II
- LE FIBROBLASTE : INTERACTIONS
MATRICIELLES
Nous venons de voir que le fibroblaste est
soumis à une expression phénotypique évolutive
au cours des étapes du développement. En fait le
fibroblaste représente une des meilleures illustrations de
linfluence de lâge sur la vie cellulaire : à
lévidence, les mécanismes de contrôle de la
prolifération et de la différenciation sont très
ubiquitaires, dépassent largement la période
embryonnaire, et se retrouvent à toutes les étapes.
Comme certains le suggèrent, le vieillissement
représenterait le terme ultime du développement.
Par ailleurs, vieillissement et cancer sont liés par
des facteurs communs impliquant les cascades oncogéniques.
Lévolution phénotypique
du fibroblaste au cours de la sénescence évoquait
déjà une grande variabilité et des
capacités remarquables dadaptation. Nous allons voir que
cest aussi un bon modèle de compréhension des
interactions avec lenvironnement, plus
particulièrement avec la matrice extracellulaire.
II-1 LE
FIBROBLASTE : SYNTHESE DES MOLÉCULES
MATRICIELLES
Le fibroblaste est une cellule
isolée au sein du tissu conjonctif. Il a
préservé en grande partie les potentialités de
la cellule originelle mésenchymateuse. Il synthétise la
quasi majorité des molécules matricielles. Inversement
cest lenvironnement matriciel qui modulera le programme
de prolifération/différenciation et le niveau
dactivité des fibroblastes.
La matrice est également un intermédiaire obligé
du contrôle de trophicité des
épithéliums.
Il faut admettre quil existe un PROGRAMME de synthèse
des molécules de la matrice par le fibroblaste.
Dans un premier temps, la programmation est essentiellement
génétique, liée à
lhorloge du développement foetal.
Ultérieurement, les conditions environnementales (conditions
nutritionnelles, contraintes mécaniques, radiations solaires,
facteurs de croissance locaux, etc.) viennent modifier la
programmation génétique originelle et lexpression
phénotypique du fibroblaste.
Dans tous les cas, ce sont les produits de sécrétion du
fibroblaste qui constituent loutil dadaptation du
système. Nous aborderons 2 thèmes dans la suite de
lexposé :
- létude des grandes classes de molécules
matricielles et leur mode de biosynthèse
- létude de quelques interactions cellules/matrice, et
de leurs conséquences
II-1-1
FIBROBLASTE ET LA SYNTHESE DES PROTEINES MATRICIELLES : LES 4 GRANDES
CLASSES
Comme nous lavons déjà
vu dans un chapître précédent, les fibroblastes
sécrètent 4 grandes classes de molécules
matricielles.
LES COLLAGENES
: plus de 20 types sont connus, à
classer entre fibrillaires et non fibrillaires, mais tous ayant un
variant dun précurseur commun : la chaîne a
du procollagène. 3 chaînes a forment une
structure en triple hélice caractéristique.
LES ELASTINES
: constituées de différentes
classes de microfibrilles associées à
lélastine, résultant de la maturation
dun précurseur, la tropoélastine dont il
existe plusieurs variants par épissage alternatif. La
tropoélastine en maturant subit des pontages la rendant
insoluble par des mécanismes enzymatiques faisant apparaitre
des acides aminés tetravalents (desmosine) à partir de
radicaux lysyl.
LES GYCOSAMINOGLYCANES ET
LES PEPTIDOGLYCANES. Le plus simple
étant le hyaluronane, les autres pouvant être
regroupés en chondroïtine sulfate,
kératane sulfate, héparane sulfate,
héparine et dermatane sulfate. Une nouvelle
nomenclature tend, comme pour les lipoprotéines, à
reconnaitre ces molécules par la protéine porteuse plus
que par la nature des chaînes GLYCANE.
LES GLYCOPROTEINES DE
LIAISON (NECTINES). Fibronectines
et laminines constituent les chefs de file. Elles assurent la
liaison entre les fibres de la trame matricielle et les cellules.
A ces 4 groupes,
IL CONVIENT DAJOUTER LES
RECEPTEURS MEMBRANAIRES
SPECIFIQUES : Il sagit
essentiellement de la grande famille des intégrines qui
permettent dadaptater le programme de
prolifération/différenciation, aussi bien que les
réponses immédiates des cellules : transferts,
motilité, synthèse/sécrétion, etc.
II-1-2
LE FIBROBLASTE ET LA SYNTHESE DES PROTEINES MATRICIELLES : LES
COLLAGENES
DES PROTÉINES
UBIQUITAIRES :
Les collagènes sont présents
dans la matrice extracellulaire de tous les animaux
pluricellulaires. Dénaturés par la chaleur ils
génèrent des colles (d'où le nom de
collagène) ; la forme la plus classique de collagène
dénaturé étant la gélatine.
DES PROTÉINES
MULTIFONCTIONNELLES
1 - Les collagènes ont un rôle
mécanique :
- Cette propriété est bien illustrée par la
solidité du cuir qui n'est pas autre chose que du
collagène rendu imputrescible par tannage.
- Les collagènes forment des enveloppes protectrices et des
charpentes aux organes mous (foie, rate, ganglions
lymphatiques ... ) : la trame grillagée de
réticuline en est lexemple le plus typique
- Par minéralisation ils constituent les tissus durs :
les os et l'ivoire des dents.
- Par association à des protéoglycanes, ils vont
former
- des tissus lubrifiants (cartilages) au niveau des articulations
- des systèmes amortisseurs (disques
intervertébraux)
- des tissus transparents (cornée).
- Par compaction ils forment tendons et ligaments et transmettent des
forces.
2 - Les collagènes interviennent
dans la différenciation :
- Ils jouent un rôle important dans
la morphogenèse (en particulier le collagène IV).
- En culture cellulaire, certaines différenciations exigent la
présence de collagène.
UNE MEME FAMILLE
BIOCHIMIQUE :
Toutes les collagènes sont
composés de trois chaînes polypeptidiques :
|
|
Les chaines alpha possèdent 2 types
de domaines :
- des domaines collagéniques avec un motif répétitif de trois acides aminés:
Gly-X-Y
avec X et Y = Pro ou Hypro le plus souvent.
Les chaînes alpha forment des alpha-hélicea gauches
3 chaînes alpha s'associent pour former le procollagène (enroulement en super-hélice droite)
Selon les cas, une même molécule de procollagène peut être constituée d'une, de deux ou de trois sortes de chaînes alpha.
- des domaines non-collagènes ou non-hélicoïdaux sans répétition particulière
NB : Dautres protéines répondent à ce type
de structure, mais elles nappartiennent pas à la matrice
extracellulaire.
UNE MEME FAMILLE MAIS UN GRAND
POLYMORPHISME :
La séquence primaire, le
pourcentage et la répartition des domaines
collagéniques et non collagèniques permettent de
classer les collagènes en 2 grandes familles aux
propriétés différentes :
- Les collagènes fibrillaires (type
I, II, III, V et XI) :
3 chaînes alpha uniquement constituées de domaines
collagéniques sassemblent dans le fibroblaste sous forme
dune triple super hélice de 300 nm de long. Les
extrémités sont flanquées d'extensions N et
C-terminales majoritairement non-collagéniques.
Lensemble constitue le procollagène.
Une maturation extracellulaire élimine ensuite les domaines
non collagéniques et forme la molécule de
tropocollagène. Les tropocollagènes
senchaînent ensuite bout à bout et forment les
fibrilles de collagène
L'agencement régulier et parallèle des motifs de 300 nm
de tropocollagène, avec un décalage d'un quart de la
molécule, conduit à la formation des fibres de
collagène. Ce décalage se traduit par l'observation en
microscopie électronique, d'une striation périodique de
67 nm.
- Les collagènes
non-fibrillaires
Ils ont la particularité
dêtre aussi constitués par des triples
hélices de chaînes a mais les domaines de type
collagénique (COL) sont interrompus par des domaines non
collagéniques (NC). Ces collagènes restent
articulés et ne peuvent former des fibrilles
semi-rigides. Ils se retrouvent souvent en surface des
collagènes fibrillaires. Parmi ceux-ci on trouve les types IX,
XII, XIV, XVI (FACIT : Fibril associated collagens with interrupted
triple helice).
Ils servent de liens divers (cross linking) entre les fibres, la
matrice et les cellules.
- Enfin le collagène de type IV
mérite une place à part
Il forme le réseau primaire des membranes basales (voir le
paragraphe spécifique).
BIOSYNTHESE DES COLLAGENES
FIBRILLAIRES
BIOSYNTHESE DES COLLAGENES NON
FIBRILLAIRES
Ces types de collagènes sont
très variables dans leur architecture spatiale : leur
molécule est articulée. Ils modulent lassemblage
des autres collagènes. En ce sens ils participent très
largement à la diversité des tissus conjonctifs en
fonction des localisations et de lexpression
phénotypique des différents fibroblastes. Ils sont
généralement situés à la surface des
collagènes fibrillaires où ils associent des faisceaux
de collagène entre eux (voir figure ci-dessous). Mais leur
extension aminoterminale peut interagir avec d'autres
molécules de la matrice ainsi qu'avec des cellules. Le type
VII forme les fibres d'ancrage sous-épithéliales. Le
type XVII forme même des ancrages sur des cellules
épidermiques au travers de la lame basale.
Les particularités de biosynthèse les plus importantes
sont représentées ci-dessous.
BIOSYNTHESE DES COLLAGENES NON
FIBRILLAIRES
Ces types de collagènes sont
très variables dans leur architecture spatiale : leur
molécule est articulée. Ils modulent lassemblage
des autres collagènes. En ce sens ils participent très
largement à la diversité des tissus conjonctifs en
fonction des localisations et de lexpression
phénotypique des différents fibroblastes. Ils sont
généralement situés à la surface des
collagènes fibrillaires où ils associent des faisceaux
de collagène entre eux (voir figure ci-dessous). Mais leur
extension aminoterminale peut interagir avec d'autres
molécules de la matrice ainsi qu'avec des cellules. Le type
VII forme les fibres d'ancrage sous-épithéliales. Le
type XVII forme même des ancrages sur des cellules
épidermiques au travers de la lame basale.
Les particularités de biosynthèse les plus importantes
sont représentées ci-dessous.
BIOSYNTHESE DES
COLLAGENES
Le schéma ci-dessous résume
les capacités fonctionnelles des fibroblastes pour
synthétiser des collagènes régionalement
adaptés, ainsi que le contrôle par linteraction
cellule-matrice.
COOPERATIVITE
CELLULES-MATRICE : EFFETS RECIPROQUES, ET PLASTICITE DU TISSU
CONJONCTIF

CARACTERISATION DES FIBRES
ELASTIQUES :
Les fibres élastiques se
retrouvent en abondance dans les artères élastiques et
musculaires, dans les poumons, le coeur et la peau. Contrairement aux
collagènes, ce constituant n'existe que chez les
vertébrés
Observées au microscope électronique, on remarque
que les fibres élastiques résultent de l'association de
deux composants morphologiquement différents :
q Au centre, on trouve un matériel amorphe majoritaire (90%. des fibres matures) transparent aux électrons ou finement granuleux. Il ny a pas de striation apparente, contrairement aux fibres de collagène. Ce matériel correspond à l'élastine.
q A la périphérie mais aussi à l'intérieur du matériel amorphe, on trouve des microfibrilles de 10 à 12 nm de diamètre, de nature glycoprotéique : les fibrillines.

BIOSYNTHESE PAR LE
FIBROBLASTE :
L'assemblage de ces différents
constituants s'effectue à l'extérieur du fibroblaste,
mais à proximité immédiate de la membrane
plasmique, souvent dans une véritable gouttière
ménagée par celle-ci.
La biosynthèse de ces différents éléments
est complexe et fortement controlée par le fibroblaste
:
- l'adressage sécrétoire vers le site d'assemblage est contrôlé par des proteines chaperon
- il existe plusieurs gènes distincts des fibrillines (poids moléculaires variables)
- l'élastine et synthétisée sous forme de tropoélastine, une proteine soluble de 70kD riche en glycine (33%) et en proline (10%), formant des feuillets ß, et soumise à un épissage alternatif, variable selon les stades du développement.
- La tropoélastine, primitivement soluble, est rendue insoluble au cours de l'assemblage des fibres élastiques par des réactions d'oxydation effectuant des pontages sur les radicaux lysyl grace à une enzyme exprimée par le fibroblaste : la lysyl-oxydase. Cette enzyme catalyse un processus de désamination oxydative qui par aldolisation fait apparaitre des acides aminés particuliers (desmosine et isodesmosine) et des pontages. des molécules délastine adjacentes (A et B sur le schéma).

II-1-3
FIBROBLASTE ET LA SYNTHESE DES PROTEINES MATRICIELLES : LES FIBRES
ELASTIQUES
ORGANISATION DES FIBRES
: INTERACTIONS LATERALES
Laldolisation permet dobtenir
une cohésion latérale des structures
moléculaires entre-elles et ainsi de compacter les fibres
élastiques.
Mais ce processus est beaucoup plus ubiquitaire : il concerne toutes
les fibres du tissu conjonctif. Lexemple ci contre correspond
à du collagène fibreux).
Toutes les fibres conjonctives subissent des phénomènes
de cross-linking qui augmentent la compacité des
structures :
- soit par aldolisation des résidus lysines,
- soit par interactions hydrophobes (importantes pour les fibres élastiques)
- soit par interaction avec les collagènes non fibrillaires ou dautres molécules matricielles,
- soit encore par des polyglycosylation, également sur les résidus lysyl.
PROPRIETES FONCTIONNELLES DES
FIBRES ELASTIQUES :
De façon générale
les fibres élastiques confèrent la
propriété d'élasticité aux organes
qui les contiennent. Si on devait caricaturer on pourrait dire que
:
- les fibres de collagène résistent à létirement et aux tractions.
- les fibres élastiques ramènent en configuration de base après un étirement mécanique.
Le schéma ci-desous illustre les
différences de configuration stérique qui peuvent
être imaginées au sein des fibres élastiques.
Au repos les fibres sont moins structurées ; les
molécules constitutives sont davantage disposées au
hasard ; les acides aminés, très hydrophobes, sont
enfouis et non exposés au milieu aqueux environnant.
Aprés étirement linterface avec leau
augmente consi-
dérablement et provoque une forte diminution dentropie
du système. Le retour à la longueur originale est
spontané, car accompagné dune forte
augmentation dentropie.

CONSEQUENCES PHYSIOLOGIQUES
ET PATHOLOGIQUES (1) :
Le rôle mécanique
des fibres élastiques est bien illustré au niveau
vasculaire.
Dans la paroi artérielle leur fonction est
particulièrement essentielle : elles permettent le retour au
calibre initial après la contraction systolique et
l'éjection du sang par les ventricules. Pour assurer cette
fonction, les fibres élastiques de l'aorte et des grosses
artères sont organisées en lames concentriques,
parallèles à la surface du vaisseau (sera décrit
dans un cours spécifique). Il est intéressant de noter
que, parfaitement adaptées aux fonctions qu'elles assurent,
les fibres élastiques voient leur densité diminuer
le long de l'axe aortique et des grosses artères, lorsqu'on va
du coeur vers la périphérie.

Les fibres élastiques sont
impliquées dans de nombreuses
pathologies
Certaines sont purement
génétiques : La maladie de Marfan fut une des
premières connues. Latteinte de la fibrilline entraine
une fragilité très grave des vaisseaux de grand
calibre, de laorte particulièrement.
Dautres résultent datteintes progressives dues
souvent à des pathologies générales ou à
lavance en âge.
Le vieillissement de la peau, largement aggravé par
lexposition solaire, est paradoxal pour laspect des
fibres élastiques : les fibres augmentent significativement en
nombre dans le derme, et pourtant la peau âgée perd de
son élasticité. Cest en fait lorientation
des fibres élastiques qui est altérée (perte du
réseau perpandiculaire au plan cutané).
Mais ce sont les atteintes vasculaires qui sont beaucoup plus graves.
Au cours du processus athéroscléreux, mais
également avec l'avance en âge, ou encore dans les
pathologies diabétiques (les trois situations peuvent
être rencontrées simultanément), les fibres
élastiques ont tendance à
dégénèrer. Des lipides (esters de
cholestérol) et des acides gras libres se déposent au
sein des fibres élastiques et attirent les ions calcium. Le
dépôt d'ions calcium potentialise celui des lipides et
vice-versa. L'élastine perd ainsi de son
élasticité. Par ce mécanisme, les fibres
commencent à se dégrader chimiquement.
Ultérieurement une dégradation enzymatique sera
provoquée par une surexpression des élastases
qui aggrave la dégénerescence.
La
proportion en fibres élastiques est soumise à un
contrôle strict
Les fibres élastiques
napparaissent quà partir de la deuxième
moitié de la gestation.
Lexpression des protéines
constitutives (fibrillines et tropoélastine) est sous la
dépendance de la secrétion de nombreux facteurs de
croissance tels que le TGFß ou plus encore lIGF1, mais
également sous la dépendance des glucocorticoïdes
ainsi que de lacide rétinoïque.
Spontanément les fibres
élastiques sont très difficilement dégradables.
Il sagit, avec le collagène et les kératines,
dune des variétés de protéines les plus
indestructibles : la durée moyenne de vie dune
molécule délastine atteint 70 ans.
Néanmoins lorganisme exprime des
élastases, enzymes spécifiques de
lhydrolyse des fibres élastiques (coupures de liens
pro-gly, ala-gly ou tri-ala)
Même selle est très lente la dégradation
partielle physiologique des fibres élastiques est possible
dans le temps. En outre la dégradation enzymatique des fibres
élastiques sera accélérée avec le
vieillissement, puisque lactivité élastase
augmente avec lâge (voir page suivante).
Enfin, la dégradation partielle de
lélastine produit des peptides de
lélastine. Cette hydrolyse ne doit pas être
considérée comme un simple phénomène de
dégradation. En effet :
- Le niveau transcriptionnel de lélastase est finement contrôlé mais aussi son activité hydrolasique : des facteurs sériques comme la1-antitrypsine inhibent lactivité élastasique
- les peptides dhydrolyse de lélastase ont un rôle essentiel sur le controle des activités de prolifération/différenciation des fibroblastes (interaction cellule/matrice)
Les
niveaux dexpression et dactivité de
lélastase varient :
Lactivité élastase
augmente avec lâge aussi bien in vivo que sur le
modèle de Hayflick.
Par ailleurs la diminution de lexpression de
lalpha1-antitrypsine ne peut que favoriser un activité
élastasique plus grande. Chez le fumeur, le déficit
plus important en a1-antitrypsine avec lavance en âge,
est à même dexpliquer un risque plus grand
dinsuffisance pulmonaire (altération accrue du
réseau élastique alvéolaire et pulmonaire)
Les
peptides de dégradation de lélastine
contrôlent plusieurs mécanismes cellulaires , via un
recepteur membranaire spécifique.
Ce récepteur, par la voie classique
des phosphoinositides, favorise lentrée du calcium dans
les cellules. Ce mécanisme est susceptible dexpliquer en
partie le durcissement et la calcification partielle de la paroi des
vaisseaux observée avec lavance en âge : il
sagit du phénomène d
artériosclérose (le processus
athéromateux, souvent associé, est beaucoup plus
complexe ).
Le récepteur à lélastine est aussi capable
de contrôler dautres mécanismes (voir
ci-dessous)
II-1-4
FIBROBLASTE : LA SYNTHESE DES GLYCOSAMINO-GLYCANES ET
PROTEOGLYCANES
DES GLYCOPROTEINES TRES
COMPLEXES ET VERSATILES :
Tous les protéoglycanes (PGs) sont
formés par l'association covalente entre des chaînes de
glycosaminoglycanes (GAGs) et dune protéine porteuse
(PP). Les GAGs sont généralement liés par une
liaison 0-glycosidique à une sérine de la PP dans des
régions riches en séquences de type :
|
|
Tous les GAGs sont constitués dun enchaînement
répétitif disaccharidique qui permet de
reconnaître plusieurs types de PGs. Le nombre de motifs
disaccharidiques est très variable (n = 10 à 80). Un
tétrasaccharide sert souvent damorce sur la
sérine, avant l'addition successive des unités
disaccharidiques spécifiques de chaque classe de GAG.

Le type du motif disaccharidique, associé à certaines
modifications de ce motif permettent de regrouper les PGs en quelques
grands types (en fait il en existe au moins 24 différents
!).
Le tableau suivant en fournit un aperçu. On rapproche de la
famille des PGs, par ses propriétés fonctionnelles,
l'ac hyaluronique* qui est strictement un GAGs de très haut
poids moléculaire
(*) structure et rôle de lacide hyaluronique :
voir le cours dembryologie moléculaire
Les unités disaccharidiques subissent ensuite un certain
nombre de modifications : désacétylation,
épimérisation (par exemple acide glucuronique en acide
iduronique), mais surtout des sulfatations (N-sulfatation,
0-sulfatation). Les régions hypersulfatées des GAGs
sont souvent regroupées et forment des blocs de
charge électro-négatives sur la molécule.
Comme pour bien dautres macromolécules matricielles, les
PP de la plupart des PGs possèdent différents domaines
: des répétitions de type EGF, des séquences
analogues à la protéine de régulation du
complément, des domaines présentant des
propriétés de liaison de type lectine, etc (voir des
ouvrages de biochimie pour plus dinformations sur ce type de
molécules).
En fait, la connaissance ds PGs est encore récente. Une
classification alliant structure-fonction est loin dêtre
définitivivement établie !
UNE ARCHITECTURE ET DES
INTERACTIONS COMPLEXES :
Au delà de la structure
élémentaire des PGs, il faut remarquer :
- que le poids moléculaire des PGs est excessivement variable, puisquil dépend du nombre n de motifs polysaccharidiques : de 40000 pour la décorine à 3.107 pour laggrecan du cartilage.
- que les PGs constituent des édifices macromoléculaires encore plus complexes par assemblage avec dautres molécules, et en particulier avec le hyaluronane .
- que certains PGs ne sont pas extracellulaires mais constituent des molécules fortement associées à la membrane plasmique (soit par inclusion dans la membrane par la proteine porteuse, comme pour le syndécan ; Soit par liaison à la membrane sur un phosphatidyl inositol) .
- quil existe aussi ds PGs intracellulaire, souvent retrouvés dans les vésicules sécrétoires. Ils sont très riches en sérine et glycine (les serglycines)
DES PROPRIETES MODULATRICES
MULTIPLES :
Les structures disaccharidiques contenant
un fort pourcentage de groupements sulfates confèrent aux
GAGs, et donc aux PGs, un certain nombre de propriétés
biologiques importantes. La protéine porteuse des PGs
ménage également des interactions multiples. De ce
fait, les PGs ont de très nombreuses propriétés
fonctionnelles :
- Ils modulent lespace hydrique extra-cellulaire et sa viscosité. Ils forment un maillage des espaces avec des densités de charge variables créant une barrière sélective en fonction de la taille et de la charge. Le rôle du perlecan dans la membrane basale du glomérule rénal est un exemple typique (voir les paragraphes suivants sur les lames basales).
- Ils interagissent avec les facteurs de croissance. Par exemple, le FGF peut se lier à lhéparane sulfate, ce qui potentialise sur certaines cellules sa liaison au récepteur (à tyrosine kinase ; voir embryologie causale). Inversement, le TGFß est inhibé par sa liaison avec la partie protéique de la décorine
- Les PGs se lient à de nombreuses protéases ou à des inhibiteurs de protéases pour les inactiver
- Ils interagissent avec les protéines fibreuses de la matrice
- Pour les PGs membranaires, comme le syndécan, les interactions seffectuent avec les proteines matricielles, mais également, sur lautre versant de la membrane avec le cytosquelette. Ces types de PGs constituent de véritables récepteurs, similaires aux intégrines.
- Les PGs intracellulaires sont surtout localisés dans les grains et vésicules de sécrétion. Ils interagissent avec les autres molécules pour faciliter le stockage, le compactage et une éventuelle inactivation des enzymes contenus dans le grain (formation des grains de zymogènes, voir cours sur les épithéliums)
UN ROLE ESSENTIEL SUR LA
BIOSISPONIBILITE MOLECULAIRE :
Les capacités pour le PGs
deffectuer des cross-linking avec les
molécules et structures environnantes (et avec des niveaux
daffinité excessivement variables) créent un
espace local de modulation des effets biologiques.
Ce rôle des PGs est souvent méconnu. Il est
particulièrement important pour les protéines
extracellulaires dont la biodisponibilité peut
être largement modulée.
En effet, un PG peut modifier la biodisponibilité dun
protéine par plusieurs mécanismes potentiels :
- en limitant la diffusion de la molécule et en la piégeant in situ,
- en modifiant (positivement ou négativement) lactivité dune protéine par contraintes sur sa configuration stérique,
- en facilitant son accumulation locale,
- en protégeant une protéine contre une dégradation protéasique,
- en facilitant ou en limitant les interactions avec un récepteur membranaire,
- etc.
UN CHAMP DE RECHERCHE ENCORE
IMMENSE :
Les bases moléculaires des
variations possibles des PGs sont loin dêtre
éclaircies et de nombreuses questions restent encore en
suspens :
- Cela est vrai pour leur biosynthèse : le déterminisme de lenchaînement séquentiel des motifs osidiques est loin datteindre la connnaissance que nous avons pour la traduction de la séquence primaire dune protéine.
- Cela est vrai pour le déterminisme topographique des PGs et la sélection des assemblages macro-moléculaires.
- Cela est vrai pour lensemble des interactions quils effectuent tant dans les mécanismes de prolifération-différenciation que dans leur capacité à moduler la biodisponibilité dune autre molécule.
UNE CERTITUDE : Les PGs ont longtemps été
ignorés car ils comblent des espaces apparemment vides dans la
matrice.
Ils ont au contraire un rôle essentiel dans la
fonctionnalité des tissus conjonctifs.
|
GAGs et PGs : une "force cachée" des tissus conjonctifs... |
II-1-5
FIBROBLASTE ET LA SYNTHESE DES MOLECULES
DADHESION
UNE FAMILLE TRES COMPLEXE
:
Par rapport à ce que nous venons
de décrire, les molécules dadhésion
correspondent à des maillons complémentaires dans la
complexité du système. Elles assurent des liaisons
indispensables pour contrôler l'adhésion,
l'agrégation, l'étalement et la motilité
cellulaire dans lenvironnement matriciel. Elles
assurent également des liaisons avec dautres
éléments tissulaires. En bout de compte elles ont un
rôle clef dans la modulation des mécanismes de
prolifération-différenciation, plus globalement dans
lhoméostasie tissulaire à toutes les
étapes du développement.
En effet ces molécules sont remarquablement
adaptées pour assurer, entre les cellules et leur
environnement, dans le temps et dans lespace, une signalisation
intérieur vers exterieur (Inside to Out : IO) et
inversement extérieur vers intérieur (Outside to In
: OI).
Elles se comportent comme une système
co-récepteur/ligands matriciels qui complémente et
module les voies plus classiques de transmission des signaux
(hormones, facteurs de croissance, neuromédiateurs)

DES LIGANDS NATURELS
:
Globalement il sagit de
protéines de haut poids moléculaire et
glycosylées,
- présentant une succession de domaines : séquences d'acides aminés stéréotypées, aux fonctions souvent autonomes.
- jouant un rôle clef de ligands naturels
- entre les macromolécules de la matrice dont elles assurent une organisation supramoléculaire,
- entre les macromolécules de la matrice et les surfaces cellulaires.
Le schéma ci-dessous est une visualisation
très simplifiée :

Compte tenu de leur position de lien
intermédiaire dans le schéma matriciel il nest
pas étonnant que ces molécules, particulièrement
la fibronectine, aient été qualifiées de
colles biologiques.
Des colles biologiques efficaces, mais en plus subtiles et
redoutablement adaptables aux
supports qui se présentent... comme nous allons le voir.
LES FIBRONECTINES
Les fibronectines sont des glycoprotéines très
ubiquitaires et sont donc synthétisées par une
très large variété de types cellulaires. Elles
sont formées de deux sous-unités similaires, unies par
deux ponts disulfure dans leur région C-terminale. Leur
structure comporte trois types de répétitions internes
I, Il et III (selon leur longueur en aminoacides et leur
stabilisation ou non par des ponts disulfures).
Les sous-unités possèdent de très nombreux sites
de reconnaissance (voir aussi page suivante), en particulier pour les
cellules et pour le collagène de la matrice.
Il existe diverses isoformes de fibronectine à partir
dun gène unique. Les différences de structure
sont le résultat d'un processus complexe d'épissage
alternatif du transcrit primaire pour les trois régions de
types I, II et III. Une région variable est également
soumise à un épissage alternatif
La combinaison de tous les schémas possibles d'épissage
pourrait générer jusqu'à 20 fibronectines
distinctes à partir d'un seul gène. Ces formes de
fibronectine dépendent du type cellulaire et de
lespèce.
La fibronectine est une des rares protéines
surexprimée avec lavance en âge chez lhomme
vieillissant avec succés (sans handicaps majeurs ou
pathologie associées)

Augmentation de la fibronectine
avec lavance en âge

LES FIBRONECTINES : Schéma dune des
sous-unité

Les fibronectines interagissent avec un
certain nombre de composants: Collagène I, collagènes
de type IV, fibrine, fibrinogène, héparine,
protéoglycanes, surfaces cellulaires, bactéries, et
même ADN et des composants du cytosquelette, etc. Ces
interactions sont spécifiques et correspondent à des
domaines particuliers dont la figure ci-dessus ne présente que
les plus importants. Le domaine le mieux étudié est
celui qui assure l'adhésion aux surfaces cellulaires. La
séquence clef est formée de trois aminoacides : R-G-D.
A côté des domaines répétitifs de type I,
II ou III, il existe une zone variable, structuralement très
différente et qui peut aussi posséder une
séquence RGD dadhésion cellulaire.
Lenvironnement séquentiel de cette zone RGD permet la
liaison avec dautres types de récepteurs
cellulaires.
LA LAMININE
Sur bien des points, la laminine a des
comportements analogues à la fibronectine. Mais elle
nest pas aussi ubiquitaire : elle ne se trouve que dans les
lames basales. Elle existe sous plusieurs isoformes, et en
particulier la S-laminine, la K-laminine, la nicéine (Laminine
V, identifiée à lUnité Inserm-Nice), la
kalinine. Toutes ces formes proviennent de gènes
différents.
La laminine et ses variants comportent trois chaines, A, B1 et B2
renfermant plusieurs motifs de type EGF, des régions
globulaires et des ponts disulfures.
Les laminines, comme la fibronectine, sont formées de domaines
structuraux et fonctionnels interagissant avec le collagène
IV, avec des PGs comme lhéparane sulfate, avec les
surfaces cellulaires, ainsi quavec un composant
spécifique des lames basales, le nidogène.
La laminine contient plusieurs motifs oligopeptidiques qui jouent un
rôle dans l'adhésion cellulaire et la migration (en
particulier une séquence Y-I-G-S-RL. Il y a aussi une
séquence R-G-D, mais qui n'est pas le site de liaison le plus
important).

II-1-6 MOLECULES DADHESION ET RECEPTEURS
CELLULAIRES : LES
INTEGRINES
Parmi les divers récepteurs
membranaires, la famille des intégrines joue un rôle
très important. Ce sont des hétérodiméres
constitués de sous unités alpha et ß
différentes. La connaissance des intégrines est
récente (Hynes, 1987).
Chaque sous unité contient un court domaine cytoplasmique, un
court domaine transmembranaire, un grand domaine extracellulaire. Les
sous unités a contiennent une série de trois à
quatre séquences répétitives fixant des cations
divalents (Ca++ et Mg++). Les intégrines peuvent être
épissées alternativement, principalement dans le
domaine cytoplasmique. Ce domaine cytoplasmique est en connection
physique avec le cytosquelette.
De très nombreuses intégrines possèdent une
séquence de reconnaissance RGD.
Remarque : les sous unités ß4 sont particulières
et possèdent des répétitions de type III comme
dans la fibronectine et un domaine riche en cystéine. Elles
appartiennent aux hémidesmosomes (nous en reparlerons
ultérieurement avec les épithéliums).

Beaucoup de sous unités alpha ne s'associent qu'à une
sous unité ß ; inversement une même sous
unité ß peut s'associer à différentes sous
unités alpha.
Cette possibilité, si elle rend très complexe la
famille des intégrines, multiplie les possibilités de
formation de dimères.
Les cellules possédant plusieurs intégrines à
leur surface vont pouvoir moduler leurs propriétés
adhésives en exprimant sélectivement ces
molécules : il sagit dun remarquable outil
cellulaire dadaptation
Le tableau ci-contre, loin dêtre exhaustif, permet
cependant de comprendre les capacités dinteractions
matricielles que peuvent ménager les intégrines.

Les intégrines ne sont pas de simples molécules
d'adhésion : elles sont impliquées dans la transduction
chimique des signaux et jouent un rôle essentiel de pont
entre la matrice extra-cellulaire et les cellules,
- via le cytosquelette par son rôle dans la régulation de la forme cellulaire,
- mais aussi en activant des cascades oncogéniques et des kinases (voir le cours dembryologie causale) par des mécanismes souvent imprécis. Des motifs structuraux situés dans les parties cytoplasmiques des sous-unités des intégrines semblent jouer un rôle dans la régulation des signaux transmembranaires bidirectionnels médiés par les intégrines.
UNE NOTION FONDAMENTALE : Il est clair que les intégrines
fonctionnent en bidirectionnel (ce qui est moins évident
pour les recepteurs aux hormones ou aux facteurs de croissance, et a
fortiori pour la neuromédiation nerveuse au niveau des
synapses). Les intégrines sont des molécules capables
d'envoyer des signaux centrifuges depuis l'intérieur de la
cellule et d'en transmettre depuis l'extérieur de la
cellule.

Trois exemples concrets du rôle des intégrines et des
mécanismes croisés inside-out/out-inside sont
présentés ci dessous :
Plaquettes sanguines et coagulation :
Sur les plaquettes au repos lintégrine alphaIIß3
se trouve sous une conformation inactive de très faible
affinité pour le fibrinogène. Lors de l'activation des
plaquettes, des signaux sont produits dans le cytoplasme (inside-out
signaling) et vont entraîner un changement de conformation des
domaines extracellulaires qui deviennent alors des récepteurs
actifs pour leurs ligands. Le ligand spécifique (par exemple
le fibrinogène ou la thrombospondine) peut alors
reconnaître son récepteur : de nouvelles modifications
de structure vont faciliter lexposition des sites
récepteurs, puis un regroupement des récepteurs dans le
plan de la membrane ce qui va être à l'origine d'une
cascade de réactions biochimiques intracellulaires (outside-in
signaling) qui auront pour résultat un réarrangement du
cytosquelette et l'agrégation irréversible des
plaquettes (formation du caillot).
Au niveau des contacts focaux : (voir description dans le
cours sur les épithéliums)
L'adhésion cellulaire associé à un regroupement
des intégrines sous l'influence du ligand spécifique
(la laminine) augmente la phosphorylation d'une tyrosine kinase
associée aux points focaux (la p125fak) au niveau de la
taline. La phosphorylation de cette tyrosine kinase représente
un mode de transduction de signal généralisable
à de nombreuses intégrines .
Au niveau des leucocytes :
L'adhésion des monocytes à la matrice extracellulaire
induit des gènes codant pour des médiateurs de
l'inflammation. De même l'adhésion des neutrophiles via
des intégrines stimule la sécrétion de
cytokines, la motilité cellulaire et une mobilisation du
calcium.
II-2
LES LAMES BASALES : UN MODELE EXEMPLAIRE DES INTERACTIONS
CELLULES-MATRICE
LES LAMES BASALES : UN ITEM
DE JONCTION AVEC LES AUTRES TISSUS
Nous avons abordé le tissu conjonctif,
tant sous ses aspects mophologiques, que morpho-fonctionnels en
faisant une large place à lhistologie moléculaire
qui constitue le nouveau champ de développement de la
discipline.
Les lames basales sont traîtées en dernier
- parce quelles constituent un très bon exemple conclusif des adaptations cellule-matrice.
- parce quelles représentent des items jonctionnels systématiquement retrouvés entre le tissu conjonctif proprement dit et les autres tissus : item de jonction entre le chorion et les tissus épithéliaux, item de jonction autour des cellules musculaires, item de jonction autour des vaisseaux, item de jonction autour des gaines nerveuses, etc.
Létude des autres tissus fera alors
naturellement suite.
LES LAMES BASALES :
DEFINITIONS
Les lames basales (LB) :
- sont constituées de fines couches orientées de matrice extracellulaire (MEC) dont l'organisation est hautement spécialisée
- séparent des cellules d'origine embryologique différente,
- sont plus spécialisées que les autres MEC par leur organisation spatiale, par leur composition chimique et surtout par leur fonctions ; essentiellement :- barrière fonctionnelle entre des types de tissus différents,
- échanges contrôlés dans une véritable théorie compartimentale,
- contrôle des mécanismes de prolifération et encore plus de différenciation.
LES LAMES BASALES : STRUCTURE,
ULTRASTRUCTURE.
En microscopie optique les lames basales
sont à la limite de la visibilité avec les techniques
standards : il faut avoir recours à des techniques
histochimiques permettant de caractériser
spécifiquement certains constituants de la lame basale
En microscopie électronique à
transmission, les LBs apparaissent sous forme de trois couches
:
- la lamine densa : elle est au coeur de la structure ; cest la couche la plus caractéristique à lobservation : les interfaces sont nettes. Elle correspond majoritairement à une trame de collagène de type IV.
- la lamina rara ou lucida : à proximité des membranes cellulaires du tissu et/ou des cellules limitées par la lame basale
- la pars réticularis : cest une zone de densification fibrillaire émanant directement du tissu conjonctif ; elle correspond à une zone dancrage des fibres de réticuline.

LES LAMES BASALES :
COMPOSITION MOLECULAIRE
La composition des LBs est complexe et
comporte des macromolécules spécifiques et non
spécifiques, expliquant que la composition varie d'un tissu
à l'autre. Schématiquement on peut distinguer 4 groupes
:
1 - les composés spécifiques et ubiquitaires
- le collagène de type IV
- la Laminine
- le Nidogène (ou Entactine)
- des protéoGLYCANEs à héparane sulfate (PGs-HS), en particulier le perlécan.
2 - les composés spécifiques mais non ubiquitaires :
Certains variants du collagène de type IV, le collagène de type VII, des variants de la laminine (K-laminine, S-laminine, kalinine/ nicéine/ épiligrine, etc)
3- les composés ubiquitaires mais non spécifiques, et par exemple
- BM 40/ SPARC/ ostéonectine
- BM 90/ fibuline
4 - des composés non ubiquitaires et non strictement spécifiques qui sont piégés dans la trame de PGs et de GAGs, et dont la biodisponibilité sera par ce fait localement modifiée .
ll sagit dune modulation in situ des effets paracrines (voir le cours dembryologie pour la notion de paracrinie). Parmi ces molécules citons les facteurs de croissance, mais cest aussi de nombreuses hormones, les cytokines (modulateurs du système immunitaire), les immunoglobulines (anticorps), de nombreux agents pharmacologiques et/ou toxiques, etc
Nous avons déjà
décrit la plupart des structures majoritaires composant les
LBs. Seuls le collagène de type IV, le nidogène, le
perlécan méritent un développement
complémentaire :
- LE COLLAGÈNE DE TYPE IV : (voir schéma page suivante)
Cest une macromolécule d'environ 400 nm, constituée comme les autres collagènes de trois chaînes a enroulées en supra-hélice pour former un procollagène. Bien que les domaines collagéniques soient majoritaires, la présence de domaines étagés non collagénique dans les chaînes a empêche le procollagène de sorganiser en fibrilles. Lorganisation seffectue en réseau à partir dune première association constituant des tétramères.
Remarque : le collagène de type VII, egalement très répandu dans les LBs sorganise en structures anti parallèles formant des feuillets denses et très lamellaires.
- LE NIDOGÈNE/ ENTACTINE :
Il est formé d'une seule chaîne, d'environ 150 kDa, comprenant trois domaines globulaires (G1, G2, G3), des sites de structure analogues à l'EGF et des régions où la tyrosine est sulfatée . Après ombrage rotatoire d'un complexe de laminine et de nidogène, on a observé que le nidogène se lie sur le bras court B2 de la laminine par son extrémité globulaire C terminale du domaine G3 et au collagène de type IV par un site médian de la molécule.
- LE PERLÉCAN (héparane sulfate)
Il est constitué d'une protéine (550 kDa) qui présente des homologies structurales avec la chaîne A de la laminine et sur laquelle sont branchées trois chaînes glycanniques.
LES LAMES BASALES :
ORGANISATION MOLECULAIRE
Les principales macromolécules des
lames basales, collagène de type IV, laminine, nidogène
et protéoglycanes à héparane sulfate sont
organisées selon une structure bien définie dont
dépendent les propriétés fonctionnelles. La
figure de la page précédente objectivait
déjà les interactions principales.
Les travaux biochimiques
corrélés aux observations ultrastructurales
démontrent que sur un modèle de base
(représenté par la lamina densa et la trame de
collagène IV), existent de nombreuses adaptations en
fonction des tissus et organes considérés.
Il est vraisemblable que se sont les composés mineurs
(autres que les composés spécifiques et ubiquitaires,
voir page 100) qui contribuent à la modification de la
structure de base et conditionnent les propriétés
biologiques nécessaires à la fonctionnalité
locale.
La barrière hémato-urinaire du rein
possède une des lames basales les mieux
étudiées. Rappelons que cette membrane se situe au
niveau du corpuscule rénal. Elle sépare les cellules
endothéliales des capillaires du glomérule, de celles
de la capsule urinaire qui sest formée par
différenciation du blastème
métanéphrogène sous la poussée des
branches de dichotomisation du diverticule urétéral
(voir le cours dembryologie formelle).
D'après des études in vitro et in vivo, on a
proposé une structure macromoléculaire de cette lame
basale (voir page suivante).
REMARQUE : En observant le schéma de la page suivante il est
facile dimaginer que cette lame basale contrôle
l'ultrafiltration du plasma pour fournir lurine
primitive. Cette lame basale possède la particularité
d'être synthétisée à la fois par des
cellules épithéliales et endothéliales. Au
minimum elle représente un filtre dexclusion et un
tamis moléculaire.
Physiologiquement on sait bien que cette barriere ne laisse pas
passer les grosses proteines dans lurine. On imagine
aisément que le perlécan, par sa position, joue un
rôle privilégié dans le contrôle de la
filtration (voir aussi page 106).
ORGANISATION MOLECULAIRE
DES LAMES BASALES : EXEMPLE DE LA BARRIERE GLOMERULAIRE

Il ne s'agit que d'un schéma. Pour des raisons didactiques, les échelles relatives ne sont pas respectées
LES LAMES BASALES :
PROPRIETES
FONCTIONNELLES
Elles remplissent de nombreuses fonctions :
A - des fonctions purement
mécaniques
Elles maintiennent l'architecture
cellulaire et tissulaire. Il est difficile dimaginer
labsence de lame basale, surtout pour des tissus mous. La lame
basale est lintermédiaire obligé entre les
ancrages membranaire reliés au cytosquelette et les structures
fibrillaires conjonctives. La lame basale permet une meilleure
répartition des forces de traction tout en protégeant
la membrane plasmique (qui n a que 7.5 à I0 nm
dépaiseur)
B - des rôles
cytophysiologiques
1 - Propriétés de perméabilité des lames basales
Elles régulent les échanges d'ions et des petites molécules entre les différents compartiments tissulaires.
Le modèle le plus étudié est celui de la lame basale glomérulaire qui contrôle l'ultrafiltration du plasma au niveau rénal
La filtration est conditionnée par la taille et la forme des protéines plasmatiques, leur charge électrique nette au pH sanguin et les conditions hémodynamiques au sein des glomérules.
Le réseau constitué par les molécules de collagène de type IV représenterait le principal obstacle au passage des protéines de poids moléculaire élevé.
Par ailleurs les sites anioniques portés par les PGS-HS (perlécan) pourraient s'opposer au transfert des protéines plasmatiques puisque la plupart d'entre elles sont chargées négativement au pH sanguin, tout en pouvant partiellement modifier laccés au maillage du collagène IV.
En bref, le reseau de collagène IV assure le niveau dexclusion moléculaire, les autres molécules rendent possible une filtration différentielle
2 - Rôles des lames basales dans la migration, la prolifération et la différenciation cellulairesElles modulent les signaux qui contrôlent l'adhésion, la migration, la prolifération et la différenciation des cellules par l'intermédiaire de récepteurs membranaires
Elles sont également capables d'accumuler différents facteurs de croissance (notamment le TGFß) en modulant leur action paracrine.
Il nest pas question de reprendre de nombreux chapitres du cours dembryologie moléculaire ou de ce cours. Les preuves du rôle des lames basales sur la cascade oncogénique sont très nombreuses. En fait, il faut considérer que les lames basales font partie intégrante de la cascade oncogénique. Nous aurons loccasion dy revenir bien souvent dans les cours. Il faut surtout signaler que le mécanisme de transduction des signaux passe par le regroupement des intégrines sur la membrane (clustering) qui déclenche la cascade de phosphorylation, le réarrangement du cytosquelette et un changement de lexpression génique (voir page suivante)
LES LAMES BASALES :
TRANSDUCTION DU SIGNAL
Les différents éléments
sont initialement dispersés. Le regroupement des
intégrines (cluster) seffectue via les laminines de la
lame basale (LB) (le regroupement peut etre initié par
dautres facteurs : fibronectine, anticorps, etc) et active une
tyrosine-kinase (K) sur le versant interne des intégrines.
Lactivation des tyrosine-kinases provoquera dautres
phosphorylations, par exemple celle de la p125fak.
Une cascade de transduction fera suite et modifiera
lorganisation du cytosquelette ainsi que lexpression
génique.
Dès lors on comprend mieux le rôle des molécules
matricielles et des lames basales sur les mécanismes de
différenciation.

MODIFICATIONS STRUCTURALES
ET FONCTIONNELLES EN FONCTION DE LAGE (ET DU
DIABETE)
Dans tous les tissus et tout
particulièrement dans le rein, les lames basales
s'épaississent avec lavance en âge. Des
modifications structurales très semblables apparaissent au
cours de la plupart des diabètes, de telle sorte que le
diabète est considéré parfois comme un
vieillissement prématuré. Cet épaississement des
lames basales provoque des insuffisances fonctionnelles progressives
: au très grand âge on retrouve toujours un certain
degré dinsuffisance rénale.
Les changements qualitatifs et quantitatifs
des lames basales avec le vieillissement sont complexes mais une
réaction importante doit être décrite car
responsable de lessentiel des atteintes observées : il
sagit de la glycation, ou réaction de Maillard.
La réaction de Maillard a dabord interessé
lindustrie alimentaire : elle correspond au brunissement des
denrées alimentaires au cours du temps. Cette réaction
qui seffectue spontanément, car elle ne nécessite
pas dénergie, explique une grande part du vieillissement
extra-cellulaire (au même titre que nous avions abordé
par les modifications oncogéniques le vieillissement
intracellulaire au travers de la théorie de Hayflick).
La réaction de Glycation est
présentée sur la page suivante. Elle se produit entre
des sucres réducteurs, comme le glucose, et des fonctions
amines (souvent la lysine). Elle aboutit dabord à la
formation dune base de schiff (encore réversible) puis
à un produit dAmadori qui conduit
irréversiblement à des composés polycycliques
reliant plusieurs chaînes peptidiques .
Le collagène est particulièrement sensible à ces
pontages. Ce processus aboutit à la fibrose de la plupart des
tissus. Deux exemples sont particulièrement frappants
:
- la cataracte : cest une glycation qui en pontant les fibres du cristallin le rende opaque.
- lartériosclérose : le pontage des fibres de collagène durcit la paroi des vaisseaux, en association avec le dépot de sels de calcium (voir le rôle des petits peptides de lélastine).
MODIFICATIONS EN FONCTION
DE LAGE : LA GLYCATION
II-3
LES INTERACTIONS ENTRE CELLULES ET MATRICE : schéma
récapitulatif
EN GUISE DE
RÉSUMÉ ET COMME BASE DE REFLEXION ...
