique il peut être utile, de constituer une
entité spécifique au cours de l'examen clinique, en
regroupant ces tableaux sous le vocable de "syndrome
gériatrique"
- bien entendu, il convient de répertorier l'ensemble des
pathologies chroniques, de rechercher tous les
antécédents médicaux signifiants, ainsi que l'
histoire chronologique précise des hospitalisations
éventuelles.
2-1-3 : enfin le CGA doit
être sytématiquement confronté à une
évaluation précise du niveau de
(poly)médication de la personne âgée.
à la recherche systématique d'un risque
iatrogénique. La recherche des médicaments non
médicalement prescrits est également
impérative
2-2
SAVOIR MAÎTRISER LE CGA, C'EST AUSSI
:
2-2-1 savoir
intégrer le temps comme variable explicative.
- L'EGS n'a de sens qu'en sachant réévaluer et en sachant comparer les résultats obtenus au cours des évaluations successives (avec analyse des delta évolutifs pour chaque rubrique mesurée).
- La pertinence de la première évaluation est essentielle. Dans la mesure du possible le premier CGA doit être situé en dehors de toute situation de crise immédiate (un court séjour gériatrique n'est généralement pas le lieu idéal pour pratiquer le premier CGA). Pour juger de la validité de la première évaluation, il peut être utile de comparer les mesures à celles qui auraient pu être obtenues antérieurement, à moyen et plus long terme (par exemple à J-15 et J-365).
2-2-2 savoir mesurer
la fragilité à tous les stades évolutifs
du parcours de vie d'une personne âgée : des risques
initiaux de désadaptation, aux risques d'aggravation des
déficits fonctionnels ; enfin inclure la fragilité
comme facteur d'évolutivité de la dépendance
et/ou des états polypathologiques (y compris jusqu'aux
situations de soins palliatifs).
2-2-3 contribuer à une
stratégie axée sur la prévention : tenter au
travers de l'évaluation de mesurer des risques
prédictifs dans l'évolution de la fragilité.
2-2-4 savoir
distinguer les mesures obtenues par les tests objectifs de
celles obtenues par des autoquestionnaires renseignés
par la personne âgée elle-même (cette
démarche est souvent trés instructives ; par exemple
pour mieux distinguer le "désir de faire" du "faire au
réel" chez la personne âgée
évaluée, à propos d'une fonction ou d'une action
particulière) .
3 SAVOIR PRENDRE EN CHARGE LES SITUATIONS DE FRAGILITE : AJOUTER LE MANAGEMENT AU COMPREHENSIVE GERIATRIC ASSESSMENT (CGA&M )
A juste titre, les auteurs américains ajoutent
désormais le terme de management à l'évaluation
proprement dite.
En effet le CGA n'a de sens que dans la mise en place d'une
stratégie de prise en charge visant à diminuer, limiter
ou pallier les risques générés par les
situations de fragilité.
Plusieurs recommandations sont à la base de la prise en charge
optimisée des situations de fragilité.
Sans être exhaustif, nous citerons :
3-1 travailler en équipe : se situer dans le comprehensive assessement des anglosaxons impose une bonne coordination des intervenants, avec la volonté de comprendre une situation en tirant bénéfice des renseignements et des compétences spécifiques de chaque professionnel autour de la personne âgée : les situations de fragilité sont souvent bien trop complexes pour tenter de les apréhender uniquement au travers de sa propre analyse, considérée isolément.
3-2 Savoir hiérarchiser pour agir : hiérarchiser les facteurs de risques, tout autant que les actions de réhabilitation/rééducation à entreprendre pour compenser une fragilité. Prioriser les actions imposera de tenir compte des niveaux relatifs de motivation de la personne âgée pour les actions qui lui seront proposées après avoir tenu compte de ses habitudes et de ses goûts naturels.
3-3 Dans des cas de fragilité initiales, savoir mettre en oeuvre, à coté des stratégies thérapeutiques conventionnelles, d'autres actions de rééducation et de réhabilitation : conseils nutritionnels, activités motrices et d'équilibre, rééducation de la mémoire, incitation aux activités relationnelles, apprentissage des techniques de coping (apprendre à faire face), maitrise comportementale globale (exemple : bénéfice du TaiChi), etc
3-4 Aider à la prise de conscience individuelle des risques de fragilité pour obtenir une meilleure participation et une auto-prise en charge volontaire (certains autoquestionnaires, comme le test Iowa sont susceptibles de générer cette prise de conscience chez certaines personnes âgées intellectuellement réceptives )
3-5 Une approche adaptée à chaque cas : ne jamais oublier que la nature multiparamétrique et multidimensionnelle de la fragilité fait de chaque personne âgée, un cas particulier.
RETOUR
4 FRAGILITE ET DEMARCHE QUALITE : une préoccupation évidente de santé publique. Savoir rester critique.
UN QUESTIONNEMENT
A PRENDRE EN COMPTE AU COURS DES SEMINAIRES DE
FORMATION
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Les arguments pour/contre l'identification du concept |
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La validation du concept par la littérature (réduction du risque de perte d'autonomie, moins de médicament, moins d'hospitalisation, amélioration des performances, etc.) |
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Efficience et fragilité (bénéfice/efficacité confrontée au coût) : Y a t'il des stades de fragilité à privilégier pour la prise en charge ? Existe-t'il des sujets pas assez fragile, ou au contraire trop fragilisés pour bénéficier d'une évaluation de la fragilité ? discussion. |
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Le positionnement du concept de Fragilité face aux 3 stades de prévention. |
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La place du concept de fragilité dans la pratique du comprehensive assessment |
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Evaluer l évaluation, et se poser les bonnes questions : - est ce que ma pratique s'effectue en terme de prophylaxie et de conseils ? |
5
EN RÉSUMÉ, ET POUR CONCLURE
:
La fragilité est un terme communément employé
mais dont il est pourtant difficile de cerner les limites.
Elle peut être grossièrement définie comme un
état instable correspondant à une sous population de
Personnes âgées ayant une désadaptation des
systèmes homéostasiques, aboutissant à un
déficit progressif des fonctions physiologiques et
cellulaires, avec une diminution des capacités de
réserve, et une limitation des aptitudes relationnelles et
sociales. Il en résulte une diminution des capacités
à faire face. La survenue d'un facteur mineur, comme une
pathologie bénigne ou un stress extérieur, peut alors
engendrer un état morbide incapacitant .
L'apparition de la fragilité, et son évolution, sont
très variables selon les individus. Mais dans tous les cas, et
en dehors d'une prise en charge spécifique, la
fragilité conduit à la perte d'autonomie et/ou au
renforcement de situations morbides complexes et de polypathologies.
La PA devenue fragile est exposée à une
morbidité incidente accrue, avec la survenue et l'accentuation
des pertes d'autonomie et des états de dépendance.
Les personnes âgés fragiles ont en commun, non pas une
pathologie déterminée, mais un syndrome secondaire et
surajouté qui impose d'intégrer, en plus de l'approche
médicale, les données physiologiques et fonctionnelles
qui caractérisaient l'état antérieur à la
situation diagnostique et thérapeutique présente.
Cette situation de fragilité est particulièrement
sensible lors d'une hospitalisation. L'hospitalisation va en effet
révèler, ou majorer, une situation de crise
médico-psycho-sociale dont le retentissement sur l'état
de santé, l'autonomie et le devenir social de la PA peut
devenir dramatique : tout retard de prise en charge spécifique
expose à une décompensation rapide.
Si les déterminants de la fragilité sont complexes et
multiples, intriquant des facteurs intrinsèques et
environnementaux, dans tous les cas on retrouve deux
caractéristiques fondamentales : une fatigabilité
fonctionnelle générant des réponses
limitées, une désadaptation aux situations de
stress.
Il importe de savoir appréhender le concept de
fragilité et d'en mesurer les retentissements individuels. En
effet, nous savons désormais que la prise en charge
précoce des situations de fragilité réduit le
risque de perte d'autonomie, le nombre dhospitalisation, la
consommation de médicament, etc., en bout de compte limite les
coûts de santé. En ce sens, le concept de
fragilité ne peut être totalement dissocié des
actions de prévention. Il les justifie pleinement.
L'évaluation de la fragilité nécessite d'avoir
recours à des techniques spécifiques, et en particulier
à l'évaluation gérontologique
standardisée (EGS). Mais plus que le terme francophone d'EGS,
le comprehensive geriatric-assessment des anglo saxons (CGA) doit
mériter toute notre attention. "Assessment" sous-entend un
réelle cotation, moins subjective qu'une évaluation. Le
terme de "comprehensive", sous entend la nécessité de
synthèse, en confrontant les données de la
fragilité au statut global de la personne âgée
(en particulier pathologies et médication), en distinguant
nettement les objectifs du problème situationnel, en
privilégiant la concertation et le fonctionnement en
équipe médicale, en hiérarchisant la conduite
interventionnelle.
En bref, la prise en compte de la fragilité participe
largement à la démarche qualité en pratique
gérontologique. En effet, la prise en compte des
éléments constitutifs de la fragilité permet
d'évaluer plus globalement les besoins des personnes
âgées, et d'intervenir plus judicieusement. Le corps
soignant doit donc bien connaître les caractéristiques
des personnes âgées fragiles et les moyens de les
dépister afin de mettre en place un plan de soin
adapté, personnalisé (management) pour minimiser les
conséquences en terme de polymorbidité et de
mortalité.